Le blog de Gabriel

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Lecture › Bande dessinée et roman graphique

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi, mars 25 2013

SFAR Joann - Le chat du rabbin, tome 1 - La Bar-Mitsva

sfar_chat_rabbin_1

Le chat du Rabbin – tome 1 La Bar-Mitsva, de SFAR Joann

Bande dessinée
Édition Dargaud – collection Poisson Pilote (2002)

ISBN : 978-2-205052077

4e de couv (site de l'éditeur):

Pendant félin de Socrate le demi-chien, le chat du Rabbin essaye de répondre à une question fondamentale : peut-on apprendre la torah à un chat, fut il doué de parole ? La réponse est une fable savoureuse, d'une intelligence rare qui réjouira les amateurs d'Orient, de jolies femmes et de métaphysique.

Mon avis :

D'aucun dirons qu'il était temps de découvrir cette série fort connue des amateurs de bande dessinée française. 
Quelque part sur le pourtour méditerranéen[1], vivent un rabbin, sa fille et son chat. 
Le chat vit la vie secrète des chats, écoute les secrets de sa maîtresse et dérange les papiers du rabbin, jusqu'au jour où il dévore le perroquet et se retrouve doué de parole. 
Le voilà qui découvre l'art des mots et entre autres la puissance du mensonge, la force de l'humour et la tristesse de la vérité, à la grande douleur du rabbin, car 

"La parole sert à dire le monde, pas à la contrefaire, Shaïtan ! "

Le rabbin entreprend de remettre son chat dans le droit chemin en lui enseignant la Torah, et le chat déclare qu'il ignore s'il est juif, et que si un chat peut être juif, il veut faire sa bar-mitsva.

Le chat joue beaucoup. Il mets en œuvre son esprit de chat, n'hésite pas à mentir, à jouer des tours, à argumenter (y compris sur les textes religieux), à mettre à l'épreuve le rabbin du rabbin, à suivre les élèves du rabbin pour découvrir la vérité sur eux, à poser des questions sur le monde et sa création, la valeur des allégories, et à faire des rêves.

L'expression est privilégiée à l'esthétique, au niveau du dessin, mais l'important est justement ces expressions embarrassées du rabbin lorsque le chat lui pose des questions dérangeantes, ou la malice et la tendresse dans les yeux du chat. 
Les dialogues sont vifs, intelligents et traite en souplesse, et avec humour, des questions de théologie, ou des préoccupation plus humaines et un peu plus « crues », ce qui n'en est pas moins succulent.

Je retiendrai pour finir cette phrase, que j'ai trouvé particulièrement touchante :

Mais le rabbin dit que la main humaine est un outil trop subtil pour qu'on tape les gens ou les chats avec.

Note

[1] j'ai été fichtrement incapable de dire où, mais cela n'a sans doute pas d'importance

mercredi, février 20 2013

HUBERT et KERASCOET - Miss Pas Touche t2 - du sang sur les mains

hubert_kerascoet_mpt2

Miss Pas Touche – tome 2, Du sang sur les mains, de HUBERT (scénario) et KERASCOET (dessin)

Dargaud, collection Poisson Pilote (2007)

ISBN : 978-2205059021

4e de couv :

Après la mort de sa sœur, Blanche continue de mener son enquête dans une maison close, « le Pompadour », qui semble avoir un lien avec cette disparition. Blanche y fait la connaissance de personnages souvent hauts en couleur et, parfois, particulièrement inquiétants, comme celui que l'on appelle « Monsieur ». Blanche pense avoir affaire à l'assassin de sa sœur, mais rien n'est vraiment sûr. Et que penser de « Joli Cœur », autre personnage dangereux, tout comme « Le Rouquin » qui s'avère tout aussi tordu ? Et que dire de Judith qui semble tenir les filles d'une main de fer sans publier l'énigmatique Miss Jo dont le rôle sera ici déterminant ? D'abord apparue comme une oie innocente, Blanche basculera elle même dans une violence irréversible, prête à tout pour découvrir enfin la vérité...

Mon avis :

Il y a dans cet album des choses surprenantes.
Si vous avez lu le tome 1, vous savez donc que Blanche et sa sœur étaient bonnes chez une vieille dame fortunée, jusqu’au jour où la sœur aurait été tuée par le « Boucher des guinguettes », sorte de serial killer de la Belle Epoque à Paris, afin de se débarrasser d’un témoin gênant[1]. Blanche étant persuadée que sa sœur a été tuée par sa faute, décide d’enquêter pour retrouver le meurtrier, ce qui la conduit au Pompadour, maison close de grand luxe.

C’est ici que les choses se gâtent un peu. Blanche, qui est sensée bien porter son nom, accepte assez facilement et rapidement la condition de prostituée (même si elle tient une place spéciale dans la maison). La douce et délicate Blanche fait ici preuve d’un machiavélisme assez surprenant, même si on la savait dégourdie, et passe de l’automutilation au meurtre avec préméditation. Tout de même. Sans que cela semble la toucher.

Je n’arrivais pas à mettre les mots sur ce léger malaise que j’ai ressenti à la lecture de ce tome (puis, des deux, plusieurs fois) : il y a un léger manque de vraisemblance psychologique pour Blanche. Voilà pour la partie « pur pinaillage ».

‘‘Miss Pas Touche’’ est une bande dessinée « polar » des plus respectables, avec une intrigue bien construite, menée de manière classique mais efficace. Le scénario tient ses promesses et les détails se chargent de donner une profondeur au contexte. J’apprécie pour ma part l’expressivité d’un trait légèrement tremblé. Je souhaiterai juste que Blanche soit un peu plus humaine et moins « vierge vengeresse implacable ».

La série comporte deux autres tomes, que je lirais plus que probablement.

Note

[1] j’aimerai d’ailleurs qu’on m’explique comment le tueur a réussi à passer à travers le mur pour faire passer le meurtre pour un suicide

jeudi, février 14 2013

BAGIEU Pénélope - Joséphine, t3, Joséphine change de camp

bagieu_josephine3

Joséphine – tome 3 Joséphine change de camps, de BAGIEU Pénélope

Bande dessinée
Edition Le Livre de Poche (2012)

ISBN : 978-2253131854

4e de couv :

Qu’on se le dise : Joséphine a un amoureux ! C’est officiel, puisque même sa nièce est au courant. Elle plane sur un petit nuage, sans se douter de ce qui l’attend : ses amis célibataires la fuient comme la peste, sa mère se montre odieuse avec son fiancé, elle doit affronter sa nouvelle belle-famille... Seule sa garde rapprochée – Cyril, Rose, son chat Bradpitt – la soutient. Surtout, Joséphine découvre que l’amour ne guérit ni des doutes (« Et s’il savait que je crois aux astres ? »), ni des complexes (« Qu’est-ce qu’il pense vraiment de mes fesses ? »). Immature, gaffeuse et drôle, saura-t-elle rester fidèle à elle-même dans cette nouvelle vie ?

