
L'exposition Roger Collet est prolongée jusqu'au 21 mai.
Toutes les photos (même pas droites, moches, floues et mal cadrées[1]) sont de G. Vidal, en licence Creative Commons.
Note
[1] Je suis réaliste sur mes talents de photographe
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08 mai 2012
Par Gabriel le mardi, mai 8 2012, 10:00 - Expositions & salons

L'exposition Roger Collet est prolongée jusqu'au 21 mai.
Toutes les photos (même pas droites, moches, floues et mal cadrées[1]) sont de G. Vidal, en licence Creative Commons.
[1] Je suis réaliste sur mes talents de photographe
01 mai 2012
Par Gabriel le mardi, mai 1 2012, 10:37 - Roman
La Saga des Orcadiens
Traduit et présenté par Jean RENAUD Aubier (1990)
ISBN : 978-2700716426 ; 332 pages
4e de couv :
La Saga des Orcadiens est l'une des plus anciennes sagas islandaises, chef d'œuvre de la littérature médiévale : elle date, dans sa version originale, de la fin du XIIe siècle. Précieux document sur l'expansion viking, elle est la source principale de l'histoire des Orcades, petit archipel isolé au nord de l'Écosse mais dont l'intense activité, tant politique que culturelle, a de quoi nous surprendre. Pendant trois siècles, les « jarls » les plus prestigieux se succèdent à la tête de ces îles : l'un d'eux, selon la saga qui nous révèle leur bouillant univers, à la croisée des mondes scandinaves et celtiques, n'est certes pas une simple chronique historique : elle est avant tou une création littéraire, un récit vivant, passionnant, empreint d'une étonnante force dramatique.
Mon avis :
« Grünfjordson parti aux Orcades avec sept navires, il y fit beaucoup de massacre et remporta beaucoup de butin. »
C'est un peu caricatural, mais les pages s'enchainent sur ce ton.
J'avais des envies d'Écosse, de grand nord, de vikings et de grands espaces. J'ai déjà lu, il y a quelques années, des sagas islandaises, et sous des aspects parfois un peu arides, ce fut une bonne surprise : on y découvre le quotidien, le système judiciaire, les moeurs et aussi le merveilleux.
Cette fois-ci, un peu plus aride[1] et quand on n'est pas un spécialiste de l'histoire de l'Écosse / Norvège, découvrir ce qui se cache derrière tous les épisodes sanglants me semble hors de ma portée.
Ceci dit, j'ai tout de même beaucoup apprécié les chapitres hagiographiques sur Saint Magnus, ainsi que le « récit de la croisade ».
Sinon, ça manque de femmes (exception dans le « récit de la croisade », où apparaît une femme prétexte à la poésie, même si on est loin de la poésie des troubadours), ça manque de vie, on ne sent pas le quotidien bouillant. Juste des guerres et des massacres. Il faut aussi relativiser les massacres dont les récits s'enchainent comme des perles : les armées, c'est sans doute 30 bonshommes, les tueries, c'est sans doute de 5 bonshommes. Sinon, on en viendrait à se demander comment la population n'ai pas totalement disparue des Orcades et du Caithness.
Ce fut intéressant, mais pas forcément ce à quoi je m'attendais. J'espérais plus de vie.
[1] sur le plan stylistique, Ursula Le Guin, en comparaison, c'est Proust. Vous êtes prévenus.
28 avr. 2012
Par Gabriel le samedi, avril 28 2012, 10:00 - Tourisme




Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la villa Eilenroc ou Eilen Roc, au cap d'Antibes, se trouve ici. (On remarquera tout ce même des "oublis" dans l'historique de la villa).
Toutes les photos sont de G. Vidal, en licence Creative Commons.
26 avr. 2012
Par Gabriel le jeudi, avril 26 2012, 12:00 - Roman

Les trois grosses dames d'Antibes et 29 autres nouvelles de William SOMERSET MAUGHAM
Traduit de l'anglais par Joseph DOBRINSKY et Jacky MARTIN Robert Laffont – pavillon poche (2010)
ISBN : 978-2221114780 ; 693 pages
4e de couv :
Médecin de formation, grand voyageur et agent secret, Somerset Maugham mit à profit ses diverses expériences pour en tirer la matière de son œuvre d'écrivain. Raymond Chandler et George Orwell ont dit tout haut l'admiration qu'ils vouaient à ce formidable raconteur d'histoires. Ses très nombreuses nouvelles, en particulier, ont fait de lui l'un des auteurs les plus populaires de sa génération et lui ont valu le surnom de " Maupassant anglais ". Voici le premier d'une série de quatre livres regroupant, selon un plan établi par Maugham lui-même, l'intégralité de ces nouvelles. On y suit en voyeur les trajectoires d'individus en proie à un destin toujours fertile.
Mon avis :
Ce gros recueil de trente nouvelles de William Somerset Maugham fera taire les méchantes langues sur la supposée futilité des écrits de cet auteur[1].
Ce qui surprend, c'est avant tout la variété des cadres des nouvelles : Tahiti, la Malaisie, Séville, la Côte d'Azur. Je subodorais que Maugham resterait assez mondain et européen ; point donc, il a largement mis à profit sa connaissance du vaste monde et des humains qui le peuplent.
J'ai apprécié à la fois cet exotisme et l'image qui est donné de l'empire anglais, du Pacifique, de l'arrogance des Européens (surtout dans les nouvelles tahitiennes). Les nouvelles tahitiennes et malaisiennes m'ont particulièrement plu car elles m'ont ouvert des mondes et des conceptions du monde que je ne connaissais pas (le point de vue anglais sur la colonisation de l'Asie, le métissage, est fascinant).
Le style reste léger et fin (cela se lit tout seul, les pages se tournent vraiment toutes seules). On sent beaucoup d'ironie et de sens critique sur sa propre civilisation, sur les comportements de ses pairs. Certains thèmes, histoires out figures que l'on trouve dans les nouvelles se retrouvent dans Le fil du rasoir, seul roman de cet auteur avec lequel je puisse faire des comparaison : on y retrouve très largement la nouvelle la déchéance d'Edward Barnard, avec une variation dans le traitement. Étrangement, ce n'est pas une sensation de redite, qui se dégage, mais plutôt d'unité.
De l'alcoolisme à la quête du bonheur en passant par les petites lâchetés du quotidien ou par l'égoïsme le plus total, le genre humains est passé au crible. On sent une certaine affection de l'auteur pour ces personnages qui ont décidé d'agir à rebours des codes moraux, du bien penser, de la convenance sociale. Il s'agit parfois d'une admiration pour des personnages qui font des choix courageux que l'on n'aurait pas la force d'assumer soi-même (la déchéance d'Edward Barnard, le serment par exemple).
Somerset Maugham écrit, à mes yeux, de la littérature à la fois distrayante et intelligente.
Et je viens de voir que Les quatre Hollandais et vingt-neuf autres nouvelles était paru en 2011, ce qui m'enchante : de la lecture en perspective.
[1] Souchon est impardonnable, définitivement
24 avr. 2012
Par Gabriel le mardi, avril 24 2012, 10:00 - Tourisme


