13 sept. 2010
Comte-Sponville André - L'esprit de l'athéisme
L'Esprit de l'athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu, d'André COMTE-SPONVILLE,
Le Livre de Poche (2008)
ISBN : 978-2253124665 ; 215 pages
4e de couv :
Peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ? Les athées sont-ils condamnés à vivre sans spiritualité ? Autant de questions décisives en plein "choc des civilisations" et "retour du religieux". André Comte-Sponville y répond avec la clarté et l'allégresse d'un grand philosophe mais aussi d'un "honnête homme", loin des ressentiments et des haines cristallisés par certains. Pour lui, la spiritualité est trop fondamentale pour qu'on l'abandonne aux intégristes de tous bords. De même que la laïcité est trop précieuse pour être confisquée par les antireligieux les plus frénétiques. Aussi est-il urgent de retrouver une spiritualité sans Dieu, sans dogmes, sans Église, qui nous prémunisse autant du fanatisme que du nihilisme. André Comte-Sponville pense que le XXIe siècle sera spirituel et laïque ou ne sera pas. Il nous explique comment. Passionnant.
Mon avis :
Cet été, nous discutions avec une amie, dans la piscine, et je ne sais plus de quelle manière, nous en étions à parler de morale, religion, laïcité et athéïsme. Oui, je sais, j’ai de drôle de conversation en plein mois de juillet, dans une piscine... Mon amie me disait qu’elle lisait Le capitalisme est-il moral ? du même auteur, et nous en étions venu à discuter des bienfaits comparé de la lecture d’Onfray et de Comte-Sponville. Elle me disait qu’elle n’avait jamais pu aller au dela de la page 20 du Traité d’athéologie d’Onfray à cause de toute la haine et du mépris qu'elle avait ressenti à cette lecture, alors que je le trouvais plein de force, d'enthousiasme (ce qui est tout de même un comble !) et assez rafraichissant, quoique pas toujours très objectif et manquant de méthode scientifique dans ses démonstrations. D’un autre côté, mon amie parlait aussi des valeurs chrétiennes, ou plus largement religieuses, qui pouvaient être aussi bien d’usage chez les athées. L’idée m’a dérangé, sur le moment, face à ces “valeurs universelles religieuses”, mais la conversation m’a vraiment donné envie d’en découvrir plus sur cet auteur et sur son ouvrage. Voilà qui est fait.
Je donne maintenant parfaitement raison à mon amie : Onfray est un excité du bulbe, très destructeur, dont l’athéisme est basé sur les incohérences des Livres (avec un manque cruel de notes de bas de page contenant les références aux études critiques). Comte-Sponville, c’est tout le contraire : il respire la sérénité dans son absence de foi, le style est d’un calme olympien, la démonstration est rigoureuse, et la liberté de chacun respectée. Comte-Sponville ne dira à personne que c’est idiot de croire en un dieu ; ne pouvant prouver l’existence ou la non-existence de dieu, chacun doit être libre de penser comme il l’entend. Ce que Comte-Sponville met bien en avant, et qui m’a frappé, parce que j’avais du mal à formuler ces idées, et que l’on peut parfaitement être athée sans être amnésique. Oui, notre culture est gréco-romano-judéo-chrétienne. Essayez d’aller dans un musée sans ce bagage-là et essayez de comprendre les œuvres. Essayez de comprendre notre calendrier, tout simplement, sans avoir des notions de 2000 ans de culture religieuse. Parce qu’il s’agit bien d’une culture, que l’on peut / doit la connaître, même si on n’y adhère pas (je n’aime pas Picasso, mais je sais reconnaitre du Picasso). D’ailleurs, on ne peut maintenant que difficilement vivre en société (sauf à élever des moutons dans le Mercantour, et encore), sans avoir des rudiments de connaissance de l’Islam et un verni de culture juive. Comte-Sponville en parle d’ailleurs avec beaucoup de pertinence en parlant des “juifs athés”, soit des personnes de tradition juive, mais ne croyant pas en dieu. L’auteur ne se prive pas non-plus de critiquer le fanatisme athée, celui de ses hurleurs qui veulent faire taire tous les clochers de France.
Le livre de Comte-Sponville est axés sur trois questions : Peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ? Quelle spiritualité pour les athées ?
Les deux premières sont assez mathématiques, en ce qu’il s’agit d’une exploration philosophique de différents auteurs, de Lucrèce à Kant en passant par Pascal et Spinoza. Le tout est bien construit, très lisible, la démonstration est presque mécanique. Il a même réussi à me donner envie de lire du Kant (alors que j’ai un souvenir particulièrement douloureux de l’introduction de la Critique de la raison pure... 6 heures pour 15 pages, à peu de choses près). Comte-Sponville parle beaucoup à l’esprit. J’ai apprécié que la question de la morale ne soit pas évacuée, bien que je puisse marquer mon désaccord avec mon amie, maintenant. Ce n’est pas des valeurs religieuses qu’il faut conserver, laïciser, mais des valeurs humaines (qui ont parfois été reprises et interprétées par les religions, mais qui disent tout et son contraire). On ne peut développer de valeur morale valable uniquement dans la crainte de dieu, d’un père ou d’un gendarme, mais par une très exacte et très équilibré conscience de soi et du monde. J’appèlerai ça l’empathie (tous ça est du ressort de la réflexion personnelle) (on remarque que Dan Simmons développe la même idée dans Hypérion et Endymion). Il ne faut pas non plus confondre croyance et savoir. Une foi n’est pas un savoir, une absence de foi non plus.
Dieu existe-t-il ? On n’en sait pas grand chose, l’une ou l’autre réponse serait valable, mais j’avoue que la démonstration (bien qu’un peu sèche) de Comte-Sponville est particulièrement convaincante.
Si les deux premières parties sont très démonstratives, la troisième est un petit bonheur en soi. Ne pas croire en dieu n’interdit absolument pas d’avoir une vie spirituelle active. On peut faire une expérience de l’absolu sans nourrir de croyance religieuse, ce qui est assez rassurant, se sentir comme partie d’un tout, intimement imbriqué dans ce tout, sans laisser de place à l’égo ou à un petit vélo mental qui s’arrêterait enfin de pédaler (souvent dans le vide). Je compte faire quelques lectures supplémentaires sur le sujet (et je remercie l’auteur d’avoir glissé des références dans son texte).
A lire. Et à relire.
