Le blog de Gabriel

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dimanche, novembre 25 2012

PRATCHETT Terry - Coup de tabac

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Coup de tabac de Terry PRATCHETT
Les annales du disque Monde, t34

L'Atalante (2012) – La dentelle du cygne
Traduit de l'anglais par Patrick COUTON

ISBN : 978-2841726110 ; 478 pages

4e de couv :

Blousé, Vimaire. Dame Sybil, son épouse aimante, lui impose quinze jours de congés à la campagne dans le manoir familial. La vie de hobereau, rien de folichon pour le commissaire divisionnaire du Guet d Ankh-Morpork, non plus que la déférence servile qu'on lui témoigne, à lui qui tient pour article de foi que les hommes sont tous les mêmes le pantalon baissé. La tradition le veut, le flic en vacances n'a pas ouvert sa valise que le premier cadavre lui saute à la figure. Mais ce n'est pas un meurtre ordinaire qui attend Vimaire, c'est un crime contre l'existence et la dignité d'une espèce entière. Qu'importe s'il est hors de sa juridiction, si les repères lui manquent dans le monde rural et si l'on s'acharne à le mener en bateau, la justice doit passer.

Mon avis :

Aucun lecteur des Annales du Disque-monde ne sera assez naïf pour croire que Le commissaire Samuel Vimaire est fichu de prendre des vacances. On se retrouve en milieu connu, avec nécessité d'avoir lu les épisodes précédents pour ne pas se demander dans arrêt ce qu'est une tour clac, qui est le capitaine Carotte, pourquoi ce Vétérini semble si important ou encore ce qu'est cette association d'idée étrange entre Sybil et les dragons.

Le sujet du roman est particulièrement humaniste, plein de bons sentiments et de littérature scatologique pour enfants (ce qui est somme toute assez déconcertant). C'est mignon, mais sans aller au bout des choses.

J'ai beaucoup apprécié le personnage de Villequin, le factotum au mille et une facettes digne des grands romans d'aventure, le voyou aux allures de gentleman, quelqu'un sachant se comporter avec le plus grand raffinement, y compris dans la cruauté.

La manière dont est menée l'histoire, en revanche, me laisse perplexe. Beaucoup d'éléments restent en suspend à la fin du roman : qu'advient-il des gobelins, pour commencer ? Quel est le destin des vases Unggue ? Pourquoi les cigares ? Il y a quantité d'élément qui auront été assemblés par le lecteur, mais qui ne trouverons jamais d'explication, aussi illogiques puissent-elles être (c'est Pratchett, tout de même, Monsieur se doit d'être un peu farfelu) (sauf si j'ai sauté malencontreusement les deux pages capitales, mais je ne pense pas....).

Donc, au final, même si j'ai apprécié retrouver Samuel Vimaire et l'Univers du Disque-monde, ce roman m'a semblé plutôt inachevé.

jeudi, février 23 2012

Pratchett Terry - Au Guet !

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Au Guet ! de Terry PRATCHETT

L’Atalante (1998),

ISBN : 978-2841720453 ; 408 pages

4e de couv :

Une société secrète d'encagoulés complote pour renverser le seigneur Vétérini, Patricien d'Ankh-Morpok, et lui substituer un roi. Enfin une affaire à la mesure du capitaine Vimaire, alcoolique frénétique, et de ses non moins brillants adjoints. Et lorsqu'on retrouve au petit jour dans les rues les corps de citoyens transformés en biscuits calcinés, l'enquête s'oriente résolument vers un dragon de vingt-cinq mètres qui crache le feu. Peut-être la collaboration du bibliothécaire de l'Université ne serait-elle pas inutile. Certes, il a depuis quelque temps été métamorphosé en singe, mais qui a vraiment remarqué la différence ?

Mon avis :

J’avais déjà lu ce roman en… 2000, si ma mémoire est bonne.
Il avait largement contribué à mon engouement pro-Pratchett, mon nouveau statut de fan, ma quête perpétuelle des dernières traductions. N’ayant pas eu mon compte dernièrement (en terme de volume) avec la publication de 6 nouvelles du Disque-Monde, j’ai décidé d’en relire un et c’est tombé sur Au Guet ! (sachant que j’ai déjà relu Nobliaux et sorcières et le Cinquième Eléphant).

