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Qu'est-ce qu'une utopie ? de Jean-Marc STEBE

Éditions Vrin

ISBN : 978-2711623419 ; 128 pages

4e de couv :

Qu'est-ce qu'une utopie ? Quelles sont les propriétés d'une utopie ? Pourquoi et comment une utopie s'éloigne-t-elle du mythe ? Dans quelle mesure la ville peut-elle être considérée comme essence de l'utopie ? Qu'est-ce qui anime les utopies urbaines ?

Jean-Marc Stébé est Professeur de sociologie à l'Université Nancy 2 et membre du Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales

Mon avis :

Très franchement, j'adore ses petits livres intelligents qui vous mettent les idées au clair sur une question. Les éditions Vrins ont la collection « Chemins philosophiques », pour cela ; j'ai acquis un certains nombre de leurs titres, et pour le moment, je trouve que cette collection est une réussite.

De façon claire, nette, pédagogique, Jean-Marc Stébé marque la différence entre utopie et mythe, traite de leur construction, de leur caractère éminemment urbain.
J'ai aussi grandement apprécié que soit mis en lumière les risques de dérive totalitaire du modèle de l'utopie (c'est tout de même des monde dans lesquels on vous impose une forme de bonheur, coupé du reste du monde.
Pour vivre en utopie, il faut avoir totalement intégré la règle et avoir le sens critique d'une huître (p 25) :

Certain de son fait, le dirigeant utopien est en mesure d'imposer un sens moral si intériorisé par le peuple que le gouvernement des hommes cesse d'être un problème. Dès lors, le gouvernement des hommes cède face au gouvernement des choses, lesquelles s'administrent elles-même (entre la production communautaire et le libre accès aux magasins par exemple). A l'image du meilleur des mondes, les citoyens suivent les prescriptions normatives, s'adonnent sans rechigner au travail, limitent leur consommation, si bien que toute est parfaitement réglé ou plutôt « huilé » (…).

Je crains qu'avec les hommes « normaux », tels que je les connais, cet idéal ne fonctionne (absolument) pas. Il faudrait pouvoir laisser la place à l'expérimentation, au refus individuel. Mais ce n'est visiblement pas le but de l'utopie (p27) :

L'utopie entend en effet, quels que soient les auteurs, renouer avec un système de lois contraignantes qui s'imposent aux consciences individuelles au nom de l'harmonie cosmique.

Il est aussi intéressant de lire que l'utopie serait féministe (p32-33) :

Au regard de la centralité paradigmatique de la figure de la mère dans l'imaginaire utopique, il est logique de constater que les utopie sont très avantageuses pour les femmes, alors débarrassées des corvées ménagères grâce aux installations communautaires, libérées de la tutelle de l'homme et considérées comme son égal même si elles de participent ni au gouvernement, ni à l'élaboration des lois.

On conviendra que c'est une vision assez « particulière » de l'égalité homme-femme, tout comme dans les Monades urbaines de Robert Silverberg : tout le monde peut avoir des relations sexuelles avec tout le monde, mais il est de bon ton que ce soit les hommes qui choisissent.
Ici, la cité-mère « libère » les femmes, qui restent politiquement inactives ? On reparlera d'égalité, tiens...

Ceci dit, il est très intéressant de lire un ouvrage qui ne tombe pas dans l'extase très adolescente sur la construction d'un monde idéal. En montrer les forces, mais aussi les faiblesses, est un excellent exercice de réflexion.
En SF, le thème de l'utopie, lorsqu'il est présent, se fait dynamiter joyeusement, comme si une telle cité ne pouvait de toute façon pas convenir aux hommes. A croire que celui-ci ne s'épanouit que dans le malheur et la lutte contre l'univers entier.

Les textes suivis de leurs commentaires n'ont pas déchaîné l'enthousiasme de la foule composée de moi-même et … c'est tout. Et c'est déjà pas mal.