Pénélope Bagieu est une illustratrice française. Elle s'est fait connaître grâce à son blog BD Ma vie est tout à fait fascinante, où elle expose avec humour des instants de sa vie quotidienne.

Mon avis :

Une charmante petite lecture pour la Saint Valentin, sauf (ou surtout ?) si vous êtes la réplique de la Joséphine du premier volume. Parce que oui, ‘‘Joséphine’’ est tout de même de la BD « pour fille » (je ne sais pas si un homme peut comprendre la véritable portée existentielle de la taille d’un postérieur ou de la possession de livres d’astrologie). « Sauf (ou surtout ?) » parce que cela fini bien. Mesdemoiselles, il y a toujours de l’espoir. Bon, Pénélope Bagieu n’étant pas adepte du scénario shakespearien qui se finirait dans le sang et les larmes, il est évident que cela ‘‘devait’’ se finir bien. Sans sombrer dans le conte de fée pour autant.

Donc, nous retrouvons Joséphine, gaffeuse, avec son postérieur disgracieux que compense tout de même son humour cinglant, avec ses complexes, ses inquiétudes, ses espoirs et sa terrible angoisse de rester célibataire. C’est une Bridget Jones frenchy, en quelque sorte, quelques situations monstrueusement embarrassantes en moins.

A la fin de l’épisode 2, Joséphine déménageait et rencontrait enfin un gentil garçon. Une partie de la relation avec Simon se déroule… entre les deux albums. Personnellement, j’adore ce genre de stratagème narratif : on a l’impression de retrouver des copains qu’on n’avait pas pu voir pendant quelques mois.

J’adore la mère de Joséphine qui est tout simplement odieuse : elle enfile comme des perles les remarques insultantes à l’endroit de Simon, jusqu’à une forme de racisme. C’est succulent : on a vraiment envie de lui en coller une… C’est tout le charme de l’art : faire naître des émotions fortes en ce qui semble être quelques coups de crayon.

Cet album est, avec les deux précédents, une promenade légère dans les abysses des sentiments humains.

jeudi, janvier 3 2013

BARJAM Denis - Universal War One

bajram_universal_war_one

Universal War One, de BARJAM Denis

Soleil Productions (2010)

ISBN : 978-2302013681

Les volumes :

tome 1 : La genèse
tome 2 : Le fruit de la connaissance
tome 3 : Caïn et Abel
tome 4 : le déluge
tome 5 : Babel
tome 6 : Le patriarche

4e de couv :

La destinée humaine, un éternel recommencement. Un jour, le Mur est apparu, insondable, coupant le système solaire en deux. Uranus a déjà disparu… ! L’escadrille Purgatory ne dispose que trois jours pour empêcher un cataclysme qui emportera le berceau de l’humanité à tout jamais. La guerre universelle vient de commencer…

Mon avis :

Universal War One nous propose une histoire de paradoxe temporel sur fond de sauvetage de ce côté de la galaxie.

Un « mur » noir opaque coupe le ciel en deux, quelque part à proximité d'Uranus, près des colonies humaines qui se disséminent dans le système solaire. Pour percer le mystère, les militaires décident d'envoyer leur escadrille spéciale « Purgatory ».

Cette escadrille Purgatory porte bien son nom, puisque tous ont des cadavres planqués dans les placards, ce qui les rends à la fois intéressant et assez attachant. La lâcheté des uns, le courage quasi-suicidaire des autres, tous ont causé la mort et sont en attente de jugement. Une vraie équipe de têtes brûlées qui n'est pas la mieux choisie, visiblement, pour devenir les sauveurs du système solaire. On pourra simplement regretter que les personnages soient un brin cliché, tant dans les traits de caractère que dans ceux des silhouettes.

La réécriture de la Bible en introduction aux principaux chapitres est intéressante, créé une ambiance très particulière où se côtoient Genèse dans le texte et Apocalypse dans les images. Outre cela, ces incises servent parfaitement le déroulement de l'intrigue.

Il est difficile de parler de l'histoire de paradoxe temporel sans déflorer le cœur du récit. Je ne le ferais donc pas, et me contenterai de dire que la compréhension de certains passages sont on ne peut plus ardus. Tout l'art du scénariste est alors de « résoudre » les problèmes de paradoxe avant qu'ils n'apparaissent, ce qui est plutôt bien réalisé au fil des épisodes.

La fin est assez étonnante, quoi que dans la lignée de ce qu'il s'est présenté dans tous les épisodes : une parabole biblique. Elle est simplement terriblement capillo-tractée (une apparition de Superman aurait été du même effet). La boucle est bouclée, tout à fait logiquement, mais le prix de l'entourloupe scénaristique est assez élevé : certains lecteurs (dont moi) sont laissé sur le bord du chemin.

samedi, décembre 29 2012

NEEL Julien - Lou ! tome 6 - L'âge de cristal

neel_lou_6

Lou ! – l’âge de cristal tome 6, de Julien NEEL

Bande dessinée Glénat (2012)

ISBN : 978-2723484268 ; 56 pages

4e de couv :

Un beau jour, de grands cristaux roses transpercent anarchiquement le cœur de la ville. Depuis, Lou partage son temps entre un programme de collecte de données scientifiques pour le gouvernement, la garde d'un petit frère obnubilé par les dinosaures et les sorties en boîte de nuit. Elle se dit quand même que c'est un peu n'importe quoi, mais pas désagréable. Cette sensation ouateuse, ce flottement incertain... Est-ce que c'est ça, devenir adulte ? Les questionnements aussi fondamentaux qu’universels de Lou font de cette série un petit joyau de la bande dessinée jeunesse. Lou ! a reçu de nombreux prix dont le Prix Jeunesse au Festival d’Angoulême, mais a surtout su conquérir le cœur d’un public de plus en plus nombreux. Grands et petits, filles et garçons, tous se jetteront sur ce nouvel album pour découvrir la suite du destin de l’adorable Lou !

Mon avis :

Lou ! est pour moi un petit trésor d’intelligence, de sensibilité et de justesse dans l’univers impitoyable de la bande dessinée dite « adolescente ». Les couleurs pastel noyées de glucose et les histoires de petites filles amoureuses peuvent sembler mièvres de prime abord, mais c’est au contraire la complexité de la vie d’une petite fille qui devient ado qui se développe au fil des pages. Lou !, c’est un dessin qui tape juste dans la douceur mais aussi dans l’émotion, avec des thématiques ardues (rapport fille-mère, la maturité, les douleurs d’enfance et d’adolescence, les rapports aux autres, l’amitié, l’amour, l’absence du père, les mères célibataires), tout en préservant un côté un peu fou-fou.

J’attendais beaucoup du tome 6, en espérant le développement des thématiques « paternelles » et une réflexion sur ce que Lou peut attendre et / ou espère de l’amour. Et puis rien… A la première lecture, j’ai simplement ressentie une immense déception devant cet album qui ne semble servir à rien dans l’histoire de cette petite ado, où Lou se transforme en créature de boîte de nuit (oué, tout de même…), dans un décor halluciné de cristaux géants qui poussent en pleine ville. Les images du père sont absentes (qu’on ne me parle pas du très inutile suédois qui ne sert à rien) et Paul est à peine mentionné alors qu’il y avait aussi beaucoup à développer avec ce personnage.

