10 déc. 2010
Larcenet & Ferri - Le sens de la vis t2
Le sens de la vis 2. Tracer le cercle de LARCENET Manu (dessin), FERRI Jean-Yves (scénario)
Éditions Les Rêveurs,
ISBN : 978-2912747532 ; 164 pages
Présentation faite par d'autres gens, que je récupère honteusement, voilà, c'est dit :
Ce second tome du Sens de la Vis est une hilarante remontée aux sources mystérieuses de l'impulsion créatrice. Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet vont encore vous surprendre avec cette nouvelle histoire mélangeant aquarelles, collages et photos, délaissant au passage le noir et blanc du premier livre.
Mon avis
Il y a quelque chose de plus narratif dans ce deuxième volet de l'histoire de Demi-Lune et du maître zen : Demi-Lune veut apprendre à tracer un cercle parfait, et pour cela, il lui faut un pinceau véritable, qu'il devra fabriquer lui-même, lors qu'une excursion épique en forêt. Voilà pour la narration.
La couleur est fabuleuse. Les contrastes sont stupéfiants, la légèreté est présente sur les paysages automnales (ou automnaux, les deux orthographes sont admises, me souffle le site du CNRTL), la densité et la profondeur de la nuit sont rendus merveilleusement. Bon, j'ai toujours été une brelle à l'aquarelle, donc, dès que quelqu'un manifeste du talent pour cet art, j'ai tendance à me rouler par terre (sauf dans les brocantes de la Saint Machin, faut pas déconner non plus). Mes yeux et mon petit cœur ont été tout esbaudis.
La gradation des premières pages annonce la couleur dans l'énervement et la détresse profonde de Demi-Lune. La sérénité du Maître tranche furieusement avec l'agitation interne et l'obsession de l'apprenti moine Zen.
J'ai aussi beaucoup d'admiration pour les effets narratifs simples, mais terriblement efficaces, tel que la décomposition de la « prière pour un cercle parfait », qui se fini par un pot d'encre renversé. Quelques images et tout est dit.
La dépression de Demi-Lune est plus présente que dans le premier volet, transparaissant dans un trait, une expression de l'absence totale de confiance en soi, un renoncement à ses ambitions (la quête du manche du pinceau), la peur de la peur de l'échec. Demi-Lune semble refuser de voir ce qui ne tourne pas rond chez-lui, si cela était possible (d'où la quête du cercle parfait, sans doute...)
La poésie est aussi partout présente, dans ces cercles parfaits trouvés dans la forêt lors de la chasse à la martre (après de formidables exercices de style sur le thème de la martre, d'ailleurs), dans les retrouvailles du Maître et Demi-Lune...
J'adore personnellement la « tronche » du pinceau de Demi-Lune. Il est fait avec toute la maladresse et la candeur d'un enfant en détresse.
La blague de Ku m'a échappée à la première lecture. C'est lamentable, je sais, mais l'effarement de Demi-lune me troublait, n'en comprenant pas la provenance. Puis, j'ai compris (hé bé...). Un moment d'un comique rare, avec un petit côté... lourd ? … tout en étant fin, subtil voir éthéré (c'est l'effet « maître zen »). Mettre les deux dans un seul gag, si ce n'est pas du talent, je ne sais pas ce que c'est. L'humour est partout présent, aussi, parfois un peu aigre, mais beaucoup d'humour délicat...
Ces albums sont faits pour être lus, et re-lu, et re-re-lu, etc. Comme du Retour à la terre, on ne s'en lasse pas.
