Le blog de Gabriel

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lundi, septembre 3 2012

SAFRAN FOER Jonathan - Faut-il manger les animaux ?

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Faut-il manger les animaux ? de SAFRAN FOER Jonathan
Editions de l'Olivier (2010)

ISBN : 978-2879297095 ; 362 pages

4e de couv :

Comment traitons-nous les animaux que nous mangeons? Convoquant souvenirs d'enfance, données statistiques et arguments philosophiques, Jonathan Safran Foer interroge les croyances, les mythes familiaux et les traditions nationales avant de se lancer lui-même dans une vaste enquête. Entre une expédition clandestine dans un abattoir, une recherche sur les dangers du lisier de porc et la visite d'une ferme où l'on élève les dindes en pleine nature, J.S. Foer explore tous les degrés de l'abomination contemporaine et se penche sur les derniers vestiges d'une civilisation qui respectait encore l'animal. Choquant, drôle, inattendu, ce livre d'un des jeunes écrivains américains les plus doués de sa génération a déjà suscité passions et polémiques aux Etats-Unis et en Europe.

Né en 1977 à Washington, Jonathan Safran Foer fait des études de lettres à Princeton. En 1999, il part pour l'Ukraine afin d'y retracer la vie de son grand-père. De ce voyage naît son premier roman, Tout est illuminé, qui devient un événement littéraire international. Il publie en 2005 son deuxième roman, Extrêmement fort et incroyablement près.

Mon avis :

Pour avoir adopté le régime végétarien pendant un certain temps[1], je savais à peu près ce que je trouverai dans cet ouvrage. A peu près, mais pas à ce point.

Ce qui est très appréciable est que l'ouvrage n'est pas rédigé sur le ton du militant va-t'en-guerre haineux qu'adoptent parfois certains végétariens ou végétaliens et qui les dé-crédibilisent totalement[2]. Il n'est pas possible non plus de dire que l'auteur ne cherche pas à nous convaincre : il a une thèse, il la développe, ainsi que ses arguments, mais il s'appuie sur des faits, des études scientifiques, des enquêtes sur le terrain, des témoignages.

L'ouvrage est américain, donc les « normes » ou « labels » ne sont pas forcément transposables en Europe ou en France. Mais quelle est la signification d'un « label rouge », d'un « élevé en plein air ». Avoir un accès au plein air signifie-t-il que l'accès est effectivement utilisé ? Et comment défini-t-on le « plein air » ? Après de rapides recherches, les conditions de vie et de mort du poulet français sont moins terribles que celles des poulets américains, sur le papier, mais qui contrôle ? Même mes œufs bio semblent vidés du sens que je leur donnais : pondu par des poules ayant une belle vie de poule. Vraiment ?

Un des éléments qui transparaît dans ce livre est la chosification du vivant. On produit de la viande comme si c'était un objet, en niant le vivant, l'intelligence aux animaux, leur sensibilité. Les considérer comme inférieurs, quand ce n'est pas comme des objets, suffirait à justifier qu'ils soient mangé ? Il existe pourtant des études sur l'intelligence et l'apprentissage chez les poissons, les poulets et les porcs.

Un être plus « intelligent » que l'homme aurait donc le droit de le manger ?[3]

Je suis certes sensible à la souffrance animal, mais je le suis encore d'avantage aux arguments écologiques, qui sont amplement décrits, ainsi que les arguments sanitaires.

Pour 500gr de crevettes, 13kg d'autres animaux ont été rejeté à la mer. « Bycatch », c'est le dommage collatéral de la pêche ; les tonnes de déchets rejetés par les industries d'élevage, la pollution des sols, des nappes phréatiques ; l'élevage industriel est responsable de 40% du réchauffement planétaire.

Qu'attendre de la consommation d'animaux génétiquement manipulés, modifiés, incapables de survivre sans interventions humaines, à part des intolérances, des allergies, un affaiblissement de la constitution générale ? Que faire des risque de pandémie grippe porcine, grippe aviaire, etc. ; On peut aussi parler des transmissions de l'E.coli, salmonelles, Campylobacters (83% de la viande de poulet, au moment de son achat... aux Etats-Unis) ?
Nous ne sommes pas aux États-Unis, mais à la lecture des ses lignes, j'aurai vraiment un autre regard sur les problèmes de sécurité alimentaire.

