
Le baiser du démon une aventure de Danny Valentine de Lilith SAINTCROW
Orbit (2010)
Traduit de l'anglais (américain) par Célia CHAZEL
ISBN : 978-2360510184 ; 360 pages
4e de couv :
Elle est nécromante.
Elle a un tempérament de feu, la répartie cinglante et un corps de rêve.
Elle s'appelle Dante Valentine – Danny pour les amis. Le démon qui frappe un jour à sa porte, envoyé par Lucifer en personne, n'est pas un ami : Danny déteste les créatures des Enfers. Et pour couronner le tout, voilà que le Diable lui propose un contrat : sa vie, en échange de l'élimination d'un renégat. Une offre impossible à refuser... et impossible à honorer non plus : la dernière fois que Danny a rencontré l'invincible Santino, elle a failli mourir. Alors à moins d'un miracle, elle risque d'y passer, c'est sûr, et ce n'est pas l'aide de ce fichu démon qui pourra arranger les choses !
Lilith Saintcrow (c’est son véritable nom !) est née au Nouveau-Mexique. Écrivain du côté obscur – « writer on the dark side », comme elle aime se présenter – à plein-temps, elle vit à Vancouver avec ses enfants, ses chats et tout un assortiment d’animaux errants. Elle est l’auteur best-seller de plusieurs séries fantastiques.
Mon avis :
Si vous m'aviez dit qu'un jour je lirai de la bit-litt mais qu'en plus j'aimerai ça, je vous aurai rit au nez. Et pourtant...
Généralement, dans le rayon science-fiction / fantastique, je passe très rapidement à côté de la bit-litt, en me moquant un peu des couvertures criardes et des pourfendeurs de vampires / démons / zombies / engeance du mal absolu... La réputation de ce genre de littérature est que généralement, ça ne vole pas très haut, il y a des jolies filles court vêtues et de la baston à foison. Comme il s'agit tout de même de littérature pour jeunes filles modernes, il faut aussi de la romance et des héroïnes qui ne s'en laissent pas compter.
Une amie m'a pourtant dit : tiens, c'est pas mal du tout, en fait. Et je l'ai écouté. Je ne regrette rien. Absolument rien. J'ai passé un bon moment et j'ai même eu du mal à lâcher le livre.
L'héroïne de bit-litt type, c'est Buffy, la tueuse de vampire. Vous me permettrez donc une comparaison entre nos deux héroïnes.
Toutes deux ont des amis, beaucoup d'amis, même si elles sont les seules à tenir le haut de l'affiche. Dante / Danny ne serait pas grand chose sans ses ami(e)s. Elle en a beaucoup, ils sont puissants, et forment même un background qui donne une dimension très affective à l'ensemble de l'intrigue. La relation Danny / Doreen reste très ambiguë (ou en fait, non, pas vraiment, et c'est tant mieux. Il est simplement dommage qu'il ne soit pas écrit noir sur blanc qu'elles ont été amantes). L'héroïne de bit-litt se déplace donc en bande, de préférence avec un démon ou un vampire domestique, parce que c'est tellement plus rigolo de côtoyer le mal (le Mâle ?) au quotidien. (La figure masculine est souvent démoniaque, de près ou de loin... il doit y avoir une explication psychanalytique très intéressante là-dessous, à mettre en miroir avec la représentation des femmes dans la littérature fantastique ciblant les hommes).
Danny Valentine, comme Buffy, sait se battre et elle ne rechigne pas a en découdre. Buffy fait du karaté / kung fu, Danny se bat avec un katana. Nous sommes dans une mouvance d'intérêt pour l'Extrême-Orient, avec son art de vivre, mais surtout son art du combat, ou plus exactement d'éclater la tête de l'adversaire. C'est très à la mode, et cela reste très visuel. Je crains cependant que l'auteur n'ait jamais mis les pieds dans un dojo, parce que n'importe qui se ramènerait en bottes sur un tatami se ferait pulvériser l'arrière train, qu'on se le dise.
La jeune et belle héroïne combattante est tout de même une figure du féminisme du XXIe siècle. Une chose est certaine, elle n'a pas besoin d'un représentant de la gente masculine pour se défendre toute seule. Elle a aussi la capacité de choisir ce qu'est sa vie, ses amours, son bonhomme. Elle est totalement indépendante, mais semble tout de même un peu froide, méfiante, avec ce qui ressemble à un homme, démons ou pas. (certaines scènes sont tout de même pleines de pathos...)
L'univers est baigné par un ésotérisme chrétien version New Age, avec un soupçon de démonologie, une pincée d'Égypte Ancienne (pour le dieu Anubis invoqué par Danny). Il faut dire que c'est bien fait, on reprend des petits morceaux épars de textes « sacrés » et on essaye d'en faire quelque chose d'intelligent qui se tient. J'ai particulièrement apprécié le fait que les « démons » ne se contentent pas de magie et sombrent dans une image réactionnaire de vieux érudits poussiéreux lorsqu'ils ne se mettent pas à ravager la Terre. Les démons se recyclent dans la génétique. C'est à mes yeux une très bonne idée (mais je suis novice en bit-litt) et bien plus original que Buffy.
