16 avr. 2011
Giono Jean - Un de Baumugnes

Un de Baumugnes de Jean Giono
Éditions Grasset (1929) / le livre de poche (1995)
ISBN : 978-2-2530-1084-5 ; 125 pages.
4e de couv :
À la Buvette du Piémont, un vieux journalier est attiré par un grand gars qui paraît affreusement triste ; il provoque ses confidences : Albin vient de la montagne, de Baumugnes. Trois ans auparavant, il était tombé amoureux fou d'une fille qui s'est laissé séduire par le Louis, " un type de Marseille, un jeune tout creux comme un mauvais radis ". Le Louis ne lui avait pas caché que son intention était de mettre la fille sur le trottoir. Depuis, Albin est inconsolable, traînant de ferme en ferme, sans se résoudre à remonter à Baumugnes. Alors le vieux, qui n'est que bonté, décide d'aider Albin... Rempli d'amour, de tendresse et de fraîcheur, Un de Baumugnes est le deuxième roman de la trilogie de Pan, les deux autres étant Colline et Regain.
Mon avis :
Quelques part entre Manosque et Oraison, dans la vallée de la Durance, au milieu d'un paysage à moitié imaginaire, à moitié ancrée dans le réel. Giono nous mène dans la riche vallée de la Durance, sur les terres à blé, pour monter jusqu'à la Douloire, terre plus pauvre. Il existe de même un « Baumugne » dans les Hautes-Alpes, avant Saint-Julien-en-Beauchêne (sur la route de Luz-la-Croix-Haute, vers Grenoble), qui ne correspond pas à la géographie imaginée de Giono : son « Baumugnes » se situerait après Gap.
Baumugnes, c'est le pays de la sincérité franche, un pays bâti par les protestants chassés de chez-eux pendant les guerres de religion. Le cœur des hommes y pousserait droit, dans les montagne, tout à l'inverse de la ville, ici en l'occurrence Marseille, d'où rien ne vient de bon, et surtout pas Louis. C'est en effet à Marseille que ce dernier a toujours eut l'intention de prostituer Angèle. L'arrière plan peut ainsi paraître assez binaire et manichéen. Cette impression est pourtant gommé par les différents personnages, chacun essayant de gérer sa douleur à sa façon, de manière pataude et maladroite, parfois, pas toujours de façon très humaine, certes, mais chacun en fonction de son bagage émotionnel et affectif, particulièrement Clarius, le père d'Angèle, qui ne sait que faire entre son amour pour sa fille et son honneur. Les gentils sont aussi un peu des salauds, qui au fond, sont tout de même des gentils.
Chez Giono, j'apprécie toujours cette façon de dire le malheur avec une grande économie de mots, à faire parler les silences de ses personnages. Son écriture rend parfaitement bien la douleur poisseuse qui colle au corps et à l'âme des différents personnages.
Ce que j'apprécie de même est que l'auteur sait rendre son animalité à l'homme. Il ne s'agit non pas d'une animalité vulgaire, rustre et carnassière, mais au contraire d'une faculté de vivre avec la nature, en harmonie avec le ciel, l'eau et la terre, dans une seule respiration. On est à mille lieux de la prédation environnementale ou de l' « exploitation » agricole.
Et Pan, dans tout ça ? À mes yeux, mais je peux me tromper, il apparait dans le personnage d'Amédée, le vieux grand-père qui a des côtés coureur de jupons, qui sait faire tourner une ferme comme personne, l'instable qui ne se fixe pas mais qui va de ferme en ferme se louer, l'homme au grand cœur qui aide les amoureux à se retrouver.
C'est aussi le genre de roman qui vous donne envie de partir en Provence (celle de l'intérieur, pas la pagnolesque marseillaise), pour aller faire une cure de soleil, de vent aux parfums d'herbes, de marcher dans la montagne et d'aller se tordre les chevilles sur les galets de la Durance, pour le plaisir de s'y tremper les pieds.
Ce roman a été adapté au cinéma par Marcel Pagnol sous le titre de Angèle, en 1934.