Il faut bien le dire : ce fut moins enthousiasmant que la première lecture. Ma mémoire de poisson rouge avait retenu l’essentiel des détails ; j’ai redécouvert la « chute ». Je ne l’ai cependant pas trouvé spécialement drôle. Je me dis que je vieillis.
Pourtant, Pratchett écrit dans le registre de la fantasy burlesque à critique sociale, agrémentée, souvent, de note de bas de page aussi interminable qu’hilarante. Son univers est une caricature de toute la littérature de Fantaisy avec un rendu critique et intelligent : nous avons certes des dragons, des loups garous, des sorcières et des trolls, mais cela n’empêche pas d’aborder des thèmes comme l’illusion de la fiction, le pouvoir, le racisme, le sexisme, la folie, etc.

Je voulais aussi relire les débuts du Capitaine Carotte, l’humain élevé comme un nain, avec sa couche de naïveté qui le rend absolument intouchable et inattaquable. Personnage savoureux s’il en est.
Il y a toujours des scènes cocasses, des situations et des dialogues absurdes, mais à mes yeux, la magie n’était plus là. Sans doute parce que mon souvenir de l’histoire était plus net que je ne le pensais. Il m’a semblé que l’univers était moins construit que dans mon souvenir, mais cela s’explique sans doute par le fait que le Disque-Monde s’est créé au fil des volumes.

Au Guet ! reste, je pense, un bon roman d’aventure.
Et moi, je vieillis.

mardi, décembre 6 2011

Pratchett Terry - Nouvelles du Disque-Monde

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Nouvelles du Disque-Monde de Terry PRATCHETT

L'Atalante (2011) – La dentelle du cygne

ISBN : 978-2841725595 ; 128 pages

4e de couv :

"Les nouvelles me coûtent sang et eau. J'envie ceux qui les écrivent avec facilité, du moins ce qui ressemble à de la facilité. Je serais étonné d'en avoir écrit plus de quinze dans ma vie". Voici le premier livre réunissant l'ensemble des nouvelles de Terry Pratchett qui appartiennent au corpus du Disque-monde. On y retrouve avec jubilation les mages de l'Université de l'Invisible, la Mort, les sommités d'Ankh-Morpork, les sorcières de Lancre, le Guet et même Cohen le Barbare.

Mon avis :

Pour ceux qui regrettent comme moi de ne as voir leur Pratchett de novembre à se mettre sous la dent (parce que l'édition par l'Atalante d'un recueil en un seul volume de trois aventures de la Mort, c'est une pure arnaque quand on connait l'inénarrable qualité de la colle de leur imprimeur... deux lectures et les pages se font la malle) voici un petit recueil de six nouvelles qui vous feront retrouver les héros du Disque-Monde, des magiciens de l'Université Invisible d'Ankh-Morpork, aux Sorcières, en passant par la Mort, le Capitaine Carotte, un soupçon de Vétérini, et Cohen le Barbare.

Pour ceux qui ne connaîtrait pas (encore) le Disque-Monde, je ne saurais que les engager à prendre quelques informations des plus intéressantes sur un des piliers de la culture des geeks.

Terry Pratchett est un rare (voir le seul) auteur de fantasy qui trouve grâce à mes yeux. Sans doute parce que la fantasy est un genre qui ne m'attire pas[1], et parce que cette fantasy-là (burlesque, donc) ne se prends pas au sérieux : elle caricature ses principes et ses mécanismes pour rendre des effets du plus haut comique[2] [3]. Le plus drôle est encore la critique de notre société, pris dans le miroir déformant qu'est le Disque-Monde. C'est sans doute pour cela que j'aime autant cet univers.

