28 juin 2011
La Guerre - Anthologie présentée par Yael ASSIA & Merlin JACQUET

La guerre anthologie présentée par Yael ASSIA & Merlin JACQUET
Éditions Hydromel (2011)
ISBN : 978-2-742-78967-2 ; 140 pages.
Et une magnifique illustration de couverture de Simon Goinard Phelipot
4e de couv :
La guerre, c’est l’opéra grotesque d’un crime à grande échelle ; une forme fondamentale de la nature humaine, le théâtre atavique de la discorde. La guerre, c’est l’abandon de soi dans l’idée commune, et l’expression la plus extrême de la solitude de l’être.
Quatorze déclinaisons sensibles et concernées sur la pandémie la plus imaginative de l'Histoire ; de l'esthétique du conflit à la mise en scène de l'horreur brute d'un enfant-soldat, les textes composent de la guerre dans notre société et dans nos imaginaires ; de la dissension entre et au sein des êtres, de la mémoire dans nos structures, sous toutes nos coutures.
De l'humain bâti sur le feu pour s'anéantir dans ses braises. De la tension, de l'exécution, du souvenir, avec violence, lassitude — avec espoir, parfois ; puisqu'il ne s'agit au final rien de moins, dans toute la splendeur de son ironie, que d'une bataille contre la guerre.
L’indispensable table des matières :
- Sur le chemin du retour, Léo Henry
- Mahrem, Luvan
- Traces de pas à l’envers dans la neige, Stéphanie Benson
- Théâtre des opérations, Stéphane Beauverger
- Musique de la viande, Jérôme Noirez
- Shrapnel memento, Jacques Mucchielli
- La querelle des anges égarés, Li-Cam
- Guntown, Jean-Michel Calvez
- Terre promise, Pierre Bordage
- Niche, cabane, ya ! , Lucie Chenu
- Point de sauvegarde, Lionel Davoust
- Brandons, Jess Kaan
- La jeune fille et la mort, Charlotte Bousquet
- Un café dans les ruines, Laurent Queyssi
Mon avis :
Ce recueil va vous entraîner sur à peu près toutes les zones de conflit du monde : en Afrique, bien évidemment, en ex-Yougoslavie, en Palestine / Israël, en Amérique du Sud, en Irlande (d’avant l’Europe). Le traitement général de thème reste très classique, avec des mises en scène de conflits armés. J'ai trouvé que Mahrem de Luvan, Théâtre des opérations, de Stéphane Beauverger, Musique de la viande de Jérôme Noirez et Niche, cabane, ya ! de Lucie Chenu, se démarquaient, les deux dernières étant clairement mes favorites.
Je ferais juste remarquer à l'éditeur que le pelliculage de la couverture est encore perfectible (sur mon exemplaire, il commence à se faire la malle), mais que je n'ai pas noté de fautes de typo cette fois-ci (wééé).
Je précise que je donne ici mon avis sur les nouvelles, et non sur les conflits dont il peut être question, merci de votre attention.
- Sur le chemin du retour, Léo Henry
Si au bout de cinq missions vous gagniez un permis de tuer, valable une fois, qu'en feriez-vous ? Des soldats s'interrogent (ou pas) sur ce nouveau droit qu'ils vont acquérir une fois qu'ils seront de retour, pour de petites ou grandes vengeances. Je me sens stupide car je n’ai pas vraiment compris la chute, avec la naissance de cette boucle qui se crée dans le texte. Le traitement du « permis de tuer » ne m'a pas semblé convainquant.
- Mahrem, Luvan
Cette nouvelle ouvre la thématique des conséquences des guerres et aborde le sujet des mines antipersonnel[1]. L'approche est originale, car elle mêle archéologie sur fond de guerre, mythes anciens et une touche de fantastique.
- Traces de pas à l’envers dans la neige, Stéphanie Benson
Sur le thème des photographes de guerre, je m'attendais à quelque chose du goût du roman d'Arturo Peres Reverte ''Le peintre des batailles'', ou au moins quelque chose d'aussi évocateur, ce qui n'est pas tout à fait le cas. La chute de la nouvelle est assez déconcertante à mon goût.
