miquel_poilus_orient

Les poilus d'orient de Pierre MIQUEL

Fayard (2006)

ISBN : 978-2-70281-706-3 ; 349 pages.

4e de couv :

De mars 1915 à mars 1919, des soldats français meurent en Orient. Aux Dardanelles d'abord, en combattant les Turcs encadrés par les Allemands. Mustafa Kemal y remporte la victoire sous les ordres de Liman von Sanders.

A Salonique ensuite, où débarque un corps expéditionnaire pour le moins bigarré, comprenant des Britanniques et des Français bien sûr, mais aussi des Serbes chassés de leur pays, des Russes envoyés en renfort, des Siciliens et des Sardes, des Albanais, et, sur la fin, des Grecs. Les Sénégalais, les Marocains, les zouaves pieds-noirs, les marsouins meurent en première ligne au côté des joyeux des compagnies disciplinaires.

A la fin de 1918, on expédie ces courageux en Roumanie pour tenir le front sud de la Russie contre les bolcheviks. Quand la flotte française de la mer Noire se mutine, ils sont enfin rapatriés. Ceux que Clemenceau appelait avec mépris les " jardiniers de Salonique " auront donc fait la guerre cinq mois de plus que les autres.

Décimés par les maladies autant que par la mitraille, commandés par des généraux écartés du théâtre des opérations en France, comme Sarrail et Franchet d'Esperey, les poilus d'Orient auront terriblement souffert de l'isolement moral sur un front mal ravitaillé. Mais alors pourquoi, le moment venu, et en dépit de la réussite de leur percée sur le Danube, seront-ils les grands oubliés de la Victoire?

Cette épopée mal connue de la Première Guerre mondiale est ici racontée avec verve et passion par Pierre Miquel, dont les ouvrages sur la Grande Guerre font depuis longtemps référence.

Mon avis :

Quand on étudie la guerre mondiale de 1914-1918, l'éducation nationale appuie surtout sur Verdun et le front de la Somme. Les autres fronts, dont ce front "oriental" est assez peu connu du commun des mortels. Gageons que les commémorations de 2014 nous rafraichirons la mémoire, chacun préparant sans doute déjà son exposition, ses cérémonies, sa tranche de mémoire. Il est toujours étonnant, si l'on fait un peu attention, quand on se promène en France, de voir que le moindre petit village, le moindre hameau a sa plaque commémorative. Certes, ce fut une volonté politique de garder la mémoire de la guerre, mais ce fut aussi une guerre qui meurtrit toutes les communautés. Mais je digresse.

J'ai lu ce livre dans le but de réunir de la documentation pour un de mes innombrables projets d'écriture, dont une petite partie devrait se dérouler sur le front d'Orient. Je ne compte pas traiter des grandes gloires militaires (ou plutôt de la raclée magistrale que les troupes anglaises et françaises se sont prises à Gallipoli), mais plutôt du petit soldat dans sa tranché, dans le sable, en train de manger ses biscuits de ration, en attendant d'aller ramper de nuit dans les broussailles pour gagner un peu de terrain sur l'ennemi, si le scorbut ne le tue pas avant.

Pierre Miquel[1] est un spécialiste de la question, l'ouvrage est documenté, d'un style agréable pour un ouvrage d'histoire. Je regrette toujours que les sources ne soient pas mieux renseignées, mais c'est un ouvrage grand public (même si le public de ce type de littérature est "éclairé"), et Fayard n'est pas une édition universitaire, mais de vulgarisation historique (entre autres) dans le sens noble du terme. L'ouvrage traite donc du déroulement des combats sur les zones de guerres successives, avec les directives militaires successives, etc. De l'histoire comme il en faut (mais pas que) et de l'histoire comme elle ne m'intéresse pas (mon intérêt se porte davantage sur l'histoire des idées, des mentalités ou encore l'histoire sociale, c'est une question de goût. Les rois, les reines, la politique et les campagnes militaires... ce n'est pas ma tasse de thé).

Au sujet du quotidien du soldat, je n'ai malheureusement pu récolter que de maigres informations. Ce n'est tout simplement pas l'ouvrage qu'il me fallait lire, voilà tout. la bibliographie de fin d'ouvrage est salvatrice sur ce point, puisque je pense trouver mon bonheur dans les recueils de témoignage, mais il est assez délicat de trouver (à un prix raisonnable) les Souvenirs de la guerre d'orient, 1915 - 1917 de Jérôme Carcopino (au hasard...). Il va me falloir aller en bibliothèque universitaire, c'est l'évidence.

Notes

[1] Professeur à la Sorbonne, spécialiste d'histoire militaire, agrégé d'histoire et docteur ès-lettres