Plus intéressant encore est pourquoi et comment nous en sommes arrivés là : les gens veulent manger de la protéine bon marché. Il faut assurer un prix stable tout en produisant toujours plus, ce qui se fait au détriment des conditions de vie des animaux, en ne traitant pas les déchets de l'élevage mais en les rejetant dans la nature, et ce pour répondre à la demande. Ce n'est pas l'éleveur, le « méchant », il ne fait que ce qu'on lui demande, le « on » étant le consommateur. En consommant de la viande, on participe à ce système : souffrance et pollution.

Jonathan Safran Foer ne nie pas les éléments sociaux qui se créent autour de la table : la nourriture est source de convivialité, de lien social. Ne pas partager le repas de l'autre, c'est se différencier, s'exclure. Il est en plus extrêmement difficile de trouver des plats sans viande ni poisson dans les restaurant français... La nourriture est aussi porteuse de mémoire, de souvenir, de lien social, encore une fois. On se souvient du rôti de la grand-mère, des brochettes de l'été sur le barbecue familial…

Je parlais de ceci à une amie, qui m'a répondu « oh là là ! Mais qu'est-ce que tu t'emmerdes avec ça ? Moi, franchement, je préfère ne pas savoir et manger de la viande. »
Je la comprends.
Je n'approuve pas forcément.

« Nous savons en tout cas, que cette décision permettra de lutter contre la déforestation, contre le réchauffement climatique, la pollution et qu'elle permettra de préserver des réserves pétrolières, allègera le fardeau qui pèse sur l'Amérique rurale, limitera les violations des droits de l'homme, améliorera la santé publique et contribuera à éliminer le pire exemple de mauvais traitement infligés aux animaux dans l'histoire du monde. »

Le véritable problème est éthique. Certains préfèrent se voiler la face. Ce livre permet commencer à savoir et de murir un choix, quel qu'il soit.

Notes

[1] et renoncé parce que je souhaitais avoir une vie sociale et arrêter de me faire insulter lors des repas pris avec d'autres personnes

[2] Pour l'anecdote, un ami appréhendait franchement de rencontrer une de mes amies végétalienne par peur de se retrouver devant une militante enragée. L'amie végie en question vit sereinement son choix et n'a pas besoin de le hurler à la face du monde ou d'essayer de convaincre l'univers entier de faire comme elle. Maintenant, on peut aussi compter le nombre de gens qui insultent les végétariens tout simplement parce qu'il ne font « pas comme tout le monde »...

[3] Et voici « V », le retour, ou la fascination autour du vampire ou du zombie qui nous détrônerait du sommet de la « pyramide alimentaire »

dimanche, juillet 17 2011

Londres Albert - Au bagne

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Au bagne de Albert LONDRES

Éditions Arléa (2008)

ISBN : 978-2-869598164 ; 215 pages

4e de couv :

En 1923, Albert Londres est déjà célèbre quand il décide d'enquêter sur le pénitencier de Guyane. Près de sept mille condamnés, surveillés par six cents fonctionnaires, vivent à Saint-Laurent-du-Maroni et sur les îles du Salut. Les conditions de vie des bagnards, telles qu'il les découvre et telles que son talent les restitue dans leur cruauté, ne sont alors guère connues. La publication de l'enquête dans le Petit Parisien s'achève par une lettre ouverte au ministre des Colonies. Ce reportage connaît d'emblée un retentissement considérable, et sa force sera si grande qu'en septembre 1924 le gouvernement décidera la suppression du bagne.

Mon avis :

Le bagne fait partie de la mythologie des prisons française. Autour d'une réalité ont été tissés romans et films, personnages formidables, de Vidocq à Jean Valjean, en passant par Papillon. Lire un reportage journalistique sur le bagne permet d'éclaircir les différents éléments, d'enlever la couche romanesque pour essayer de connaître ce que fut la réalité. Et parfois, le romanesque n'était pas si mal : il protégeait nos petits yeux.