Le Champsaur (voir aussi ici) est un endroit fantastique pour les amis de la nature, les randonneurs et les parapentistes. Et les gourmands.
Toutes les photos sont de G. Vidal, en licence Creative Commons.
21 avr. 2012
Par Gabriel le samedi, avril 21 2012, 17:00 - Sociologie

Implicitement sexiste ? Genre, politique et discours journalistique de Aurélie OLIVESI
Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 2012
ISBN : 978-2810701896 ; 314 pages
4e de couv :
L'élection présidentielle de 2007 présente une situation inédite : pour la première fois, une femme, Ségolène Royal, se trouve candidate d'un parti de gouvernement en position d'éligibilité, face à un homme, Nicolas Sarkozy, dont la posture "virile" se trouve dès lors mise en relief. Mais, alors que le genre des candidats semble occuper une place essentielle dans la construction de leur image, cette caractéristique est largement éludée dans les analyses de la campagne officielle publiées dans la presse d'information, qui se veulent au contraire égalitaires et neutralisantes. Pourquoi les journalistes de la presse de référence n'évoquent-ils pas en leur nom propre le rôle joué par le genre des candidats ? Comment interpréter cette représentation fuyante ? Cet ouvrage montre comment le discours journalistique repousse l'évocation du genre en politique à ses marges : il attribue une conception stéréotypée de l'identité féminine ou masculine des candidats à des locuteurs difficilement identifiables ("vraies gens", "opinion publique" indéfinie), tout en se présentant lui-même comme neutre. Ce désengagement énonciatif rend cette représentation figée du rôle joué par le genre en politique particulièrement difficile à circonscrire, et donc à contester ou à combattre.
Docteure en sciences de l'information et de la communication, Aurélie Olivesi est Attachée temporaire d'enseignement et de recherche à l'université Montpellier 3. Membre du LERASS (université Toulouse 3), elle travaille sur la représentation du genre et de la parole profane dans les médias.
(très) bref aperçu du sommaire :
Première partie : Ségolène Royal et les stéréotypes de genre
deuxième partie : Une neutralisation des représentations genrées ?
Troisième partie : Le genre aux marges du discours de presse
Mon avis :
Cet ouvrage est la publication d'une thèse en sciences de l'information et de la communication. Si e terme de « thèse » peut effrayer certains, le texte est tout à fait accessible tant sur le vocabulaire[1] que sur le contenu. L'auteure a gardé le côté mécanique de l'écriture de la thèse : bonnes introductions, annonces, conclusion, transition. Il reste toujours un aspect artificiel dans ce genre d'exercice, mais celui-ci a toujours l'avantage de la clarté et de ne perdre personne en route.
De quoi est-il question ? De la construction de l'image d'une personnalité politique par les média de la presse écrite. Ce choix s'explique par le fait qu'en France, la presse écrite fait encore autorité : elle est commentée aussi bien par les journaux télévisés, radiophoniques, que par les autres titres de presse écrite. Cela peut rendre un effet de glose et de glose de la glose.
On l'a aussi vu dans la campagne présidentielle actuelle, et le phénomène est assez étrange : les candidat(e)s et média construisent des images assez monolithiques, caricaturales des prétendants à la magistrature suprême, comme s'il fallait (ou si l'on pouvait) réduire une intention d'action à quelques traits.
La question est aussi, on l'aura compris, tournée autour du traitement du genre des candidats, car pour la première fois, une femme est la candidate d'un parti de gouvernement.
L'auteure nous décrypte l'image de Ségolène Royal comme étant une mise en scène de l'« image attendue » par un Monsieur-Tout-le-Monde (en gros, la mère ou la putain).
J'ai trouvé très intéressante l'étude de la neutralisation du discours par les journalistes qui pose aussi la question du sexisme inhérent au langage, ou tout du moins de la langue française, et particulièrement de cette règle selon laquelle le masculin l'emporte sur le féminin. Ce sont des modes de pensée qui sont véhiculés par la langue, et tellement bien intégrés qu'ils peuvent agir à notre insu.
Une des images que je retiens est qu'en 2007, une femme devait prouver sa compétence, alors que celle-ci est forcément acquise pour un homme. Les femmes sont évidemment acceptables dans des domaines de la « maternité étendue » (affaires sociales, santé, éducation), mais en matière de politique étrangère, d'économie et de sécurité, thème très marqué du sceau du masculin, elles ne semblent pas « dignes ». Les femmes, en France, ont obtenu le droit de vote parce qu'elles sont compétentes, et non au nom de l'égalité. Quel drame.
La critique clairement formulée ne peut cependant venir que d'une autre femme, sinon la parole serait considérée comme outrageusement sexiste. Les critiques les plus virulentes sont donc portées par d'autres femmes (quand Bourdieu disait que le pire ennemis de la femme, c'est la femme...)
Ce qui me chagrine le plus est que les mêmes schéma se retrouve dans les relations quotidiennes de travail...
J'ai trouvé aussi très appréciable le soucis de l'objectivité de l'auteure : il n'est pas ici question d'avoir un discours partisan, pour ou contre tel(le) candidat(e) (il est d'ailleurs bien trop tard pour cela), ni même de défendre la cause des femmes en brûlant son soutien-gorge. C'est une construction objective et scientifique d'une étude sur un sujet touchant à la présence du genre sur la scène politique. Franchement, on n'en attendait pas moins pour une thèse, mais j'ai apprécié ce soucis d'objectivité[2].
(Bon, je trouve quand même que « auteure », ce n'est pas beau.)
18 avr. 2012
Par Gabriel le mercredi, avril 18 2012, 17:30 - Tourisme

Toutes les photos sont de G. Vidal, en licence Creative Commons.
11 avr. 2012
Par Gabriel le mercredi, avril 11 2012, 20:00 - Roman

