coetzee_disgrace

Disgrâce de J. M. Coetzee

Traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Catherine Lauga du Plessis
Éditions Point
J.M. Coetzee est prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre (2003)
Booker Prize, 1999
National Book Critics Circle Award
prix du Meilleur livre étranger, 2002

ISBN : 978-2757825785 ; 272 pages

4e de couv :

David Lurie, cinquante-deux ans, deux fois divorcé, enseigne à l'université du Cap. Une jeune étudiante, parmi ses nombreuses conquêtes, finit par l'accuser de harcèlement sexuel. Contraint à la démission, David se réfugie auprès de sa fille Lucy. Mais les temps ont changé et sa retraite vire au drame. La bourgeoisie sud-africaine doit payer pour les crimes de l'apartheid...

Mon avis :

Le début de cette histoire aurait pu se dérouler n'importe où : un professeur d'université, ayant une vie quelque peu pathétique et une vie sentimentale[1] assez lamentable[2], est accusé de harcèlement sexuel par une de ses étudiantes. Il a réussi à mettre cette dernière dans son lit presque par hasard.
Ayant vécu cette relation comme une histoire d'amour, David Lurie se retrouve incapable de procéder à la pénitence que la société attend de lui.

C'est lorsqu'il trouve refuge dans la ferme de sa fille Lucy, jeune femme qui se caractérise par sa force d'âme, son embonpoint, et son homosexualité, que tout bascule et que deux histoires se télescopent : celle du drame de David et le drame de Lucy.
Il est question d'un côté d'un homme qui n'a pas conscience d'avoir violé une jeune femme, de l'autre d'une autre jeune femme qu'on a avilie afin de la chasser de sa ferme et prendre ses terres.

Il n'est jamais précisé avant au moins la moitié du roman quels sont les personnages Blancs et quels sont les personnages Noirs, car telle semble être la volonté de David et Lucy : arriver à vivre en faisant abstraction de la couleur de peau.
Petrus n'arrive pas à faire ce qu'il demande à Lucy, à savoir mettre en pratique ce : « c'est affreux, mais c'est fini maintenant ». Si l'apartheid est fini, il ne faudrait alors pas chercher vengeance.
David refuse d'expier pour des crimes qu'il n'a pas le sentiment d'avoir commis, quand Lucy fait tout pour être forte, digne et assume les erreurs, les peurs et la haine des autres.
L'horreur est souvent dans les sous-entendus monstrueux, qui doucement trouvent une formulation, deviennent des idées, des paroles, qui sont enfin prononcées, et dont on s'aperçoit qu'elles ne sont au final pas si éloignée de la vérité.

Le style est d'une grande clarté, d'une très agréable fluidité, tout en développant une rare subtilité. Je pense particulièrement à la façon dont apparaît dans l'esprit du lecteur (par l'entremise de David) la cause, ou la raison, du drame vécu par Lucy. La mise en parallèle de l'histoire du père et de la fille permet aussi de prendre conscience d'une situation qu'ont pu rencontrer ceux qui ont vécu la chute de l'apartheid, entre ceux qui n'avaient pas eu conscience de mal agir[3] et ceux qui ont dû payer pour des crimes qu'ils n'avaient pas personnellement commis, mais comme s'ils étaient les boucs émissaires pour purifier la société du fonctionnement de tout un système malsain.

Il n'y a pas, à mon avis, de complaisance ou de prise de parti déplacée, mais simplement des personnages confrontés à des situations qui au fond les dépassent.

Notes

[1] le 4e de couv dit n'importe quoi

[2] à différencier d'une vie sexuelle, qui n'est pas pour autant très brillante

[3] C'est une sensation assez étrange qui est éveillée : David n'est pas « méchant », mais il reste un vrai sale type, un criminel. Et on arrive à comprendre son point de vue, sans l'approuver, loin s'en faut