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Regain de Jean GIONO

Éditions Grasset (1930) / le livre de poche (1995)

ISBN : 978-2-2530-0402-8 ; 178 pages.

4e de couv :

Aubignane, petit village près de Manosque, se meurt. Seuls trois fidèles occupent encore ce nid de spectres. Mais l'hiver finit par chasser le vieux forgeron, et la veuve du puisatier disparaît au printemps, avec la promesse qu'elle avait faite à Panturle de lui trouver une femme. Au village, maintenant, ne reste plus que ce chasseur qui devient peu à peu fou de solitude. Une femme viendra, par des chemins presque surnaturels. Et pour elle, Panturle rouvrira la terre jadis féconde, l'ensemencera de blé. Le blé du pain de l'amour, qui annonce au village de nouveaux enfants. Regain ou l'éclatante première manière de Giono : mystique, solaire, animale.

Mon avis :

Regain clôt la trilogie de Pan, après Colline et Un de Baumugnes.

Le regain, c’est l’herbe qui repousse après qu’on l’ait fauché. C’est aussi une nouvelle branche qui repart d’une souche morte et qui donnera vie à un nouvel arbre. Telle est l’histoire de ce petit roman : un village se meurt, perdant ses habitants puisqu’il n’en reste que trois, puis deux, puis un seul, avant qu’il ne commence à revenir à la vie.

On peut aussi voir le roman comme un passage du paléolithique au néolithique, Panturle est un chasseur cueilleur, rendu quelques peu sauvage par sa vie isolée sur le flanc de la montagne de Lure. Avec Arsule, la femme, vient le néolithique et la civilisation, le travail du fer, la sédentarité et les cultures de la terre, particulièrement le blé, puis le pain.

Une petite estocade est faite au passage (en 1930, tout de même !) à la mondialisation, les blés d’Inde ne donnant rien de bon sur la terre de Provence, où il faut un blé rustique et « bien de chez nous », pour résister au mistral et aux orages.

D’autres y verront une allégorie chrétienne, la quasi-noyade de Panturle étant le baptême nécessaire pour cette vie nouvelle, Arsule étant une figure de Marie-Madeleine lavée des pêchés de la ville (nous retrouvons, comme dans Un de Baumugnes l’opposition ville / campagne), au marché, Panturle porte sur ses mains les stigmates saignantes de son sacrifice à la terre.

Le roman est pourtant empreint d’un paganisme puissant avec ce Panturle, justement, figure de Pan, comme pris de délire dans les collines, juste avant sa quasi-noyade. La Mamèche fait parfaite figure de sorcière, invoquant la venue d’une femme pour Panturle, comme si elle allait la faire sortir de terre. Panturle se fait aussi un peu sorcier à faire pousser le blé après avoir écorché la terre, quand chacun se lamente sur sa petite récolte.

Ce roman montre et démontre l’importance des femmes dans la vie rurale. Certes, il leur est ici attribué un rôle parfaitement traditionnel de bonne tenue de la maison, mais Arsule est aussi une allégorie de la terre domestiquée et féconde, celle qui fait passer les hommes de la barbarie à la civilisation. Un homme seul écorche des renards dans son coin, un couple fonde un foyer, redonne vie à un village et créé une sociabilité. La femme est ici puissance civilisatrice.

Il n’y a rien de « dramatique » ou de « romanesque » dans Regain, pas de meurtre, d’enquête policière, d’horreur et de drame.

J’aime cette littérature qui prends son temps et qui permet de savourer chaque chose : le goût de l’air, l’odeur de la terre. Les amateurs d’actions trépidantes peuvent passer leur chemin, car nous sommes ici dans le récit de la vie rurale, sa sueur et ses bonheurs. C’est la vie simple et rude, au grand air, mais qui ne fait pas de cadeau. Chez Giono, la nature n’est pas généreuse et bienveillante, c’est une force qui donne, mais qui prends aussi très bien.

(Il me semble qu’on retrouve une figure de Gédémus dans Le Hussard sur le toit (au moins dans le film…).)