Le blog de Gabriel

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23 juil. 2011

Beauté t1. Désirs exaucés - Hubert et Kerascoet

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Beauté, Tome 1 : Désirs exaucés

Bande dessinée Scénario HUBERT ; Dessin KERASCOET

Éditions Dupuis (2011)

ISBN : 978-2800150239 ; 48 pages

4e de couv :

Présent inestimable ou cadeau empoisonné, son incroyable beauté va-t-elle faire de Morue une princesse adulée ?

Un conte de fée caustique et flamboyant, signé par Hubert et dessiné par Kerascoët.

Petit résumé rapide de l’histoire :

Dans son village de pêcheur, Morue est incontestablement la fille moche (en plus de ne pas être très intelligente). A force d’écailler le poisson, l’odeur imprègne sa peau et rien ne peut la faire disparaître, ses oreilles sont décollées, son nez et menton tordus, elle a sans doute les cheveux gras, et il ne lui manquerait plus qu’elle louche. Elle est évidemment le souffre douleur d’à peu prêt tout le monde, quoiqu’elle ait un ami et une mère aimante.

Voilà qu’un jour, au comble du désespoir, elle pleure de compassion sur la laideur d’un vilain crapaud qui n’est non pas un prince, mais une fée emprisonnée. Mab accorde un vœu à Morue, qui demande la beauté. Si Mab ne peut changer la nature, elle peut en modifier la perception, et voici que Morue devient, aux yeux de chacun, l’incarnation de la beauté parfaite.

Dès son retour, les drames s’enchaînent, car une telle beauté engendre convoitise, désir, jalousie, haine, et commencent les querelles, les bagarres, les morts et bientôt les guerres.

Mon avis :

Plutôt que conte de fée « caustique », je qualifierai plutôt cette BD comme « cruelle ». Nous sommes bien dans le conte, avec des fées, des princes, des rois, un univers Renaissance / moderne réaliste teinté d'une touche de magie, juste ce qu'il faut.

Ce premier tome de Beauté est l’annonce d’un jeu de massacre, tout en ayant lui-même son lot d’horreur. Il y a déjà trois morts directs du fait de Morue, devenue Beauté dans le regard des autres. Les hommes veulent la posséder ; les femmes veulent soit la faire disparaitre (en la chassant ou la tuant) soit la manipuler.

Il ne faut pas être grand savant pour se douter que Mab, la créature féérique libérée par les larmes de compassion de Morue, n’est pas vraiment une fée sympa. Morue n’étant pas très futée, elle se fait proprement manipuler par Mab, qui revient régulièrement ajouter de l'huile sur le feu, et ainsi commence l’escalade des désirs de gloire, de richesse et d’amour.

Le dessin est frais, en lignes simples (sans tout un tas de 'tits traits partout très artistiques) et courbes. La couleur est faite par aplat, c'est simple et de bon goût. Disons que je trouve que cela cadre bien avec le genre du conte : restons dans la simplicité apparente, pour aller creuser un peu le cœur des humains. J’ai beaucoup apprécié le fait que Morue reste graphiquement Morue et que les traits de Beauté n’apparaissent que ponctuellement, pour retranscrire l’illusion dont sont victimes les regards des personnages. Je regrette simplement la lourdeur de certains encarts ou les petits tirets qui montrent au lecteur (qui est donc un gros stupide) que le personnage a bien regardé tel ou tel détail de l’image.

Je suivrai la suite avec grand intérêt.

11 juin 2011

Giono Jean - Le noyau d'abricot

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Le noyau d'abricot et autres contes de Jean Giono

Éditions Grasset (2011)

ISBN : 978-2-246-78595-8 ; 80 pages.

4e de couv :

Voici quatre contes inédits par l'auteur du Hussard sur le toit. Quatre contes délicieux, d'inspiration persane pour les uns, orientales pour les autres. Dans Le noyau d'abricot, afin de se venger des moqueries de son ancien amant le djinn Nûr, Paquette le transforme en noyau d'abricot et le suspend à un arbre... Dans Le buisson d'hysope, on apprendra l'origine des oliviers de Provence. Le prince qui s'ennuyait nous montre ce qu'il arrive aux méchants princes quand ils se moquent des fées, et grâce à La princesse ayant envie, nous découvrirons les pouvoirs des grains de raisin contre l'ennui. Les plaisirs facétieux d'un grand conteur du XXe siècle.

