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Traité d’athéologie : physique de la métaphysique de Michel ONFRAY

Le livre de poche (2006)

ISBN : 978-2253115571 ; 315 pages

4e de couv :

« Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d'un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place et de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l'obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l'au-delà, l'ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l'épouse et la mère, l'âme e l'esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré? » M.O. En philosophie, il y eut jadis une époque « Mort de Dieu ». La nôtre, ajoute Michel Onfray, serait plutôt celle de son retour. D'où l'urgence, selon lui, d'un athéisme argumenté, construit, solide et militant.

Mon avis :

Je connaissais de nom Michel Onfray, avais entendu parler de l’université populaire de Caen, avais vu ce livre entre les mains de ma grand-mère (une dangereuse anarchiste révolutionnaire le couteau entre les dents, je le rappelle ; les grand-mères, c'est forcément subversif) et n’avais plus le lui emprunter par la suite pour le lire. La chose est à présent réparée.

Ceci est un essai, usant parfois d’un ton pamphlétaire, idéologiquement et philosophiquement marqué. Que l’on soit d’accord ou non avec les thèses présentées ici, elles sont quand même l’avantage qu’être construites et argumentées, sans pour autant manquer de vie.

Petite présentation des thèses de M. Onfray : Le traité d’athéologie est là pour démonter ce que veulent construire les traités de théologie. Au début était une réflexion sur la mort de Dieu, qui n’a pourtant jamais été aussi vivant. Il est impossible de tuer Dieu puisqu’il relève du bestiaire mythologique, au même titre que le centaure ou l’hippogriffe. On ne peut pas tuer une idée. Dieu serait donc là pour remplir le vide de l’humanité, sa peur de la mort, l’absurdité de la vie, sa vanité. « Dieu mort supposerait le néant apprivoisé » (par la philosophie). Nous sommes loin du compte, car Dieu est toujours partout. Dans ce contexte l’athée est le sans dieu anormal, sans moral, incarnation du mal. Le mouvement athée des Lumières serait astucieusement passé sous silence par les manuels de littérature et les historiens. Pour éviter que les idées ne se propagent ? La grande peur est l’absence de morale dans le monde en l’absence de Dieu, mais si Dieu existe dans notre monde, où est la morale ? L’existence supposée de Dieu, de sa morale, de ses commandements, n’a jamais empêché guerres et massacres.

Pour les non pratiquants, on ne croit plus en Dieu mais en « quelque chose » après la mort, quelque chose qui explique l’univers, quelque chose qui justifie l’absurdité du monde. On moque les églises, mais on y retourne vite lors des importants évènements de la vie, naissances, mariages ou décès.

L’influence d’une religion ou d’une autre sur les hommes tiens à leur lieu de naissance. « On naît chrétien comme on naît Breton ou Picard ». Un français naîtra dans une culture chrétienne (il suffit de marcher dans les centres historiques, d’entrer dans un musée, d’ouvrir un classique de la littérature pour s’en apercevoir). La science elle-même reste imprégnée de ces conceptions de l’esprit et de la matière, du corps : la bioéthique reste encore un problème d’éthique judéo-chrétienne. « L’athéisme suppose un travail sur ces formatages devenus invisibles mais prégnants dans le détail d’une vie quotidienne corporelle (…) ».

Après avoir montré la persistance du religieux dans nos sociétés, Michel Onfray tente de décortiquer les « textes sacrés » pour en tirer la substantifique moelle. Les religions (et surtout les trois monothéisme méditerranéens qui sont passées à la moulinette) se nourrissent d’ignorance, de soumission, de messes et de prières qui font travailler la mémoire, mais surtout pas l’intellect. Obéissance et soumission sont les maîtres mots, selon Onfray, comme s’il était impossible de se créer une éthique sans obligations ou sanctions transcendantes. L’histoire du « pêché originel » reste celle où il aurai fallu préférer la soumission à la connaissance, la religion à la philosophie. Par sa haine de la connaissance, la religion catholique aurait ainsi freiné pendant dix siècles les progrès des la sciences, au nom de son combat contre le matérialisme (qui peut par exemple démontrer l’erreur physique de la transsubstantiation), en un mot, mettre le feu à la boutique.

Un des soucis majeur est aussi de donner une crédibilité historique aux textes « sacrés ». Les évangiles retenus par l’église catholique ne résisteraient pas à une étude critique et historique : merveilleux, contradiction, anachronisme, invraisemblances historiques s’accumulent. Jésus existe, oui, mais comme personnage de fiction. (J’apprécierais une démonstration plus poussée avec des études comparatives de textes, mais ce n’est pas là le sujet du livre). Onfray critique d’avantage la construction idéologique et politique autour de Jésus que le contenu de la croyance. Le problème réside principalement dans l’instrumentalisation d’un mythe messianique à des fins politiques : en période de trouble politique grave, il y a eu plusieurs révolutionnaires qui ont agité les foules, seuls Jésus est resté. Pour rester dans la critique du christianisme, Onfray présente Paul de Tarse comme un névrotique au dernier degré, la révélation sur le chemin de Damas étant médicalement interprétable comme une crise d’hystérie, tentant de se faire homme normal dans le monde en demandant au monde d’être à son image : hystérique, impuissant, masochiste, misogyne, etc. Une grande partie des préceptes de vie des chrétiens serait malheureusement issus des « écrits » de Paul. Onfray décline ensuite la manière dont l’église chrétienne s’est accoquinée avec le pouvoir romain, devenant une arme pour ce dernier (elle prône la soumission), une aide indispensable.

Chacun se considérant comme le peuple élu, il ne faut pas tuer les gens de sa religion, mais ceux des autres… c’est dans tout les cas un Jihad, une guerre sainte.

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C’est un petit pamphlet intéressant à lire, avec des passages assez savoureux, quelques bons jeux de mots. Cela reste un pamphlet. Mais je lui reproche un manque d’approche scientifique : les démonstrations devraient être plus importantes ; le texte enrichit de références ; la bibliographie plus lisible ; sa construction globale plus compréhensible. Évidemment, faire de l’étude historico-géographico-lexico-truc autour des évangiles et de l’ensemble du nouveau testament aurait moins excité les foules (le traité d’athéologie a eut un très grand succès médiatique). Mais cela m’aurait intéressé, en tout cas. J’ai juste eu l’impression qu’on m’a servit un peu de vérité, mais aussi un peu de flanc. Le problème est aussi celui du ton et des bons mots, qui ont tendance à faire perdre sa crédibilité au fond du texte.

La thèse d’Onfray est donc que les trois religions monothéiste ne créent que soumission, haine de soi, haine de l’autre, ignorance, misogynie, soif de revanche, masochisme, petite lâcheté, mais surtout n’incite pas à penser. Il serait donc peut-être temps de dépasser ce stade religieux. Encore une fois, on détruit, mais il n’est nul part question des valeurs que l’on peut promouvoir grâce à l’athéisme, d’une éthique, d’une stimulation de l’intelligence qui nous permettrait de vivre ensemble. Ce petit pamphlet détruit, mais ne construit rien.

Voir aussi : L'esprit de l'athéisme d'André Comte-Sponville.