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Au bagne de Albert LONDRES

Éditions Arléa (2008)

ISBN : 978-2-869598164 ; 215 pages

4e de couv :

En 1923, Albert Londres est déjà célèbre quand il décide d'enquêter sur le pénitencier de Guyane. Près de sept mille condamnés, surveillés par six cents fonctionnaires, vivent à Saint-Laurent-du-Maroni et sur les îles du Salut. Les conditions de vie des bagnards, telles qu'il les découvre et telles que son talent les restitue dans leur cruauté, ne sont alors guère connues. La publication de l'enquête dans le Petit Parisien s'achève par une lettre ouverte au ministre des Colonies. Ce reportage connaît d'emblée un retentissement considérable, et sa force sera si grande qu'en septembre 1924 le gouvernement décidera la suppression du bagne.

Mon avis :

Le bagne fait partie de la mythologie des prisons française. Autour d'une réalité ont été tissés romans et films, personnages formidables, de Vidocq à Jean Valjean, en passant par Papillon. Lire un reportage journalistique sur le bagne permet d'éclaircir les différents éléments, d'enlever la couche romanesque pour essayer de connaître ce que fut la réalité. Et parfois, le romanesque n'était pas si mal : il protégeait nos petits yeux.

Le style d'Albert Londres[1] est très journalistique (cela tombe bien, c'était son métier). J'ai trouvé qu'on manquait parfois un peu de détails, de remise en contexte ou de vision générale de la situation. Il ne donne pas vraiment dans la description, mais dans la transcription du vécu, et c'est là la force de son récit. Les atmosphères, les conditions de vie, chaque détail de la vie des bagnards passe par un récit vivant, une expérience, une rencontre.

Il y a un certain humour qui transparaît dans ce livre. Beaucoup d'humanisme, mais aussi de l'humour, car il faut bien cela pour arriver à tolérer l'intolérable. J'ai retenu comme exemple l'histoire de ces bagnards ayant fini leur peine, mais interdit de retour en France, clochardisé dans une ville où il leur est impossible de trouver du travail, qui, alors qu'ils veulent dormir sur un trottoir, menace de porter plainte contre les habitants de la maison proche, pour tapage nocturne, puisqu'on fête un anniversaire.

Albert Londres ne fait pas une liste à la Prévert (ou administrative) des problèmes de traitement des hommes du bagnes, quoiqu'un petit résumé soit fait à la fin, dans sa lettre au Ministre des Colonies. Il met en scène le manque de soins médicaux, de médicaments dont souffrent les bagnards, l'insuffisance de nourriture, les mauvais traitements, l'injustice des gardiens, les conditions d'incarcération ignobles, ou encore l'impossible réinsertion[2]. C'est tout de même à se demander comment les hommes sains ne sont pas devenus fous. La force de cet ouvrage est certainement qu'il est un recueil de témoignages.

Dire que le bagne était aussi destiné à être la base d'une colonie de peuplement, il y a de quoi rire : comment des hommes, sans ressources, sans emplois, sans expérience de la vie équatoriale, sans femmes, peuvent construire une société ? Ils vivent sous le régime de la double peine, mais pendant la première, au moins sont-ils logés et à peu près nourris. Leur astreinte à résidence est une promesse de misère.

Le journaliste, à Cayenne, ne semble pas avoir rencontré de grand brigand. Est-ce à cause d'un certain romantisme, où les vrais affreux étaient-ils condamnés à mort ? A la lecture du récit d'Albert Londres, on a l'impression d'être en face de bonshommes qui ne sont pas de mauvais bougres, qui ont certes tué, mais qui n'ont pas à subir les atrocités pareilles. Certains ont même l'air d'être là par hasard. A noter que, au bagne, les assassins avaient une bien meilleure réputation que les voleurs. La lecture de ce genre d'ouvrage nous mène à nous poser des questions sur le rôle de la prison. Comment créer un juste milieux entre la punition nécessaire et la réinsertion indispensable.

Albert Londres a de même un certain sens de la formule : « Nous étions, avec le Portugal, la seul nation possédant encore des bagnes coloniaux. C'était pittoresque. Le bateau ! Les tropiques, la brousse, la malaria, les pumas, les serpents, les évasions ! C'était d'un autre âge. »

Grâce à la lecture de ce reportage, j'ai pu écrire une page. Yodeleï ! La lecture, c'est comme la recherche dans les archives : avec une page, vous pouvez en écrire cent, mais des fois, de cent pages, vous n'arrivez à extirper qu'un petit paragraphe.

Notes

[1] J'ai la flemme de faire une petite bio, alors voici le lien wikipédia vers l'article sur Albert Londres

[2] Et finalement, c'est moi qui la fait, cette liste...