Disgrâce de J. M. Coetzee
Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Catherine Lauga du Plessis
Éditions Point
J.M. Coetzee est prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre (2003)
Booker Prize, 1999
National Book Critics Circle Award
prix du Meilleur livre étranger, 2002
ISBN : 978-2757825785 ; 272 pages
4e de couv :
David Lurie, cinquante-deux ans, deux fois divorcé, enseigne à l'université du Cap. Une jeune étudiante, parmi ses nombreuses conquêtes, finit par l'accuser de harcèlement sexuel. Contraint à la démission, David se réfugie auprès de sa fille Lucy. Mais les temps ont changé et sa retraite vire au drame. La bourgeoisie sud-africaine doit payer pour les crimes de l'apartheid...
Mon avis :
Le début de cette histoire aurait pu se dérouler n'importe où : un professeur d'université, ayant une vie quelque peu pathétique et une vie sentimentale[1] assez lamentable[2], est accusé de harcèlement sexuel par une de ses étudiantes. Il a réussi à mettre cette dernière dans son lit presque par hasard.
Ayant vécu cette relation comme une histoire d'amour, David Lurie se retrouve incapable de procéder à la pénitence que la société attend de lui.
C'est lorsqu'il trouve refuge dans la ferme de sa fille Lucy, jeune femme qui se caractérise par sa force d'âme, son embonpoint, et son homosexualité, que tout bascule et que deux histoires se télescopent : celle du drame de David et le drame de Lucy.
Il est question d'un côté d'un homme qui n'a pas conscience d'avoir violer une jeune femme, de l'autre d'une autre jeune femme qu'on a avilie afin de la chasser de sa ferme et prendre ses terres.
Il n'est jamais précisé avant au moins la moitié du roman quels sont les personnages Blancs et quels sont les personnages Noirs, car telle semble être la volonté de David et Lucy : arriver à vivre en faisant abstraction de la couleur de peau.
Petrus n'arrive pas à faire ce qu'il demande à Lucy, à savoir mettre en pratique ce : « c'est affreux, mais c'est fini maintenant ». Si l'apartheid est fini, il ne faudrait alors pas chercher vengeance.
David refuse d'expier pour des crimes qu'il n'a pas le sentiment d'avoir commis, quand Lucy fait tout pour être forte, digne et assume les erreurs, les peurs et la haine des autres.
L'horreur est souvent dans les sous-entendus monstrueux, qui doucement trouvent une formulation, deviennent des idées, des paroles, qui sont enfin prononcées, et dont on s'aperçoit qu'elles ne sont au final pas si éloignée de la vérité.
Le style est d'une grande clarté, d'une très agréable fluidité, tout en développant une rare subtilité. Je pense particulièrement à la façon dont apparaît dans l'esprit du lecteur (par l'entremise de David) la cause, ou la raison, du drame vécu par Lucy. La mise en parallèle de l'histoire du père et de la fille permet aussi de prendre conscience d'une situation qu'on pu rencontré ceux qui ont vécu la chute de l'apartheid, entre ceux qui n'avaient pas eu conscience de mal agir[3] et ceux qui ont dû payer pour des crimes qu'ils n'avaient pas personnellement commis, mais comme s'ils étaient les boucs émissaires pour purifier la société du fonctionnement de tout un système malsain.
Il n'y a pas, à mon avis, de complaisance ou de prise de parti déplacée, mais simplement des personnages confrontés à des situations qui au fond les dépassent.
[1] le 4e de couv dit n'importe quoi
[2] à différencier d'une vie sexuelle, qui n'est pas pour autant très brillante
[3] C'est une sensation assez étrange qui est éveillée : David n'est pas « méchant », mais il reste un vrai sale type, un criminel. Et on arrive à comprendre son point de vue, sans l'approuver, loin s'en faut
31 mar. 2012
Par Gabriel le samedi, mars 31 2012, 17:43 - Philo

Qu'est-ce que la démocratie de Anne BAUDART
Éditions Vrin
Collection chemins philosophiques
ISBN : 978-2711617104 ; 126 pages
4e de couv :
Qu'est-ce que la démocratie ?
- Est-il un "siècle d'or" de la démocratie ?
- Nos démocraties modernes sont-elles redevables à la fondation antique ?
- Le "peuple" est-il toujours à la hauteur de ses exigences ?
- Liberté et égalité sont-elles des valeurs incompatibles ?
- Quelles menaces pèsent aujourd'hui sur nos démocraties ?
Commentaire :
"Quel avenir pour la démocratie ?" Alexis de Tocqueville.
"Socrate, individualiste et démocrate ?" Karl Popper.
Anne Baudart, agrégée de Philosophie, est professeur en Première Supérieur et maître de conférence à l'Institut d'études politiques, à Paris.
Mon avis :
« Ce livre s'adresse aux étudiants des universités et des classes préparatoires mais aussi au grand public cultivé attendant un traitement direct et clair d'une question de philosophie générale. »
Tel est le petit « avertissement – bon conseil » du 4e de couverture.
Très franchement, si je n'avais pas fait de grec ancien et d'histoire de la Grèce ancienne, je pense que je n'aurai pas compris grand chose à la première partie « Fondement et devenir de la démocratie », qui traite essentiellement de la construction historique de la démocratie athénienne.
L'ouvrage est très construit et très argumenté, mais il manque un peu d'esprit de synthèse pour le grand public. Je pense qu'il n'est pas inutile de dire que tout l'enjeu de la question n'est pas de dire que la démocratie est « le pouvoir exercé par le peuple », mais de définir le « peuple ». A Athènes, après tout, ce grand exemple de démocratie, le peuple représentait 10% de la population, si ma mémoire est bonne. Quel exemple !
Bref, pour un non helléniste, la première partie pourra sembler un peu longue.
Les deux autres parties sont plus accessible pour le commun des mortels, on y parle de Platon, de Constant, de Rousseau, de Tocqueville.
Les commentaires de textes sont aussi calibrés pour des gens qui connaissent les œuvres de Tocqueville et de Karl Popper[1].
Cependant, si j'ai lu quantité de choses très intéressantes et d'un haut niveau, je reste incapable d'en faire une synthèse intelligible. Sans doute parce que la présentation, très riche, très intelligente et d'un haut niveau, ne contenait pas de synthèse. Ou alors j'ai raté quelque chose[2].
Ce petit ouvrage devrait, à mon sens, abattre les complexes culturels et mettre le savoir à la portée de tous. Et pourtant, je fais un complexe...
22 mar. 2012
Par Gabriel le jeudi, mars 22 2012, 22:00 - Roman

