03 nov. 2011
Duras Marguerite - Moderato Cantabile

Moderato cantabile de Marguerite DURAS
Éditions de Minuit (1958) (édition lue : 2010) – collection double
Prix de Mai (1958)
ISBN : 978-2707303141 ; 162 pages
4e de couv :
« Qu'est'ce que ça veut dire, moderato cantabile ?
- Je ne sais pas. »
Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final.
« Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. »
Mon avis :
Je voulais utiliser l’écriture des indications musicales de rythme dans un chapitre d’un de mes (trop) nombreux projets, et je ne pouvais pas me servir du fameux « moderato cantabile » sans prendre connaissance de cette référence littéraire, du roman, de l’histoire.
Voilà qui est fait : Anne Desbarèdes fait suivre à son enfant des leçons de piano chez Mademoiselle Giraud, quand un cri annonce un drame. Dans le bar du rez-de-chaussée, un homme vient de tuer une femme, ce qui semble être vraisemblablement un crime passionnel. Anne Desbarèdes revient le lendemain dans ce bar, accompagnée de son enfant, et rencontre Chauvin, avec qui elle entame… comme un flirte.
On nage en pleine « nouvelle vague », en plein « nouveau roman ». Moderato cantabile est un film de Godard, version littéraire. Je n’apprécie pas particulièrement ce style et ces techniques n’écriture, mais j’ai trouvé le roman tout de même remarquable, malgré le fait qu’il soit marqué par son époque (c’est très « années 50-60 », on n’écrit plus du tout ainsi ou ce genre d’histoire, à présent).
Je ne ferais pas la critique de la construction de l’œuvre, du sujet, etc. Je ne me sens pas la légitimité d’un critique littéraire qui oserait s’attaquer à Marguerite Duras.
J’ai simplement eut l’impression d’avoir lu un roman sur rien (ah ! c’est Flaubert qui aimerait ça, si ma mémoire est bonne). Certains dialogues sont parfois absurde, mais les deux protagonistes étant un brin ivres[1], leurs deux mondes semblent se frotter, se percuter, sans arriver à se mélanger.
Nous avons une tranche de vie de quelques individus, quelques indications sur leur passé, et nous ignorerons tout de leur avenir. J’avoue qu’après avoir fini le livre, leur avenir m’indiffère. Les personnages ne sont pas attachant ou repoussant. Ils laissent juste raisonnablement indifférent, Anne Desbarèdes paraissant même légèrement attardée.
En fait, j’ai eut l’impression d’être grandement débile, en m’interrogeant sur cette symbolique du vin, de l’ivresse et de ses effets dés-inhibiteurs, une signification christique peut-être ?, sur ce temps qui passe, avec cette sonnerie d’usine qui annonce l’arrivée des ouvriers dans le bar, alors que leur non-relation doit rester secrète (nous sommes dans les années 1950 ! scandale !), sur se sentiment d’urgence permanent, sur ce temps si éphémère, sur l’affrontement entre l’emprisonnement social (Mademoiselle Giraud) et la liberté (l’enfant), etc.
Je décide maintenant d’arrêter de le prendre la tête sur la signification symbolique ou non, de tout et de rien, et j’assume donc ma débilité profonde. Ce livre est sans doute écrit pour plus intelligent que moi.
Il faut tout de même noter que le chapitre 9, racontant le dîné mondain organisé chez Anne Desbarèdes est absolument jouissif. C’est une merveille de suggestion, d’instantané, comme une juxtaposition de photographie montrant tantôt l’intérieur et tantôt l’extérieur. C’est une soirée diapo devenue folle, sous le signe de l’ivresse d’Anne.
Ce fut somme toute une lecture… fort intéressante.
Notes
[1] ça picole pas mal, dans le roman.