Les nouvelles sont :

  1. 1.Rejet par l'université de procédés diaboliques.
  2. 2.La Mort et tout ce qui s'ensuit
  3. 3.Minutes de la réunion en vue de concrétiser le projet de fédération de scouts d'Ankh-Morpork
  4. 4.La mer et les petits poissons
  5. 5.Le théâtre de la cruauté
  6. 6.Drame de troll

Si on retrouve les héros les plus fameux du Disque-Monde, j'ai trouvé le recueil assez inégal. Pratchett doit avoir besoin d'un peu d'espace pour déployer son talent. J'ai trouvé très agréable la lecture de deux nouvelles : La mer et les petits poissons[4] et Drame de troll.
J'ai un coup de cœur particulier pour La Mort et tout ce qui s'ensuit, pour la mise en scène d'une célèbre histoire de chat. Minutes de la réunion en vue de concrétiser le projet de fédération de scouts d'Ankh-Morpork est essentiellement remarquable pour la transcription magistrale des évènements d'une réunion absurde en terme administratif, tout en laissant tous les effets comique (c'est le genre, et c'est très drôle).

En attendant, je crois que je vais relire Au guet ! parce que ce fut un peu trop court. Je n'ai pas eut ma ration.

Notes

[1] quand je veux lire du médiéval fantastique, franchement, un bon vieux Chrétien de Troye fait parfaitement l'affaire

[2] à en éclater de rire en faisant la queue à la caisse de votre librairie préférée

[3] c'est pour ça que lorsque j'achète un roman de Pratchett, généralement, je choisi la plus longue queue à la caisse : j'ai envie d'en profiter tout de suite

[4] En tant que fan des sorcières et particulièrement de Mémé Ciredutemps, je manque cruellement d'objectivité

mercredi, mai 11 2011

Pratchett Terry - Je m'habillerai de nuit

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Je m’habillerai de nuit de Terry PRATCHETT

Éditions L' Atalante (avril 2011), traduit de l'anglais par Patrick Couton

ISBN : 978-2-8417-2541-0 ; 448 pages.

4e de couv :

Rude existence que celle d une sorcière de seize ans dans le Causse. Outre le quotidien d une infirmière doublée d une assistante sociale, il faut aussi gérer les crises qui fermentent et la mort prochaine du vieux baron. Guère de magie là-dedans, guère de sommeil non plus. Alors, si quelque part une pelote inextricable de malveillance et de frustration s est réveillée pour inciter à la haine des sorcières et à leur destruction, voilà Tiphaine Patraque soudain démunie... «J’ai la trouye pou la ch tite michante sorcieure jaeyante.» Il reste les Nac Mac Feegle, me direz-vous, toujours prêts à la bataille. Mais si eux-mêmes se mettent à douter...

Mon avis :

Je m’habillerai de nuit est le quatrième roman du Disque Monde mettant en scène Tiphaine Patraque et les Nac mac Feegle, les trois autres étant Les Chtis hommes libres, Un chapeau de ciel et L’Hiverier (le premier roman du Disque Monde était Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants).

Je rappelle rapidement qu'il s'agit de fantasy burlesque : c'est amusant, dans un monde plein de magie, de sorcières et de créatures féeriques (en l'occurrence les Nac mac Feegle, qui vous mettront des coups de pieds dans les parties si jamais vous leur rappelez qu'ils font partie des fées. Ils iront ensuite picoler du liniment pour mouton [1] en se battant les uns avec les autres, voir contre eux-mêmes). Pratchett se sert du rire et de la fantasy pour faire de la critique sociale, ou juste pour nous faire rigoler. C'est frais, c'est amusant, c'est intelligent, c'est bien écrit, plein de références. Sir Pratchett est le seul auteur de fantasy a trouver grâce à mes yeux.

Pour comprendre la substantifique moelle du roman, je conseillerais d’avoir lu au moins, parmi les Annales du Disque Monde (et en plus des autres romans précités, qui sont, eux, indispensables) La huitième fille, Au Guet !, Le Guet des Orfèvre, Les petits dieux, éventuellement Mécomptes de fée voir Nobliaux et sorcières. Ceci dit, ce n’est point indispensable.

Je considérais jusqu’à présent les romans du Disque Monde comme de la littérature pour grands enfants ou adolescents. Pour celui-ci, je me pose tout de même la question : le roman commence en effet par une « musique sauvage » [2] qui vient demander des comptes à un homme qui, totalement ivre, vient de cogner si fort sur sa fille de treize ans qu’il lui a fait faire une fausse couche (car la toute jeune fille était enceinte). Bienvenu dans la réalité. Oui, c’est du « médiéval fantastique », mais cela pourrait aussi se passer dans n’importe quelle cité, banlieue ou zone pavillonnaire. C’est un peu rude, mais la vie est rude. Étrangement, mis par écrit dans un roman de fantasy, les faits sont encore plus bouleversants que dans un journal télévisé.