Je serai moins sévère à la deuxième lecture, après avoir relu Laser Ninja, parce que des résonances intéressantes apparaissent clairement dans les albums. Il y a une continuité, mais développée ici sur un plan symbolique qui est assez difficile à saisir. Lou ressent son monde comme ouateux, un brin halluciné, assez indécis, où tout change et rien ne change. Certains effets sont assez réussis en ce sens, mais on a la sensation que l’histoire n’avance pas, qu’elle n’a pas avancé depuis 3 ans.

Les cristaux et ces histoires de recherches gouvernementales semblent un délire de science-fiction fumeuse, alors qu’un des atouts de Lou ! était au contraire son réalisme matériel allié à la fantaisie de l’adolescence. Cette fois, on est passé de l’autre côté du miroir, et ça ne plait pas forcément (l’accueil de l’album par le public est très dur, à ce que j’ai pu en lire).

Le dessin est tremblé, beaucoup moins précis que dans les albums précédents. On nage dans le coton et l’indéfinissable.

J’attends de voir la suite (en espérant qu’il y en ait une avant 3 ans…). Cet album m’a semblé dans un premier temps « parfaitement inutile », mais il me semble que c’est un album de transition. La suite sera à lire avec prudence…

mardi, novembre 27 2012

MONTAIGNE Marion - Tu mourras moins bête, tome 2

montaigne_mourras_moins_bete_2

Tu mourras moins bête – tome 2 – qui de neuf docteur Moustache ? de Marion MONTAIGNE
Bande dessinée scientifique
éditions Ankama

ISBN : 978-2359102932 ; 254 pages

4e de couv :

Après avoir brillamment démystifié la science au cinéma, le Professeur Moustache s'attaque à... votre corps ! Si vous croyez que l'apoptose est une maladie des pieds ou si pour vous le « stade anal » est un lieu de concert de 100 000 personnes, alors ce livre est fait pour vous ! Méchants virus et vilaines bactéries, psychologie et scientifiques un peu cinglés : pour passer son doctorat les doigts dans le nez ou simplement pour briller en société, Tu Mourras moins bête, c'est excellent pour la santé ! Grâce à son programme « cinq rires et légumes par jour », le Professeur Moustache vous promet un esprit sain dans un cornichon !

Mon avis :

Après s'en être prise au cinéma, Marion Montaigne s'attaque à la médecine en général et au corps humain en particulier (principalement ceux des frères Bogdanov de surcroit).

Nous plongeons donc dans les miasmes et tout ce que la nature peut avoir de gluant et visqueux : tripes, viscères, sang et boyaux. Mais c'est toujours avec beaucoup d'humour et d'auto-dérision que sont abordés des sujets comme le suicide des cellules, la conscience de la tête décapitée ou encore la petite autopsie finale.

Il est très appréciable que Marion Montaigne aborde aussi bien la biologie que la psychologie, même si ce n'est que pour rire un coup et se payer la tête de scientifiques profondément siphonnés du bulbe (oui, il y en a).

Même si ce n'est pas toujours très sérieux (mais le professeur Moustache est punie$$i.e. Crucifiée, flagélée et écartelée, le tout dans le même sujet très complex « comment le corps traque-t-il les virus ? » pour ses dessins de cellule ou virus avec des yeux, portant des cravates ou encore pour avoir donné des ailes au papillomavirus) tout est toujours très drôle et a le mérite de démystifier totalement beaucoup d'expériences compliquées. La science, c'est du sérieux, mais cela peut aussi être une bonne tranche de rire.

A mettre dans toutes les mains (ou presque).

lundi, octobre 22 2012

BOULET - Notes t.7 - Formicapunk

boulet_notes7

Notes 7 – Formicapunk de BOULET
Delcourt (2012) – Shampooing
ISBN : 978-2-7560-3130-9 ; 190 pages

4e de couv :

Les notes du blog de Boulet, parues de juillet 2010 à juillet 2011, en format moins éphémère que sur un écran d'ordinateur.

Depuis 2004, bouletcorp.com s'est efforcé de porter un regard neuf sur la société, en abordant des thèmes aussi divers que l'informatique, le rock'n'roll, le kebab, la musique de rue, le sexe et Mireille Mathieu.

Mon avis :

La parution d'un nouveau tome de « Notes » du sire Boulet est toujours, à mon sens, un événement majeur de la vie culturelle française. (Et je fais toujours court, parce que Boulet n'a toujours pas besoin de pub).

J'ai ris bêtement dans mon lit en regardant un monstre gardien de Donjon lire « Polina » p136.

Je crois qu'on est un certain nombre de trentenaire, qui ont fait du JdR, qui aiment le méd. Fan. Et la SF, et qui arrive à artistement mélanger tout cela avec les affres du quotidiens, quelques réflexions sur la science ou des questionnements existentiels (sur l'accumulation d'objets, au hasard). En cela, le terme de Formicapunk est admirablement bien trouvé.

Et pour conclure : Gloire à « La bête en moi » (p38 à 41).

(Je crois que Boulet avait annoncé que le tome 6 serait le dernier. C'était peut-être en fait le 7. Sans doute avant le prochain).

vendredi, juin 15 2012

Beauté t2. La Reine indécise - Hubert et Kerascoet

hubert_kerascoet_beaute_t2

Beauté, Tome 2 : Désirs exaucés Bande dessinée
Scénario HUBERT ; Dessin KERASCOET
Éditions Dupuis (2012)

ISBN : 978-2800151632 ; 48 pages

4e de couv :

La beauté de Morue ayant conquis le cœur du roi, la voilà donc reine. Mais elle s'avère rapidement incapable de s'intéresser aux affaires du royaume et, malgré les efforts de la laide mais spirituelle princesse Claudine, le roi et la cour semblent plus soucieux de satisfaire à ses caprices que de s'occuper de la guerre en cours...

Mon avis :

Voici la suite d'un premier tome que j'avais trouvé enthousiasmant, et cela continu.

Morue, la souillon du village, après avoir délivrer une fée d'un enchantement, reçoit en don d'être perçue par les autres comme l'incarnation de la beauté faite femme. Ce qui devait simplifier sa vie ne fait en réalité que de complexifier celle de tout le monde.
Voici Morue, devenue Beauté, sur le trône du Royaume du Sud, sa beauté lui donnant maintenant le pouvoir d'assouvir tous ses caprices.

Les hommes ne l'aiment pas : ils la désirent. Ce désir est si violent qu'ils en arrivent à tout perdre, à commencer par l'estime de soi, la raison, la vie. Les hommes qui approchent Beauté et qui sont séduits par leur propre idée de la femme à la beauté parfaite, se décomposent lentement (ou meurent violemment), après avoir commis des abominations au nom de la femme « aimée ».

