Le blog de Gabriel

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mercredi, décembre 21 2011

Thiesse Anne-Marie - Faire le Français : quelle identité nationale ?

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Faire les Français : Quelle identité nationale ? de THIESSE Anne-Marie

Stock (2010) – Collection Essais-Documents

ISBN : 978-2234064959 ; 198 pages

4e de couv :

Au cours des débats récents, l’identité nationale a été souvent associée à une vision passéiste et xénophobe de la France : nation assiégée qui serait doublement menacée par la globalisation et l’immigration. Ce livre renverse la perspective. L’identité nationale mérite qu’on s’y intéresse parce qu’elle nous parle de la modernisation qui a transformé nos sociétés depuis deux siècles, sur le plan politique et culturel.
Parler d’identité nationale, c’est comprendre pourquoi une société tournée vers le progrès, traversée par des revendications de liberté, d’égalité et de sécularisation, devant intégrer une population disparate, s’est prise de passion pour le passé. C’est découvrir comment le principe de la représentation politique a nécessité une représentation culturelle de la nation, comment il a suscité une perception esthétique et émotionnelle de son territoire. L’ère des nations, c’est le moment où naissent les usines et les monuments historiques, le corps enseignant et le tourisme, les partis politiques et les sports, la presse et le folklore. Les institutions, les conceptions, les émotions caractéristiques de l’ère nationale imprègnent encore largement notre éducation et notre mode de vie. Partant d’événements ou de débats récents, on les examine ici en leur restituant leur profondeur historique. Certes, le bilan de l’âge national n’est pas seulement positif : guerres, colonialisme, dégradation de l’environnement. Et en ce début de XXIe siècle, le progrès a cessé d’être un idéal collectif. D’ailleurs, la crise d’identité actuelle est sans doute une crise de la modernité. C’est que nation et identité nationale ne sont pas des sujets simples, réductibles à des polémiques circonstancielles. Ils invitent bien plutôt à réfléchir sur la nécessité, pour une société, d’imaginer son destin afin de le construire.

Anne-Marie Thiesse, ancienne élève de l’ENS, directrice de recherche au CNRS, est spécialiste d’histoire culturelle. Elle a publié notamment Le Roman du Quotidien, lecteurs et lectures populaires à la Belle Epoque (rééd. Seuil, coll. « Points », 2000), Ils apprenaient la France, l’exaltation des régions dans le discours patriotiques (Éditions Maison des Sciences de l’Homme), La Création des Identités nationales – Europe XVIIIe-XXe siècle (rééd. Seuil, coll. « Points histoire », 2001.)

L’indispensable table des matières :

Introduction : quelle identité nationale ?
I.L'Etat, c'est nous :
II.Identiques et par millions ?
III.Un passé pour le future
IV.Les vandales et le patrimoine français
V.L'éducation au national
VI.Une seule langue pour la nation
VII.Casquettes, coiffes et cornettes
VIII.Citoyen(ne)s
IX.Scènes et doctrines du nationalisme
X.L'espace public et l'actualité
Conclusion. Crise d'identité, crainte d'avenir.

Mon avis :

Au départ, j’ai failli perdre un ami… quand j’ai annoncé que j’avais commandé ce livre sur « l’identité nationale », parce qu’il y a comme une crispation autour du sujet. La nation est un concept, ce livre vous l'apprendra, qui naît dans toute sa substance lors de la Révolution, pour la France. Parler d'identité nationale fait parfois polémique, puisque semble très vite s'y accoler le rejet de l'autre et de la différence. D'où la crispation... qui peut rapidement devenir xénophobe.
Note : j'ai entendu l'auteur-e- parler de son livre sur France Culture, et vu sont discours, ce n'était pas un chantre du replis identitaire.

Et puis en fait, pas du tout… car pour ceux qui ont suivi de près ou de loin ce qui a pu être dit sur l'identité nationale, on saura à quel point cette notion est floue. C'est une pure construction idéologique fait pour asseoir la puissance de l'État.
La nation est ici défini comme un « corps politique détenteur de la souveraineté de communauté d'individus définie par une culture partagée ». C'est une notion politique et culturelle.

J'ai trouvé la réflexion amenée ici très intéressante, car elle parle de la construction du pays, à travers la création de la notion de patrimoine, à travers l'invention de l'éducation publique, à travers la langue ou encore la religion, à travers l'histoire commune. Anne-Marie Thiesse nous permet de toucher du doigt la construction de la France en deux siècles, pour arriver à comprendre pourquoi elle est telle qu'elle est maintenant.

Ce livre ne vous dira pas : l'identité de la nation France, c'est la poule au pot après la messe du dimanche. Parce que oui, c'est un peu ça, mais pas que. C'est la Poule au pot historique d'Henri IV, avec la culture chrétienne, mais c'est aussi ce que la colonisation nous a apporté en terme de culture et de population. Cela fait parti de notre patrimoine et de notre histoire, et donc des éléments constitutifs de la nation.

J'ai trouvé surprenant que l'école de la Troisième République soit essentiellement vu sous le biais du sauvetage des cultures locales, l'exemple du Félibrige étant bien développé. Anne-Marie Thiesse pourfends l'image du hussard noir de la République cherchant à détruire la langue de la nation celte (ou des pays de langue d'oc, tout le monde a pris).
Il est bon d'être surpris.

Je vous direz : lisez-le. Ce petit livre fait du bien aux neurones et à l'ouverture d'esprit, quelque soit ses opinions politiques.