Le style d'Albert Londres[1] est très journalistique (cela tombe bien, c'était son métier). J'ai trouvé qu'on manquait parfois un peu de détails, de remise en contexte ou de vision générale de la situation. Il ne donne pas vraiment dans la description, mais dans la transcription du vécu, et c'est là la force de son récit. Les atmosphères, les conditions de vie, chaque détail de la vie des bagnards passe par un récit vivant, une expérience, une rencontre.

Il y a un certain humour qui transparaît dans ce livre. Beaucoup d'humanisme, mais aussi de l'humour, car il faut bien cela pour arriver à tolérer l'intolérable. J'ai retenu comme exemple l'histoire de ces bagnards ayant fini leur peine, mais interdit de retour en France, clochardisé dans une ville où il leur est impossible de trouver du travail, qui, alors qu'ils veulent dormir sur un trottoir, menace de porter plainte contre les habitants de la maison proche, pour tapage nocturne, puisqu'on fête un anniversaire.

Albert Londres ne fait pas une liste à la Prévert (ou administrative) des problèmes de traitement des hommes du bagnes, quoiqu'un petit résumé soit fait à la fin, dans sa lettre au Ministre des Colonies. Il met en scène le manque de soins médicaux, de médicaments dont souffrent les bagnards, l'insuffisance de nourriture, les mauvais traitements, l'injustice des gardiens, les conditions d'incarcération ignobles, ou encore l'impossible réinsertion[2]. C'est tout de même à se demander comment les hommes sains ne sont pas devenus fous. La force de cet ouvrage est certainement qu'il est un recueil de témoignages.

Dire que le bagne était aussi destiné à être la base d'une colonie de peuplement, il y a de quoi rire : comment des hommes, sans ressources, sans emplois, sans expérience de la vie équatoriale, sans femmes, peuvent construire une société ? Ils vivent sous le régime de la double peine, mais pendant la première, au moins sont-ils logés et à peu près nourris. Leur astreinte à résidence est une promesse de misère.

Le journaliste, à Cayenne, ne semble pas avoir rencontré de grand brigand. Est-ce à cause d'un certain romantisme, où les vrais affreux étaient-ils condamnés à mort ? A la lecture du récit d'Albert Londres, on a l'impression d'être en face de bonshommes qui ne sont pas de mauvais bougres, qui ont certes tué, mais qui n'ont pas à subir les atrocités pareilles. Certains ont même l'air d'être là par hasard. A noter que, au bagne, les assassins avaient une bien meilleure réputation que les voleurs. La lecture de ce genre d'ouvrage nous mène à nous poser des questions sur le rôle de la prison. Comment créer un juste milieux entre la punition nécessaire et la réinsertion indispensable.

Albert Londres a de même un certain sens de la formule : « Nous étions, avec le Portugal, la seul nation possédant encore des bagnes coloniaux. C'était pittoresque. Le bateau ! Les tropiques, la brousse, la malaria, les pumas, les serpents, les évasions ! C'était d'un autre âge. »

Grâce à la lecture de ce reportage, j'ai pu écrire une page. Yodeleï ! La lecture, c'est comme la recherche dans les archives : avec une page, vous pouvez en écrire cent, mais des fois, de cent pages, vous n'arrivez à extirper qu'un petit paragraphe.

Notes

[1] J'ai la flemme de faire une petite bio, alors voici le lien wikipédia vers l'article sur Albert Londres

[2] Et finalement, c'est moi qui la fait, cette liste...

mardi, juillet 5 2011

Sun Tzu - L'art de la guerre

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L’art de la guerre de Sun TZU

Édition Flammarion, collection Champs Essais (2008)

ISBN : 978-2-0812-1301-2 ; 338 pages

4e de couv :

Il y a vingt-cinq siècle, dans la Chine des « Royaumes combattants », était rédigé le premier traité sur « l’art de la guerre ». Sur son auteur, Sun Tzu, l’histoire ne fournit que quelques traits biographiques et peut-être sont-ils mêlés de légende. Mais son ouvrage, d’une concision admirable et toujours perceptible malgré les adjonctions des commentateurs, a été et demeure au centre de la pensée militaire d’Extrême-Orient. A la différence de Clausewitz, Sun Tzu ne fait pas de la grandiose bataille d’anéantissement le sommet de l’art du stratège. Si l’on peut détruire l’ennemi, on se jette sur lui ; mais la « duperie », c’est-à-dire la guerre totale du mensonge, peut faire mieux encore… Il faut lire Sun Tzu comme un grand classique empreint de sagesse, mais aussi comme la clé d’une meilleure compréhension de la pensée politique chinoise d’aujourd’hui.