Tiphaine est la sorcière du Causse, donc, ce qui n’est les affaires de personnes – parce que généralement il est délicat de se mêler de l’alcoolisme, de la violence ou de la maladie de son voisin – , ce sont ses affaires. À elle. Le début du roman est très axé sur la solitude de notre jeune sorcière : elle doit s’occuper de choses qui ne sont pas de son âge, elle ne peut pas vivre comme des gens de son âge (et ne le veut visiblement pas). Elle assume les problèmes dont personne ne veut et passe son temps à courir d’un problème à l’autre (et c’est bien pour cela que les sorcières ont des balais, ça économise les chaussures et ça va plus vite). Tiphaine se retrouve avec mille exploits quotidiens à réaliser, sans prendre le temps de manger, dormir, voir même de prendre un peu soin d’elle… et de son cœur. Elle a choisit une vie de dévotion envers les autres, accepté de se « fondre » dans une communauté, ou du moins d’en assumer une certaine responsabilité. A presque 16 ans, voilà qui n’est pas commun. Tiphaine goûte tout de même aux « apaisants » de Jeannie la Kelda des Nac mac Feegle, qui ne sont rien d’autres que la forme médiévale fantastique des anti-dépresseurs.

« Quand je serais vieille, je m’habillerai de nuit », telle est la phrase complète, dont est tirée le titre, qui trouve une fin plus heureuse à la fin. Tiphaine refuse pour le moment de s'habiller de noir, la couleur traditionnelle des sorcières.

Le Rusé pourchasse Tiphaine, tel est l’élément central de l’intrigue de ce roman du Disque Monde. Le Rusé est l’esprit d’un ancien chasseur de sorcière, gonflé de haine, qui arrive à prendre possession de corps, mais aussi à influencer les esprits en état de faiblesse, y injectant la peur, la haine et la colère. Cela donne des cocktails explosifs, sur le mode de la chasse aux sorcières, avec ou sans bûcher final (mais généralement, avec). Pratchett arrive à mettre Tiphaine en grand embarras, quand tout semble montrer qu’elle n’est qu’une vile créature maléfique. Et tout dépend vraiment du point de vue que l’on adopte. Les situations frôlent l'extrême, sans pour autant l'attendre. Certains autres romans de Pratchett étaient beaucoup plus sombres, tout en restant drôles, et je regrette un peu cette noirceur. L'intrigue du Rusé est mené à son terme, sans le même panache, mais de manière intelligente.

On retrouvera d'ailleurs éventuellement des références au folklore sur les mariages traditionnels que l'on pourra je pense facilement retrouver dans l'œuvre de Van Gennep, ainsi qu'à l'ouvrage des inquisiteurs Sprenger et Institoris, Le marteau des sorcières (le petit manuel du parfais inquisiteur, du XIVe siècle, de mémoire). (J'adore quand il y a différents niveaux de lecture...).

La jalousie est un des thèmes importants du roman. Jalousie, parce que Roland, le presque-un-tout-petit-peu-fiancé-mais-pas-vraiment de Tiphaine va se marier. Avec une autre, bien évidemment. Une réflexion revient à deux reprises : deux personnes différentes qui se rencontrent (ou que les circonstances font se côtoyer) vont croire qu’elles sont liées parce qu’elles sont justement différentes des autres. Mais cela ne veut pas dire qu’elles se ressemblent et qu’elles ont des choses à se dire. Tiphaine prends sa déception presque-amoureuse-mais-pas-vraiment-non-plus-parce-qu’ils-sont-bons-amis avec beaucoup de philosophie, digne d’une grande sorcière. J’aurai cru, vues certaines révélations qui sont faites au court du roman, que sa jalousie prendrait davantage corps. C’était sans compter que Tiphaine est une véritable sorcière.

