Le blog de Gabriel

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche, octobre 9 2011

Henri Atlan et Frans B. M. de Waal - Les frontières de l'humain

atlan_waal_frontieres_humain

Les frontières de l'humain de Henri ATLAN et Frans B. M. de WAAL

éditions Le pommier / La cité des sciences – le collège de la Cité (2007)

ISBN : 978-2746503359 ; 110 pages

4e de couv :

L'intelligence et la culture ne suffisent pas à caractériser l'humain. Espèce parmi les espèces, nous partageons avec tous les vivants une histoire commune, des mécanismes communs que les chercheurs expérimentent de plus en plus finement. La tradition philosophique est contredite depuis un siècle par la biologie la vie a changé de statut. Les dernières découvertes établissent une continuité graduelle entre le non-vivant et le vivant. De la même manière, les récents travaux, en éthologie brouillent la frontière entre l'humain et le non-humain. Comme les chimpanzés et les bonobos, nous sommes les héritiers d'une longue lignée d'animaux sociaux. Il nous incombe cependant d'établir de 'nouvelles barrières ; de nature morale, sociale ou juridique, afin d'éviter de nouvelles formes d'inhumain.

Biologiste et philosophe, Henri Atlan est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris. Biologiste et éthologue, Frans B. M. de Waal travaille à Atlanta au Yerkes Primate Center à Emory University.

Mon avis :

Encore un petit ouvrage de vulgarisation scientifique, tendance philosophie.
En quête d'une définition de l'humanité, les lectures se succèdent, se complètent, mais n'apportent pas toujours forcément de réponses « faciles ». Ce n'est pas du prêt-à-penser, fort heureusement, et ce livre se propose d'explorer les zones limites, floues et indécises.

Dans une première partie « Les frontières revisitées », c'est à nouveau une définition en creux de l'humanité qui se dessine, en la regardant depuis ses limites. Il manque toujours une définition claire, mais c'est très certainement tant mieux, car définir l'humanité serait prendre un parti philosophique. Si on retrouve ici les notions d'intelligence, de culture, de forme physique, de conscience, de mémoire, on y trouvera aussi les notions de dignité et de gloire, faisant entre l'estime de soi, et l'estime que les autres auraient de soi, ouvrant des perspectives intéressantes de réflexion.
J'ai simplement trouvé un peu choquant, page 21, d'espérer que la technologie nous libère de tout travail : celui qui nous permet de gagner notre subsistance comme le travail de l'accouchement. J'y voit une perte de sens de l'effort (je ne considère pas toutes les formes de travail comme étant des tortures, il existe bien aussi du travail choisi, et non subit) et l'image d'une humanité grandissant en cuve me donne des frissons dans le dos, comme un reniement de la chair.

La seconde partie « L'homme est un loup pour l'homme » brouille les frontières de l'humain, en montrant que si la morale est un des traits de l'humanité, cette dernière n'en a pas le monopole. A travers les études en éthologie, il apparait que les animaux font preuve d'empathie, de réciprocité et ont le sens de l'équité, et Frans B. M. de Waal en fait une démonstration extrêmement troublante. Certains grands singes y paraissent plus humains que nous.
Pour une fois, aussi, je me trouve d'accord avec Freud[1], dans sa définition selon laquelle la civilisation serait « née de la renonciation à l'instinct, de la maîtrise des forces de la nature et de l'élaboration d'un surmoi culturel. »
Un long passage traite aussi de la perception de l'œuvre de Darwin, et de sa théorie de l'évolution, souvent ressentie comme totalement amorale. C'est oublier que l'évolution n'est pas le règne de la « loi du plus fort », mais de l'adaptation. Or, la survie et l'adaptation à l'environnement passe par la sociabilité et la vie en société. Le développement de capacités d'empathie, de négociation, de réconciliation après conflit sont alors nécessaires à la survie. L'empathie est alors un avantage dans le développement des relations sociales permettant la survie du groupe. Être à l'écoute de l'autre permet aussi de savoir comment le manipuler, mais l'objectif est ici un peu moins « noble », évidemment...
C'est fou de voir jusqu'où peuvent nous mener des réflexions sur l'éthologie...

La lecture de cet ouvrage qui flirte avec les frontières de l'humain a pour résultat de rentre floues assez agréablement les limites qu'on pouvait croire nettes, ainsi que de remettre (un peu) l'homme à sa place, en le débarbouillant de ses airs supérieurs.

