ou comment j'ai passé une soirée trendy... diantre.

Il s’est passé « des choses » l'autre soir… J’ai eu la chance d’avoir des invitations pour la soirée du 18 mai, à la Villa InRocks, pendant le festival de Cannes.

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Je précise que je ne suis pas « au festival », que je ne cours pas après les « stars », il se trouve juste que je n’habite pas très loin (pour ceux qui ne l’aurait pas encore compris). J’ai quelque fois pu « monter les marches » (pour aller voir Persepolis, par exemple… comment ça, j’essaye quand même de me la péter ? mouais, « c’est l’effet Caaannes »), mais c’est très différent de ce que l’on pense : quand comme moi, on n’est vraiment personne (ni dans l’univers du cinéma, ni journaliste bionique), on « monte les marches » bien avant tout le monde, dans l’anonymat le plus total, surtout sans se faire prendre en photo. La salle est déjà pleine quand les « stars » arrivent.

La villa des InRocks,donc.

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Le magazine de « news culturelles » a loué les jardins de la villa Rothschild de Cannes pour y organiser des concerts en nocturne. La villa Rothschild, avenue Jean de Noailles, est actuellement la médiathèque de Cannes. C’est une des demeures Belle Époque prestigieuse de la ville, construite en 1881, à la demande de la Baronne douairière James de Rothschild. Édifiée dans un style néo-classique très pur, elle arbore sur la façade sud, donnant sur le parc, une rotonde à colonnade de marbre rose et chapiteaux corinthiens. La villa et le parc sont classés, le parc ayant d’ailleurs conservé son tracé d’origine et comportant des variétés botaniques remarquables. Dans le parc est installée une scène Rock’n’Roll.

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Évidemment, à Cannes, ça a fait un véritable tollé. Certains opposants ont jugés inadmissible de louer les jardins à un magazine qui a démoli il y a peu un homme politique issue de l’actuelle majorité. Le maire a répondu en gros qu’il n’était pas question de faire de discrimination idéologique et qu’il fallait respecter la liberté d’expression. Pour ma part, je me demande combien les InRocks payent pour avoir accès au jardin. (Je vous passe les pieds dans la porte sur le plan des manœuvres de politique politicienne locale, ce n’est pas le lieu pour ce genre de polémique).

En face de la scène, c’est ambiance lounge sur les pelouses de Madame la Baronne : énormes coussins noirs et blancs sur lesquels s’affaler, multitude de bars et restauration rapide à disposition (dont certains sont des open bar, mais sans alcool, les marques sont justes présentes pour faire de la promo), DJ qui construisent une ambiance branchée.

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C’est bien, mais c’est long : sur le carton, il est écrit 18h-23h. N’essayez pas d’entrer avant 18h30, vous aurez l’air ridicule. Le concert en lui-même commence à 21h15, il faut donc attendre en glandouillant sur les supers coussins, en devisant agréablement avec vos amis, ou en admirant le plan lumière mis en œuvre sur la façade de la villa (ce n’est pas forcément du meilleur goût). Vous pouvez toujours patienter en piquant un exemplaire du magazine, il y en a partout.

C’est bien, mais c’est court : le concert se fini à 22h. Soit trois quart d’heure de musique…

C’est bien, mais ce n’est pas du tout Rock’n’Roll : c’est hype. C’était « une soirée hype parisienne délocalisée à Cannes » (dixit un ami). La Villa InRocks est l’endroit où il faut être (et surtout être vu). Tout le monde est habillé classe, les filles marchent peut-être pieds nus sur les pelouses, mais en tenant leurs chaussures par les talons aiguilles, l’air détaché. Les robes de soirée sont de sortie, dont une robe coupe Vestale couleur pistache assez surprenante et une foison de vêtements à motif léopard. Les hommes ont l’air de sortir de magazines branchés. La rue d’Antibes s’est déversée dans le jardin. C’est dire si je n’étais pas du tout dans le ton, avec mes chaussures et une veste made in Décathlon (non, je n’étais pas très rock’n’roll attitude, moi non plus, c’est vrai).

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Quand le concert a commencé, évidemment, une foule molle s’est massée devant la scène, histoire que personne d’autre ne puisse voir quoi que ce soit. Personne n’a remarqué que vu l’emplacement de la scène, la pelouse faisait office de gradins permettant à tout un chacun de voir (y compris les petits). « Attends, on va s’avancer, c’est plus Rock’n’Roll » peut-on entendre dans la foule. Sauf que non, c’est pas Rock’n’Roll de bouger la tête une vodka cassis à la main.

Ceci dit, j’ai trouvé la prestation d’Anna Calvi pas mal du tout. Je ne connaissais pas avant de découvrir les œuvres de la demoiselle sur un site d’écoute de musique en streaming, une fois les places en mains. Mon avis est pour le moment « c’est assez plaisant », à développer…

L’avantage indéniable est cependant que nous n’étions pas trop nombreux, en raison du nombre d’invitation limité. L’ambiance est restée conviviale, cosy, sans risque de suffocation par pression de la foule, presque bon enfant. Autre bon point : c’est propre. Des serveurs passent ramasser les verres et les barquettes de frites, les toilettes sont parfaitement luxueuses. Franchement, on y était bien (même si les consos étaient hors de prix).

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La Villa InRocks ne fait aussi pas l’unanimité dans le voisinage. Les résidents peuvent obtenir des invitations, mais l’initiative (à saluer) a eu peu de succès dans ce quartier très chic de la cité des festivals. Beaucoup ont rouspété. A leur décharge, on entend la musique depuis la tour du Suquet…

Le concept de mélange entre patrimoine historique et architectural et nouvelle scène artistique est intéressant à divers titre : il s’agit déjà de faire vivre des lieux culturels, de leur donner une nouvelle visibilité, mais donner une seconde vie a ces bâtiments peut aussi leur permettre une certaine rentabilité (malgré les manœuvres de politique politicienne locale…). Le patrimoine, ça coûte cher. Ceci dit, les spectateurs n’avaient sans doute pas le début d’une idée du lieu où ils se trouvaient. Et même de la musique qu’ils écoutaient.

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Et je doute que Madame la Baronne eu apprécié de voir des Anglais complètement murgés se vautrer dans son salon (il y aurait eu aussi bien pire en début de semaine). J’espère aussi que le service de nettoyage des InRocks passera la pelouse au peigne fin pour récupérer tous les mégots.

J'en conclue que c'est sympathique et très bien, ce genre de soirée, mais pour moi, c'est comme si je débarquais sur une autre planète. J'ai l'impression de ne vraiment pas y être à ma place.