11 oct. 2011
Pavlenko & Voyelle - Les envahissants

Les envahissants de Marie PAVLENKO et Marie VOYELLE
Bande dessinée de qualité parue chez Le Livre de Poche (2011)
ISBN : 978-2253131809 ; 128 pages
4e de couv :
Empêtrée dans sa thèse dont elle ne voit pas le bout, Marie n'a plus que trois semaines pour la terminer. Ça s'annonce mal, d'autant que trois squatteurs débarquent dans sa vie et s'accordent à la chambouler : Glooms, le sergent au paquetage surréaliste, Raoul le morse et Candy Crystal, la bimbo intello. Attention, le compte à rebours est lancé !
Mon avis :
Marie travaille depuis trois ans sur sa thèse, à savoir la traduction et le commentaire de tablettes en assyrien cunéiforme relatant l’histoire d’Assurnasirpal, un roi-guerrier[1]. Marie est empêtrée dans ses doutes, l’impression de vanité de son travail, ce qu’elle voudrait se prouver à elle-même, à ses proches. Après s’être enfermée dans une solitude un brin pathétique, la voilà envahie par des amis imaginaires.
Raoul le morse, le sergent Glooms et Candy Crystal sont tous les trois des facettes de la personnalité de Marie : le grand tout mou parfois défaitiste, plein de doute, en manque d’affection ; le guerrier conquérant ; la pure pin-up mais intello. Et ces trois personnages, au lieu de freiner Marie dans son travail (ce à quoi on s’attendrait) vont la pousser, dans un enchaînement de situations cocasses, à poursuivre et achever sa thèse, à vaincre ses peurs.
La narration est bien menée, bien rythmé, chaque sensation de temps mort ayant un sens (et ce ne sont que des sensations). Le tout est servi par un trait gracieux et expressif, avec un jeu de couleur servant la narration. En somme, le dessin est agréable et attrayant.
J’ai beaucoup apprécié le paquetage du sergent Glooms, sur lequel sont accrochés divers objets changeant au fil des heures et des cases : pantoufles, jeu de plage, poulet, passoire…
Une mention spéciale personnelle pour Candy Crystal, la preuve en image que les filles peuvent être à la fois très intelligente et ultra sexy[2].
Un autre coup de cœur pour Raoul, le morse impétueux, la machine à tendresse qui sait pourtant ruer dans les brancards.
Marie nous offre tous ses doutes, ses angoisses, ses comportements parfois étranges, ses colères mais aussi sa volonté de fer et sa douceur. C’est un personnage étonnamment humain et entier.
Bref, vous l’aurez compris : au-delà des clichés, les personnages sont admirablement construits et très attrayants.
La fin est malheureusement un peu rapide. J’aurai souhaité voir une confrontation entre Marie et sa mère, voir un peu plus la construction d’une histoire sentimentale. L’impression est que les auteurs n’avaient plus assez de place pour achever leur propos. C’est dommage, car j’aurai grandement apprécié 20 pages de plus. Ces envahissants sont tellement attachants.
Notes
[1] ce qui a autant d’intérêt pour le commun des mortels qu’une thèse sur les chevaliers-paysans du lac de Palladru (il me semble d’ailleurs qu’il existe réellement au moins une thèse sur le sujet, et qu’elle a été fondamentale sur la conception historique de la naissance de la noblesse (non Carolingienne) à partir du Xe siècle... Comment ça, on s’en fout ???)
[2] Je veux monter une association pour la fin de la dichotomie Buffy / Willow