Voir aussi :

Note

[1] qui d'habitude aurait plutôt tendance à m'énerver

lundi, octobre 3 2011

Eustache Francis - Pourquoi notre mémoire est-elle si fragile ?

eustache_memoire_fragile

Pourquoi notre mémoire est-elle si fragile ? de Francis EUSTACHE

éditions Le pommier / La cité des sciences – le collège de la Cité (2003)

ISBN : 978-2746501317 ; 128 pages

4e de couv :

Les troubles de la mémoire sont très fréquents, au point de devenir un véritable problème de santé publique. Leur description contribue à mieux connaître la mémoire elle-même. Si la frontière est parfois ténue entre normal et pathologique, ces troubles mettent toujours en péril le sentiment d'identité de la personne. C'est que la mémoire n'est pas une simple fonction instrumentale ; elle est bel et bien au cœur de notre vie mentale consciente et inconsciente. Ce livre, qui opère des va-et-vient incessants entre mémoire et amnésie, nous révèle l'organisation et les mécanisme intimes de la mémoire humaine et souligne leur extraordinaire complexité.

Neuropsychologue, Francis Eustache est professeur à l’université de Caen et directeur d’études à l’école pratique des hautes études (EPHE) et dirige le laboratoire EPHE à l'université René-Descartes Paris V ? il est directeur de l'équipe Inserm Neuropsychologie cognitive et neuroanatomie fonctionnelle de la mémoire humaine de l'université de Caen.

Mon avis :

Dans l'espoir de reprendre un jour mon histoire de zombie, je m'intéresse cette fois à la mémoire humaine et aux méandres de son fonctionnement. Ce n'est pas simple, mais cet ouvrage à la fois court, concis, précis et accessible à tous fut assez éclairant.

Le fait de donner des noms (ou de découvrir ces noms) à différente strates de mémoires dont on peut avoir naturellement l'intuition aide grandement à structurer la pensée, et ainsi la réflexion, autour de ce thème.

J'ai éprouvé par exemple un grand soulagement face à la distinction entre la mémoire implicite[1] et la mémoire explicite[2], mais aussi sur la construction parfois aléatoire du souvenir, et l'affirmation que la mémoire humaine n'est pas fiable, puisque le cerveau retravaille l'information. La mémoire est ainsi faites de couches successives, aux fonctions différentes, qui se nourrissent mutuellement, et qui peu à peu aident à construire une personnalité.
Les maladies de la mémoire sont aussi abordées mais, attention, ce n'est pas un livre sur la maladie d'Alzheimer.

Bref, ce petit ouvrage est très instructif, bien écrit, compréhensible. Je pense cependant que j'aurai besoin de relire certains passage, afin de bien mémoriser des éléments importants (et de bien ancrer toutes ces informations dans ma mémoire sémantique[3]).
Donc, je le conseille, même si je souhaiterais compléter les premières informations ainsi acquises.

Notes

[1] essentiellement à l'œuvre dans l'acquisition de compétences motrice, comme faire du vélo, conduire, faire du sport

[2] où seront stockées les données auxquelles nous pouvons faire consciemment appel

[3] soit le stockage des connaissances

samedi, septembre 24 2011

Lehoucq Rolland - Faire de la science avec StarWars

lehoucq_faire_science_starwars

Faire de la science avec StarWars TM de Roland LEHOUCQ

Éditions le Pommier – Cité des sciences et de l’industrie (2005)

ISBN : 978-2746502598 ; 128 pages

Inspiré par la conférence du Collège de la Cité des Sciences et de l’Industrie du 7 mars 2006

Ce livre n’est actuellement plus édité. Il est possible de le trouver d’occasion.

4e de couv :

La saga Star Wars met en scène des mondes et des technologies dont certains nous semblent relever de la pure fiction, tandis que d'autres nous sont plus familiers. Quelle pourrait être la nature de la Force des chevaliers Jedi ? Comment fonctionne un sabre-laser ? D'où vient la fantastique énergie dégagée par l'Étoile de la Mort ? Comment se déplacent les vaisseaux interstellaires ? En utilisant les outils de la physique, Roland Lehoucq mène l'enquête : il ne s'agit pas de détruire la part de rêve inhérente à toute œuvre de fiction, mais plutôt de s'en servir pour parler de physique de façon ludique. Que la Force soit avec vous !

Roland Lehoucq est astrophysicien au CEA de Saclay. Il est auteur de nombreux ouvrages et de plusieurs dizaines d'articles de vulgarisation, donne régulièrement des conférences, tient une rubrique scientifique dans la revue de science-fiction Bifrost.

La petite table des matières :

  1. Introduction
  2. La Force
  3. Le sabre laser
  4. L’étoile de la Mort
  5. Les véhicules spatiaux
  6. Les véhicules terrestres
  7. Les planètes
  8. Quel bilan ?

Mon avis :

Si vous aimez rêver devant la poésie et la magie de StarWars ne lisez pas ce livre.
Si vous souhaitez que les technologies utilisées dans StarWars soient de la science-fiction et que vous êtes attachés au mot « science », ce petit ouvrage est très intéressant. On touche souvent aux limites de nos connaissances, mais peu de choses étudiées dans ce petit ouvrage (qui fait aussi de la vulgarisation scientifique) semblent absolument impossibles.