Note : je pense prochainement lire son La Création des Identités nationales – Europe XVIIIe-XXe siècle sans parler des lecteurs et lecture populaires à la Belle-Époque... en voilà un sujet fascinant.

samedi, novembre 12 2011

Schaer Roland - Les origines de la culture

Le retour du grand écart littéraire…

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Les origines de la culture de SCHAER Roland

Éditions Le Pommier (2008)

ISBN : 978- 2746504042 ; 117 pages

4e de couv :

L'histoire de la culture est ponctuée de " mutations cognitives " qui, à l'instar des mutations génétiques, donnent naissance à des innovations appelées à se diffuser dans le temps et dans l'espace. Déjà présent chez les animaux, le phénomène s'accélère et se multiplie avec le genre Homo. Des premiers outils à l'invention de l'écriture en passant par la domestication du feu, l'apparition du langage symbolique, les premières expressions artistiques, l'invention de l'agriculture et de l'élevage, les communautés humaines ont innové, puis assuré la transmission des savoirs et des savoir-faire qui ont permis les succès de l'espèce. La racine du phénomène se trouve dans la faculté d'apprendre des autres : nous sommes dotés d'une mémoire socialisée grâce à laquelle nous appartenons à des collectifs composés de morts et de vivants, au sein desquels se propage la culture. Cet essai est une introduction à la série " Les origines de la culture ", parue dans la collection " Le collège de la cité ".

Roland Schaer, philosophe, est directeur " sciences et société " à la Cité des sciences et de l'industrie de La Villette.

L'indispensable table des matières :

1. Culture, cultures
2. Des cultures animales
3. Innover
4. Apprendre et transmettre

Mon avis :

Voici encore un ouvrage de vulgarisation scientifique pour achever de pulvériser toutes vos certitudes sur ce qu’est l’humain et ce qui le caractérise, cette fois-ci sous le prisme de la culture.

Une fois de plus, pour les ouvrages de cette collection, le propos est lisible, aisément compréhensible, accessible et si vous avez un intérêt personnel pour l'anthropologie, la culture, ce qui fait que l'homme est homme, il est certain que vous y trouverez matière à réflexion.

L'avantage de ces petits ouvrages, c'est qu'ils vous aide à pulvériser en quelques arguments qui tombent sous le sens beaucoup de préjugés (« la culture est le propre de l'homme » au hasard), tout en vous remettrant les idées en ordre sur le plan historiographique. Je m'explique en donnant un exemple : durant le XIXe siècle, l'homle occidental fut très orgueilleux en se pensant au dessus de toutes les autres civilisations grâce à sa culture (qui inclus les techniques) ; le XXe a prouvé que malgré sa culture l'homme occidental était un benet capable des pires atrocités.

La définition de la culture à travers l'éthymologie est éclairante : du verbe latin colere (prononcer co-lé-ré, et non colère, merci), qui signifie habiter, cultiver des plantes, élever des animaux, mais aussi vénérer des dieux. Sur un certains nombres de point, les hommes n'ont pas le monopole de la culture, puisque certaines fourmis cultives des champignons et élèvent des pucerons, et que les chimpanzés font usage d'outils.

Le chapitre « innover » m'a semblé particulièrement instructif, traitant entre autre de l'extérnalisation de la mémoire par l'écriture et sur les facilités de transmission et de diffusion de la mémoire grâce aux « machines à grapher ».
Dans « apprendre - transmettre » le passage montrant la plasticité du cerveau, ses constantes évolutions, qui empêche tout déterminisme de tenir debout m'a semblé des plus intéressant : nous ne sommes pas que nos gênes, nous sommes aussi une faculté d'adaptation et de dépassement de soi[1].

Les curieux auront aussi tout le loisir d'aller consulter les ouvrages publiés dans la même collection sur "Les origines de la culture" dont cet opus est une introduction, traitant des sépultures à la naissance de l'art.

« La culture est une machine à fabriquer de la diversité. »

Notes

[1] comme dans Bienvenu à Gattaca, un chouette film s'il en est

mercredi, août 10 2011

Frédéric Martel - Mainstream

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Mainstream, enquête sur la guerre globale de la culture et des médias de Fréderic MARTEL

Edition Flamarion, collection Champ Actuel (2011)

ISBN : 978-2081249585 ; 581 pages

4e de couv :

Comment fabrique-t-on un best-seller, un hit ou un blockbuster ? Pourquoi le pop-corn et le Coca-Cola jouent-ils un rôle majeur dans l'industrie du cinéma ? Après avoir échoué en Chine, Disney et Murdoch réussiront-ils à exporter leur production en Inde ? Comment Bollywood séduit-il les Africains, et les telenovelas brésiliennes les Russes ? Comment Al Jazeera a-t-elle préparé les révolutions arabes ? Pourquoi les Wallons réclament-ils des filets doublés alors que les Flamands préfèrent les versions sous-titrées ? Et pourquoi, finalement, ce triomphe du modèle américain de l'" entertainment " et ce déclin de l'Europe ? Au coeur de cette bataille mondiale : la culture " mainstream " (dominante, populaire). De Hollywood à Bollywood, du Japon à l'Afrique subsaharienne, du Mexique à la Corée, cette enquête sans précédent a été menée pendant cinq ans dans trente pays. Dans toutes les capitales de l'entertainment, Frédéric Martel analyse le jeu des acteurs, les logiques des groupes et suit la circulation des contenus sur les cinq continents. De nouveaux pays émergent avec leurs médias et leur " soft power ", ils veulent contrôler les images et les rêves. Internet décuple leur puissance. Tout s'accélère. Mainstream raconte cette nouvelle guerre globale de la culture et des médias. Best-seller inattendu, le livre a été traduit dans une dizaine de langues et a suscité des débats dans de nombreux pays - il est lui-même devenu mainstream.

Frédéric Martel est chercheur et journaliste. Il est également l'auteur de l'ouvrage de référence De la culture en Amérique qui paraît conjointement dans la même collection.

Sur le site de l’auteur, on trouve :

Frédéric Martel est écrivain et journaliste. Docteur en sociologie, il a été attaché culturel aux Etats-Unis (2001-2005). Frédéric Martel est l’auteur de cinq livres dont Le Rose et le Noir, Les Homosexuels en France depuis 1968 (Le Seuil, 1996 ; édité en poche Points-Seuil en 2000 ; traduit en anglais chez Stanford University Press, 2000 ; adapté pour la télévision pour France 3, 2001). Il a publié en 2006 un ouvrage sur le déclin du théâtre aux Etats-Unis (Theater, La Découverte, mai 2006) et plus récemment un livre sur le système culturel américain, De la Culture en Amérique (Gallimard, novembre 2006 ; livre traduit en japonais, en polonais etc. et adapté en film pour Arte...). Il a publié plus récemment Mainstream, Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde (Flammarion, 2010 : livre traduit dans 10 pays).
Depuis octobre 2007, il dirige la rédaction du site nonfiction.fr.
Il anime chaque dimanche de 19h à 20h sur France Culture l’émission Masse Critique, le magazine des industries créatives et des médias. Il a enseigné à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (Sciences-Po) et au MBA d’HEC.

