17 nov. 2010
Comte-Sponville André - le capitalisme est-il moral ?
Le capitalisme est-il moral ? André COMTE-SPONVILLE,
Le Livre de Poche (2006)
ISBN : 978-2253117223 ; 251 pages
4e de couv :
Le capitalisme est-il moral ? Nul ne peut se soustraire à la question puisque aucun d'entre nous n'échappe ni à la morale ni au capitalisme. Par son travail, son épargne et sa consommation, chacun participe à un système économique que les uns justifient et que d'autres condamnent au nom de concepts éthiques. Deux démarches intellectuelles que le philosophe André Comte-Sponville passe au crible de l'analyse lucide. Une grille de lecture étonnamment claire, qui débouche sur un appel à la responsabilité.
Mon avis :
Pour ce deuxième ouvrage que je lis de Monsieur Comte-Sponville, celui-ci brille toujours par sa clarté, la fluidité du propos, les transitions et enchainements qui coulent de sources, une façon d'être concis et précis tout en usant d'un vocabulaire accessible à tous.
André Comte-Sponville se classant de lui-même politiquement à gauche, la réponse sous tendue par le titre serait un "non" plutôt clair. Ce n'est pas aussi simple, mais beaucoup plus subtil : le capitalisme n'est pas moral, ni immoral, il est amoral. Comme une science, fut-elle humaine, l'économie n'a pas à se soucier de morale. Les hommes qui la font et la pratiquent, en revanche, oui.
Sans déflorer le propos que je ne pourrais que mal interpréter ou résumer de façon malhabile (et l'ouvrage est assez court pour que l'on prenne le temps de se plonger dans sa lecture), la théorie des ordres qui y est développée est applicable très largement. A grands traits, l'ordre n°1 est l'ordre technico-scientifique. Il n'est pas moral et n'a pas à l'être. La gravité est mesurable, mais pas morale. L'ordre n°2 est juridico-politique, et permet de dire ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. L'ordre n°3 est celui de la morale. L'ordre n°4 est celui de l'éthique ou de l'amour. Les hommes ont cependant tendance à confondre les ordres : c'est là la faute du Dr Rush dans StarGate Univers, il veut être obéit parce qu'il est savant, or l'un n'a rien à voir avec l'autre. Qui n'a pas un collègue qui pense que parce que vous partagez le même bureau, vous êtes forcément son meilleur copain ? Confusion des ordres... moi, j'appelais ça confusion des genres, mais au fond, cela revient au même.
La démonstration est habile et convaincante. Je relève cependant quelques points qui me semblent sujets à discussion. Les actions morales seraient celles qui sont gratuites, effectuées sans attendre quoique ce soit en retour. Si tel est le cas, je dois être la personne la plus immorale de la planète, parce que rien ne me semble gratuit. J'aime ma mère, c'est pour moi une évidence mais pas une obligation. Mais si je prends soin d'elle, c'est aussi parce que j'espère de l'attention et de l'écoute de sa part, un peu d'amour en échange du mien. Je passe du temps à écouter les ami(e)s heureux ou en détresse par amitié que j'espère sincère, mais j'espère de même qu'ils soient là pour partager mes bons moments et mes peines. Je parle des livres que je lis pour aider d'autres dans leurs choix, mais j'espère (follement) pouvoir aussi instaurer un dialogue, un échange, qui sera enrichissant de part et d'autre. Est-ce que cela fait-il de moi quelqu'un d'immoral ? Le travail ne serait pas une aliénation... J'aime mon travail, mais pas forcément tous les jours. Il est parfois intellectuellement stimulant, mais ces moments sont un peu trop rares à mon goût. Certains n'aiment pas leur travail (j'ai des exemples, mais je ne dénoncerai personne) et sont là uniquement parce qu'il faut bien gagner sa croûte. Faut-il aussi rappeler que tout le monde n'a pas la possibilité ou la chance d'être professeur de philosophie ? Oui, j'ai l'impression, parfois, de vendre mon énergie et mon temps conscient tout simplement parce que je n'ai pas le choix, de faire des choses que je ne voudrais pas faire, de me fondre dans le moule de ce que je ne suis pas. Et quand j'aime ce que je fais, ce n'est plus vraiment du travail... Sur la fin, j'ai eu l'impression d'un certain dédouanement des hommes et des femmes qui sont des acteurs financiers, une justification de la tranquillité d'une gauche bien dans ses pantoufles. Ce n'est peut être qu'une vue de l'esprit. Les sentiments diffus, ça ne s'explique pas forcément. L'économie n'est pas morale, mais ceux en sont des acteurs devraient l'être.
Dans tous les cas, pour qui s'intéresse à la moral, ce petit livre est complet, compréhensible et enrichissant.