Morue s'imaginait que devenir Beauté lui rendrait la vie plus facile. Sa gentillesse première a disparue sous une couche de bêtise et surtout de narcissisme. Beauté ne sait penser qu'à elle, à ses envies et ses propres désirs. En ayant le pouvoir d'obtenir ce qu'elle veut, quitte à affamer tout un royaume, elle ne fait qu'assouvir ses propres caprices et condamner à mort la terre entière. Sa charité n'est jamais qu'un outil pour combler son manque d'amour.

Morue / Beauté est certes un peu cruche, mais tombe-t-on toujours dans l'excès inverse dès que l'on obtient ce que l'on a toujours souhaité ? Morue la mal-aimée s'ingénie à être au centre de toutes les attention, sans avoir la moindre petite pensée pour le monde, tout ce monde, autour d'elle.
Alors non, elle ne voit pas à mal, mais elle veut « tout et son contraire » (dixit Pierre) et « elle se contente d'être là et tout sombre dans le chaos » (dixit la fabuleuse Claudine). Morue / Beauté a tout de même assez d'esprit pour reconnaître que son don est totalement disproportionné.

Bref : des meurtres, des larmes, de la folie, la guerre...

On félicite toujours le dessinateur, parce que son travail est plus « visible » et qu'il fait toujours de super dédicaces colorées. Je voudrais remercier particulièrement le scénariste, pour avoir su mettre si simplement en scène les complexités de l'âme humaine, dans une histoire dramatique et touchante. Il y a bien évidemment des développements scénaristiques attendus, après tout, on est dans un conte, mais systématiquement, la douceur est rompue par des manifestations de cruauté toute humaine.

J'attends aussi impatiemment de voir quel tour (intéressant ?) vont prendre les relations entre la Princesse Claudine et le chevalier Eudes[1]...

Note

[1] je trouve que leurs relations se tissent avec une rare finesse

jeudi, mai 31 2012

MONTAIGNE Marion - Tu mourras moins bête, tome 1

montaigne_mourras_moins_bete_1

Tu mourras moins bête – tome 1 – la science, c'est pas du cinéma de Marion MONTAIGNE
Bande dessinée scientifique
éditions Ankama

ISBN : 978-2-35910-325-0 ; 255 pages

4e de couv :

Si vous avez toujours rêvé de manier le sabre laser ou de rétrécir vos gosses, réveillez-vous : le cinéma, c'est pipeau et compagnie ! La célèbre Professeure Moustache, bien connue des nombreux fans du blog de Marion Montaigne, épluche pour vous les aberrations scientifiques qui peuplent vos films et séries préférés. La science, ce n'est peut-être pas du cinéma, mais avec la Prof Moustache, c'est terriblement drôle !

Mon avis :

Devenir un peu plus intelligent tout en s'amusant, voici qui est possible grâce à Marion Montaigne.
La voici qui dissèque toute les absurdités scientifiques que l'on nous sert dans les fictions de tout poil.

Le dessin n'est pas « joli », c'est pas Rembrandt, mais il est terriblement expressif : il est drôle et le contenu est intéressant.

La mise en scène des petits sketchs est très réussie, à la fois démonstrative, scientifique, démontant les idées fausses très cinématographiques les unes après les autres, tout en jouant sur le comique, l'absurdité de certaines situations. Pour moi qui ai profondément horreur des armes à feu[1], la mise en évidence de l'irréalisme total de leur utilisation dans les séries télévisées et au cinéma est tout simplement fantastique.
Par contre, l'irréalisme des sabres lasers m'a fendu le cœur. Moi qui en ai toujours rêvé...

Vous voulez savoir pourquoi il n'y a pas de bon endroit où se faire tirer dessus ? Vous voulez connaître la vérité sur les armes à feu ? Pourquoi on ne peut pas respirer sous l'eau ? Pourquoi non ne peut pas ressusciter des dinosaures ? Oui, vous saurez tout sur les fantasmes scientifiques du cinéma en lisant cette extraordinaire BD.

Note

[1] Non, je ne comprends pas cette fascination pour la mort et la destruction, j'ai beau faire des efforts, je n'y arrive pas

jeudi, janvier 26 2012

La Page Blanche - Pénélope Bagieu et Boulet

bagieu_boulet_page_blanche

La Page Blanche scénario de Boulet – dessins de Pénélope Bagieu

Roman graphique

Delcourt, collection Mirages (2012)

ISBN : 978-2756026725 ; 176 pages

4e de couv :

Une jeune femme reprend ses esprits sur un banc sans se rappeler ni de son nom ni de ce qu’elle fait là. Menant l’enquête tant bien que mal, elle tente de recouvrer la mémoire et de retrouver son identité. Mais que va-t-elle découvrir ? Un passé romanesque fait de drames et de romances ou l’existence banale d’une femme ordinaire ? Et dans ce cas, saura-t-elle devenir quelqu’un après avoir été quelconque ?

Mon avis :

J’apprécie beaucoup le « peps » du blog de Pénélope, sa vivacité, ses bons mots, ses références ; j’aime beaucoup le trait de Monsieur Boulet, ses réflexions de philosophie du quotidien qu’il mets admirablement en scène, avec humour et autodérision. Il faut aussi dire qu’en dehors des Notes, je connais assez peu l’œuvre de Boulet.

L’une au dessin, l’autre au scénario, je m’attendais à un récit rondement mené sur ce qui devait être une quête de soi, et je me retrouve avec du Vincent Delerm en BD. A la lecture, j’ai donc éprouvé une certaine déception, une impression de « tout ça pour ça ».

Globalement, le récit est archi-simple (comme c’est souvent le cas dans les meilleures histoires) : une jeune femme « amnésique » rente de redécouvrir qui elle est. L’histoire s’étire pourtant en longueur de façon incompréhensible. On n’avance pas, on traîne.
Personnellement, j’apprécie beaucoup les incises montrant la multiplicité des « ce que je peux trouver si j’ouvre cette porte » et autre « petit film qu’on se fait tout seuls dans sa tête ».
Le personnage de Sonia n’aide pas assez Eloïse à remettre ses choix antérieurs en cause. C’est le personnage bon enfant et un peu mollasson, super content d’avoir trouvé une nouvelle bonne copine, qui l’aide sans lui mettre le coup de pied au fesse dont Eloïse a besoin.
J’ai aussi apprécié le dédoublement de l’héroïne : son « moi » antérieur lui est devenu complètement étranger, dans ses choix, dans ses goûts ou son mode de fonctionnement. Elle est incapable de dire « je » en parlant de son moi d’avant, elle dit « elle ». La mémoire prend ici toute son importance, comme élément constitutif de la personne.
Eloïse est devenue ultra calée en math et a une capacité de déduction accrue, mais des réflexes « basics » semble lui faire défaut : aller voir un médecin, aller faire une déclaration à la police… elle ne le fait pas, sans qu’on comprenne trop pourquoi.
Si au moins Pénélope Bagieu avait le même « peps » que sur son blog au bout du crayon, elle aurait pu sauver l’ensemble. Malheureusement, on s’ennuie un peu[1].