Et d’ailleurs, le site de l’auteur :

http://fredericmartel.com/
Où se trouvent la biographie ci-dessus, mais aussi toutes les notes de bas de pages qui n’ont pu être édité dans le livre de quelques 560 pages, la bibliographie, les très nombreuses références…

La très indispensable table des matières :

I.L'entertainement américain
1.Jack Valentiou le lobby d'Hollywood
La MPAA à l'assaut de l'Amérique latine

2.Multiplexes
Du drive-in au multiplexes – Quand le pop-corn devient modèle économique – De la « suburb » à l' « exurb » - Quand Coca-Cola rachète le studio Columbia

3.Le studio : Disney
De Toy Story au Roi Lion – Miramax et DreamWorks : la chute

4.Le nouvel Hollywood
« Les studios, ce sont les banques » – « Nous n'avons pas donné le feu vert pour spider-Man » - Lemarketing ou le déplacement du bétail – Le monopole des syndicats

5.Tous « Indies », y compris Indiana Jones
« Le contenu, c'est nous » – Agents secrets

6.L'invention de la pop music
La génération mp3 a gagné, mais ce n'est pas la mienne » – « Le cool c'est le hip plus le succès commercial » – Nashville, l'autre capitale musicale des États-Unis – Music Television

7.Pauline, Tina & Oprah
Tina Brown ou le nouveau journalisme culturel – La marque Oprah – Le nouveau critique

8.USC, l'université Mainstream
Recherche et Développement – La diversité culturelle

II.La guerre culturelle mondiale
9.Kung Fu Panda : la Chine face à Hollywood
Près de la Place Tian'anmen, au cœur de la censure chinoise – Le vol des multiplexes de la Warner – Hong Kong, Hollywood de l'Asie – Comment Murdoch a perdu des millions en Chine et a trouvé une femme

10.Comment Bollywood part à la conquête du monde
Le nouveau Bollywood

11.Lost in translation
Cool Japan – les mangas, média global – La guerre entre la J-pop et la K-pop

12.Géopolitique des dramas, feuilletons du ramadan et autres telenovelas
La bataille des formats – Les feuilletons du ramadan – les telenovelas à la conquête de l'Amérique (Nord et Sud)

13.Miami, capital pop de l'Amérique latine
« Le reggeaton unifie les masses latinos » – L.A., Latin America

14.Comment Al Jazeera est devenu la chaîne mainstream du monde arabe
Au siège d'Al Jazeera au Qatar – Un format News & Entertainment – La guerre des images – Al Arabiya ou quand les Saoudiens entrent dans le jeu – La télévision du Sud – « Visit Israël, before Israël visits you »

15.Le prince des médias dans le désert
La musique au Liban, la télévision à Dubaï, le cinéma au Caire

16.La culture anti-mainstream de l'Europe
Le succès en trompe l'oeil du jeu vidéo européen – Une culture panslave en Europe centrale – La libanisation de la culture européenne – Londres et Paris, capitales de la musique world africain – Aux frontières de l'Europe, de l'Asie et du monde arabe : la Turquie américanisée

Conclusion

Mon avis :

MAINSTREAM meinstrim adj. – mot d’origine américaine : grand public, dominant, populaire. L’expression « culture mainstream » peut avoir une connotation positive, au sens de « culture pour tous », ou négative, au sens de « culture hégémonique ». Un film mainstream : qui vise un large public ; un média mainstream : média de masse ; un produit mainstream : qui se vend massivement ; « il veut être mainstream » : il veut plaire à tout le monde.

L’ouvrage est assez clair sur ce fait : il ne s’agit pas de parler de l’avant-garde culturelle, d’une histoire de la culture mondiale, de la création actuelle, mais de comment une culture « internationalisée » se développe pour être vendue dans le monde entier. Il est effectivement bien question d’économie de la culture, de vente de produit culturel. Et pour vendre le plus grand nombre de produit, il faut que le produit soit susceptible de plaire au plus grand nombre. Pour cela, soit il faut donner le ton des modes (Etats-Unis), soit il faut avoir un marché intérieur important (Etats-Unis, « Bollywood »).

Dès le départ, il est très clairement question de consommation, parce qu’au cinéma, on consomme du pop corn et des boissons sucrées, dont les recettes rapportent plus que la vente des billets. La télévision vend « du temps de cerveau disponible » pour inciter à l’achat de biens matériels, mais les produits culturels en général vendent aussi des idées, des valeurs, des connaissances, des points de vues qui créent des civilisations. On peut dominer militairement un pays par son « hard power », et on peut aussi mettre en œuvre un cheval de Troie par le soft-power, permettant une assimilation culturelle (votre ennemi devient comme vous, il devient vous, donc n’est plus votre ennemis et vous pouvez lui vendre des barres chocolatées et des boissons sucrées pétillantes).

Il est toujours question de sous, car le contenu à vendre est toujours payant, il a toujours une valeur marchande. D’ailleurs, cet essai permet de faire très clairement la distinction entre le support et le contenu : Sony, géant multinational d’origine japonaise, a une branche spécialisé dans le matériel. Sony va vous vendre du NanoPodMp3Music, soit du matériel. Mais Sony Music, filiale de Sony, installée aux Etats-Unis et totalement indépendante de la maison mère, va vous vendre du contenu : le tube de l’été, l’artiste du moment, bref, le contenu que lira votre NanoPodMp3Mucic.

