Le blog de Gabriel

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jeudi, octobre 25 2012

MARCHAND Yan - Comme un poison dans l'eau

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Comme un poison dans l'eau de MARCHAND Yan
Editions Griffe d'Encre (2010)
ISBN : 978-2-917718-18-6 ; 80 pages

4e de couv :

Meizi est une impératrice chinoise ; c'est aussi le nom que Walter a donné à son poisson rouge.
Majestueux et glacial, l'animal ne demande ni ne donne rien : il est fascinant. Walter en tombe amoureux. Et leur histoire aurait pu durer mille ans, mais une rumeur circule en ville : il y a un poison dans l'eau.

Mon avis :

Cette novella pourrait être simplement l'histoire d'un monomaniaque des carassins totalement associal, si elle ne se déroulait pas dans ce qui ressemblerait à la Yougoslavie de Tito[1].

On ne sait jamais vraiment si l'eau est empoisonnée. C'est une rumeur, qui prend forme de vérité lorsqu'elle rend tout un chacun fou, puisqu'une lutte pour la survie commence évidemment. Or, Walter a un grand aquarium plein d'eau « propre » dans lequel nage Meizi, et qui va devenir source de convoitise, symbole de sacrifice et de partage.

Le traitement de cette histoire se fait davantage sur le mode « film d'auteur » que « film d'action apocalyptique c'est la fin du monde aaaah ». Ce qui n'est pas un mal. On se trouve doucement enveloppé de la ouate de l'esprit de Walter.

Ne cherchez aucune morale et aucune transcendance dans cette novella : les humains y sont tous médiocrement humain. Ce que je regrette un peu.

Notez que sur le site des éditions Griffe d'Encre (http://www.griffedencre.fr/spip.php?) vous pouvez lire des extraits et découvrir tout un tas d'autres ouvrages merveilleux d'auteurs absolument fantastiques.

Note

[1] Enfin, c'est du moins ce que j'en ai pensé, je peux me tromper

vendredi, décembre 3 2010

Kennel Léo - La transparence des tigres

kennel_transparence La transparence des Tigres de Léo KENNEL Editions Hydromel (2010) ISBN : 978-XXXXX ; 79 pages

4e de couv :

Premier volet du triptyque découvert par La nuit en sursaut, La Transparence des tigres – souvenirs transgéniques s'annonce à la fois comme une création littérature d'obédience surréaliste et comme la note d'intention esthétique de son œuvre.

La Zone des Friches est laide. On y hurle sous l'orage perpétuel, devant les chiens calcinés et des frères déliquescents. Les chats y sont borgnes ; le bétail explosera avant d'avoir pu s'envoler loin d'ici. À travers les terres vagues, lieux d'une féroce absurdité entourant ce monde abstrait et agonisant, une femme s'enfuit, riche en souvenirs de la Zone. Et tandis que surgissent des mémoires improbables, sa course se transforme en dérive ; l'aberration de son voyage prend sens, peu à peu et au fil de la transparence des tigres...

Mon avis

Résumer ce livre est impossible. On peut peut-être dire que c'est une fugue en neuf chats. C'est l'histoire d'une fuite au court de laquelle l'apparition des chats appelle des vagues de souvenirs. S'il n'y a pas réellement d'histoire, les tableaux des souvenirs reconstruits nous entraînent dans un univers onirique ouvertement surréaliste. Les rêves se diluent dans la grisaille des banlieues industrielles et tentent de redonner quelques couleurs au quotidien. Le tout est écrit avec une poésie et une sensibilité rare, mélancolique, presque amoureuse. On est totalement immergé dans une fresque, mais le lecteur reste tout de même très contemplatif. C'est de l'art pour l'art, mais j'aime beaucoup. Le format Novella convient parfaitement à cet exercice de style.

L'édition est soignée. La superbe couverture réalisée par Simon Goinard Phelipot est artistiquement pelliculée, le toucher du papier bouffant est agréable, l'odeur de la colle va se bonifier en vieillissant. (On sent que j'ai discuté boutique avec Monsieur Merlin Jacquet) Il y a juste trois erreurs de typo, mais je chipote.

Disponible sur le site des Editions Hydromel

jeudi, avril 29 2010

Noirez Jérôme - Le diapason des mots et des misères

noirez_diapason Le diapason des mots et des misères par Jérôme NOIREZ Couverture : Aurélien Police Griffe d’encre (2009) ISBN : 978-2-917718-09-4 ; 236 pages GPI 2010 de la nouvelle francophone (Nantes 2009)

4e de couv :

Au diapason des mots et des misères, l’existence dissone, le silence a un écho, la folie tient la baguette, le désir grelotte, les morts pourrissent au grand air, les araignées se mêlent de téléphonie, les enfants sont au supplice, la nostalgie est une atrocité, et tes aïeux te font payer le simple fait d’être né. Ce diapason, tu ne t’accorderas jamais avec lui. Tu ne l’étoufferas pas non plus entre tes doigts. La musique qu’il désordonne n’a ni début ni fin. Tu n’as plus qu’à t’asseoir et à écouter. Avec un peu de chance, peut-être que tu deviendras sourd.

