15 juin 2012
Beauté t2. La Reine indécise - Hubert et Kerascoet

Beauté, Tome 2 : Désirs exaucés
Bande dessinée
Scénario HUBERT ; Dessin KERASCOET
Éditions Dupuis (2012)
ISBN : 978-2800151632 ; 48 pages
4e de couv :
La beauté de Morue ayant conquis le cœur du roi, la voilà donc reine. Mais elle s'avère rapidement incapable de s'intéresser aux affaires du royaume et, malgré les efforts de la laide mais spirituelle princesse Claudine, le roi et la cour semblent plus soucieux de satisfaire à ses caprices que de s'occuper de la guerre en cours...
Mon avis :
Voici la suite d'un premier tome que j'avais trouvé enthousiasmant, et cela continu.
Morue, la souillon du village, après avoir délivrer une fée d'un enchantement, reçoit en don d'être perçue par les autres comme l'incarnation de la beauté faite femme. Ce qui devait simplifier sa vie ne fait en réalité que de complexifier celle de tout le monde.
Voici Morue, devenue Beauté, sur le trône du Royaume du Sud, sa beauté lui donnant maintenant le pouvoir d'assouvir tous ses caprices.
Les hommes ne l'aiment pas : ils la désirent. Ce désir est si violent qu'ils en arrivent à tout perdre, à commencer par l'estime de soi, la raison, la vie. Les hommes qui approchent Beauté et qui sont séduits par leur propre idée de la femme à la beauté parfaite, se décomposent lentement (ou meurent violemment), après avoir commis des abominations au nom de la femme « aimée ».
Morue s'imaginait que devenir Beauté lui rendrait la vie plus facile. Sa gentillesse première a disparue sous une couche de bêtise et surtout de narcissisme. Beauté ne sait penser qu'à elle, à ses envies et ses propres désirs. En ayant le pouvoir d'obtenir ce qu'elle veut, quitte à affamer tout un royaume, elle ne fait qu'assouvir ses propres caprices et condamner à mort la terre entière. Sa charité n'est jamais qu'un outil pour combler son manque d'amour.
Morue / Beauté est certes un peu cruche, mais tombe-t-on toujours dans l'excès inverse dès que l'on obtient ce que l'on a toujours souhaité ? Morue la mal-aimée s'ingénie à être au centre de toutes les attention, sans avoir la moindre petite pensée pour le monde, tout ce monde, autour d'elle.
Alors non, elle ne voit pas à mal, mais elle veut « tout et son contraire » (dixit Pierre) et « elle se contente d'être là et tout sombre dans le chaos » (dixit la fabuleuse Claudine). Morue / Beauté a tout de même assez d'esprit pour reconnaître que son don est totalement disproportionné.
Bref : des meurtres, des larmes, de la folie, la guerre...
On félicite toujours le dessinateur, parce que son travail est plus « visible » et qu'il fait toujours de super dédicaces colorées. Je voudrais remercier particulièrement le scénariste, pour avoir su mettre si simplement en scène les complexités de l'âme humaine, dans une histoire dramatique et touchante. Il y a bien évidemment des développements scénaristiques attendus, après tout, on est dans un conte, mais systématiquement, la douceur est rompue par des manifestations de cruauté toute humaine.
J'attends aussi impatiemment de voir quel tour (intéressant ?) vont prendre les relations entre la Princesse Claudine et le chevalier Eudes[1]...
Note
[1] je trouve que leurs relations se tissent avec une rare finesse