L’indispensable table des matières :

  • L'auteur
  • Le texte
  • Les royaumes combattants
  • La guerre du temps de Sun Tzu
  • La guerre dans l'optique de Sun Tzu
  • Sun Tzu et Mao Tse Tung
  • Traduction

Approximation
La conduite de la guerre
La stratégie offensive
Disposition
Énergie
Points faibles et points forts
Manœuvres
Les neufs variables
Marches
Le terrain
Les neufs sortes de terrain
L'attaque par le feu
L'utilisation des agents secrets

  • Appendices
  • Notes sur Wu Ch'i
  • Influence de Sun Tzu sur la pensée militaire japonaise
  • Sun Tzu dans les langues occidentales
  • Brèves biographies des commentateurs.
  • Bibliographies

Livres en anglais
Monographies et articles en anglais
Livres, monographies et articles publiés dans les langues occidentales (autres que l'anglais)
Ouvrages en chinois

Mon avis :

Cette édition du texte de Sun Tzu est la publication d'une thèse présentée à Oxford en 1960, pour l'obtention du doctorat de philosophie de S. B. Griffith. L'édition a été fortement remaniée. On appréciera les longues introductions thématiques. Les notes avec caractères chinois seront réservées aux connaisseurs, mais ce livre présente l'avantage d'offrir un support d'étude autre que la simple lecture d'un « texte brut ».

Le texte écrit par Sun Tzu est incroyablement concis. La majeure partie des pages de ce livre consiste en explications historiques permettant de bien comprendre le propos, et dans la partie « traduction », la très grande majorité du texte est composée… de commentaires réalisés par les grands commentateurs chinois de l’œuvre. Ces commentaires sont d’ailleurs fort utiles puisqu’ils illustrent le propos et permettent de bien mieux comprendre les sentences somme toute parfois très lapidaires de Sun Tzu. D'autre fois, on peut aussi avoir l'impression que le commentateur n'a rien compris.

Comme chez Musashi, ce qui compte, c’est la victoire, donc, ne nous embarrassons pas de tour et de détour. L’important réside dans l’efficacité de l’action.

L’art de la guerre, selon Sun Tzu, c'est l'art de gagner sans combattre, de ne pas mal traiter les troupes ennemies pour qu’elles acceptent ensuite de se battre pour vous, de conquérir des villes sans les assiéger, de cueillir un pays sans le ruiner (parce qu’une ruine ne rapporte pas grand-chose). Pour gagner une bataille, connaître ses forces disponible ne suffit pas, il faut aussi connaître l'adversaire, le terrain, etc. La guerre coûte chère, plus elle est rapide et efficace, mieux c’est.

Les conseils de Sun Tzu relèvent souvent du conseil évident : ne pas lancer une attaque par le feu lorsqu'on est sous le vent. Mais la simplicité de certaines assertion les rend intemporelle, et donc toujours d'actualité. Diviser ses ennemis pour mieux pouvoir les vaincre, user d'espions, d'agents doubles pour semer la confusion, créer des dissensions entre le prince et ses ministres, ces méthodes sont atemporelles et toujours de bon conseil[1].

Je projète peut-être mes propres opinions, mais il ne me semble pas que Sun Tzu apprécie la guerre. De manière générale, il dit assez clairement que cela coûte cher en vie et en argent, que multiplier les batailles en croyant acquérir une certaine gloire n'est pas très intelligent, et que plus vite la guerre est terminée, mieux on se porte. Voir même : évitons-là si possible. Et je trouve cela très sage.

« un Souverain ne peut pas lever une armée sous le coup de l'exaspération ni un général se battre sous le coup du ressentiment. Car, s'il est possible à un homme irrité de recouvrer la sérénité et à un homme ulcéré des e sentir satisfait de nouveau, un État qui a été anéanti ne peut être rétabli, ni les morts rendus à la vie. » (Chapitre XII « l'attaque par le feu », verset 18)

Notes

[1] On pourra cependant s'interroger sur la pertinence de l'application de certains principes en terme de management... J'en connais qui font...

dimanche, juin 12 2011

Rabhi Pierre - Vers la sobriété heureuse

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Vers la sobriété heureuse de Pierre RABHI

Éditions Actes Sud (2010)

ISBN : 978-2-742-78967-2 ; 140 pages.