Mainstream est aussi un livre multimédia : pour être accessible à tous, le style est limpide, précis et concis, sans fioriture, journalistique, faisant preuve aussi d’humour ; pour être aussi une référence scientifique, les notes, références, bibliographies, sources, sont… sur Internet. Le site en question n’est pas top, il a fait planté mon FireFox plusieurs fois (preuve d’une certaine instabilité, me semble-t-il), mais on y trouve beaucoup d’éléments intéressant pour compléter la lecture de l’essai.

J’ai surtout trouvé une honnêteté (ou une image d’honnêteté) car l’auteur explique comment il a mené son enquête, qui il a pu citer (ce qui est rare), à quels moments des interviews il a ressenti qu’on lui servait de la soupe parfumée à la langue de bois, à quels moments il a sentit poindre une véritable honnêteté. Frédéric Martel dresse aussi le tableau d’entreprise de contenus culturels qui se protègent, qui ne veulent pas être un sujet de conversation ou de commentaire. Il y a beaucoup de ressenti à travers les pages de cet essai, sans tentative de nous ficeler dans de beaux discours.

La part belle est faites aux créations en provenance des Etats-Unis, en terme de musique et de cinéma, principalement. Les américains sont des créateurs de contenus, de bons gestionnaires de ces contenus, même si l’entreprise elle-même n’est pas américaine. L’ouverture sur les autres phénomènes mainstream permet cependant de ne pas se focaliser sur l’« invasion culturelle » américaine. Les grandes entreprises « américaines » de création de contenus sont apparentées au japonais Sony. Si Bollywood a cette puissance, c’est en raison de l’importance numérique du marché indien, mais les contenus s’exportent peu. En Asie, des marchés musicaux sont conquis, à condition de faire des concessions culturelles et de chanter en japonais, mandarin, cantonnais, coréen et éventuellement en anglais. Il s’agit alors de faire des sacrifices sur sa langue pour assurer la diffusion en Asie. On apprendra aussi comment les telenovellas sont doublées avec les différents accents de l’espagnol de l’Amérique du Sud pour devenir exportables. La Chine reste vraiment un cas à part, un marché surprotégé, animé d’un désir pathologique de contrôle, ayant un irrespect total pour la propriété intellectuelle. Murdoch s’est allègrement cassé les dents sur le marché chinois, d’ailleurs. J’ai d’ailleurs beaucoup apprit sur la schizophrénie des télévisions arabes, de la société toute entière d’ailleurs : on peut trouver ce que l’on veut, y compris du x dans le monde arabe, mais tout simplement pas à la vue de tous (même si tout le monde est au courrant).

Il y a en revanche quelques grands absents, dans cet ouvrage, et non des moindres : où est l’Afrique ? (son cas est torché en 10 pages, expliquant que c’est le royaume de la contrefaçon, et que personne ne s’y intéresse, puisque ce n’est pas un marché : bien trop pauvre). On parle de même assez peu des pays « d’Europe de l’Est » et de la Russie. J’ai aussi regretté qu’il soit si peu question de l’industrie du livre et de la fabrique des best-sellers (qui ne sont pas les meilleurs romans, mais les romans les plus vendus…).

Divagations très personnelles :

Une question se pose maintenant : faut-il avoir honte de sa culture européenne et / ou de sa culture dite « de niche » ? L’enquête d’Olivier Donnat et son équipe, sur les pratiques culturelles des Français, montrait qu’une personne « cultivée », en 2009, se doit d’avoir aussi une culture Mainstream. Il faut connaître Milan Kundera et les X-Men, Umberto Eco et le dernier Disney, les films de Godard et Friends.
La tendance « anti-intello »[1] fait aussi qu’on a parfois un peu honte de dire que oui, on lit autre chose que du Lévy ou du Musso, que non, on n’a pas lu Harry Potter, le Dan Vinci Code ou Millenium, et que non, on ne refera pas l’erreur d’aller voir un film « Twilight » au cinéma[2].

Les productions Mainstream vont-elles tuer la culture de niche, qui serait vouée à disparaître ?
Je n’espère pas. Les cultures de niches sont indispensables, puis qu’elles permettent à chacun de trouver son compte en terme de « nourritures de l’esprit ». Je souhaite que nous ne soyons pas tous condamnés à écouter du Céline Dion, n’en déplaisent aux Majors.
Internet permet des miracles : sans énormes moyens techniques, on peut diffuser du contenu à un public plus confidentiel. On pourrait imaginer une édition électronique d’ouvrage « de niche », qui n’ont pas pour but de faire de l’auteur et de l’éditeur des milliardaires, mais qui ont quelque chose à dire au-delà de la distraction pure et simple. Le seul problème est encore de faire connaître les ouvrages, car sur Internet, il y a beaucoup de « bruit ».
C’est sans doute ici que certains métiers comme bibliothécaire ou libraire vont devoir se réinventer. Les professions poussent des cris d’orfraies devant le risque de disparition de leurs métiers[3], alors qu’elles vont simplement devoir se reconstruire. Etre libraire ou bibliothécaire, c’est (entre autres) ranger sur des rayons et catégoriser (mettre des tags ?) ; l’avantage de la bibliothèque numérique est qu’on peut mettre les livres à plusieurs endroit à la fois (façon de parler) ou plutôt coller beaucoup de petites étiquettes à un même ouvrage. Etre libraire ou bibliothécaire, c’est aussi faire des sélections et des présentations d’ouvrage, donner à découvrir à des lecteurs. « Le mot du libraire / bibliothécaire » est toujours incitatif et aide un ouvrage à trouver son public. Les professionnels du livre vont sans doute devoir faire de la curiosité leur profession, pour trouver et donner à lire.

J’espère juste que l’industrie du livre ne se plantera pas lamentablement comme l’a fait celle de la musique, en créant des contenus électroniques aussi chers, voir plus chers, que le contenu matériel. Pour ma part, je n’achète pas de musique sous format électronique : j’achète la galette, et je l’encode. C’est moins cher. Pour les livres, quand je vois des e-books à 19€ quand le format papier est à … 19€ (mais qu’il n’y a plus trop le libraire, que le stockage est conçus tout à fait différemment, que le transport n’est plus payant) je considère que c’est un vaste foutage de gueule. Je suis pour l’e-book à 3€ : 1 pour l’auteur, 1 pour l’éditeur[4], 1 pour la technique. Un tel modèle devrait pouvoir être transposable dans d’autres domaines.