Certains voient dans la Force le Cinquième élément d’Aristote. A mes yeux, il a souvent été une force spirituelle proche du Tao. L’approche est ici plus physique, mais laisse place au « pourquoi pas ».

Parmi les choses impossibles, il y a certes le sabre laser, qui ne pourrait absolument pas être « laser », mais en plasma[1]. L’étoile de la Mort demanderait aussi pour sa construction une technologie qui semble pour le moment totalement hors d’atteinte, puisque abritant en sont cœur un trou noir.

Je regrette un peu que Monsieur Lehoucq, en parlant de la planète Mustaphar n’ai pas signalé qu’il est peu probable, voir impossible, qu’une telle planète volcanique ait… une atmosphère respirable par deux Jedi (ou tout autre être vivant d’ailleurs). Il est cependant étonnant d’apprendre que les deux tiers des étoiles que nous connaissons sont des étoiles doubles, telle Tatoo1 et Tatoo2, les deux soleils de Tatooine.

Il ne s’agit pas dans cet ouvrage, d’ailleurs plein d’humour et écrit par un amoureux de la saga, de passer les films à la moulinette de la science (physique). C’est surtout un prétexte pour parler de quelques concepts scientifiques et de se mettre au niveau du grand public[2].

Mais même s’ils ne peuvent exister, je veux quand même un sabre laser pour Noël !

Notes

[1] Et même un arc laser ne pourrait pas être visible.

[2] Celui qui n’a pas fait de thèse en physique quantique, par exemple

jeudi, février 17 2011

Robinson Richard - Pourquoi la tartine tombe toujours du côté du beurre ?

robinson_tartine_murphy

Pourquoi la tartine tombe toujours du côté du beurre : La loi de Murphy expliquée à tous de Richard ROBINSON

Dunod (2006), collection Oh ! Les sciences !

ISBN : 978-2100499472 ; 263 pages

4e de couv :

La " Loi de Murphy ", ou " Loi de l'emm...bêtement maximum ", nous guette nuit et jour, et dès le petit déjeuner : vous lâchez votre tartine ? Elle tombe du côté du beurre. Le reste de la journée n'est guère plus brillant : vous choisissez une caisse au supermarché ? Cette queue n'avancera plus. Vous portez un colis dans chaque main ? Votre nez se met à gratter. Vous sortez du salon pendant un match de foot ? C'est là que votre équipe favorite marque son seul but. Renseignez-vous autour de vous. Parents, amis, et même ennemis : nous sommes tous des victimes. Grâce à ce livre, vous connaîtrez enfin les ressorts secrets, et très scientifiques, de cette loi implacable et universelle...

Mon avis :

Parce que la tartine tombe toujours du côté du beurre (ou de la confiture, c'est tellement plus drôle) et parce que le monde se ligue toujours contre vous, vous pouvez lire ce petit essai.

Tout d'abord, un bagage scientifique de niveau lycée est largement suffisant pour le comprendre. Pas besoin d'avoir fait une thèse en neuro-sciences pour comprendre les mécanismes qui entre en jeu dans le théorème de la tartine. Ensuite, il se lit tout seul (en quatre heures pour ma part) avec quelques éclats de rire à prévoir, principalement lorsque la tartine se décide à faire un triple loost avec boucle piquée.

Tout geek qui se respecte (mais même les gens normaux) connait le théorème de la tartine, qui veut qu'elle tombe toujours du côté du beurre, théorème lui-même dérivé des lois de Murphy ou lois de l'emmerdement maximum. Un des corrolaires de ces lois étant « tout ce qui peut tourner mal tourne mal ». Bien.

Grâce à ce petit ouvrage rigolo mais dont la traduction souffre parfois de quelques approximations, vous découvrirez que tout ceci est dans votre tête, que non, le coin de table n'en veut pas personnellement à votre cheville et que si la tartine tombe du mauvais côté, c'est tout simplement parce qu'elle ne tombe pas d'assez haut. En somme, ce sont quantité de principe « scientifiques » au quotidien qui sont expliqués, de l'optique, de la physique, un soupçon de chimie, et pas mal de biologie avec le fonctionnement du cerveau.

Tout cela est évidemment mis à la portée de tout un chacun, et l'auteur a l'honnêteté d'annoncer qu'évidemment, il simplifie, et que toute simplification est fausse. Elle permet cependant de comprendre la globalité de phénomène avant de commencer à s'intéresser au détail (et à vous faire entamer une thèse en neuro-sciences, donc...).

J'ai particulièrement apprécié les explications sur le fonctionnement du cerveau, la création et les réactions aux émotions et la perception du temps.

L'ouvrage est assez drôle, distrayant et instructif. Je crois aussi que c'est un « must have read » pour geek.