29 avr. 2010
Noirez Jérôme - Le diapason des mots et des misères
Le diapason des mots et des misères par Jérôme NOIREZ
Couverture : Aurélien Police
Griffe d’encre (2009)
ISBN : 978-2-917718-09-4 ; 236 pages
GPI 2010 de la nouvelle francophone (Nantes 2009)
4e de couv :
Au diapason des mots et des misères, l’existence dissone, le silence a un écho, la folie tient la baguette, le désir grelotte, les morts pourrissent au grand air, les araignées se mêlent de téléphonie, les enfants sont au supplice, la nostalgie est une atrocité, et tes aïeux te font payer le simple fait d’être né. Ce diapason, tu ne t’accorderas jamais avec lui. Tu ne l’étoufferas pas non plus entre tes doigts. La musique qu’il désordonne n’a ni début ni fin. Tu n’as plus qu’à t’asseoir et à écouter. Avec un peu de chance, peut-être que tu deviendras sourd.
Postface de Catherine Dufour.
Mon avis
Jérôme Noirez est un polisseur de mot qui semble bien décider à nous montrer que l’on peut écrire du fantastique d’une aussi bonne qualité que les meilleurs ouvrages de littérature blanche. Pour faire sortir du bois le genre, il nous offre ces 14 nouvelles à l’écriture très travaillée, au vocabulaire très recherché avec une prédilection pour les mots « rares », à la construction on ne peut plus solide. C’est presque trop, en réalité. C’est très bon, c’est excellent, mais ça peu dégouliner un peu. J’ai compté au moins trois fois le mot « fuligineuse » en 236 pages. Vous avouerez que ça fait tout de même beaucoup… La grande recherche dans l’écriture est cependant très appréciable et très appréciée (pour une fois qu’on ne nous sert pas de la soupe, on ne va pas cracher dedans, tout de même, madame).
7, impasse des mirages Une nouvelle très surprenante. Par sa qualité d’écriture (première page, première claque), par son thème, avec son Maroc contemporain et ses questions pétrolières, mais aussi l’incursion du merveilleux oriental.
Bolex Sur la « magie » du cinéma, dans un monde ravagé, tendance post-apocalyptique / décharge. Pourquoi pas...
La ville somnambule Ouch ! Une sacré claque, celle-ci encore. Prague. Des fous. Une nuit où tout s'inverse, et où une fiancée tente de retrouver son amoureux dans la cité des fous. Gothique, sombre, terrible.
Kesu, le gouffre sourd Je n'ai pas vraiment accroché à cette nouvelle ayant pour cadre le Japon et son art de vivre. Il s'agit d'écouter le son du silence.
L'Apocalypse selon Huxley Ou quand Kerouac rencontre Philip K. Dick. Sauf que si on apprécie l’un et l’autre auteur, le résultat est assez bizarre. On nage dans le road-movie n’importe-quoi-t-esque, ce qui a son charme, et le lecteur peut se demander parfois ce qu’il fait là.
Nos Aïeuls Du lourd. Du très très lourd. Du très excellent, surtout. Une petite splendeur gothique, noire, remplie des peurs nocturnes non-imaginaires d’enfants abandonnés par leurs parents dans les dortoirs d’un sanatorium (pour ceux qui comme moi connaissent l’ambiance des sanatorium des XIXe – XXe, cette lecture est assez terrible).
Berceuse pour Myriam Une partition. Pour les non-musiciens, qui comprendront simplement que c’est un hommage à la petite fille de la nouvelle précédente, vous avez le droit de passer. Bel exercice, mais bon… peu accessible au grand public (qui n’a jamais fait de solfège qu’au collège).
Feverish Train Bilal mis en littérature, avec un « contrôleur » de train un peu spécial chargé des enquêtes dans un train qui traverse le Bayou, entre trafique d'animaux rares et mortels ou de fétiches magiques. Si le côté fiévreux en permanence peu éventuellement rappeler Céline, c'est davantage a Bilal que cet univers semble faire référence, entre les humanoïdes sans doute un peu animaux et une ambiance générale (fièvres, drogues, poisson, et lémuriens).
Le Diapason des mots et des misères Des filaments qui relient les gens et qui vous font parler par la bouche d'un autre. C'est on ne peut plus singulier, attrayant et dérangeant.
La Grande Nécrose On ne s'y attend vraiment pas au départ, mais voici une histoire de zombies. Avec de l'humour, des scènes assez cocasses, pour une fin qui l'est un peu moins... En tout cas, j'ai beaucoup apprécié cette mise en scène des morts parmi les vivants. Me rapelle quelque chose...
Maison-monstre, cas numéro 186 Il faut reconnaitre à Jérôme Noirez d'avoir l'immense talent de vous planter un décors et une problématique en quelques mots. Reprenez le chaperon rouge, inversez tous les rôles des personnages, rajoutez une maison hantée, et vous obtiendrait ce petit bijou.
Stati d'animo Celle-là, je ne l'ai pas vraiment aimé. C'est très verbeux, même si c'est le but, et je n'y ai pas trouvé d'intérêt particulier. Mais cela reste une appréciation très personnelle.
Contes pour enfants mort-nés Courtes petites histoires qui se caractérisent par une succulente cruauté. C'est tout de même horrible, toutes ces atrocités que les gens peuvent inventer. Avec des enfants comme acteurs principaux. Et ça nous divertie. C'est génial.
(On notera aussi une couverture particulièrement réussie)

Commentaires
J'ai eu exactement le même ressenti "Bilal" pour <strong>Feverish Train</strong>; délicieux ...!
Par contre, je trouve que <strong>Kesu le gouffre sourd</strong> est de loin l'une des meilleures nouvelles du recuei; n'est autre qu'un avis personnel ...
(désolé pour le code html qui ne passe pas; une vague habitude ...)