4e de couv :

« J’avais alors vingt ans, et la modernité m’est apparue comme une immense imposture. » - Pierre Rabbi -

Pierre Rabbi a en effet vingt ans à la fin des années cinquante, lorsqu'il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol qu'ont largement commencé à dessiner sous ses yeux ce que l'on nommera plus tard les Trente Glorieuses. Après avoir dans son enfance assisté en accéléré, dans le Sud algérien, au vertigineux basculement d'une pauvreté séculaire, mais laissant sa part à la vie, à une misère désespérante, il voit en France, aux champs comme à l'usine, l'homme s'aliéner au travail, à l'argent, invité à accepter une forme d'anéantissement personnel à seule fin que tourne la machine économique, point de dogme intangible. L'économie ? Ce n'est plus depuis longtemps qu'une pseudo-économie qui, au lieu de gérer et répartir les ressources communes à l'humanité en déployant une vision à long terme, s'est contentée, dans sa recherche de croissance illimitée, d'élever la prédation au rang de science. Le lien filial et viscéral avec la nature est rompu ; elle n'est plus qu'un gisement de ressources à exploiter - et à épuiser. Au fil des expériences de vie qui émaillent ce récit s'est imposée à Pierre Rabhi une évidence : seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d'une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé "mondialisation". Ainsi pourrons-nous remettre l'humain et la nature au cœur de nos préoccupations, et redonner, enfin, au monde légèreté et saveur.

Agriculteur, expert en agroécologie, écrivain et penseur français d'origine algérienne, Pierre Rabbi est l'un des pionniers de l'agriculture biologique et l'inventeur du concept des Oasis en tous lieux. Aux éditions Actes Sud, il a déjà fait paraître, en 2008, Manifeste pour la Terre et l'Humanisme.

L’indispensable table des matières :

  • Avant propos
  • Les semences de la rébellion
         - Le chant du forgeron 
         - La désillusion
         - Le déclin du monde paysan
  • La modernité, une imposture ?
         - Le progrès : entre mythe et réalité
         - La subordination au lucre 
         - Le bouleversement des repères universels 
  • La sobriété, une sagesse ancestrale
         - Un village africain 
         - Nous sommes en 1985
         - Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme
         - Le lien avec le caractère sacré de la vie 
  • Vers la sobriété heureuse
         - La pauvreté en tant que valeur de bien-être 
         - L’autolimitation volontaire 
         - Un changement humain 
         - Pour une indignation constructive 
         - Des songes heureux pour ensemencer les siècles

Mon avis :

Me voici dans l’embarras : tout en étant dans le principe d’accord avec les idées contenues dans cet essai, je ne peux pas être dithyrambique, ni même en conseiller la lecture. Je l’ai même trouvé assez décevant. Et ce n’est jamais agréable d’écrire ça, surtout pour un ouvrage qu’on est vraiment « allé cherché ».

Genèse. – Je discutais un jour avec mon ami C. qui s’insurge constamment contre l’idée de propriété immobilière qui selon lui est une immense arnaque (pour tout un tas de raison qui ne sont pas dans le sujet). Je lui rétorquais que pour un appartement, c’était éventuellement le cas, mais pas forcément pour une maison (avec un potager bio, c’est mon rêve). Et le voilà qui me répond que l’entretien de tout ce bazar serait un autre asservissement. Je lui dis alors que cela me plairait, à moi, et que c’est une question de choix : on peut choisir de faire des concessions au confort pour consommer moins, polluer moins, réduire son impact sur l’environnement. Ce sur quoi il était d'accord. Et voilà bien le sujet sur lequel nous sommes partis : faire ce choix de consommer moins, de ne pas jouer les gloutons sur la terre, de vivre plus en harmonie avec notre environnement. J’ai donc cherché de la littérature sur le sujet, et j’ai alors découvert Pierre Rabhi (je n’avais aucun souvenir de sa tentative de candidature à la présidentielle de 2002).