Le pipo revient au galop, avec une guest Star enchanteresse, Madame Proust, que l’on pourrait nommer Madame Pipo. Le Pipo tient une place importante dans les romans mettant en scène Tiphaine Patraque : le plus souvent, ce qui compte, au-delà des « pouvoirs magiques », ce sont les apparences, qui permettent de se faire accepter, ou plus simplement de survivre.

Je rappelle aussi que les sorcières ont une conception très particulière de la magie : moins on s'en sert, mieux on se porte. On ne va pas utiliser la magie pour faire du thé, quand on peut bouger ses fesses pour mettre de l'eau à chauffer. Leur grand art est aussi la « têtologie »... quand on use de têtologie, on a rarement besoin de magie.

Grâce au Pipo, les sorcières, parfois belles, jeunes, fraîches et souriantes, auront toutes les verrues postiches et les chaudrons bouillonnant leur permettant d'être ce que les gens (aussi) attendent d'elles (en plus d'une réduction de fracture et d'une sage-femme pour l'accouchement de deux jumeaux par le siège) : du folklore. Dans les romans du Disque Monde, le développement de cet aspect est fascinant et particulièrement intéressant : comment faire la part des choses entre ce que l'on est et ce que les autres attendent de nous ; comment faire la bonne concession pour devenir / faire ce que l'on veut.

Tiphaine fera un petit tour par Ankh Morpork, toujours aussi pittoresque. Les sorcières sont présentes au grand complet, même si je regrette que Magrat et sa petite Esméralda Margaret Attention Orthographe ne soit que citées. Nounou Ogg est venue sans Gredin, ce qui est dommage : avec les Nac mac Feegle, il y avait là un mélange qui aurait pu être détonnant. Les Feegles sont toujours aussi bleus, aussi roux, aussi petits, aussi en kilt, aussi buveurs, aussi sales, aussi bagarreurs, aussi voleurs, aussi menteurs (ben oui, les moutons suicidaires se jettent dans les marmites feegles, c'est bien connu), mais toujours aussi serviables, particulièrement quand il ne faut surtout pas qu'ils nous aident.

J’aime beaucoup chez Pratchett sa capacité à dire très simplement des choses complexes, par une technique très simple : aller droit au but, au premier degré, avec un vocabulaire « de base » (je n’ai pas dit « simpliste »). Rien que le fait de dire les choses soulage l’esprit.

Notes

[1] Si ma mémoire est bonne, ça ressemble à de la térébenthine

[2] C’est une forme de possession des foules qui réclame vengeance pour divers méfaits

samedi, février 19 2011

Saintcrow Lilith - Le baiser du démon

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Le baiser du démon une aventure de Danny Valentine de Lilith SAINTCROW

Orbit (2010)

Traduit de l'anglais (américain) par Célia CHAZEL

ISBN : 978-2360510184 ; 360 pages

4e de couv :

Elle est nécromante. Elle a un tempérament de feu, la répartie cinglante et un corps de rêve.

Elle s'appelle Dante Valentine – Danny pour les amis. Le démon qui frappe un jour à sa porte, envoyé par Lucifer en personne, n'est pas un ami : Danny déteste les créatures des Enfers. Et pour couronner le tout, voilà que le Diable lui propose un contrat : sa vie, en échange de l'élimination d'un renégat. Une offre impossible à refuser... et impossible à honorer non plus : la dernière fois que Danny a rencontré l'invincible Santino, elle a failli mourir. Alors à moins d'un miracle, elle risque d'y passer, c'est sûr, et ce n'est pas l'aide de ce fichu démon qui pourra arranger les choses !

Lilith Saintcrow (c’est son véritable nom !) est née au Nouveau-Mexique. Écrivain du côté obscur – « writer on the dark side », comme elle aime se présenter – à plein-temps, elle vit à Vancouver avec ses enfants, ses chats et tout un assortiment d’animaux errants. Elle est l’auteur best-seller de plusieurs séries fantastiques.

Mon avis :

Si vous m'aviez dit qu'un jour je lirai de la bit-litt mais qu'en plus j'aimerai ça, je vous aurai rit au nez. Et pourtant...