Le Mainstream n’est jamais qu’une affaire de conception de produit puis de communication, de publicité, de circulation de l’information. Tout ça se paye, mais tout cela rapporte.

Notes

[1] On aura beau dire, les clichés ont vraiment la vie dure

[2] où comment on peut se planter lamentablement en allant au cinéma… j’assume… difficilement, mais j’assume

[3] Les professionnels me pardonneront de donner une image un peu caricaturale, mais je suis cette affaire là à travers newsletters et magazines professionnels, sans implication directe

[4] Dont le travail est aussi normalement de faire de la publicité pour les œuvres qu’il produit

vendredi, mai 13 2011

Bonnefon Gérard - Penser l'éducation populaire, humanisme et démocratie

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Penser l'éducation populaire, humanisme et démocratie de Gérard BONNEFON

Éditions Chronique sociale (2006)

ISBN : 978-2-85008-631-8 ; 110 pages.

4e de couv :

Qu'est-ce que l'éducation populaire ? Quels enseignements tirer de sa riche histoire ? Quels sont ses fondements ? Son originalité ? Que peut-elle apporter aux processus éducatifs, à la vie sociale, à la vie associative, à la vie politique ? Comment doit-elle évoluer pour s'inscrire dans les réalités actuelles ? Cet ouvrage contribue à répondre à ces différentes questions grâce à des expériences personnelles et collectives, à des analyses étayées par des documents-clés. L'éducation populaire, idée vivante et actuelle, s'incarne dans des mouvements qui concourent à l'accès de tous aux savoirs, à la culture, dans un souci permanent du bien commun. Par l'éducation populaire, des citoyens s'engagent. Acteurs sociaux et créateurs de lien, leurs initiatives se traduisent dans des actions et/ou des recherches pour aboutir à des réponses sociétales durables. L'éducation populaire défend la liberté de penser, la solidarité, la coopération. Elle favorise la créativité. Elle privilégie le respect des règles démocratiques. Elle est une éducation pratique et théorique à l'humanisme et à la démocratie. Les temps actuels nous réaffirment sa profonde nécessité, l'utilité de s'y engager pour éviter, dans une société de compétition exacerbée, le risque de retour à des situations d'extrême violence généralisées.

Gérard Bonnefon a exercé les fonctions de chargé de mission culture - temps libre à l'UNAPEI, puis de délégué national d'une association d'éducation populaire. Il anime des formations, conduit des recherches sur le développement des pratiques artistiques et l'accès à la culture. Il a écrit de nombreux articles, des ouvrages notamment Handicap et cinéma (Chronique sociale).

Mon avis :

L’indispensable table des matières :

Chapitre 1 : L’éducation populaire

  • Une histoire
  • Une esquisse historique
  • Civilisation ou barbarie
  • Synthèse

Chapitre 2 : L’éducation populaire : une résistance et un espoir

  • Histoires
  • Le mal absolu
  • La mise en spectacle et le meurtre de l’autre
  • Une mémoire vivante
  • La nouvelle modernité
  • Sur les crêtes du vents
  • Synthèse

Chapitre 3 : L’éducation populaire : une pédagogie de la créativité et de la responsabilité

  • Histoires de théâtre
  • De la créativité
  • Valeurs pédagogiques
  • Synthèse

Chapitre 4 : L’éducation populaire : un apport pour l’éducation

  • Histoire d’apprentissage
  • Enseigner, éduquer autrement
  • Des réformes
  • Synthèse

Chapitre 5 : L’éducation populaire : de l’engagement à la vie associative

  • Histoires
  • Humanisme et démocratie
  • Les associations à l’épreuve de la démocratie
  • L’éducation populaire et la vie associative
  • Synthèse
  • En bref : Qu’est-ce que l’éducation populaire ?

Conclusion : l’éducation populaire : un nouvel agencement.

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J’adore ce genre de livre : toutes les 5 pages, je trouve une référence à un autre ouvrage (roman ou essai) et le commentaire qui me donne envie de le lire. On sort de cette lecture avec une liste de livre à lire longue comme le bras.

L’éducation populaire, c’est la gauche humaniste, démocratique et angéliste en action.

Les objectifs sont nobles : il s'agit d'aider tout un chacun à s'ouvrir sur le monde, à développer des compétences, penser par soi-même, développer l'esprit critique, savoir débattre, être créatif, former les citoyens afin de vivre tous ensemble dans une société où chacun trouverait sa place et qui donnerait à tous la possibilité de son épanouissement personnel. Le tout doit aussi s'accompagner d'un engagement militant, aidant à mettre en pratique ces idéaux. En gros, l'éducation populaire pourrait faire tout ce que l'éducation nationale ne fait (malheureusement) pas, par manque de moyens et de temps.

Ceci est une description excessivement grossière, tout le monde en conviendra.

J'ai trouvé que cela se rapprochait énormément de ce que je connais de l'idéal anarchiste, où chacun a conscience de soi et conscience des autres, suffisamment pour comprendre naturellement les besoins de la société et pour que la société puisse prendre en compte l'épanouissement des individus qui la compose. Mais peut-être que je me trompe.

Tout cela est très beau et très noble.

Vu l'état actuel de l'humanité, je ne sais pas si ces idéaux sont un tant soi peu réalistes. Je souhaiterai évidemment que chacun ait une grande conscience civique, soit capable de trouver sa voie, de faire ce qui lui plait et qui puisse l'aider à s'épanouir et a être volontairement utile à la collectivité.

J'ai aussi des exemples vivants de personnes aux prétentions humanistes et démocratiques, qui consomment la culture « dominante, noble, intellectualisante » comme on va au supermarché, qui vous répètent les articles de Télérama ou d'autres magazines qui vont bien, mais sans une once d'esprit critique, qui sont très engagées politiquement, et qui restent tout de même des gros br**leurs alors qu'ils pourraient agir au quotidien pour le bon fonctionnement de la société. Évidemment, leur mettre le nez dans leurs paradoxes serait dynamiter les fondations de leurs psychismes. Il y en a, mais pas que.