Je tiens à préciser que je n’ai pas regardé les vidéos de Pierre Rabhi sur YouTube.

Contre le consumérisme sauvage. – Telle est la grande idée de ce petit ouvrage, à laquelle il m'est idéologiquement difficile de ne pas souscrire, puisque j'essaye, modestement, de m'engager dans cette voie. On peut résister aux sirènes de la publicité en se recentrant sur l'utilité des objets que l'on achète et en n'ayant pas comme seul moyen de se sentir vivant le fait de dégainer sa carte bancaire.

L’ouvrage ne montre rien du tout, quand on y réfléchit bien. Il nous parle certes d'expériences vécues de non-consommation subie, dans un premier temps, puis choisie, bien vécue, intégrée comme un choix de vie et comme un choix philosophique. Je ne demandais pas un guide pratique de la non consommation, quoique cela aurait été utile, mais l'auteur parle essentiellement dans son ouvrage de la vertu de la vie simple des peuples « primitifs », tendance « le bonheur, c’est une noix de coco et le poisson que tu viens de pêcher avec ta lance ».

Pierre Rabhi semble nous proposer un retour à un néolithique, aller, soyons généreux, à un âge du fer « heureux », si tant est qu'il ait existé. Parce que « c’était mieux avant », même si l’auteur se défend, après l’avoir fait pendant 60 pages, de prôner un retour aux heureux temps anciens. Je repense à mon ami C. qui n’a aucune affinité avec le monde agricole, et qui vivrait la maison avec jardin comme un asservissement à la taille des arbres et la tonte de la pelouse. Faire l’agriculteur, ce n’est pas sa tasse de thé. Mais c’est tout ce qui lui sera proposé dans cet ouvrage : Demain, tous agriculteurs bio ! Ce destin me conviendrait (à condition d'avoir l'ADSL), mais il ne pourrait convenir à tous.

Pierre Rabhi critique l’addiction à la technologie, ce en quoi je le rejoint : la surenchère permanente peut nous faire perdre le sens des réalités et la vraie saveur des relations humaines. Je crains cependant qu’un homme ait un jour été complètement accroc à son biface, qu’il dormait avec et lui disait des mots doux.

Pourquoi la technologie existe-t-elle ? Parce que l’homme n’est pas physiquement adapté à l’environnement : il n’est pas très costaud, il ne court pas vite, il n’a pas de pelage pour lui tenir chaud, il est fragile, et il se les gèle. Mais il a un gros cerveau et un pouce opposable, alors il essaye de trouver un moyen de survivre dans ces contrées hostiles. Le problème est qu’il a cru qu’il pouvait adapter l’environnement à lui, ce qui n'est vraiment pas très sage.

Je n'ai personnellement pas envie de retourner à l'âge du fer (et même, soyons super sympa, à la période de La Tène). Je n'ai pas envie de vivre dans la crainte du lendemain, la peur de manquer, la peur de la faim, d'une attaque ou d'une invasion. La technologie doit nous aider à mieux vivre, pas à être son esclave (on s'adapte à Windows, mais Windows ne s'adaptera jamais à vous, malgré ce que peut en dire la pub). Ce discours du « C'était mieux avant » dessert vraiment le propos, je trouve, en délayant une nostalgie anti-constructive. Évidemment, le temps souple d'avant la mécanisation[1] pouvait laisser la place à l'improvisation, à l'imprévu et à la créativité. Mais qui pourrait encore oser dire que nous vivrions mieux sans un peu de technologie, sans eau courante, sans eau chaude, sans électricité, avec une mortalité infantile élevée, avec une espérance de vie de 40 ans, sans instruction, sans soins médicaux. On serait tellement mieux si on avait jamais inventé le feu, peut-être ?

Il me semble qu'il ne faut pas revenir en arrière, il faut se servir de la technologie pour mieux vivre en respectant l'environnement et en limitant l'impact des activités humaines sur les milieux naturels, mais de ça, il n'est nul question dans cet ouvrage.