Généralement, dans le rayon science-fiction / fantastique, je passe très rapidement à côté de la bit-litt, en me moquant un peu des couvertures criardes et des pourfendeurs de vampires / démons / zombies / engeance du mal absolu... La réputation de ce genre de littérature est que généralement, ça ne vole pas très haut, il y a des jolies filles court vêtues et de la baston à foison. Comme il s'agit tout de même de littérature pour jeunes filles modernes, il faut aussi de la romance et des héroïnes qui ne s'en laissent pas compter.

Une amie m'a pourtant dit : tiens, c'est pas mal du tout, en fait. Et je l'ai écouté. Je ne regrette rien. Absolument rien. J'ai passé un bon moment et j'ai même eu du mal à lâcher le livre.

L'héroïne de bit-litt type, c'est Buffy, la tueuse de vampire. Vous me permettrez donc une comparaison entre nos deux héroïnes.

Toutes deux ont des amis, beaucoup d'amis, même si elles sont les seules à tenir le haut de l'affiche. Dante / Danny ne serait pas grand chose sans ses ami(e)s. Elle en a beaucoup, ils sont puissants, et forment même un background qui donne une dimension très affective à l'ensemble de l'intrigue. La relation Danny / Doreen reste très ambiguë (ou en fait, non, pas vraiment, et c'est tant mieux. Il est simplement dommage qu'il ne soit pas écrit noir sur blanc qu'elles ont été amantes). L'héroïne de bit-litt se déplace donc en bande, de préférence avec un démon ou un vampire domestique, parce que c'est tellement plus rigolo de côtoyer le mal (le Mâle ?) au quotidien. (La figure masculine est souvent démoniaque, de près ou de loin... il doit y avoir une explication psychanalytique très intéressante là-dessous, à mettre en miroir avec la représentation des femmes dans la littérature fantastique ciblant les hommes).

Danny Valentine, comme Buffy, sait se battre et elle ne rechigne pas a en découdre. Buffy fait du karaté / kung fu, Danny se bat avec un katana. Nous sommes dans une mouvance d'intérêt pour l'Extrême-Orient, avec son art de vivre, mais surtout son art du combat, ou plus exactement d'éclater la tête de l'adversaire. C'est très à la mode, et cela reste très visuel. Je crains cependant que l'auteur n'ait jamais mis les pieds dans un dojo, parce que n'importe qui se ramènerait en bottes sur un tatami se ferait pulvériser l'arrière train, qu'on se le dise.

La jeune et belle héroïne combattante est tout de même une figure du féminisme du XXIe siècle. Une chose est certaine, elle n'a pas besoin d'un représentant de la gente masculine pour se défendre toute seule. Elle a aussi la capacité de choisir ce qu'est sa vie, ses amours, son bonhomme. Elle est totalement indépendante, mais semble tout de même un peu froide, méfiante, avec ce qui ressemble à un homme, démons ou pas. (certaines scènes sont tout de même pleines de pathos...)

L'univers est baigné par un ésotérisme chrétien version New Age, avec un soupçon de démonologie, une pincée d'Égypte Ancienne (pour le dieu Anubis invoqué par Danny). Il faut dire que c'est bien fait, on reprend des petits morceaux épars de textes « sacrés » et on essaye d'en faire quelque chose d'intelligent qui se tient. J'ai particulièrement apprécié le fait que les « démons » ne se contentent pas de magie et sombrent dans une image réactionnaire de vieux érudits poussiéreux lorsqu'ils ne se mettent pas à ravager la Terre. Les démons se recyclent dans la génétique. C'est à mes yeux une très bonne idée (mais je suis novice en bit-litt) et bien plus original que Buffy.

Danny est une nécromante, ce qui signifie qu'elle peut parler aux morts. C'est même la meilleure nécromante du monde ever, parce qu'elle arrive à tailler le bout de gras avec des cendres. Dans d'autres univers fantastiques, « être nécromante » voudrait dire qu'elle fait se relever les morts ; ici, il ne s'agit que de parler avec eux. C'est plus propre, cela sens moins mauvais, et ça ne risque pas de laisser des bouts sur le tapis du salon. Un tel don est aussi très utile dans les enquêtes criminelles. Danny est une héroïne accomplie (elle est la meilleure), et non une petite presque-héroïne. Je trouve ça un peu dommage, parce qu'elle manque d'humanité (surtout avec le démon Japhrimel, quoiqu'on en pense). Comme nécromante, elle a un tatouage mouvant sur la joue, autour de son émeraude incrusté. Tout ça est vraiment très graphique. Il y a clairement de quoi faire une très bonne adaptation au cinéma...

