
Watchmen de Alan MOORE et Dave GIBBONS
Panini Comics (2009), collection DC Big Books
ISBN : 978-2809406405 ; 500 pages
Présentation :
On supprime le Comédien et, soudain, le monde devient triste. Quand l'un des plus grands héros de la Terre à la retraite est tué par un mystérieux assassin, les « rescapés » de la scène super-héroïque reprennent du service et mènent l'enquête, alors que la planète est au bord d'une catastrophe nucléaire...
Alan Moore et Dave Gibbons ont imaginé ce qui est considéré par de nombreux critiques et lecteurs comme "l'une des meilleures bandes dessinées jamais créées"; "un chef-d'œuvre, sommet du genre"; entre autres termes élogieux. Découvrez dans cet album les douze épisodes de la maxi-série.
Mon avis :
Watchmen est une uchronie parfaitement bien montée (imaginez : les Etats-Unis ont gagné la guerre du Viêt-Nam…), se déroulant dans des années 1980 d’un « monde parallèle » restant très ressemblant au nôtre, connaissant les affres de la Guerre Froide, plus glaciale qu’elle ne l’a jamais été. Face à la Guerre nucléaire et à la hantise d’une troisième guerre mondiale, le Docteur Manhattan semble être le dernier rempart contre la destruction du monde, mais aussi la cause d’une prolifération des armes nucléaire, le tout dans une ambiance « MacCartiste » prononcée.
Le soupçon est partout, la paranoïa étouffe les gens, la peur rampe, et l’assassinat du Comédien laisse présager l’arrivée de jours plus sombres qu’ils ne le sont déjà, en remettant en lumière les anciens héros masqués.
Des détails foisonnent pour donner une véritable densité à cet univers où les supers-héros sont en retraite forcée pour la plupart ou hors-la-loi pour le cas de Rorschach.
Les générations de super-héros semblent se succéder, avec ses anciens détenteurs de sagesse, ceux qui ont pris la relève et qui se sont fait remercié par la population. Car la question est bien là : qui sont-ils pour faire ce qu’ils font ? Ils n’ont pas de mandats, pas de chefs, à qui rendent-ils des comptes, et sont-ils au dessus de la loi qu’ils entendent faire appliquer ? ‘‘Quis custodiet ipsos custodies ?’’
Des focus sur les personnages en fin de chaque épisode sont systématiquement éclairant sur l'un ou l'autre, tout en mélangeant les genres : comics, roman, lettre, reportage, coupures de journaux.
Un élément m’a semblé particulièrement intéressant : les super-héros sont « normaux », sauf Docteur Manhattan, victime d'une expérience scientifique. Exception faite de cette incursion en science-fiction, les autres supers-héros n’ont que leurs poings et dentelles / intelligence / force / bravoure / richesse pour combattre le crime. Un peu comme si monsieur Tout le Monde en avait assez du bazar ambiant, de la criminalité, et se retroussait les manches pour agir. Il est cependant clair que tous en tiennent tout de même une légère couche, et on voit plus ou moins clairement les différentes névroses de chacun. Rorschach est un sociopathe paranoïaque patenté, certes, mais Ozymandias est totalement mégalomane, Sally Jupiter un brin hystérique, Le Comédien est un pervers destructeur, Le Hibou étouffe sous ses complexes, Spectre Soyeux n’a toujours pas réglé ses problèmes avec sa mère, Docteur Manhattan n’a plus d’empathie et s’éloigne de l’humanité. Le Super-Héros est névrosé, comme tout le monde, son héroïsme est sa thérapie (ou la manifestation de sa névrose ?)
J'ai beaucoup apprécié le format feuilleton. Il est évident que lire une « intégrale » fait perdre un peu de son charme à la chose, puisqu'il n'y a pas l'attente, entre chaque épisode, ni l'opportunité de lire et relire les épisodes précédents avant d'entamer celui qui vient fraîchement de sortir. L'intégrale permet de tout dévorer d'un coup (ou pas... j'avoue avoir mis un mois pour le lire, avec des pauses). La taille de l'œuvre permet de développer différents aspects de l'univers, de s'attarder sur des personnages non centraux pour mieux construire une ambiance. On n'est pas pressé... et c'est tant mieux.
Le scénario est un bijou. L’assassinat du Comédien, élément qui entraîne le lecteur dans cette histoire complexe, n’est au fond qu’un détail, l’évacuation d’un problème périphérique, mais un fil qui nous mène à l’écheveau. La seule « faiblesse » que j’ai pu trouvé est dans la conversation entre Dr Manhattan et ex-Spectre Soyeux : aucun des arguments évoqués ne me convaincraient de sauver l’humanité.
Une chose me chiffonne cependant, à savoir les mécanismes psychologiques de Sally Jupiter, qui sont certes très féminins, qui sont une mise en pratique parfaite du « pfff, même pas mal ! » extrêmement réaliste, mais qui peuvent être mal interprétés par des abrutis. Et ce n'est pas parce qu'on aime de bonnes BD qu'on est forcément intelligent et sensé. J'aurai apprécié que le thème soit un brin plus développé afin d'éviter les confusions et insister sur l'ignominie de certains personnages.
L'adaptation cinématographique, parce que je pense qu'il faut en dire un mot, me semble assez fidèle à l'ensemble. Assez, car la fin est substantiellement différente, soyons honnêtes, et j'ai remarqué un nombre important de passage repiqué d'un endroit à un autre dans le film. Dans l'ensemble, les coupes ont concerné des éléments périphériques à l'intrigue principale et ont été bien ajustée, m'est avis.