22 mar. 2012
Fitzgerald Francis Scott - l'envers du Paradis

L'envers du Paradis de Francis Scott FITZGERALD
Editions Gallimard ; Collection L'Imaginaire
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Suzanne MAYOUX
Titre original : This side of Paradise
Première édition : éditions Scribner (1920)
ISBN : 978-2070299546 ; 290 pages
4e de couv :
Alors, soudain, tout changea, quand se leva le premier vent violent du succès et le délicieux voile de brume qu’il apporte. C’est un temps très bref et précieux, car lorsque cette brume s’élève, en quelques semaines ou en quelques mois, on trouve que le meilleur est passé.
Cela commença à l’automne 1919, j’étais comme un seau vide, si abruti après avoir écrit tout l’été que je m’étais embauché pour réparer les toits des wagons dans les ateliers de la Northern Pacific. C’est alors que le facteur sonna à ma porte, et ce jour-là je plaquai mon travail et je courus dans les rues, arrêtant les autos pour dire à mes amis et connaissances que mon roman, « l’envers du paradis », avait été accepté par un éditeur. Cette semaine-là, le facteur sonna et sonna, et je payai mes terribles petites dettes, achetai un costume et me réveillai chaque matin dans un monde d’excitation et de promesses ineffables.
Mon avis :
Voilà ce que c'est que de ne pas lire les œuvres d'un auteur dans l'ordre dans lequel il les a écrit : on a encore en bouche le goût de son chef d'œuvre et on trouve son premier roman franchement fadasse.
Autant Tendre est la nuit est magnifique, autant L'envers du Paradis me plonge dans des abîmes de perplexité déçue.
Je ne suis personne pour critiquer le talent de Fitzgerald et le premier et premier succès. Je pense que l'histoire, dans son ensemble a mal vieillit, tout comme le style et les personnages.
Amory Blaine est en quête d'amour et de sophistication, mais ce personnage est assez répugnant : vain et imbu de sa personne, très fier de lui et trop sûr de son intelligence, superficiel comme il est difficile de l'être (davantage, il pourrait être un dandy, mais en 1920, la notion est démodée), assoupi dans sa paresse, mais tout lui est dû. Bref, c'est un personnage tout à fait antipathique à mes yeux. Il va d'amourette insignifiante et psychodrame sentimental à deux sous, tout en brillant passablement mal à Princeton. Ce roman est l’histoire d’une certaine descente aux enfers, en espérant qu’il ait ensuite la force d’œuvrer à l’amélioration de son sort (en commençant par le travail, par exemple).
La portée scandaleuse de ce roman a aussi totalement disparu, délayée qu’elle a été dans l’évolution des mœurs. Qu'est-ce qui est scandaleux ? Les filles se laissent embrasser ? Les jeunes gens s'alcoolisent au plus haut point ? Alors que leurs camarades pourrissent sous un champ de bataille ? Ils perdent leur capacité par une suractivité dans des futilités ? Plus rien n'est choquant. Faut-il ajouter « malheureusement » ? Il y a une évidente aspiration à plus de liberté, plus de vie, mais l’ensemble laisse une sensation gluante : la fortune doit tomber du ciel dans les bras des garçons et les filles sont de jolies potiches qui doivent faire de beaux mariages pour assurer leur subsistance.
Le style de ce premier roman n’a pas la splendeur des suivant, me semble-t-il.
En fait, tout cela m'a semblé terriblement vain.
Mais Tendre est la nuit est un pur chef d'oeuvre tout à fait formidable, lisez-le.