Tout ça nous donne une urban fantasy assez sympathique, qui se rapproche assez de l'univers de ShadowRun, par exemple. J'ai apprit en fouinant sur le Net que Saint-City était située en Amérique du Sud, tout comme Nuevo Rio. Autant pour le second, la chose était évident, autant la première ville pourrait se situer n'importe où sur la surface du globe, au moins dans ce premier volet des aventures de Danny Valentine.

L'univers est moyennement construit, mais suffisamment de pistes nous sont laissées pour reconstruire l'essentiel de l'histoire : un éveil à la magie, des guerres et des révolutions, une toile de fond tracée à grands traits qui explique le comment du pourquoi de certaines parties de l'intrigue. Il y a cependant moins de gros flingues et de cybernétique que dans un bon cyberpunk des famille (je vous rassure, il y a autant de vocabulaire...), mais plus de magie et de romance. Il y a aussi des mafias, comme dans toute urban fantasy qui se respecte, et évidemment, notre noble et gentille héroïne déteste les mafias.

L'utilisation de la magie passe par celle des flux de pouvoir. Tout ça est extrêmement vague. Est-ce la Force / le Chi / le Tao comme chez les Jedis ? Est-ce la foi qui offre une puissance ? Quel pouvoir et dans quel but ? Parce que si la magie existe, on doit pouvoir trouver une piste au sens de l'univers, non ? Et les dieux ? Et les démons ? Ceux-ci ne sont absolument pas ceux des mythologies chrétiennes, bien qu'on puisse faire des recoupement évident. Cette utilisation d'un nouveau genre de créatures mythiques est intéressante. Mais où apprend-t-on la magie ? A l'école des sorciers ! - soupir – et oui, on nous ressors encore ce truc, au lieu de passer par un maître, un guide, une initiation, une quête spirituelle. Non, non, on va encore mettre ça dans un moule bien conventionnel (quoique version un peu plus punchy pour Danny). Imaginez une institutrice avec un chapeau à étoile : « Aujourd'hui, les enfants, nous allons apprendre à invoquer les démons du septième cercle en toute sécurité. » et imaginez le chœur de chérubins qui réponds « oui maîtresse ! ». Là, je hurle de rire.

C'est de la littérature efficace de distraction, qu'il faut apprécier comme telle : elle n'a pas d'autres prétentions que de distraire et de faire passer à ses lectrices un agréable moment. Je n'ai pas apprit de nouveaux mots, ni quoique ce soit de nouveau, d'ailleurs. Mais c'est on ne peut plus efficace : le scénario est extrêmement bien ficelé, au micro-poil même, on ne s'ennuie pas une seule seconde, j'ai même eut hâte de lire la suite (mais c'était aussi le cas pour Un monde sans fin de Ken Follett : efficace, mais ça se pose là).

Et il ne faut pas oublier la romance...

Ah oui ! Parce qu'il y a de la romance (le coeur de cible du genre est la jeune fille entre 16 et 25 ans, il FAUT de la romance). De préférence il faut qu'elle soit un peu exotique (diables, démons, vampires, anges, tout ça, c'est bien. L'humain, c'est très surfait, même si c'est un vrai héros testostéronné). J'ai commencé à m'en douter page 50, j'ai attentivement suivi la construction de l'histoire « d'amour » (un peu faiblarde, par moment) en me demandant « bon, quand est-ce que ça b3ise ? » (mon ami A. pourra en témoigner, j'ai vraiment posé la question) et ça n'a pas raté. C'est très romantique et assez fin, il n'y a absolument aucune vulgarité, c'est parfait pour les jeunes filles. Le plus fort est que cela a vraiment du sens et apporte un élément capital du scénario. Mais qu'elle est forte, cette Lilith Saintcrow !