La fin est passe-partout et trop rapide, comme s’il fallait enfin achever cette histoire qui ne raconte finalement pas grand-chose. Eloïse a découvert qu’elle était comme tout le monde, avant son amnésie ; elle a maintenant l’opportunité de tout recommencer. Super.
L’histoire s’arrête au moment où elle aurait pu vraiment commencer.
Ca me fait l’effet d’une BD gentille pour fille gentille.

Le prix de l’ouvrage est aussi étonnamment élevé.

Note

[1] Ca me mortifie d’écrire ça…

dimanche, décembre 18 2011

Boulet - Notes 6 - Debout, mes globules !

boulet_notes6

Notes 6 – debout, mes globules de BOULET

Delcourt (2011) – Shampooing

ISBN : 978-2756028491 ; 210 pages

4e de couv :

Les notes du blog de Boulet, parues de juillet 2009 à juillet 2010, en format moins éphémère que sur un écran d'ordinateur.

Mon avis :

Je vais faire court, parce que Monsieur Boulet n'a pas besoin de moi pour lui faire de la publicité : il est déjà connu et reconnu, ce qui est à mon sens une bonne chose.

A l'époque, déjà, le Roméo et Juliette 2010 (p54-55) m'avait beaucoup plu, ainsi que les planches entre lesquelles l'histoire-parenthèse était insérées : « il était une fois... » p49-57. L'idée majeure était : on peut parler de « l'amour pour la vie, quand on est un vieillard à 25 ans, mais de nos jours... ». je trouve toujours admirable de pouvoir parler de la société, des gens, de l'amour, des sentiments, tout en y associant des dragons et des armures. Le sujet et le talent de la narration sont là.

En gros, et pour paraphraser tout ce qui a déjà pu être écrit sur Boulet et ses notes, ce sont des tranches de vie, alliant des réflexions parfois profondes sur la-vie-la-mort-l'amour, des envies secrètes (de trucider le ù£ù$m:/% qui joue de la perceuse le week end à 9h du matin), le tout avec humour et une grande justesse.
Les notes de Boulet, ce sont parfois des haïku en couleur.

Je regrette donc que cela soit, à ce que dit l'auteur (dans une note que je ne retrouve d'ailleurs plus sur son blog...), le dernier ouvrage de la série, que le blog ne sera plus édité sur papier. Je comprends, mais je regrette.

mercredi, novembre 9 2011

Gally - Mon gras et moi

parce que j'aime bien le grand-écran dans mes lectures...

gally_mon_gras_et_moi

Mon gras et moi de Gally

Éditions Pocket – Bande dessinée

ISBN : 978-2266200516 ; 90 pages

4e de couv :

Elle est grosse, très grosse, et entretient depuis toujours des rapports existentiels avec son gras. Elle croque avec un humour à double tranchant sa lutte contre ses bourrelets, les orgies de barres diététiques, et le regard d'autrui. Source de bien-être zygomatique, cette BD couvre 100% des apports journaliers recommandés en matière drôle... Histoire de ne pas laisser le lecteur sur sa faim !

Mon avis :

Je comptais offrir cette bande dessinée à une amie très chère qui est très complexée par son poids. Il me semblait que mettre une pincée de rire et d’autodérision, sans aider à faire perdre le moindre gramme, aiderait à mieux s’accepter.
Je vais garder pour moi cet ouvrage[1] et laisser mon amie tranquille. Non pas que la bande dessinée de Gally m’ait déplu, qu’elle ne soit pas drôle, ou pire, qu’elle serait mal dessinée, mais elle ne corresponds pas du tout à la problématique de mon amie. Je lui prêterai, éventuellement, à l’occasion. Mon amie a une volonté de fer, or le personnage-Gally non. Pas du tout.

Le personnage-Gally se met au régime, mais dévalise une boulangerie 30 minutes après avoir pris sa grande décision. Classique. Quantité de jeunes filles et jeunes femmes peuvent se reconnaître là-dedans.

Ce que j’ai trouvé intéressant est que tout d’abord, cette bande dessinée n’est pas culpabilisante. Elle nous fait partager le désarroi de la personne « ronde » qui voudrait changer, mais qui est confrontée à sa volonté, à ses problèmes personnels (parce que non, le poids n’est pas qu’une question de volonté, sinon, ma copine serait une sylphide).

On fait ensuite à peu prêt le tour de la question, entre le problème esthétique personnel, les problèmes de santé qui peuvent se poser, mais aussi on fait le tour complet sur le regard des autres, sur les petits commentaires, sur le poids du regard social, sur la difficulté de ne pas « être comme tout le monde ». Gally arrive en plus à créer une connivence entre son personnage et le lecteur qui aide à modifier son regard.
J’ai aussi beaucoup apprécié la planche sur le point de vue du copain du personnage-Gally, qui lui… s’en fout. Il aime, c’est tout. Avec ou sans les kilos. Parce qu’il y a des entourages, et des « rond(e)s » qui s’en foutent. Ils vivent, et si ça ne plait pas aux autres, c’est pareil.

J’ai aussi une mention spéciale à décerner au succulent passage sur les filles de 45 kg tout mouillé qui se plaignent auprès de leur amie ronde, parce qu’elles ont pris 600 gr et on mis au moins deux jours pour les perdre. Cette fois, par empathie, on se retrouve dans la peau de la demoiselle ronde… et cela remet les pendules à l’heure.

J’aime pour ma part le trait de Gally, rond et souple, drôle, piquant, pertinent.

C’est une lecture à la fois détendante et très touchante.

Notes

[1] d’où l’utilité d’acheter un exemplaire pour soi avant d’acheter un second exemplaire à offrir…

mardi, octobre 11 2011

Pavlenko & Voyelle - Les envahissants

pavlenko_voyelle_envahissants

Les envahissants de Marie PAVLENKO et Marie VOYELLE

Bande dessinée de qualité parue chez Le Livre de Poche (2011)

ISBN : 978-2253131809 ; 128 pages

4e de couv :

Empêtrée dans sa thèse dont elle ne voit pas le bout, Marie n'a plus que trois semaines pour la terminer. Ça s'annonce mal, d'autant que trois squatteurs débarquent dans sa vie et s'accordent à la chambouler : Glooms, le sergent au paquetage surréaliste, Raoul le morse et Candy Crystal, la bimbo intello. Attention, le compte à rebours est lancé !

Mon avis :

Marie travaille depuis trois ans sur sa thèse, à savoir la traduction et le commentaire de tablettes en assyrien cunéiforme relatant l’histoire d’Assurnasirpal, un roi-guerrier[1]. Marie est empêtrée dans ses doutes, l’impression de vanité de son travail, ce qu’elle voudrait se prouver à elle-même, à ses proches. Après s’être enfermée dans une solitude un brin pathétique, la voilà envahie par des amis imaginaires.