- Théâtre des opérations, Stéphane Beauverger
Le traitement du thème est pour le moins original dans cette nouvelle, puisqu'il est question d'une armée de fées en marche vers leur prochaine bataille, ces petites fées se révélant être des artistes de cirque. La guerre menée ici nous est bien mieux connue que tout les champs de bataille vue à travers un écran de télévision.
- Musique de la viande, Jérôme Noirez
J’aime beaucoup l’humour de Jérôme Noirez (en plus d’aimer ce qu’il fait) : comme dans Apocalyspe Now, la musique doit terroriser l'ennemi. Voici l’histoire du compositeur de cette musique de guerre, de l'intimité de sa création.
- Shrapnel memento, Jacques Mucchielli
L'histoire n'est pas d'une originalité à se rouler par terre, tout en étant parfaitement digne d'intérêt. La narration est, elle, tout à fait originale, par un enchevêtrement d'épisode de la vie d'un soldat, avec superposition des zones de combats et des retours au pays, chargés de traumatismes. L'ensemble est intéressant et bien mené.
- La querelle des anges égarés, Li-Cam
Il fallait évidemment passer par la Palestine. Ici, ce sont les anges qui mettent leur grain de sel dans le conflit, sans pour autant justement verser dans l'angélisme. J’ai eu du mal à comprendre l’idée de la nouvelle hommage à des « sacrifiés » qui sont plutôt des fanatiques en action, me semble-t-il. Je ne supporte pas les notes de bas de page qui vous expliquent des évidences, voir qui sont redondant avec les deux mots suivant (voir dès la ligne 3). Parfois, il vaut mieux s’abstenir.
- Guntown, Jean-Michel Calvez
Guerre et trafic d’arme en Afrique, sur fond de marché à ciel ouvert de technologie militaire et de location de mercenaires des plus efficaces. La nouvelle est très réaliste et particulièrement ignoble quant aux les thèmes abordés. Ignoble, mais parfaitement plausible. Je sais quelque part que l’humanité actuelle est tout à fait capable de « ça ». La nouvelle, malgré sa chute évidente, met en place un univers de façon intelligente et donne à réfléchir.
- Terre promise, Pierre Bordage
Tiens, un peu d’originalité, cette fois, sur les guerres avec les réfugiés climatiques. Le choix de la thématique guerrière est bon, mais son développement est assez banal, et la version new look des enfants indigo (ou ersatz de) pas très convaincante.
- Niche, cabane, ya ! , Lucie Chenu
Voici ma nouvelle préférée, à l’unanimité des neurones et du cœur. Cette histoire nous présente une Serbie dans un futur assez proche, centre de toutes les tensions européennes et civilisationnelles. On sent un univers riche, et le traitement du thème de la guerre se fait davantage sur ses conséquences (la radioactivité), que sur la boucherie elle-même. L’irone tragique de cette nouvelle sait faire vibrer la corde sensible.
- Point de sauvegarde, Lionel Davoust
Cette fois-ci, nous partons pour l'Amérique du Sud, où des civilisations « primitives » semblent tenir en échec des surhommes, ou plutôt des machines de guerre, où seul un cerveau qui pourra être reconstitué les raccroche encore à un petit bout d'humanité. Si l'histoire en elle-même ne manque pas d'intérêt, la nouvelle m'a semblé un peu longuette.
- Brandons, Jess Kaan
Irlande du nord. Un homme recherche son frère parti rejoindre les rangs de l'IRA.
- La jeune fille et la mort, Charlotte Bousquet
De manière assez concise, voici de quoi réfléchir sur le sort des enfants-soldats. Il y a ici matière pour mesurer l'ampleur de l'horreur qui peut ravager des êtres humains, avec un habile jeu de flash-back. Le sujet et sont traitement sont horribles, mais la fiction est parfois encore loin de la réalité.
- Un café dans les ruines, Laurent Queyssi
Nous finissons par une fan-fiction noire ne mettant pas en scène SuperMan, mais au moins Loïs Lane et Jimmy. L'écriture se fait sur le mode scénaristique (ou de pièce de théâtre) avec quelques didascalies. Le sujet comme le traitement ne m'ont pas semblé très enthousiasmant.
Et je n'ai pas le monopole du bon goût.
Notes
[1] J'ai vérifié l'orthographe, et je suis d'accord avec vous...