L'envers du Paradis de Francis Scott FITZGERALD
Editions Gallimard ; Collection L'Imaginaire
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Suzanne MAYOUX
Titre original : This side of Paradise
Première édition : éditions Scribner (1920)
ISBN : 978-2070299546 ; 290 pages
4e de couv :
Alors, soudain, tout changea, quand se leva le premier vent violent du succès et le délicieux voile de brume qu’il apporte. C’est un temps très bref et précieux, car lorsque cette brume s’élève, en quelques semaines ou en quelques mois, on trouve que le meilleur est passé.
Cela commença à l’automne 1919, j’étais comme un seau vide, si abruti après avoir écrit tout l’été que je m’étais embauché pour réparer les toits des wagons dans les ateliers de la Northern Pacific. C’est alors que le facteur sonna à ma porte, et ce jour-là je plaquai mon travail et je courus dans les rues, arrêtant les autos pour dire à mes amis et connaissances que mon roman, « l’envers du paradis », avait été accepté par un éditeur. Cette semaine-là, le facteur sonna et sonna, et je payai mes terribles petites dettes, achetai un costume et me réveillai chaque matin dans un monde d’excitation et de promesses ineffables.
Mon avis :
Voilà ce que c'est que de ne pas lire les œuvres d'un auteur dans l'ordre dans lequel il les a écrit : on a encore en bouche le goût de son chef d'œuvre et on trouve son premier roman franchement fadasse.
Autant Tendre est la nuit est magnifique, autant L'envers du Paradis me plonge dans des abîmes de perplexité déçue.
Je ne suis personne pour critiquer le talent de Fitzgerald et le premier et premier succès. Je pense que l'histoire, dans son ensemble a mal vieillit, tout comme le style et les personnages.
Amory Blaine est en quête d'amour et de sophistication, mais ce personnage est assez répugnant : vain et imbu de sa personne, très fier de lui et trop sûr de son intelligence, superficiel comme il est difficile de l'être (davantage, il pourrait être un dandy, mais en 1920, la notion est démodée), assoupi dans sa paresse, mais tout lui est dû. Bref, c'est un personnage tout à fait antipathique à mes yeux. Il va d'amourette insignifiante et psychodrame sentimental à deux sous, tout en brillant passablement mal à Princeton. Ce roman est l’histoire d’une certaine descente aux enfers, en espérant qu’il ait ensuite la force d’œuvrer à l’amélioration de son sort (en commençant par le travail, par exemple).
La portée scandaleuse de ce roman a aussi totalement disparu, délayée qu’elle a été dans l’évolution des mœurs. Qu'est-ce qui est scandaleux ? Les filles se laissent embrasser ? Les jeunes gens s'alcoolisent au plus haut point ? Alors que leurs camarades pourrissent sous un champ de bataille ? Ils perdent leur capacité par une suractivité dans des futilités ? Plus rien n'est choquant. Faut-il ajouter « malheureusement » ? Il y a une évidente aspiration à plus de liberté, plus de vie, mais l’ensemble laisse une sensation gluante : la fortune doit tomber du ciel dans les bras des garçons et les filles sont de jolies potiches qui doivent faire de beaux mariages pour assurer leur subsistance.
Le style de ce premier roman n’a pas la splendeur des suivant, me semble-t-il.
En fait, tout cela m'a semblé terriblement vain.
Mais Tendre est la nuit est un pur chef d'oeuvre tout à fait formidable, lisez-le.
11 mar. 2012
Par Gabriel le dimanche, mars 11 2012, 17:24 - Tourisme

Il fait beau, la nature se réveille tout doucement, le soleil cuit, et les parapentistes sont de retour.
Toutes les photos sont de G. Vidal, en licence Creative Commons.
10 mar. 2012
Par Gabriel le samedi, mars 10 2012, 15:00 - Roman

Thérapie de David LODGE
traduit de l'anglais par Suzanne V. Mayoux
Rivage poche – Bibliothèque étrangère
ISBN : 978-2743603298 ; 512 pages
4e de couv :
Lawrence Passmore a mal au genou. Mais son problème est beaucoup plus vaste. Il se livre en vain à toutes les thérapies possibles. Plus il se sent malheureux, plus les difficultés conjugales et professionnelles semblent s'accumuler. Ses tentatives d'aventures sexuelles sont loin de lui apporter la compensation souhaitée. Jusqu'à la trouvaille finale...
David Lodge nous fait ressentir avec une drôlerie inimitable l'accablement croissant de son narrateur. Au passage, il dresse un portrait caustique du monde de la télévision... et des thérapeutes. C'est une vérité profonde de notre univers quotidien qui passe à travers le divertissement.
Mon avis :
Thérapie est un roman fi et léger, parfaitement distrayant, à l'humour assez piquant, plein d'ironie tragique et d'ironie tout court.
Tout commence par un mal de genoux, par fulgurance, qui inquiète Lawrence « Tubby » Passemore, auteur de sitcom à succès, marié, fortuné, conducteur de ce qu'il appelle lui même sa Richemobile, entre Londres et sa maison à la campagne. Un homme qui aurait tout pour être heureux.
Sauf que rien ne va vraiment.
Lawrence « Tubby » Passemore est passé par la médecine traditionnelle pour son genou, il passe par l'acupuncture, l'aromathérapie, et bien évidemment la psychanalyse. Le narrateur éprouve un malaise de l'existence, sans qu'il arrive à mettre le doigt dessus, à en connaître les origines et la vraie nature. Comme il semble avoir une vie bien remplie et relativement normale, ce n'est qu'assez tard que vient enfin le mot de « dépression ».
L'électrochoc viendra du divorce demandé par sa femme, brisant ce qui lui restait de normalité apparente.
La construction du roman en quatre partie fonctionne bien, avec de faux changements de point de vue, qui ne sont en réalité qu'un effort d'objectivité du regard que Lawrence tente de porter sur sa vie. La dernière partie est d'ailleurs fort surprenante, ce que j'ai trouvé assez agréable, d'ailleurs, tant dans le contenu que dans la forme.
Le plus surprenant est encore la place que prend la philosophie de Kierkegaard, « saint patron des dépressif » dans le roman. Loin d'être ennuyeux, les nombreuses occurrences de récit et commentaires sur la vie du philosophe et sur ses travaux sont comme une porte qui s'ouvre sur un récit dans le récit, et sur une autre façon d'appréhender et de comprendre la dépression et cette fameuse question du choix que l'on regrettera toujours, quoiqu'il arrive (ce qui nous mène à cette fameuse quatrième partie du roman).
J'ai beaucoup apprécié l'humour so british de ce roman, qui parsème la lecture de petits sourires pleins d'ironie, de complicité, de tendresse pour ce grand bêta, avec ses réactions puériles, sa fuite en avant ou au contraire cette façon de se laisser s'avachir, ou sa façon de se secouer.
Ce roman est de la détente intelligente.
23 fév. 2012
Par Gabriel le jeudi, février 23 2012, 12:00 - Fantasy