Danny est une nécromante, ce qui signifie qu'elle peut parler aux morts. C'est même la meilleure nécromante du monde ever, parce qu'elle arrive à tailler le bout de gras avec des cendres. Dans d'autres univers fantastiques, « être nécromante » voudrait dire qu'elle fait se relever les morts ; ici, il ne s'agit que de parler avec eux. C'est plus propre, cela sens moins mauvais, et ça ne risque pas de laisser des bouts sur le tapis du salon. Un tel don est aussi très utile dans les enquêtes criminelles. Danny est une héroïne accomplie (elle est la meilleure), et non une petite presque-héroïne. Je trouve ça un peu dommage, parce qu'elle manque d'humanité (surtout avec le démon Japhrimel, quoiqu'on en pense). Comme nécromante, elle a un tatouage mouvant sur la joue, autour de son émeraude incrusté. Tout ça est vraiment très graphique. Il y a clairement de quoi faire une très bonne adaptation au cinéma...
Tout ça nous donne une urban fantasy assez sympathique, qui se rapproche assez de l'univers de ShadowRun, par exemple. J'ai apprit en fouinant sur le Net que Saint-City était située en Amérique du Sud, tout comme Nuevo Rio. Autant pour le second, la chose était évident, autant la première ville pourrait se situer n'importe où sur la surface du globe, au moins dans ce premier volet des aventures de Danny Valentine.
L'univers est moyennement construit, mais suffisamment de pistes nous sont laissées pour reconstruire l'essentiel de l'histoire : un éveil à la magie, des guerres et des révolutions, une toile de fond tracée à grands traits qui explique le comment du pourquoi de certaines parties de l'intrigue.
Il y a cependant moins de gros flingues et de cybernétique que dans un bon cyberpunk des famille (je vous rassure, il y a autant de vocabulaire...), mais plus de magie et de romance. Il y a aussi des mafias, comme dans toute urban fantasy qui se respecte, et évidemment, notre noble et gentille héroïne déteste les mafias.
L'utilisation de la magie passe par celle des flux de pouvoir. Tout ça est extrêmement vague. Est-ce la Force / le Chi / le Tao comme chez les Jedis ? Est-ce la foi qui offre une puissance ? Quel pouvoir et dans quel but ? Parce que si la magie existe, on doit pouvoir trouver une piste au sens de l'univers, non ? Et les dieux ? Et les démons ? Ceux-ci ne sont absolument pas ceux des mythologies chrétiennes, bien qu'on puisse faire des recoupement évident. Cette utilisation d'un nouveau genre de créatures mythiques est intéressante. Mais où apprend-t-on la magie ? A l'école des sorciers ! - soupir – et oui, on nous ressors encore ce truc, au lieu de passer par un maître, un guide, une initiation, une quête spirituelle. Non, non, on va encore mettre ça dans un moule bien conventionnel (quoique version un peu plus punchy pour Danny). Imaginez une institutrice avec un chapeau à étoile : « Aujourd'hui, les enfants, nous allons apprendre à invoquer les démons du septième cercle en toute sécurité. » et imaginez le chœur de chérubins qui réponds « oui maîtresse ! ». Là, je hurle de rire.
C'est de la littérature efficace de distraction, qu'il faut apprécier comme telle : elle n'a pas d'autres prétentions que de distraire et de faire passer à ses lectrices un agréable moment. Je n'ai pas apprit de nouveaux mots, ni quoique ce soit de nouveau, d'ailleurs. Mais c'est on ne peut plus efficace : le scénario est extrêmement bien ficelé, au micro-poil même, on ne s'ennuie pas une seule seconde, j'ai même eut hâte de lire la suite (mais c'était aussi le cas pour Un monde sans fin de Ken Follett : efficace, mais ça se pose là).
Et il ne faut pas oublier la romance...
Ah oui ! Parce qu'il y a de la romance (le coeur de cible du genre est la jeune fille entre 16 et 25 ans, il FAUT de la romance). De préférence il faut qu'elle soit un peu exotique (diables, démons, vampires, anges, tout ça, c'est bien. L'humain, c'est très surfait, même si c'est un vrai héros testostéronné). J'ai commencé à m'en douter page 50, j'ai attentivement suivi la construction de l'histoire « d'amour » (un peu faiblarde, par moment) en me demandant « bon, quand est-ce que ça b3ise ? » (mon ami A. pourra en témoigner, j'ai vraiment posé la question) et ça n'a pas raté. C'est très romantique et assez fin, il n'y a absolument aucune vulgarité, c'est parfait pour les jeunes filles. Le plus fort est que cela a vraiment du sens et apporte un élément capital du scénario. Mais qu'elle est forte, cette Lilith Saintcrow !
Pour un moment de détente neuronale au pays de la chasse au démon, ce roman est très bien fait, très reposant et tient ses promesses.