Je veux bien faire semblant de croire à la démocratie et à l'humanisme (oui, maintenant, c'est comme pour le service public ou la culture : j'ai perdu la foi, avec quelques rechutes, ponctuellement), mais il y aura malheureusement toujours des gens qui délègueront leurs cerveaux, leurs votes, leur intelligence, contre un peu de tranquillité devant un stupide écran de télévision. Tout le monde n'a pas forcément envie d'apprendre, d'agir, d'avoir conscience, parce qu'il faut ensuite assumer cette conscience.

J'y ai beaucoup cru, pourtant. Mais l'âge aidant...

Ceci dit, quand on arrive encore à croire aux idéaux de l'éducation populaire, ce petit livre est bien fait, bien construit, riche en exemple, les mots clés sont en gras, et vous avez une synthèse à la fin de chaque chapitre. J'ai trouvé qu'il y avait un brin de bourrage de crâne pour être dans la ligne du parti, mais rien qui ne résiste à un peu d'esprit critique. L'auteur est assez dur avec l'éducation nationale, ce que je ne lui reprocherais pas.

Lecture agréable, constructive, bien. Sans se rouler par terre non plus.

lundi, mars 14 2011

Schaer Rolland - L'invention des musées

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L’invention des musées de Rolland SCHAER

Éditions Gallimard (2007), collection Découvertes histoire

Pièce de théâtre en trois actes créée en 1939,

ISBN : 978-2070344505 ; 143 pages

4e de couv :

Au commencement était un mythe, le musée d'Alexandrie, où se perd l'origine du mot. Les "trésors" des temples antiques et des églises médiévales attestent, bien avant la Renaissance, d'une pratique de la collection. Mais c'est le XVIIe siècle, après la floraison des cabinets de curiosité, qui invente la muséographie, comme forme organisée de l'expérience. Si la monarchie s'était déjà engagée dans la conservation des œuvres d'art, c'est à la Révolution française qu'il revient de découvrir la notion de patrimoine. Le musée devient dès lors une institution. Les XIXe et XXe siècles marqueront son âge d'or. D'Alexandrie au Grand Louvre, Roland Schaer retrace une histoire des musées à travers le monde, celle de l'acquisition de biens inestimables, mais aussi celle de l'idée même de mémoire des lieux et des hommes.

Roland Schaer, agrégé de philosophie, a dirigé le service culturel du musée d'Orsay à Paris entre 1985 et 1994. Il a également enseigné à l'École du Louvre où il a assuré un cours sur les musées. Après avoir été directeur du développement culturel à la Bibliothèque nationale de France, il est aujourd'hui directeur sciences et société à la Cité des sciences et de l'industrie de la Villette.

Mon avis :

La collection « Découverte Gallimard » est étonnante : on peut facilement la prendre pour une collection de petits livres faciles pour enfants, parce qu’elle est très riche en iconographie, mais le contenu est pourtant pointu.

La mise en page de la collection « Découverte Gallimard » est pourtant comme ces musées que l’on transformé radicalement à partir de l’entre-deux-guerre et surtout de la fin de la seconde guerre mondiale : il y en a partout. Le texte est déjà dense sur le plan du contenu, la mise en page est très serrée, touffue. Il y a de quoi se sentir un peu noyé au milieu de tant d’informations.

Ce petit ouvrage reste une entrée dans un domaine, une introduction à l’histoire des musées, leur conception, mais aussi leurs objectifs. La bibliographie présenté en fin d’ouvrage est très appréciable puisqu’elle permet d’aller plus avant dans l’étude de certains aspects du sujet. Le référencement de l’iconographie en fin d’ouvrage donnerait une belle leçon à certain.

Ce que j’en ai retenu est quelques grandes lignes de l’histoire des musées, ayant pour ancêtre le fameux musée d’Alexandre, qui était aussi un lieu d’accueil pour savants, et regroupait certainement autres lieux d’études sous son égide (bibliothèque, observatoire astronomique…). La révolution française à vu naître l’idée que le patrimoine était un outil d’instruction et d’éducation, de diffusion du savoir, qui ne concerne pas que l’art, mais aussi les sciences et techniques, les sciences de la natures, l’histoire. Les musées ont dû remettre en cause leurs méthodes de travail et d’appréciation des œuvres après les « ratés » des reconnaissances artistique de Monet, Manet, Renoir, ou Cézanne. Cette remise en cause a donné naissance aux musées d’art moderne.

Il semble pourtant qu’entre au musée ce qui est en train de se perdre : les écomusées font florès dans les années 1970, alors que les modes de vies campagnards, locaux, achèvent de disparaître dans l’uniformisation des modes de vie. Il est intéressant aussi de savoir que le musée n’a pas a tout exposer, dans un bric-à-brac infernal. La muséographie doit servir à mettre en valeur le sens d’une œuvre et non à montrer le nombre des possessions.

Le mouvement actuel est de faire du musée un centre culturel. Il redevient centre de recherche à part entière, ce qu’il était à l’origine, mais il devient aussi centre de restauration d’œuvre, bibliothèque d’étude, auditorium. Le musée propose aussi des ateliers pédagogiques, de véritables services éducatifs, mais aussi boutique, librairie, cafétéria… Le musée n’est plus un lieu obscure et poussiéreux où sont entassés sans ordre des objets étranges ; c’est un centre de vie culturelle où doit être mise en œuvre une médiation entre tous les publics et les objets d’art ou de sciences.

mardi, juillet 27 2010

Fleury Laurent - Sociologie de la culture et des pratiques culturelles

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Sociologie de la culture et des pratiques culturelles de FLEURY Laurent,

Armand Colin, collection 128

ISBN : 978-2200354367 ; 128 pages

4e de couv :

La sociologie de la culture est un des grands domaines de la discipline. Sur les trente dernières années, trois questions ont structuré les recherches : celles de la hiérarchie culturelle et de la distinction, de la démocratisation de la culture et des politiques de l'État, de la diversité des pratiques culturelles et des publics. Cet ouvrage présente une synthèse des débats. Pendant la dernière période, la sociologie de la culture s'est réorientée pour répondre à de nouveaux questionnements, avec une grande attention à la réception des œuvres et à l'expérience esthétique, avec la mise en concurrence de la " culture légitime " et de la culture de masse. Cette sociologie cherche à comprendre la place et le sens de la culture dans les sociétés contemporaines. Laurent Fleury est maître de conférences en sociologie à l'Université de Paris 7-Denis Diderot.