Au Guet ! de Terry PRATCHETT
L’Atalante (1998),
ISBN : 978-2841720453 ; 408 pages
4e de couv :
Une société secrète d'encagoulés complote pour renverser le seigneur Vétérini, Patricien d'Ankh-Morpok, et lui substituer un roi. Enfin une affaire à la mesure du capitaine Vimaire, alcoolique frénétique, et de ses non moins brillants adjoints. Et lorsqu'on retrouve au petit jour dans les rues les corps de citoyens transformés en biscuits calcinés, l'enquête s'oriente résolument vers un dragon de vingt-cinq mètres qui crache le feu. Peut-être la collaboration du bibliothécaire de l'Université ne serait-elle pas inutile. Certes, il a depuis quelque temps été métamorphosé en singe, mais qui a vraiment remarqué la différence ?
Mon avis :
J’avais déjà lu ce roman en… 2000, si ma mémoire est bonne.
Il avait largement contribué à mon engouement pro-Pratchett, mon nouveau statut de fan, ma quête perpétuelle des dernières traductions. N’ayant pas eu mon compte dernièrement (en terme de volume) avec la publication de 6 nouvelles du Disque-Monde, j’ai décidé d’en relire un et c’est tombé sur Au Guet ! (sachant que j’ai déjà relu Nobliaux et sorcières et le Cinquième Eléphant).
Il faut bien le dire : ce fut moins enthousiasmant que la première lecture. Ma mémoire de poisson rouge avait retenu l’essentiel des détails ; j’ai redécouvert la « chute ». Je ne l’ai cependant pas trouvé spécialement drôle. Je me dis que je vieillis.
Pourtant, Pratchett écrit dans le registre de la fantasy burlesque à critique sociale, agrémentée, souvent, de note de bas de page aussi interminable qu’hilarante. Son univers est une caricature de toute la littérature de Fantaisy avec un rendu critique et intelligent : nous avons certes des dragons, des loups garous, des sorcières et des trolls, mais cela n’empêche pas d’aborder des thèmes comme l’illusion de la fiction, le pouvoir, le racisme, le sexisme, la folie, etc.
Je voulais aussi relire les débuts du Capitaine Carotte, l’humain élevé comme un nain, avec sa couche de naïveté qui le rend absolument intouchable et inattaquable. Personnage savoureux s’il en est.
Il y a toujours des scènes cocasses, des situations et des dialogues absurdes, mais à mes yeux, la magie n’était plus là. Sans doute parce que mon souvenir de l’histoire était plus net que je ne le pensais. Il m’a semblé que l’univers était moins construit que dans mon souvenir, mais cela s’explique sans doute par le fait que le Disque-Monde s’est créé au fil des volumes.
Au Guet ! reste, je pense, un bon roman d’aventure.
Et moi, je vieillis.
17 fév. 2012
Par Gabriel le vendredi, février 17 2012, 12:00 - Religion

Shinto : the Kami way de Sokyo ONO et W.P. WOODWARD
Ouvrage en anglais
Edition Tuttle Publishing (1962 / 1994),
ISBN : 978-0804819602 ; 128 pages
4e de couv :
Shinto, the indigenous faith of the Japanese people, continues to fascinate and mystify both the casual visitor to Japan ant the long-time resident. This introduction unveils Shinto's spiritual characteristics and discusses the architecture and function of Shinto shrines. Further examination of Shinto's lively festivals, worship, music, and sacred regalia illustrates Shinto's influence on all levels of Japanese life.
Fifteen photographs and numerous drawings introduce the reader to two millenia of indigenous Japanese belief in the kami – the sacred spirits worshipped in Shinto – and in communal life, the way of the kami.
Dr. Sokyo Ono was professor at Kokugakuin Daigaku, a Shinto university in Tokyo, and has lectured for the National Association of Shinto Shrines. He also served as executive Director of the International Institute for the Study of Religions and the Japan Religious Co-operative Council.
William Woodard directed the research unit of the Religious and Cultural Resources Division, Civil Information & Education, SCAP from 1946 to 1952.
Mon avis :
(Déjà, mon anglais n’est pas trop rouillé, et l’on a tôt fait de comprendre que « shrine » signifie « sanctuaire »)
Il existe peut d’ouvrage traitant spécifiquement de la religion shinto, écrit ou traduit en français, sans parler de la difficulté d’en trouver en bibliothèque.
Les Kami[1], objets du culte shinto, sont des « esprits tutélaires », s’attachant à des lieux, des objets ou même des personnes, inspirant crainte et respect, et pouvant donner leur bénédiction aux vivants.
La présentation faite dans ce petit ouvrage est complète, et tous les aspects sont abordés : les sanctuaires, le déroulement des fêtes et du culte, les relations avec les autres religions, les relations avec la politique. Les explications historiques sur le « renouveau shinto » de la période Meiji m’a semblé très intéressant.
C’est une religion qui est inscrite dans un mode de vie, mais elle n’est pas exclusive, comme le sont les religions monothéistes. Les japonais semblent être les champions du syncrétisme, ayant mélangé bouddhisme et shintoïsme, jusqu’aux grandes entreprises de démêlage de la période Meiji et de l’après seconde guerre mondiale. En tout cas, à la lecture de cet ouvrage, l’impression (peut-être trompeuse) est de se trouver en face d’une religion apaisée, sans guerre dogmatique, schisme et autres luttes de pouvoir, et une religion du quotidien, au cœur de la vie.
C’est un bon ouvrage d’introduction, permettant d’avoir une connaissance du shintoïsme sous ses différents aspects.
J’ai beaucoup aimé la réponse sur à la question de la transmission de la foi à travers les âges.
« How then has the faith been transmited from generation to generation, from century to century, through more than two millemiums ? It has been caught and not taught. »
Il faudra cependant compléter cette lecture avec des ouvrages traitant davantage de la mythologie et des aspects spirituels.
[1] De nombreux kami sont mis en scène dans les dessins animées de Miyazaki, de l’Esprit de la Foret de Princesse Mononoké à Totoro.
15 fév. 2012
Par Gabriel le mercredi, février 15 2012, 12:00 - Roman

