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L'invasion divine La trilogie divine de Philip K. DICK

Édition originale (1982). Éditions Denoël (1982) collection Folio SF

ISBN : 978-2-07-030953-3 ; 386 pages

4e de couv :

«Ce monde présent, cette planète, tout ce qui la compose, tous ceux qui l'habitent – tout dort ici.» Voilà ce que déclare un enfant, Emmanuel. Un enfant entré en fraude sur la Terre. Il dit que notre univers est un simulacre, un rideau de fumée, une illusion. Que la création a échappé à son Créateur, quel que soit le nom qu'on lui donne, Dieu ou SIVA. Qu'elle est désormais régie par le Mal. Il vous dit d'ouvrir les yeux, comme lui, sur cet univers parallèle que, peut-être, une vague intuition, des doutes, certaines incohérences dans votre vie quotidienne vous font pressentir déjà. Dormez-vous ? Mélange de science-fiction spéculative, de récit autobiographique, de questionnement métaphysique et de délires schizophréniques, La trilogie divine, qui compte parmi les plus déroutants romans de Dick, est sans doute l'œuvre qui a fait de lui un auteur culte.

Mon avis :

Il existe une continuité idéologique évidente entre SIVA et L'invasion divine. On retrouve les mêmes thématiques, le même rayon rose, les mêmes interrogations sur ce qu'est ou n'est pas la réalité, sur un Dieu malade qui tente de retrouver son unicité.

Manny, ou Emmanuel, est en effet un Dieu amnésique, entouré d'apôtres ou de Jean-Baptiste new look, ainsi que d'un guide en la personne de la petite Zina. Cela ressemble à une initiation de dieu à ses propres mystères, afin qu'il redécouvre ses pouvoirs, son essence et ses souvenirs.

Le roman touche aussi à un des thèmes chers à Philip K. Dick : la conquête et la colonisation de planètes. Il y a des similitudes importantes avec des ambiances du roman Glissement de temps sur Mars : les étendues désertiques, les indigènes et leurs dieux étranges, une touche de schizophrènie qui jaillit au milieu de tout cela.

Ce que je trouve particulièrement admirable chez Dick est sa capacité à tricoter différents fils de réalité, à nous faire passer de l'un à l'autre relativement en douceur, tout en créant une trame narrative solide. Il faut juste accepter de se promener d'une dimension à une autre, de celle où la mère de Manny et morte à l'autre où elle ne l'est pas. On retrouve ce même tricotage dans Glissement de temps sur Mars, et dans l'un et l'autre roman, l'effet est à la fois heureux et déroutant.

Dick arrive aussi à montrer son Dieu malade sous un jour nouveau. Dans SIVA, l'existence d'un dieu mentalement dérangé, ou immature, semblait quelques peu inquiétant : c'était vraiment le genre de dieu dont personne n'aurait voulu. Mais présenté sous un jour nouveau, sous un autre poin de vue, tout semble beaucoup moins cataclysmique que dans les délires de Horselover Fat. La mise en scène de dieu rend plus accessibles et compréhensibles différents éléments présentés dans SIVA, expurgés de l'exégèse.

Il n'y a ni batailles spatiales ni planètes qui explose, mais une petite gymnastique intellectuelle très stimulante, et quelques idées intéressantes ici clarifiée. Savoir qu'il y a une « suite » est de plus très intriguant...