Postface de Catherine Dufour.

Mon avis

Jérôme Noirez est un polisseur de mot qui semble bien décider à nous montrer que l’on peut écrire du fantastique d’une aussi bonne qualité que les meilleurs ouvrages de littérature blanche. Pour faire sortir du bois le genre, il nous offre ces 14 nouvelles à l’écriture très travaillée, au vocabulaire très recherché avec une prédilection pour les mots « rares », à la construction on ne peut plus solide. C’est presque trop, en réalité. C’est très bon, c’est excellent, mais ça peu dégouliner un peu. J’ai compté au moins trois fois le mot « fuligineuse » en 236 pages. Vous avouerez que ça fait tout de même beaucoup… La grande recherche dans l’écriture est cependant très appréciable et très appréciée (pour une fois qu’on ne nous sert pas de la soupe, on ne va pas cracher dedans, tout de même, madame).

7, impasse des mirages Une nouvelle très surprenante. Par sa qualité d’écriture (première page, première claque), par son thème, avec son Maroc contemporain et ses questions pétrolières, mais aussi l’incursion du merveilleux oriental.

Bolex Sur la « magie » du cinéma, dans un monde ravagé, tendance post-apocalyptique / décharge. Pourquoi pas...

La ville somnambule Ouch ! Une sacré claque, celle-ci encore. Prague. Des fous. Une nuit où tout s'inverse, et où une fiancée tente de retrouver son amoureux dans la cité des fous. Gothique, sombre, terrible.

Kesu, le gouffre sourd Je n'ai pas vraiment accroché à cette nouvelle ayant pour cadre le Japon et son art de vivre. Il s'agit d'écouter le son du silence.

L'Apocalypse selon Huxley Ou quand Kerouac rencontre Philip K. Dick. Sauf que si on apprécie l’un et l’autre auteur, le résultat est assez bizarre. On nage dans le road-movie n’importe-quoi-t-esque, ce qui a son charme, et le lecteur peut se demander parfois ce qu’il fait là.

Nos Aïeuls Du lourd. Du très très lourd. Du très excellent, surtout. Une petite splendeur gothique, noire, remplie des peurs nocturnes non-imaginaires d’enfants abandonnés par leurs parents dans les dortoirs d’un sanatorium (pour ceux qui comme moi connaissent l’ambiance des sanatorium des XIXe – XXe, cette lecture est assez terrible).

Berceuse pour Myriam Une partition. Pour les non-musiciens, qui comprendront simplement que c’est un hommage à la petite fille de la nouvelle précédente, vous avez le droit de passer. Bel exercice, mais bon… peu accessible au grand public (qui n’a jamais fait de solfège qu’au collège).

Feverish Train Bilal mis en littérature, avec un « contrôleur » de train un peu spécial chargé des enquêtes dans un train qui traverse le Bayou, entre trafique d'animaux rares et mortels ou de fétiches magiques. Si le côté fiévreux en permanence peu éventuellement rappeler Céline, c'est davantage a Bilal que cet univers semble faire référence, entre les humanoïdes sans doute un peu animaux et une ambiance générale (fièvres, drogues, poisson, et lémuriens).

Le Diapason des mots et des misères Des filaments qui relient les gens et qui vous font parler par la bouche d'un autre. C'est on ne peut plus singulier, attrayant et dérangeant.

La Grande Nécrose On ne s'y attend vraiment pas au départ, mais voici une histoire de zombies. Avec de l'humour, des scènes assez cocasses, pour une fin qui l'est un peu moins... En tout cas, j'ai beaucoup apprécié cette mise en scène des morts parmi les vivants. Me rapelle quelque chose...

Maison-monstre, cas numéro 186 Il faut reconnaitre à Jérôme Noirez d'avoir l'immense talent de vous planter un décors et une problématique en quelques mots. Reprenez le chaperon rouge, inversez tous les rôles des personnages, rajoutez une maison hantée, et vous obtiendrait ce petit bijou.

Stati d'animo Celle-là, je ne l'ai pas vraiment aimé. C'est très verbeux, même si c'est le but, et je n'y ai pas trouvé d'intérêt particulier. Mais cela reste une appréciation très personnelle.

Contes pour enfants mort-nés Courtes petites histoires qui se caractérisent par une succulente cruauté. C'est tout de même horrible, toutes ces atrocités que les gens peuvent inventer. Avec des enfants comme acteurs principaux. Et ça nous divertie. C'est génial.

(On notera aussi une couverture particulièrement réussie)

Disponible sur le site des Editions Griffe d'Encre