Le fil du rasoir de William Somerset MAUGHAM
Éditions Point Signature (2010),
Traduit de l'anglais par Renée-L Oungre
ISBN : 978-2757816783 ; 415 pages
4e de couv :
« La guerre a laissé des traces sur Larry : en revenant il n'était plus le même qu'en partant » : Larry et Isabel s'aiment depuis leur jeunesse mais ne partagent plus les mêmes rêves. Ancien pilote de chasse miné par la guerre, il est assoiffé d'absolu. Elle est ambitieuse, mondaine et adore fréquenter les aristocrates, qu'ils soient européens ou américains. Il décide de rompre et s'en va arpenter le monde ; elle n'aura de cesse de tenter de le reconquérir.
William Somerset Maugham est né en 1874 à Paris. Orphelin à l'âge de dix ans, il doit quitter la France pour l'Angleterre où l'attend un oncle pasteur. Oppressé par le manque de liberté morale des Anglais, il décide de voyager autour du monde. Auteur prolifique de romans, nouvelles et pièces de théâtre, on lui doit, entre autre Servitude humaine et La passe dangereuse.
Mon avis :
Ce fut une très agréable surprise. Je m’attendais à un roman un peu mondain et s’il y a des mondanités et du snobisme chez Somerset Maugham, ce n’est pas au détriment d’un récit.
Le fil du rasoir raconte deux quêtes, menées par Larry et Isabel, qui les mènent à la séparation.
Ce roman n’est pas qu’un jeu de référence mondaine de gens fortunés, quoique l’on puisse sentir un certain amusement dans les références successives aux hôtels, aux restaurants, aux villas et aux résidences de la Côte d’Azur. Comme chez Fitzgerald, derrière les paillettes se cachent la souffrance, l’humanité, un besoin de consolation, une envie de vivre.
La recherche de sécurité matérielle se confronte à une quête intellectuelle, spirituelle, quasi mystique. Chacun a de bonne raison de choisir son chemin, mais Isabel n’arrive pas à lâcher prise et à laisser Larry faire et assumer ses choix.
Si l’histoire principale tourne autour de Larry et Isabel, le talent de l’auteur est aussi de nous raconter, au passage, sans avoir l’air d’y toucher, les vies d’Elliott le mondain, de Suzanne le modèle-artiste, ou encore de Sophie, la fille perdue, ou comment chacun essaye de gagner sa place au soleil.
Elliott, l’oncle d’Isabel, est le mondain par excellence, superficiel à souhait, n’étant sur terre que pour briller en société et user de son influence. Mais dans quel but ? Le personnage est entier, savoureux, généreux, tout en étant régulièrement exaspérant de vanité.
Les personnages sont très bien construits et arrivent à donner corps à l’ensemble de l’œuvre. Ce sont davantage eux qui restent en mémoire plutôt d’une histoire. La construction en mosaïque est habille, stimulant l’imagination et l’intelligence, et c’est avec un grand plaisir que l’on découvre successivement les différents épisodes de la vie de Larry, et des autres.
Par contre, l'édition manque cruellement de soin. J'ai plusieurs fois buté sur des tournures de phrases vraiment étranges, qui ne sont pas du ressors du style, mais du problème de traduction et d'un manque de relecture évident.
Horreur des horreurs, les fautes horribles, le manque d'attention portée à la relecture de l'ouvrage. Je n'ai pas relevé les premières, parce qu'au début, on se dit toujours qu'on se trompe, mais là :
p188 : « (…) qui n'accueillaient pas avec une char leur excessive (…) » laisser passer un truc pareil, c'est tout de même hallucinant ! Mais ce n'est pas fini...
p213 : « J'ai tout simplement nus une idée (...) », voilà qui est original.
p216 : « Navez-vous jamais pensé à divorcer ? », l'apostrophe n'est pas une coquetterie.
p373 : « (…) une influence quelconque sur une peuple remuant (...) »
Bref, l'édition n'est pas soignée. Une faute, ça passe ; deux, c'est beaucoup ; plus, cela donne une très mauvaise image de la maison d’édition et ce n’est pas un travail sérieux.
03 fév. 2012
Par Gabriel le vendredi, février 3 2012, 10:00 - Histoire

La création des identités nationales, Europe XVIIIe – XXe siècle de THIESSE Anne-Marie
Editeur : Seuil (13 octobre 2001), Collection Points Histoire
ISBN : 978-2020414067 ; 307 pages
4e de couv :
Les identités nationales ne sont pas des faits de nature mais des constructions. La liste des éléments de base d'une identité nationale est aujourd'hui bien connue : des ancêtres fondateurs, une histoire, des héros, une langue, des monuments, des paysages et un folklore. Sa mise au point fut la grande œuvre commune menée en Europe durant les deux derniers siècles. Le militantisme patriotique et les échanges transnationaux d'idées et de savoir-faire ont créé des identités toutes spécifiques, mais similaires dans leur différence. De l'invention des épopées barbares à la conception des musées d'ethnographie, de l'élaboration des langues nationales à celle des paysages emblématiques ou des costumes typiques, cet ouvrage retrace la fabrication culturelle des nations européennes. Leurs identités sont issues d'un travail collectif et volontariste qui s'est appuyé sur les nouveaux médias de communication. Leçon de l'histoire à retenir, sans doute, pour l'Union européenne.
Anne-Marie Thiesse : Ancienne élève de l’Ecole normale supérieur, elle est directeur de recherche au CNRS.
L’indispensable table des matières :
1. Identification des Ancêtres
Révolution esthétique
Une nation, une langue
Parrainage international d'une culture nationale
Un Etat, des nations
Epopées fondamentales
Histoires nationales
2. Folklore
Recensions
La nation illustrée
3. Culture de masse
La nation comme horizon
La nation par la joie
Mon avis :
Les identités nationales européennes sont à la fois des évidences et des images très complexes à dépeindre, comme on a pu le voir dans les débats récents. Afin d’avoir les idées un peu plus claires sur le sujet, une plongée dans l’histoire des mentalités, sous influence du politique, est parfois nécessaire, instructif, voir rafraîchissant, mais toujours éclairant.
Nous avons tous en tête des clichés nationaux, hardiment construit et teinté d’un folklorisme parfois rétrograde : le bavarois en salopette de peau, avec son chapeau tyrolien, une chope de bière à la main ; l’honorable vieille bretonne dans sa robe noir et la tête armée de sa coiffe traditionnelle. Mais il est impossible de dire que les identités nationales ou régionales se réduisent à cela.
En tant que synthèse historique, cet ouvrage, quoique passionnant, est dépassionné. Il n’y a pas ici de place pour la polémique, mais pour des faits culturels, des faits de société, des actions politiques, qui sont étudiés, analysés et décortiqué, pour en retirer le fruit de la raison.
En analysant les faits culturels, j’ai eut une surprise (de quoi combler une lacune à ma culture) : le mouvement de création d’identités nationales en Europe est en grande partie une réaction à la domination de la culture classique française. Les différentes nations ont commencé à se chercher une définition en réaction à la domination culturelle d’une autre « nation ». La France emboîta aussi rapidement le pas de ce mouvement.
La nation est une pure construction idéologique. On pourrait commercialiser « la nation en kit » : il vous faut un héros mythique, une littérature ancestrale, un drapeau, un hymne, une langue, un costume folklorique. Vous pouvez vous fabriquer une histoire et délimiter un territoire « naturel ».
Le chapitre sur la construction des langues a presque été choquant à mes yeux, dans le sens où cela a bousculé beaucoup d’idées préconçues inculquées par l’éducation nationale : beaucoup de langues européennes sont des constructions contemporaines.
La « facilité » de fabrication de fausses épopées médiévales chantants les louanges de la nation a naître m’a semblé déconcertante.
J’aurai souhaité que la partie sur le rôle de l’école dans la création et la transmission du concept et de la définition de la nation soit un peu plus développée, mais cela peut aussi être l’objet d’une autre lecture.
Les nations semblent se créer « contre » ou « en réaction à » ; les civilisations pourraient-elles être un peu plus constructive ?
Cet ouvrage, sérieux tout en étant très agréable à lire, donne donc à réfléchir à une époque ou on essaye à nouveau de nous fourguer de la nation clichée, avec son lot de crispation identitaire, le tout assaisonnée d’idéologie parfois contestable. Ce livre donne des éléments pour élargir son esprit et ne pas tomber dans la simplification facile.
26 janv. 2012
Par Gabriel le jeudi, janvier 26 2012, 21:00 - Bande dessinée et roman graphique