Raoul le morse, le sergent Glooms et Candy Crystal sont tous les trois des facettes de la personnalité de Marie : le grand tout mou parfois défaitiste, plein de doute, en manque d’affection ; le guerrier conquérant ; la pure pin-up mais intello. Et ces trois personnages, au lieu de freiner Marie dans son travail (ce à quoi on s’attendrait) vont la pousser, dans un enchaînement de situations cocasses, à poursuivre et achever sa thèse, à vaincre ses peurs.

La narration est bien menée, bien rythmé, chaque sensation de temps mort ayant un sens (et ce ne sont que des sensations). Le tout est servi par un trait gracieux et expressif, avec un jeu de couleur servant la narration. En somme, le dessin est agréable et attrayant.

J’ai beaucoup apprécié le paquetage du sergent Glooms, sur lequel sont accrochés divers objets changeant au fil des heures et des cases : pantoufles, jeu de plage, poulet, passoire…
Une mention spéciale personnelle pour Candy Crystal, la preuve en image que les filles peuvent être à la fois très intelligente et ultra sexy[2].
Un autre coup de cœur pour Raoul, le morse impétueux, la machine à tendresse qui sait pourtant ruer dans les brancards.
Marie nous offre tous ses doutes, ses angoisses, ses comportements parfois étranges, ses colères mais aussi sa volonté de fer et sa douceur. C’est un personnage étonnamment humain et entier. Bref, vous l’aurez compris : au-delà des clichés, les personnages sont admirablement construits et très attrayants.

La fin est malheureusement un peu rapide. J’aurai souhaité voir une confrontation entre Marie et sa mère, voir un peu plus la construction d’une histoire sentimentale. L’impression est que les auteurs n’avaient plus assez de place pour achever leur propos. C’est dommage, car j’aurai grandement apprécié 20 pages de plus. Ces envahissants sont tellement attachants.

Notes

[1] ce qui a autant d’intérêt pour le commun des mortels qu’une thèse sur les chevaliers-paysans du lac de Palladru (il me semble d’ailleurs qu’il existe réellement au moins une thèse sur le sujet, et qu’elle a été fondamentale sur la conception historique de la naissance de la noblesse (non Carolingienne) à partir du Xe siècle... Comment ça, on s’en fout ???)

[2] Je veux monter une association pour la fin de la dichotomie Buffy / Willow

samedi, juillet 23 2011

Beauté t1. Désirs exaucés - Hubert et Kerascoet

hubert_kerascoet_beaute_t1

Beauté, Tome 1 : Désirs exaucés

Bande dessinée Scénario HUBERT ; Dessin KERASCOET

Éditions Dupuis (2011)

ISBN : 978-2800150239 ; 48 pages

4e de couv :

Présent inestimable ou cadeau empoisonné, son incroyable beauté va-t-elle faire de Morue une princesse adulée ?

Un conte de fée caustique et flamboyant, signé par Hubert et dessiné par Kerascoët.

Petit résumé rapide de l’histoire :

Dans son village de pêcheur, Morue est incontestablement la fille moche (en plus de ne pas être très intelligente). A force d’écailler le poisson, l’odeur imprègne sa peau et rien ne peut la faire disparaître, ses oreilles sont décollées, son nez et menton tordus, elle a sans doute les cheveux gras, et il ne lui manquerait plus qu’elle louche. Elle est évidemment le souffre douleur d’à peu prêt tout le monde, quoiqu’elle ait un ami et une mère aimante.

Voilà qu’un jour, au comble du désespoir, elle pleure de compassion sur la laideur d’un vilain crapaud qui n’est non pas un prince, mais une fée emprisonnée. Mab accorde un vœu à Morue, qui demande la beauté. Si Mab ne peut changer la nature, elle peut en modifier la perception, et voici que Morue devient, aux yeux de chacun, l’incarnation de la beauté parfaite.

Dès son retour, les drames s’enchaînent, car une telle beauté engendre convoitise, désir, jalousie, haine, et commencent les querelles, les bagarres, les morts et bientôt les guerres.

Mon avis :

Plutôt que conte de fée « caustique », je qualifierai plutôt cette BD comme « cruelle ». Nous sommes bien dans le conte, avec des fées, des princes, des rois, un univers Renaissance / moderne réaliste teinté d'une touche de magie, juste ce qu'il faut.

Ce premier tome de Beauté est l’annonce d’un jeu de massacre, tout en ayant lui-même son lot d’horreur. Il y a déjà trois morts directs du fait de Morue, devenue Beauté dans le regard des autres. Les hommes veulent la posséder ; les femmes veulent soit la faire disparaitre (en la chassant ou la tuant) soit la manipuler.

Il ne faut pas être grand savant pour se douter que Mab, la créature féérique libérée par les larmes de compassion de Morue, n’est pas vraiment une fée sympa. Morue n’étant pas très futée, elle se fait proprement manipuler par Mab, qui revient régulièrement ajouter de l'huile sur le feu, et ainsi commence l’escalade des désirs de gloire, de richesse et d’amour.

Le dessin est frais, en lignes simples (sans tout un tas de 'tits traits partout très artistiques) et courbes. La couleur est faite par aplat, c'est simple et de bon goût. Disons que je trouve que cela cadre bien avec le genre du conte : restons dans la simplicité apparente, pour aller creuser un peu le cœur des humains. J’ai beaucoup apprécié le fait que Morue reste graphiquement Morue et que les traits de Beauté n’apparaissent que ponctuellement, pour retranscrire l’illusion dont sont victimes les regards des personnages. Je regrette simplement la lourdeur de certains encarts ou les petits tirets qui montrent au lecteur (qui est donc un gros stupide) que le personnage a bien regardé tel ou tel détail de l’image.

Je suivrai la suite avec grand intérêt.

jeudi, janvier 27 2011

Moore Alan & Gibbons Dave - Watchmen

moore_gibbons_watchmen

Watchmen de Alan MOORE et Dave GIBBONS

Panini Comics (2009), collection DC Big Books

ISBN : 978-2809406405 ; 500 pages

Présentation :

On supprime le Comédien et, soudain, le monde devient triste. Quand l'un des plus grands héros de la Terre à la retraite est tué par un mystérieux assassin, les « rescapés » de la scène super-héroïque reprennent du service et mènent l'enquête, alors que la planète est au bord d'une catastrophe nucléaire...

Alan Moore et Dave Gibbons ont imaginé ce qui est considéré par de nombreux critiques et lecteurs comme "l'une des meilleures bandes dessinées jamais créées"; "un chef-d'œuvre, sommet du genre"; entre autres termes élogieux. Découvrez dans cet album les douze épisodes de la maxi-série.

Mon avis :

Watchmen est une uchronie parfaitement bien montée (imaginez : les Etats-Unis ont gagné la guerre du Viêt-Nam…), se déroulant dans des années 1980 d’un « monde parallèle » restant très ressemblant au nôtre, connaissant les affres de la Guerre Froide, plus glaciale qu’elle ne l’a jamais été. Face à la Guerre nucléaire et à la hantise d’une troisième guerre mondiale, le Docteur Manhattan semble être le dernier rempart contre la destruction du monde, mais aussi la cause d’une prolifération des armes nucléaire, le tout dans une ambiance « MacCartiste » prononcée. Le soupçon est partout, la paranoïa étouffe les gens, la peur rampe, et l’assassinat du Comédien laisse présager l’arrivée de jours plus sombres qu’ils ne le sont déjà, en remettant en lumière les anciens héros masqués.