Mon avis :

J’avoue que je n'ai pas trouvé ici ce que je pensais y trouver au moment de l’achat de ce livre, sur son contenu exact (comment ça, ce n'est pas clair ?). Je cherchais une autre analyse sociologique de la culture et j’ai trouvé une historiographie de la sociologique de la culture agrémentée d’analyse.

Ceci dit, je ne regrette pas. Certains passages sont cependant assez ardus lorsqu’on n’est pas sociologue, avec comparaison d’œuvres et de thèses d’auteurs, mais globalement, cela reste compréhensible.

Je vous fais maintenant profiter des petites choses que j’en ai retenues.

La culture est entendue comme d’une part un moyen d’imitation ou de différenciation, en un mot de distinction (et dire que le livre de Bourdieu est dans ma to-read pile depuis plus d’un an…), d’autre part elle est un moyen de développement et de réalisation de soi par assimilation de contenu (et sentiments esthétiques).

J’ai déjà une petite réserve parce que la culture n’est pas uniquement un rapport à l’art. C’est un système de symboles et de références, qui permet des économies de langage et la mise en œuvre de références communes qui unifient les groupes. La culture, c’est les arts, et la technologie, et la mode, et la cuisine, et l’histoire, et le fait politique, et le fait social… Réduire un Ministère de la Culture à une tirelire à subvention pour les arts est abusif (et n’importe quoi.. mais c’est le cas actuellement).

Évidemment, l’auteur nous réexplique que le public n’est pas monolithique mais qu’il existe « des » publics ainsi que des « non-publics », tout comme il fait la différence entre la culture discutée et la culture consommée.

Ce qui m’a semblé intéressant, c’est qu’au milieu de toute ces recherches et multiples interrogation sur la légitimité culturelle, la transmission de la culture, et les politiques culturelles, il apparaît que la suprématie culturelle n’appartient plus au snob et au pédant, mais à l’omnivore culturel, celui qui ne tient pas compte des clivages entre la culture légitime et la culture illégitime. Un geek d’un nouveau genre ? (j’ai dit « geek », pas « nerd »). L’éclectisme culturel est devenu un moyen de domination symbolique.

La culture se forge dans la famille (héritage et reproduction sociale), à l’école (culture légitime) et dans les groupes sociaux. Un des soucis est que l’école essaye d’enseigner un « devoir aimer » et le culture de la culture d’élite / légitime, au lieu de la porter simplement à connaissance. On peut reconnaitre la Joconde sans pour autant l’aimer. Actuellement, la famille et l’école étant plus ou moins en crise, ce sont les groupes sociaux qui tiennent le haut du pavé en matière de création d’identité culturelle. On adopte des pratiques non plus uniquement pour se distinguer, mais avant tout pour faire partie d’un groupe, la distinction n’étant alors plus qu’une variation sur un thème imposé (j’ai un jogging blanc informe, mais avec un petit liseré bleu sur la couture : je suis différent tout en étant semblable… quel jeu subtil). Il semblerait d’ailleurs que le développement d’une culture populaire soit une recherche de conformisme (celui qui n’a pas vu Avatar, c’est un gros pèq) alors que la culture « légitime » est en recherche de singularité (oh, il faut que je te fasse découvrir ce groupe islandais très en vogue dans les milieux branchés). La consommation ostentatoire n’a jamais pour but que de montrer que l’on fait partie d’un monde, ou d’une certaine catégorie du monde (moi, je suis Apple et j’ai un iPhone 4, je suis quelqu’un de super branché).

Viennent ensuite les plaintes et cris d’orfraies sur la démocratisation culturelle et l’échec de 50 ans de politique culturelle. Rêvant à l’utopie de la démocratisation de la culture, on se prend à imaginer une égalité entre les citoyens. Tout le monde avec le même baluchon, la même chance. C’est évidemment, d’un certain point de vue, un échec cuisant, et l’on reproche aux politiques publiques en matière culturelle de ne pas être légitimes (qui, comment et pourquoi décide-t-on qu’une œuvre peut-être exposée et pas une autre ?), de ne pas être équitable (les impôts de tous servent à subventionner les spectacles que verront une minorité en Avignon, la minorité en question n’étant pas la plus défavorisée…), de ne pas être efficace (les riches sont toujours les plus cultivés). L’échec de la démocratisation culturelle viendrait de l’impuissance des institutions à combattre le déterminisme social.

Mais où en serait-on sans politique culturelle ? des troupes de théâtre amateur répétant après l’usine ? une absence de bibliothèque dans les quartiers défavorisés ? un Paris ultra-culturel face à un désert absolu sur le reste du territoire ? Monsieur Fleury a tout de même ce mérite de mettre les choses à leur place ; la démocratisation culturelle est un processus, non un résultat.

mercredi, novembre 11 2009

Donnat Olivier - Les pratiques culturelles des français (2008)

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Les pratiques culturelles des Français à l'ère numérique – enquête 2008 de DONNAT Olivier

La découverte / Ministère de la culture, 2009.