La Page Blanche scénario de Boulet – dessins de Pénélope Bagieu
Roman graphique
Delcourt, collection Mirages (2012)
ISBN : 978-2756026725 ; 176 pages
4e de couv :
Une jeune femme reprend ses esprits sur un banc sans se rappeler ni de son nom ni de ce qu’elle fait là. Menant l’enquête tant bien que mal, elle tente de recouvrer la mémoire et de retrouver son identité. Mais que va-t-elle découvrir ? Un passé romanesque fait de drames et de romances ou l’existence banale d’une femme ordinaire ? Et dans ce cas, saura-t-elle devenir quelqu’un après avoir été quelconque ?
Mon avis :
J’apprécie beaucoup le « peps » du blog de Pénélope, sa vivacité, ses bons mots, ses références ; j’aime beaucoup le trait de Monsieur Boulet, ses réflexions de philosophie du quotidien qu’il mets admirablement en scène, avec humour et autodérision. Il faut aussi dire qu’en dehors des Notes, je connais assez peu l’œuvre de Boulet.
L’une au dessin, l’autre au scénario, je m’attendais à un récit rondement mené sur ce qui devait être une quête de soi, et je me retrouve avec du Vincent Delerm en BD. A la lecture, j’ai donc éprouvé une certaine déception, une impression de « tout ça pour ça ».
Globalement, le récit est archi-simple (comme c’est souvent le cas dans les meilleures histoires) : une jeune femme « amnésique » rente de redécouvrir qui elle est. L’histoire s’étire pourtant en longueur de façon incompréhensible. On n’avance pas, on traîne.
Personnellement, j’apprécie beaucoup les incises montrant la multiplicité des « ce que je peux trouver si j’ouvre cette porte » et autre « petit film qu’on se fait tout seuls dans sa tête ».
Le personnage de Sonia n’aide pas assez Eloïse à remettre ses choix antérieurs en cause. C’est le personnage bon enfant et un peu mollasson, super content d’avoir trouvé une nouvelle bonne copine, qui l’aide sans lui mettre le coup de pied au fesse dont Eloïse a besoin.
J’ai aussi apprécié le dédoublement de l’héroïne : son « moi » antérieur lui est devenu complètement étranger, dans ses choix, dans ses goûts ou son mode de fonctionnement. Elle est incapable de dire « je » en parlant de son moi d’avant, elle dit « elle ». La mémoire prend ici toute son importance, comme élément constitutif de la personne.
Eloïse est devenue ultra calée en math et a une capacité de déduction accrue, mais des réflexes « basics » semble lui faire défaut : aller voir un médecin, aller faire une déclaration à la police… elle ne le fait pas, sans qu’on comprenne trop pourquoi.
Si au moins Pénélope Bagieu avait le même « peps » que sur son blog au bout du crayon, elle aurait pu sauver l’ensemble. Malheureusement, on s’ennuie un peu[1].
La fin est passe-partout et trop rapide, comme s’il fallait enfin achever cette histoire qui ne raconte finalement pas grand-chose. Eloïse a découvert qu’elle était comme tout le monde, avant son amnésie ; elle a maintenant l’opportunité de tout recommencer. Super.
L’histoire s’arrête au moment où elle aurait pu vraiment commencer.
Ca me fait l’effet d’une BD gentille pour fille gentille.
Le prix de l’ouvrage est aussi étonnamment élevé.
[1] Ca me mortifie d’écrire ça…
18 janv. 2012
Par Gabriel le mercredi, janvier 18 2012, 12:00 - Roman

Les Vraies Richesses de Jean GIONO
Le Livre de Poche (1992) (première édition : Grasset , 1937)
ISBN : 978-2253060291 ; 159 pages
4e de couv :
Dans Les Vraies Richesse, j'ai marqué tout ce que j'avais gagné, véritablement ma richesse. La seule que je nos souhaite, camarades. Vous m'interrogiez sur la joie : à quoi servirait de vous répondre si vous ne saviez pas en même temps de quoi je suis riche, si vous ne saviez ce que je désire pour vous. A partir de ces champs dont je vais vous parler, mêlée à la sérénité des herbes et des vergers, dans la paix de ces maisons armurées de ruches, gronde chaque jour la loi de Dionysos qui fait lutter les hommes avec ivresse contre le travail. Mais dès que vous entrerez dans ce monde, vous trouverez tout de suite une joie : celle des gestes naturels. – Jean Giono –
Les Vraies Richesse ou la passion de la vie naturelle. Jean Giono revient sur les grands thèmes de Que ma joie demeure et entame une défense lyrique des valeurs primordiales de l'existence : plaidoyer en faveur d'un contact direct et sensuel avec le monde, appel à la reconquête des gestes et des pensées authentiques, débarrassées des méditations de la techniques... Récits, anecdotes, réflexions : une prose fervente et prémonitoire qui témoigne du soucis écologique de l'un de nos grands écrivains rebelles aux excès de la modernité.
Mon avis :
J'avoue que ce livre m'a semblé un peu tiède et n'a pas soulevé chez-moi des montagnes d'enthousiasme. Peut-être parce que j'ai commis l'erreur de le lire sans avoir lu au préalable Que ma joie demeure et que cet ouvrage était une réponse aux questions des nombreux fans de Giono.
Le texte lui-même se découpe en trois parties :
1.Un récit de la vie parisienne
2.Un dialogue entre Œdipe et Antigone
3.Comment Mme Bertrand a décidé de faire elle-même son pain
C'est une œuvre clairement à thèse, dans laquelle Jean Giono tente de montrer à ses lecteurs quelles sont les vraies richesses humaines : connaissances, certes, mais surtout techniques, savoirs faire, expériences, sentiments, communion avec la nature, sentiment de vie naturelle.
Il s'agit de se détacher du dieu Argent pour retourner au vrai culte du dieu Pan, ou plutôt Dionysos. On pourra d'ailleurs savourer certains passages, écrits en temps de crise financière grave (ce livre est écrit après la crise de 1929 et avant 1939) qui sont d'une actualité surprenante.
J'ai trouvé dommage, dans un premier temps, que le lyrisme de Giono ne soit pas au rendez-vous. Les trois parties du livres s'articulent très difficilement ; en fait, j'ai eut la sensation qu'elles ne s'articulait pas du tout. Ensuite, la description de la vie parisienne est à la fois vraie et caricaturale, manquant de nuance. Je n'ai pas du tout saisi l'intérêt du dialogue Œdipe / Antigone. La dernière et plus importante partie est truffée de belles idées sur la vie en communauté (bien que l'idéal présenté par Giono ne sera certes pas au goût de tous). Le souffle lyrique de Giono est cependant absent.
Dans sa camapagne idéalisée ici (alors qu'elle l'était moins dans le cycle de Pan, il me semble), Giono me semble avoir tendance à enjoliver le travail paysan. Le poète n'a vraisemblablement jamais poussé une charrue.
L'ouvrage, très court, demande peut-être une seconde lecture, ne serait-ce que pour réanalyser tous les arguments pour combattre le dieu Argent.
15 janv. 2012
Par Gabriel le dimanche, janvier 15 2012, 12:00 - Cinéma