Des détails foisonnent pour donner une véritable densité à cet univers où les supers-héros sont en retraite forcée pour la plupart ou hors-la-loi pour le cas de Rorschach. Les générations de super-héros semblent se succéder, avec ses anciens détenteurs de sagesse, ceux qui ont pris la relève et qui se sont fait remercié par la population. Car la question est bien là : qui sont-ils pour faire ce qu’ils font ? Ils n’ont pas de mandats, pas de chefs, à qui rendent-ils des comptes, et sont-ils au dessus de la loi qu’ils entendent faire appliquer ? ‘‘Quis custodiet ipsos custodies ?’’ Des focus sur les personnages en fin de chaque épisode sont systématiquement éclairant sur l'un ou l'autre, tout en mélangeant les genres : comics, roman, lettre, reportage, coupures de journaux.

Un élément m’a semblé particulièrement intéressant : les super-héros sont « normaux », sauf Docteur Manhattan, victime d'une expérience scientifique. Exception faite de cette incursion en science-fiction, les autres supers-héros n’ont que leurs poings et dentelles / intelligence / force / bravoure / richesse pour combattre le crime. Un peu comme si monsieur Tout le Monde en avait assez du bazar ambiant, de la criminalité, et se retroussait les manches pour agir. Il est cependant clair que tous en tiennent tout de même une légère couche, et on voit plus ou moins clairement les différentes névroses de chacun. Rorschach est un sociopathe paranoïaque patenté, certes, mais Ozymandias est totalement mégalomane, Sally Jupiter un brin hystérique, Le Comédien est un pervers destructeur, Le Hibou étouffe sous ses complexes, Spectre Soyeux n’a toujours pas réglé ses problèmes avec sa mère, Docteur Manhattan n’a plus d’empathie et s’éloigne de l’humanité. Le Super-Héros est névrosé, comme tout le monde, son héroïsme est sa thérapie (ou la manifestation de sa névrose ?)

J'ai beaucoup apprécié le format feuilleton. Il est évident que lire une « intégrale » fait perdre un peu de son charme à la chose, puisqu'il n'y a pas l'attente, entre chaque épisode, ni l'opportunité de lire et relire les épisodes précédents avant d'entamer celui qui vient fraîchement de sortir. L'intégrale permet de tout dévorer d'un coup (ou pas... j'avoue avoir mis un mois pour le lire, avec des pauses). La taille de l'œuvre permet de développer différents aspects de l'univers, de s'attarder sur des personnages non centraux pour mieux construire une ambiance. On n'est pas pressé... et c'est tant mieux.

Le scénario est un bijou. L’assassinat du Comédien, élément qui entraîne le lecteur dans cette histoire complexe, n’est au fond qu’un détail, l’évacuation d’un problème périphérique, mais un fil qui nous mène à l’écheveau. La seule « faiblesse » que j’ai pu trouvé est dans la conversation entre Dr Manhattan et ex-Spectre Soyeux : aucun des arguments évoqués ne me convaincraient de sauver l’humanité.

Une chose me chiffonne cependant, à savoir les mécanismes psychologiques de Sally Jupiter, qui sont certes très féminins, qui sont une mise en pratique parfaite du « pfff, même pas mal ! » extrêmement réaliste, mais qui peuvent être mal interprétés par des abrutis. Et ce n'est pas parce qu'on aime de bonnes BD qu'on est forcément intelligent et sensé. J'aurai apprécié que le thème soit un brin plus développé afin d'éviter les confusions et insister sur l'ignominie de certains personnages.

L'adaptation cinématographique, parce que je pense qu'il faut en dire un mot, me semble assez fidèle à l'ensemble. Assez, car la fin est substantiellement différente, soyons honnêtes, et j'ai remarqué un nombre important de passage repiqué d'un endroit à un autre dans le film. Dans l'ensemble, les coupes ont concerné des éléments périphériques à l'intrigue principale et ont été bien ajustée, m'est avis.

mardi, décembre 14 2010

Bagieu Pénélope - Cadavre exquis

bagieu_cadavre_exquis

Cadavre exquis de BAGIEU Pénélope

Éditions Gallimard, collection Bayou

ISBN : 978-2070627189 ; 124 pages

Petit résumé :

Zoé est hôtesse d’accueil dans des salons, son « mec » est un chômeur râleur colérique, sa vie est morne et sans saveur. Zoé, si elle est jolie, est la fille médiocre par excellence, sans ambition, sans aspiration dans la vie, coincée dans une vie médiocre. Mangeant son sandwich sur le banc dans un jardin public, voilà qu’elle aperçoit un jour un homme qui l’observe depuis sa fenêtre. Y allant au culot, Zoé sonne à sa porte.

Mon avis

Pénélope est connue par sa série ‘‘Joséphine’’ et par ces moments choisis de son blog ‘‘Ma vie est tout à fait fascinante’’ et par son blog (donc), léger, grinçant de temps en temps, plein d’humour, parfois futile, toujours amusant. Parce qu’il n’y a pas que les réflexions philosophiques sur « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien » dans la vie (même s'il y a cela aussi)

Le dessin est épuré, les décors minimalistes, mais cela n'empêche pas d'être juste dans les attitudes, les expressions, de bien rendre les gestes et les intentions. J’ai eut plus de mal avec les couleurs. Mlle Bagieu est adepte des aplats sans nuance, les teintes marrons, grises, oranges, vert malade sont certes un choix de la créatrice, mais un peu fade par rapport aux œuvres « hautes en couleurs » auxquelles elle a pu habituer son lectorat. L’intention est sans doute de créer un album moins girly, moins « dans l’instant », à la recherche d’un statut plus adulte.

Scénaristiquement, l’histoire se déroule bien agréablement. C’est carré, un peu mécanique, peut-être, mais l’histoire parcours tranquillement son petit bonhomme de chemin, enchaîne ses éléments perturbateurs de manière à assurer une certaine surprise et des rebondissements. J’ai regretté une absence : une rupture véritable avec le copain looser qui aurait pourtant été intéressante. Zoé n’est pas courageuse, elle a dû abandonner totalement sa vie d’avant et ses affaires. La confrontation est, il est vrai, impossible ; ce serait une autre histoire. Pas beaucoup d’humour, plutôt de la gravité, quelques sourires, mais surtout des situations et une mise en scène souvent cruellement juste : la fausse scène d'amour entre Zoé et son copain, Thomas éclatant de rire face au fait que Zoé... sache lire (c'est presque ça, tout de même).