J’éprouve aussi un certain agacement dès que je lis l’expression « terre nourricière ». La terre ne nourrit rien du tout : cultiver des légumes, c’est difficile ; il faut apprendre les règles de la nature et les respecter ; il faut connaître les plantes et tout faire pour qu’elles se sentent bien (pour faire de beaux légumes, évidemment, je ne me nourris pas de la beauté de la feuille du navet). C’est beaucoup de travail et de sueur (de larmes ?). La terre est, et c’est tout. Elle n’est pas « nourricière », « mère » ou encore « sympa ». Il faut arrêter l’angélisme New Age. Allez dire « notre Mère la Terre » après un tremblement de terre. L’anthropomorphisme réalisé sur la terre m’exaspère. On peut l’aimer, on peut la trouver belle, on doit bien évidemment la respecter, avoir une profonde reconnaissance pour ce que la vie nous accorde, et si l'on sait comment la soigner, on pourra retirer des produits du sol, mais ça ne se fait pas tout seul. Je suis largement d'accord pour dire qu'il faut respecter la nature et lui être reconnaissant, mais penser que parce qu'on est gentil, la nature va l'être avec nous, c'est ce bercer de dangereuses illusions.

Il m’a semblé aussi déceler un sexisme latent, bien que Pierre Rabhi tienne un discours allant dans le sens de l’égalité des sexes. C’est dire si le conditionnement social est fort et qu’il faut vraiment faire un immense travail pour se débarrasser de tout réflexe sexiste. Je suis moi aussi victime de ces réflexes sexistes, parfois, donc je ne jetterai pas la pierre. On peut cependant lire pages 101-102 toute la profondeur du paradoxe. « Jusqu’à preuve du contraire – exception faite de Marie Curie –, aucun des domaines d’innovation sur lesquels se fonde le paradigme de la modernité technico-scientifique n’a été historiquement marqué par l’apport du féminin. Pas le moindre piston, carburateur, émetteur d’ondes électromagnétiques[2] , etc., qui soit issu du féminin. Cette réalité, loin d’être anodine, met en évidence les caractéristiques d’un masculin voué au culte outrancier de la puissance, qui nous vaut un monde aussi violent, et que le féminin protecteur de la vie aurait surement modéré. » Les hommes ne viennent pas de Mars et les femmes ne viennent pas de Vénus. Si les femmes n’ont pas donné naissance à de grandes inventions dans la même proportion que les hommes, c’est peut-être en raison du peu d’attention que l’on accordait à leur éducation, en dehors de la couture, de la cuisine, du soin des enfants et l’économie domestique. Si on ne laisse pas la parole à quelqu’un ni les moyens se s’exprimer, qu’on ne s’étonne pas qu’il ne dise rien. Les humains ont inventé la bombe atomique, mais aussi la pénicilline. Il ne faut pas forcément jeter le bébé avec l'eau du bain.

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Il existe quelques saintes exceptions, et non des moindre, telle que Marie Curie ou Ada Lovelace. Je suis totalement pour l’égalité des droits entre hommes et femmes, mais pas à coup de n’importe quels arguments. C'est ce genre de discours qui décrédibilise tout le travail des féministes, donc, cela m'énerve.

Ce que j’aurai voulu lire aurait peut être été de l’ordre du « connais-toi toi-même », ce qu’une bonne diète médiatique peu aider à faire[3]. Loin des sollicitations et de l’agitation télévisuel, essentiellement, il est possible de s’interroger sur ses propres besoins, et non sur les envies fabriquées par la publicité.

Je suis complètement d'accord sur le fait que l'on ne devrait acquérir que ce dont on a besoin, que chercher à produire toujours plus est un non sens, parce que les ressources en elles-mêmes sont limitées. Il faut de même laisser aux ressources renouvelable le temps... de se renouveler. Mais produire un peu plus à aussi un autre but : celui de créer des échanges pour acquérir ce que l'on n'est pas capable de produire soi-même.

En prônant le retour à la nature et au jardinage bio, Pierre Rabhi évacue effectivement totalement un autre fait : pour faire ses petites conserves, pour cultiver la terre, pour s'assurer un minimum de confort, il faut des casseroles, des outils, des bocaux, ce genre de petites choses. Il faut toujours produire ces petites choses[4], donc, il faut toujours une industrie, des mines et des usines, et il faut toujours des échanges économiques qui induisent que pour acheter des produits manufacturés, il faut produire des surplus alimentaires.