Bienvenue à Zombieland réalisé par Ruben Fleischer, 2009
Avec Woody Harrelson, Jesse Eisenberg, Emma Stone et Abigail Breslin
Pour tout savoir sur le film, la fiche de Wikipédia est bien faite : http://fr.wikipedia.org/wiki/Zombiland Attention : le résumé résume vraiment tout, y compris le combat final.
Mon avis :
Evidemment, c’est un film de pur divertissement dans lequel il n’y a aucune, ou si peu, de recherche de réalisme : Wichita est toujours impeccablement maquillée, personne n’est jamais sale, toutes les installations sont toujours en place et en fonctionnement[1], comme si on s’était contenté de remplacer les humains par des zombies.
Le seul petit élément réaliste qui m’a beaucoup plus était la cause de la zombification : la contamination alimentaire, l’intoxication.
Ce que je trouve très intéressant, à travers les histoires de zombies modernes, est qu’elles remettent l’humain à sa place : il ne peu rien contre la puissance de la nature (la contamination est souvent comparée à la Peste, il y a toujours une peur de la maladie telle que le H5N1 qui est mise en scène) ou à force de jouer avec la nature, celle-ci se retourne contre les hommes (virus de la fureur dans 28 jours et 28 semaines plus tard).
La particularité des films précités est que les zombies ne sont pas des morts-vivants, mais des contaminés. Et ils courent. Le zombie mort-vivant, qui marche voir boitille, est l’outil de critique sociale de Romero. Ici, on se contente de décaniller.
On peut réfléchir un peu sur l’humain, en regardant ce film : les surnoms qu’ils se donnent pour éviter tout attachement, l’attachement qui naît malgré tout, la découverte de l’autre et de ce dont il est capable (le meilleur et le pire). Mais il s’agit surtout d’un teenage-movie, où il est question de séduire une fille – Wichita – et de survivre.
Je n’ai pas vraiment apprécié la scène où, parce qu’il n’y a plus de loi, de force de l’ordre, de prison et de juge, les protagonistes se croient obligés de tout saccager dans un magasin de souvenir indien. Attitude que l’on retrouve souvent dans les films américains, avec la destruction de tous les symboles de culture (dans Transformers –je sais plus combien- tout y passe : bibliothèque, école, musée, et même les pyramides).
L’ensemble reste tout de même bon enfant et fort sympathique, même si certaines réaction sont absurde : la mort de Bill Murray, la quête de Tallahassee du dernier Twinky du monde, le fait de mettre une fête foraine toute en lumière et en musique alors que le monde est peuplé de zombies qui vont évidemment être attirés par le son et lumière.
En plus de passer un moment sympathique, j’ai ai aussi retenu les « règles de survie » :
1.Cardio : le zombie court, il s’agit d’être plus résistant que lui.
2.La double dose : si tu n’es pas sûr, tape encore.
3.Se méfier des salles de bains / toilettes : on y est vulnérable.
4.Attacher sa ceinture.
5.Vérifier le siège arrière.
6.Voyager léger.
7.Ne pas jouer les héros / Jouer au héros.
8.Etre efficace (c’est aussi un précepte de Musashi)
Les numéros ne correspondent pas forcément à l’ordre des règles dans le film…
J’ai trouvé l’idée intéressante et la mise en image ludique et amusante. C’est sans doute l’effet le plus réussit du film.
En bref, c’est un film de zombies amusant, pour un pur moment de détente neuronale.
[1] contrairement à 28 jours ou 28 semaines plus tard qui lui pousse jusqu’au bout le réalisme de la décadence civilisationnelle et humaine
09 janv. 2012
Par Gabriel le lundi, janvier 9 2012, 12:00 - Roman

La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de Philippe DELERM
Éditions Gallimard, collection d'Arpenteur (première édition : 1997)
ISBN : 978-2070744831 ; 94 pages
4e de couv :
« C’est facile, d’écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s’ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l’ongle de l’index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d’un seul doigt. La dernière est si minuscule... L’écossage des petits pois n’est pas conçu pour expliquer, mais pour suivre le cours, à léger contretemps. Il y en aurait pour cinq minutes mais c’est bien de prolonger, d’alentir le matin, gousse à gousse, manches retroussées. On passe les mains dans les boules écossées qui remplissent le saladier. C’est doux ; toutes ces rondeurs contiguës font comme une eau vert tendre, et l’on s’étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis : - il y aura juste le pain à aller chercher. »
Né en 1950, Philippe Delerm a notamment publié La cinquième saison, Le buveur de temps, Mister Mouse et, récemment, Sundborn ou les jours de lumière.
Mon avis :
Le Japon avait les haïku, Philippe Delerm nous offre ses plaisirs minuscules.
Les deux me semblent particulièrement comparable, puisqu'il s'agit dans les deux cas de petits instantanés de vie, des instants fugaces que l'on attrape au vol. L'art écrit est ici très près de la photographie.
Ces 34 récits qui ne dépassent jamais les deux ou trois pages font l'effet d'un album de photographies que Philippe Delerm commente avec beaucoup de tendresse, d'attention pour les petites choses, et un soupçon de nostalgie.
En soi, c'est délicieux, de s'arrêter sur ces plaisirs minuscules. Cela fait un excellent livre de détente du dimanche soir, ou un livre de vacances à la campagne, que l'on va picorer pour avoir la sensation de retrouver le vrai goût des choses. Oui, il faut piocher les petits récits de ce livre, je déconseille la lecture d'une traite, car il pourrait devenir lassant, malgré sa fraîcheur.
S'il avait fait quelques pages de plus, il aurait risqué de sombre dans un « c'était mieux avant » aussi nostalgique que geignard, digne du fils Delerm. Fort heureusement, on sort de ce petit opus avec un peu de joie au cœur, un peu de tendresse et l'esprit en paix.
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