Les trois éléments de fin : Le premier est logique, découlant de la composition de tout l’album, mettant en lumière les vraies personnalités des protagonistes. Cela explique aussi, tout simplement, le titre de l'ouvrage. Le deuxième est surprenant, de bonne guerre quoique très cruel. La mise en scène d’une des hantises du créateur, mais victimes et « criminels » ne s’en sortiront pas à long terme. Ironique et vengeur, mais assez irréaliste. Le nouveau nom de Zoé est capillo-tracté, bien qu’une référence à ce monument de la littérature qu’est ‘‘Belle du Seigneur’’. La revanche d’Ariane a de quoi faire sourire. Le troisième élément composant la fin, en revanche, est rangé dans la catégorie « bizarre ». Mais intéressant. Les deux dernières pages.

Cadavre exquis mérite amplement une seconde lecture, ne serait-ce que pour voir ce qui ne nous a pas frappé de prime abord, tous ses détails qui comptent, et mieux comprendre la construction du récit. J’ai trouvé ça assez habile.

Ce ne sera sans doute pas le chef d'œuvre de Pénélope Bagieu, mais je trouve que c'est très prometteur.

vendredi, décembre 10 2010

Larcenet & Ferri - Le sens de la vis t2

larcenet_ferri_sens_vis_2 Le sens de la vis 2. Tracer le cercle de LARCENET Manu (dessin), FERRI Jean-Yves (scénario)

Éditions Les Rêveurs,

ISBN : 978-2912747532 ; 164 pages

Présentation faite par d'autres gens, que je récupère honteusement, voilà, c'est dit :

Ce second tome du Sens de la Vis est une hilarante remontée aux sources mystérieuses de l'impulsion créatrice. Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet vont encore vous surprendre avec cette nouvelle histoire mélangeant aquarelles, collages et photos, délaissant au passage le noir et blanc du premier livre.

Mon avis

Il y a quelque chose de plus narratif dans ce deuxième volet de l'histoire de Demi-Lune et du maître zen : Demi-Lune veut apprendre à tracer un cercle parfait, et pour cela, il lui faut un pinceau véritable, qu'il devra fabriquer lui-même, lors qu'une excursion épique en forêt. Voilà pour la narration.

La couleur est fabuleuse. Les contrastes sont stupéfiants, la légèreté est présente sur les paysages automnales (ou automnaux, les deux orthographes sont admises, me souffle le site du CNRTL), la densité et la profondeur de la nuit sont rendus merveilleusement. Bon, j'ai toujours été une brelle à l'aquarelle, donc, dès que quelqu'un manifeste du talent pour cet art, j'ai tendance à me rouler par terre (sauf dans les brocantes de la Saint Machin, faut pas déconner non plus). Mes yeux et mon petit cœur ont été tout esbaudis.

La gradation des premières pages annonce la couleur dans l'énervement et la détresse profonde de Demi-Lune. La sérénité du Maître tranche furieusement avec l'agitation interne et l'obsession de l'apprenti moine Zen.

J'ai aussi beaucoup d'admiration pour les effets narratifs simples, mais terriblement efficaces, tel que la décomposition de la « prière pour un cercle parfait », qui se fini par un pot d'encre renversé. Quelques images et tout est dit.

La dépression de Demi-Lune est plus présente que dans le premier volet, transparaissant dans un trait, une expression de l'absence totale de confiance en soi, un renoncement à ses ambitions (la quête du manche du pinceau), la peur de la peur de l'échec. Demi-Lune semble refuser de voir ce qui ne tourne pas rond chez-lui, si cela était possible (d'où la quête du cercle parfait, sans doute...)

La poésie est aussi partout présente, dans ces cercles parfaits trouvés dans la forêt lors de la chasse à la martre (après de formidables exercices de style sur le thème de la martre, d'ailleurs), dans les retrouvailles du Maître et Demi-Lune...

J'adore personnellement la « tronche » du pinceau de Demi-Lune. Il est fait avec toute la maladresse et la candeur d'un enfant en détresse.

La blague de Ku m'a échappée à la première lecture. C'est lamentable, je sais, mais l'effarement de Demi-lune me troublait, n'en comprenant pas la provenance. Puis, j'ai compris (hé bé...). Un moment d'un comique rare, avec un petit côté... lourd ? … tout en étant fin, subtil voir éthéré (c'est l'effet « maître zen »). Mettre les deux dans un seul gag, si ce n'est pas du talent, je ne sais pas ce que c'est. L'humour est partout présent, aussi, parfois un peu aigre, mais beaucoup d'humour délicat...

Ces albums sont faits pour être lus, et re-lu, et re-re-lu, etc. Comme du Retour à la terre, on ne s'en lasse pas.

Voir Le sens de la vis t1.

dimanche, août 29 2010

Larcenet & Ferri - Le sens de la vis t1

larcenet_ferri_sens_vis_1 Le sens de la vis 1. La vacuite de LARCENET Manu (dessin), FERRI Jean-Yves (scénario)

Éditions Les Rêveurs,

ISBN : 978-2912747389 ; 120 pages

4e de couv :

Après "Correspondances" dans la même collection, Ferri et Larcenet collaborent de nouveau pour proposer cette histoire basée sur la philosophie orientale, l'apprentissage du dessin, de la vie et, plus généralement, de l'univers.

Mon avis

C'est en apparence l'histoire d'un maître zen qui essaye de monter un banc Ikéa et qui donne son opinion sur ses dessins à Demi-Lune, son « élève » occidental dessinateur de BD.

Scénaristiquement, j'ai trouvé cet opus des deux comparses assez étrange, avec la vague impression qu'il s'agissait de l'histoire de la dépression de Demi-Lune. (Je vous rassure, mon opinion s'est confirmé dans le tome 2, ce qui me rassure : je ne me sens pas trop stupide) J'aime beaucoup le trait de Larcenet, encre noire d'un trait particulièrement sobre sur papier blanc. C'est net et précis, tout en étant plein d'émotion. On y sens le désarroi, les interrogations, la honte, l'accablement, un moment très fugace de semblant de sérénité. C'est un des style de Larcenet que j'apprécie. J'aime moins les dessins de Demi-Lune, qui constituent tout de même une partie non négligeable de l'album. Comme si on me racontait des blagues que je n'arrivais pas à comprendre. C'est un peu déconcertant. Mais je dois être insensible au travail de recherche graphique. Là, je me sens imbécile. Par rapport au « Retour à la Terre », je note tout de même un ressemblance graphique entre Larsinet / Demi-Lune et Tonton Ferri / le Maître Zen. (Oui oui oui, Demi-Lune est beaucoup plus rond que Larsinet).

Je pense qu'il y a tout de même quelques répliques cultes :

« La notice semble avoir été conçue par le Grand Dragon lui-même dans le but d'égarer les vivants... » (déjà réemployée)

« Mais peux-tu me dire comment ces dessins ont été conçu, Demi-Lune ?

- Ben... C'est de l'encre de Chine sur papier couché mat 180 grammes.

- … … … Tu es encore un peu occidental dans ta tête, Demi-Lune... (…) » (celle-là, je ne désespère pas de la sortir lors d'un cours d'aïkido...)

C'est donc avec une certaine curiosité que j'attendrai le deuxième volet de cette histoire.