Pour un moment de détente neuronale au pays de la chasse au démon, ce roman est très bien fait, très reposant et tient ses promesses.

dimanche, novembre 7 2010

Pratchett Terry - Allez les mages !

pratchett_allez_mages Allez les mages ! – Annales du Disque Monde – T33 de Terry PRATCHETT (2010),

L'Atalante, collection Dentelle du Cygne, 528 pages

ISBN : 9782841725212

4e de couv :

Menace sur le paisible et douillet quotidien des mages : si l'Université de l'Invisible ne renoue pas avec la tradition du fouteballe, d'intolérables restrictions sont à prévoir dans leur train de vie. Il reste à former un staff et une équipe compétitifs. Par bonheur, l'université dispose, parmi le petit personnel, d'individualités remarquables. Citons Trevor Probable — inouï ce qu'on obtient d'une boîte de conserve —, Glenda, la reine des tourtes, Juliette, ravissante nunuche promise à un bel avenir dans l'univers de la mode, et le mystérieux monsieur Daingue. Qui est Monsieur Daingue ? Le sait-il lui-même ? Toujours est-il qu'on le surveille en haut lieu. Tandis que le match fatidique approche, quatre vies s’entremêlent et quatre destins basculent. Car ce qu’il faut savoir du fouteballe – ce qu’il faut savoir d’important sur le fouteballe –, c’est qu’il dépasse le cadre du fouteballe.

Mon avis :

Jamais je n'aurai cru lire un jour un roman sur le foot ! Il fallait bien que ce soit un Pratchett pour que j'accepte de le lire...

Outre les personnages particuliers de ce roman nous retrouvons l'archichancelier Mustrum Ridcule, Cogite Stibon, le bibliothécaire, l'extraordinaire Havelock Veterini... Sam Vimaire et Rincevent (accompagné de son Bagage) font même de très brèves apparitions. Les situations des plus cocasses s'enchaînent d'ailleurs, avec un Cogite aux airs de Veterini qui concentre entre ses mains toute la puissance de l'université et développe un flegme des plus distrayant. J'ai beaucoup rit.

Le reste de l'histoire est encore un peu confus dans mon esprit. Ou plutôt non, c'est extrêmement limpide, et je trouve que par rapport à d'autres tomes des ADM, cela reste léger. Cela dit, un peu de légèreté ne fait vraiment pas de mal de temps en temps, c'est même plutôt salutaire (voir salvateur). D'un côté, nous avons une bataille entre les mages, le doyen de l'université s'étant carapaté à l'université de Juseuil où il est lui-même devenu archichancelier. Or, les archichanceliers sont comme les Immortels : il ne peut en rester qu'un. Une jeune Cendrillon de la cuisine de nuit, Juliette, particulièrement idiote, commence une carrière de mannequin, sous l'étroite surveillance de Glenda, chef de ladite cuisine, qui passe pour sa mère, alors qu'elle aurait pu être sa sœur. Et Juliette est évidemment amoureuse de celui qui ne peut que devenir le champion de fouteballe local : Trevor Probable (ces noms, je vous jure). Et au milieu, il y a monsieur Daingue, le gobelin, qui est bien plus qu'un simple gobelin qui a du mérite. Et si très rapidement une amourette naît avec Glenda, l'intrigue autour de Daingue est malheureusement insuffisamment développée à mon goût. Cela aurait pu être tragique, noir, sombre, définitivement obscur et ténébreux... et au fond, c'est juste... une ballade à la campagne, dans le moment le plus « palipitant ».

Ce livre m'a aussi fichu le cafard, parce que je me sens très « Glenda » : une bonne dose de cuisine et de bon sens. Et j'ai envie de faire des tourtes depuis que je lis ce livre. Glenda ne trouve pas de Prince comme dans les romans qu'elle lis où il est question d'idylle, de romance et de boudoirs. Non, Glenda, elle a le gobelin. C'est un super gobelin, évidemment, qui a beaucoup de mérite, mais c'est un gobelin quand même. Tout ça alors que Juliette l'idiote, la Cendrillon, devient star de la mode et épouse la star du fouteballe. Toutes les Glendas de l'univers n'ont même plus de quoi rêver un peu...

Bon, le reste, c'est une histoire de fouteballe, de petites frappes des rues, c'est sympathique et fort distrayant.