ISBN : 978-2707158000 ; 280 pages

4e de couv :

Depuis les années 1970, l'enquête Pratiques culturelles du ministère de la Culture et de la Communication constitue le principal baromètre des comportements des Français dans le domaine de la culture et des médias. Les résultats de 2008 révèlent, plus de dix ans après ceux de 1997, l'ampleur des effets d'une décennie de mutations induites par l'essor de la culture numérique et le l'Internet. Au moment où plus de la moitié des Français disposent chez eux d'une connexion à haut débit, où plus d'un tiers utilisent l'Internet quotidiennement à des fins personnelles, comment les nouvelles formes d'accès en ligne à la culture s'articulent-elles avec la consommation des anciens médias (télévision, radio, presse écrite) et avec les pratiques culturelles traditionnelles ? Comment se portent la lecture de livres, l'écoute de musique ou la pratique amateur d'activité artistique ? La fréquentation des salles de cinéma, des théâtres ou des salles de concert a-t-elle baissé ou augmenté et le profil de leurs publics a-t-il évolué ? Le présent ouvrage restitue les résultats sectoriels de l'enquête dans le domaine de la télévision, de la musique, du livre et de la presse, des sorties et visites culturelles et des pratiques en amateur, en soulignant chaque fois les permanences mais aussi les lignes de ruptures qui se dessinent sous la poussée d'une culture numérique déjà très présente dans le quotidien des jeunes générations. (Résultats complets sur le site www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr)

Mon avis avec un petit résumé :

Amateurs de statistiques, de graphiques et d'histogrammes divers, voici votre bonheur. Il s'agit donc des résultats de l'enquête menée par le ministère, des données presque brutes, avec peu d'analyse. Des chiffres à qui chacun pourra faire dire ce qu'il veut, ou presque (on en reparlera pour l'industrie du disque ou du cinéma). C'est un peu « sec », comme lecture, mais c'est important pour mon travail, entre autre (et puis pour ma culture personnelle).

Par rapport à l'arrivée d'Internet ou à la diffusion des technologies numériques dans les foyers, la révolution n'est pas forcément celle que l'on croit : nous sommes dans une logique de cumul. On nous vends du « grâce à Internet, tout le monde a accès à tout » (sauf en Chine, mais c'est un autre débat), ce qui est à la fois vrai et faux. Vrai, parce que tout le monde peut aller sur le site de la réunion des musées nationaux (même si tous le monde n’est pas équipé en informatique, les Espaces publics numériques sont de plus en plus répandus), faux parce que ce sont ceux qui vont aux musées qui vont sur le site de la RMN. Quand on a comprit cela, on a quasiment tout compris.

Nos foyers sont de plus en plus équipées d'appareils numériques, l'offre augmente et les acquisitions suivent (note personnelle : pas forcément les revenus des ménages… quand on voit le prix de certaines liseuses, rester au « bon vieux livre papier » semble raisonnable). En moyenne, on compte 7 appareils numériques par foyers, de l'APN au lecteur mp3 en passant par les ordinateurs, les téléphones portables, la télévision, les consoles de jeux, etc. Quand il y a des enfants dans les foyers, le nombre de l'appareil augmente évidemment. Le nombre d'heure des loisirs de détente reste stable, le panel des loisirs aussi, mais nous notons une explosion de la consommation de jeux vidéos (on ne s'en était pas aperçut, heureusement que le ministère de la Culture est là pour nous éclairer...).

Les personnes les plus équipées en joujoux technologiques sont les personnes qui sortent le plus le soir et qui s'adonnent au plus aux activités culturelles. Non pas que la possession de jouets induit les sorties, mais ce sont au contraire les sorties et la culture qui induit la possession de jouets numériques (et de préférence nomade : lecteur de musique tenant dans la poche, ordinateur portable).

Et ceux qui sont toujours en tête de la consommation culturelle sont les foyers ayant 1) les moyens 2) le temps 3) un patrimoine culturel. Comprendre : les cadres et professions intellectuelles, de préférence issus d'une famille de cadres et professions intellectuelles (CSP+, donc…). Le schéma de la reproduction sociale est toujours là, marquant l'échec total de 50 ans de politique culturelle française (ça c'est un commentaire personnel méchant et d’une totale mauvaise foi, puisque fort heureusement les politiques publiques culturelles existent et oui, elles participent à la démocratisation de la culture, mais on ne s’y prends sans doute pas de la bonne manière).

La télévision reste le premier loisir de français. Un quart d'entre eux n'ont que ça comme loisir, n'ont jamais touché à Internet, et n'ont surtout pas envie d'ouvrir un livre ou d'avoir un autre loisir. C’est un choix. On remarque cependant une baisse historique de la consommation de temps de télévision chez les 15-25 ans, le temps ainsi dégagé étant consacré à l'utilisation des nouvelles technologies. Mais il ne s'agit pas d'utilisation de la technologie pour l'utilisation, mais pour écouter de la musique, communiquer, regarder des vidéos, etc.

Contrairement à ce qu'on nous assène, le cinéma n'est pas en crise à cause du téléchargement. Les gros consommateurs de téléchargements sont aussi de gros consommateurs de séance dans les salles obscures. Seuls les vidéoclubs ont été clairement touché par l'arrivée et la diffusion des DVD. Même chose pour la musique : ceux qui téléchargent sont ceux qui achètent le plus. Je me demande si la bonne question ne serait pas si les gens achète moins, n’est-ce pas parce que les CD / DVD sont trop cher, avec un coût de production de un euro et un autre euros de droit d’auteur ? On vont les 18 euros restant ? (on retrouve le même problème pour les produits agricoles, vous remarquerez…)

Pour les autres activités, nous observons une certaine stabilité et l'utilisation de l'informatique a participé au développement des pratiques amateurs (surtout en matière de composition musicale, par exemple).

Pour résumer, rien ne change. Sauf que si la fracture numérique existe, elle a ou va avoir des répercutions culturelles (ceux qui savent et ceux qui ne savent pas se servir des technologies numériques) qui risquent d'aggraver les disparités et inégalités au sein de la population.

Personnellement, je trouve très bien que l'école apprenne aux enfants à se servir d'un ordinateur. Je souhaiterais aussi qu'elle apprenne à ces mêmes enfants que le musée, le théâtre ou la bibliothèque ne sont pas fait pour les bons élèves. Ils sont fait pour tous. (Bon, après, il y a toujours des ânes qui ne s'intéressent à rien, qui ne sont et ne seront jamais curieux et qui passent leurs temps devant des jeux informatiques à tuer du pixel. Notez, c'est bien, les jeux vidéos, mais il est aussi bien de ne pas faire QUE ça).