Dans cet avenir de "Cosette aux champs", je me demande ce que deviendra la production artistique. Si on ne peut répéter une pièce de théâtre qu'après l'usine ou les travaux des champs, la qualité de la création théâtrale va sacrément chuter. Après une dure journée de labeur, si on en a encore le temps et l'énergie, on pourra peut-être s'occuper un peu de son épanouissement personnel. Peut-être.

L’ouvrage rempli de référence à la vie de son auteur, dans un style agréable, simple et doux, ce qui en fait un ouvrage vivant et accessible à tous. C'est intéressant, mais il dit des choses intéressantes de travers, je trouve. En tout cas, c'est un petit ouvrage qui donne beaucoup à réfléchir, malgré ses maladresses. C'est assez stimulant pour les neurones.

Notes

[1] Voir l'article de Jean-Claude FARCY, Le temps libre au village (1830 – 1930), dans L’avènement des loisirs, 1850 – 1960

[2] Dans le contexte, ce sont des éléments négatifs. L’auteur cite ici des outils de pollution.

[3] ce qui est bien montré dans l'ouvrage

[4] parce que moi, je ne suis pas souffleur de verre...

mercredi, février 23 2011

Musashi Miyamoto - Le traité des cinq roues

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Le traité des cinq roues Gorin-no-sho de Miyamoto MUSASHI

Editeur : Albin Michel (31 août 1983) Collection : Spiritualités vivantes : format de poche

ISBN : 978-2226018526 ; 190 pages

4e de couv :

Au XVIe siècle, Miyamoto Musashi, samouraï invaincu par une vie de combats, maître ès armes et esprit de nombreux disciples, se retire dans une grotte quelques mois avant sa mort et rédige ce classique de la littérature universelle : Traité des Cinq Roues. Ce guerrier nous donne en un texte lumineux l'essence des arts martiaux et le secret d'une stratégie victorieuse qui transcende la violence et devient art de vivre et d'agir. Attitude qui explique aujourd'hui les raisons des succès japonais dans tous les domaines. Une leçon à méditer et à pratiquer: car l'esprit de l'art de l'épée peut s'appliquer à tous les gestes de la vie quotidienne.

Mon avis :

L’ouvrage est court et va à l’essentiel, tout comme doit faire le combattant. Dans le cas de ce dernier, il s’agit de pourfendre son adversaire. Il n’y a qu’une seule solution pour cela, à savoir éviter toute forme de fioriture et de style, beaucoup d’entraînement, la recherche constante de l’efficacité.

L’ouvrage se décompose en cinq parties, après un avant-propos rapide :

Terre, les grandes lignes de la tactique de combat

Eau, entraînement du corps et de l’esprit, les positions à adopter : pour ma part, il s’agit de la partie la plus intéressante traitant des positions du corps, des pieds, des mains sur le sabre.

Feu, tactique à adopter pendant les duels et les batailles.

Vent, critiques des autres écoles : où comment les autres, de toute façon, n’enseignent évidemment ni les bonnes techniques, ni les bonnes tactiques.

Vide, soit l’aboutissement de la tactique, la pureté du geste et de l’esprit. Je crois qu’il est toujours délicat d’expliquer la notion de Vide pour un esprit occidental. Parler d’Être serait tout aussi légitime, puisque le Vide en question se rapproche assez, il faut le dire, de l’action pure qui ne serait pas porté par un esprit encombré (« too many mind », comme dit mon Sensei (grosso modo)). Être comme « Etre le geste, ici, maintenant, et n’être que lui ». Mais j’interprète peut-être à tord.

L’introduction et l’épilogue présentant des commentaires historiques sur la vie de Musashi sont très appréciables et donnent grandement envie de se renseigner d’avantage sur le sujet.

Ceci dit, je dois avouer que je n’ai pas eu de révélation suite à cette lecture, ni de révolution dans ma pratique de l’aïkido (ce qui est fort dommage, d’ailleurs… si seulement je pouvais arrêter de (trop) réfléchir, je ne m’en porterais que mieux). Pas pour le moment, en tout cas. Ce qui est « enseigné » dans ce petit ouvrage est essentiellement l’art d’être à ce que l’on fait, attentif, « présent » et « uni ». Comme les Jedis.

Réfléchissez-y et exercez-vous bien.