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Qu’est-ce que l’humain de PICQ Pascal, SERRES Michel et VINCENT Jean-Didier

Editions Le Pommier (2010), Universcience éditions

ISBN : 978-2746504974 ; 118 pages

4e de couv :

Qu'est-ce que l'humain ? Ou comment deux savants assez philosophes et un philosophe assez savant éclairent la distinction classique entre nature et culture. Notre tradition culturelle posait une barrière quasiment étanche entre l'animal et l'humain. Nous savons aujourd'hui que nous partageons avec nos cousins les plus récents l'immense majorité de notre matériel génétique. Alors qu'est-ce qui spécifie l'humain ? Trois réponses, venues de trois disciplines: la neurobiologie, en un va-et-vient entre sciences cognitives et biologie du système nerveux, la paléoanthropologie, à la charnière de la théorie de l'évolution et de la préhistoire, et la philosophie.

Pascal Picq, paléoanthropologue, est maître de conférences au Collège de France. Michel Serres, philosophe, est professeur à Stanford University et membre de l'Académie française. Jean-Didier Vincent, neurobiologiste, est professeur à l'institut universitaire de France et à la faculté de médecine de Paris-Sud, et directeur de l'institut de neurobiologie Alfred-Fessard du CNRS.

Mon avis :

Il y a des dîners-conférences auxquels j’aurai bien aimé assister. Ce livre présente trois interventions données lors du banquet d’ouverture du Collège de la Cité des sciences et de l’industrie, 2002. Cet opuscule est accessible à tous (niveau fin de Seconde d’un bon élève, je dirais) et la forme du discours permet de garder une certaine légèreté de forme et de faire quelques traits d’humour très agréables.

Quoi de plus commun qu’une fleur, mais comment définir la fleur ? Quoi de plus banal que l’humain, puisque nous le sommes, mais comment décrire cette notion ? Travaillant en ce moment sur moultes réflexions afin de définir l’humain, l’humanité, sa nature (si elle en a une) et ses limites, voici que je découvre totalement par hasard, sur une étagère de ma librairie préférée, ce petit ouvrage qui traite en partie du sujet qui me tient à cœur.

Jean-Didier Vincent : L’homme interprète passionné du monde.

La première approche de l’homme présentée dans cet opuscule peut être qualifiée de cognitive. Sans entrer dans les méandres du fonctionnement du cerveau, ce qui ferait l’humain serait la capacité à de définir à la fois avec et contre, dans un groupe social, mais en étant différent des autres individus. Le langage est pour cela un outil particulièrement intéressant, permettant de faire corps avec le groupe et de se définir comme individu.

Une des facultés très humaines (mais dont l’humanité n’a pas le monopole) est de créer du lien, par l’ocytocine, l’hormone du lien social, de l’attachement et de l’amour, mais aussi par le langage. Un autre élément présenté par Jean-Didier Vincent est que l’humain est en formation permanente. Son cerveau (et son esprit) se modèle dans les 16 premières années, mais il continue son évolution et son renouvellement de neurone tout au long de sa vie. C’est un immature perpétuel. Une première idée de l’humanité est ainsi intéressante, en définissant un homo sapiens communicans en constante évolution ?

Si Jean-Didier Vincent fini son intervention par « ce qui fait l’humain, c’est l’esprit », il faut encore alors définir de façon très pointue ce qu’est l’esprit.

Pascal Picq : L’humain à l’aube de l’humanité.

Cette intervention est très appréciable en ce qu’elle replace l’homme à sa juste place dans la nature, en tant qu’une des branches des primates (ce qui ne manquera pas d’attirer les foudres des créationnistes de tous poils). Les hommes ont tenté de se distinguer de l’animalité tout en créant des systèmes de classification qui le place au centre de la nature. Il faut cependant savoir modérer son anthropocentrisme et retrouver un peu d’humilité, qui ne nous ferait pas de mal.

J’ai tout de même (re)trouvé dans cette partie les critères qui servent de fondements à la définition de l’humanité, et qui sont partagés avec les grands singes, à un certain degrés : bipédie, utilisation d’outil, comportements culturels, guerre, interdit sexuel, vie sociale, chasse et partage de nourriture, sexualité non reproductrice, politique, moral et mensonge, agression et réconciliation, communication symbolique, conscience de soi, rires et pleurs. Ce petit tableau de la formation lente de l’humanité est à relire.

Michel Serres : Le temps humain, de l’évolution créatrice au créateur d’évolution.

Après l’attaque des sciences dures contre les sciences molles, la revanche des sciences humaines contre les sciences inhumaines, voici les merveilleuse sciences douces.

L’humain pourrait se définir par sa maîtrise du temps et sa capacité à se réinventer lui-même, à inventer ou modifier son environnement. L’humanité historique telle que nous la connaissons n’est pas grand-chose par rapport aux temps de la création de l’univers, aux temps géologiques. Sa formation apparaît donc comme très rapide. Si j’ai bien compris le propos, la rapidité de cette (trans)formation résulte de l’utilisation d’outils. L’outil permettait des économies de temps, permet une non spécialisation des membres et organes, et donc un multi-usages total, un accroissement des possibilités.

C’est le gain de temps qui permettrait à l’homme d’évoluer plus vite. Non spécialisé, il utilise des outils ou des techniques pour modifier son environnement en fonction de ses besoins : il n’attends pas une sélection naturelle pour la formation d’un mouton à laine épaisse ; il procède lui-même à la sélection. Le propre de l'homme serait de manipuler la durée, raccourcissant le temps pour obtenir ce qu'il souhaite, de la création d'un objet à la transformation de la nature.

J'ai sans doute trahit honteusement les propos en essayant de les condenser quelque peu. Dans tous les cas, je ne saurai que recommander cette lecture des plus éclairantes et stimulantes.