Mon avis :

En allant chez mon libraire préféré pour commander un livre, je vois juste en face de l'entrée « Giono – Inédit ». Étant une créature sensible aux plans machiavéliques des libraires (qui savent toujours me mettre des livres sous les yeux, c'est vraiment affreux), voilà que je découvre un « nouveau » Giono.

Il est toujours étonnant de voir que l'on arrive encore à trouver des « inédits » chez ce genre d'auteurs[1]. Ici, il s'agit d'inédit en format « livre », puisque les quatre petits contes présentés dans ce court recueil ont été édités dans la presse littéraire des années 1920 (si j'ai bien tout retenu).

Commencez donc par lire la préface A l'ombre de Schéhérazade de Mireille Sacotte, qui est assez édifiante, puisqu'elle vous expliquera entre autre qu'il s'agit de premières œuvres de Giono, d'avant la Trilogie de Pan.

Je mettrais[2] ces quatre contes orientaux dans les œuvres charmantes. Ils ne révolutionnent pas la littérature, mais ont leur saveur délicate. Évidemment, on est dans le conte inspiré des mille et une nuits, l'orient étant parfois évoqué (voir invoqué, c'est assez magique, le talent...) au détour d'une phrase, d'un mot. Le style est d'une part calquée sur les traductions de textes gréco-latins, ce qui se sent dans le rythme, dans l'agencement des phrases (parfois un côté un peu verbeux et ampoulé, il faut aussi le dire, mais c'est rare) ; d'autre part, on sent déjà de manière assez présente cette tournure d'esprit et de phrases que l'on peut lire dans la Trilogie de Pan. Nous sommes donc en transit entre deux moments de l'œuvre de Giono, cela se lit assez clairement.

Le recueil est léger, amusant, distrayant. On aurait tord de se priver.

Notes

[1] Certains auront planqué des manuscrits pour les futurs ayant-droits?

[2] Et voilà, je me mets à cataloguer... c'est dramatique.

04 mar. 2011

Giraudoux Jean - Ondine

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Ondine de Jean GIRAUDOUX

Le livre de poche (1975)

Pièce de théâtre en trois actes créée en 1939,

ISBN : 978-2253009771 ; 155 pages

4e de couv :

Ondine, fille des eaux confiante dans la puissance de l'amour qu'elle éprouve pour le chevalier Hans Von Wittenstein zu Wittenstein, accepte le pacte du Roi des Ondins : elle partira et vivra son amour humain mais, si Hans le trahit, il mourra et Ondine retournera au Lac, perdant jusqu'au souvenir de son existence terrestre. Poétique, étincelante, avec un dialogue d'une rare richesse, Ondine, pièce en trois actes, qui met en scène la fragilité des amours humaines, a été créée le 4 mai 1939 au Théâtre de l'Athénée sous la direction de Louis Jouvet qui jouait le rôle du chevalier.

Mon avis :

J’ai lu Ondine pour la première fois lorsque j’avais 16 ans. J’avais adoré cette histoire d’amour passion. 15 ans ont passé, j’ai mûri et cette pièce triste contient tout ce qui m’énerve dans l’adolescence caricaturée, particulièrement sur le plan amoureux. Ondine est en effet une pièce de l’amour passion, l’amour absolu, totalement immature, à savoir celui que l’on s’imagine symbiotique, comme si « je » et « toi » pouvaient se fondre dans un « nous ». Et comme s’il était éternel.

Je suis donc d’une totale mauvaise foi, puisque je n’adhère pas à la thèse de base. Ceci dit, le texte est très riche (trop, peut–être, pour du théâtre), très poétique, il y a des jeux d’écho entre les scènes particulièrement intéressant.

La moitié des personnages est complètement zinzin, à commencer par Ondine, l’héroïne éponyme. Ondine est une ondine, comme elle se plait à le répéter durant l’acte II et comme toute créature féerique qui se respecte, elle a des pouvoirs magiques, est inconstante (ce qui est assez agaçant), et fait preuve de l’amour adolescent et immature. Celui-ci se porte sur Hans, le chevalier qui préfère son cheval aux femmes, l’humain qui a bien les pieds sur terre, ancré dans la réalité (il réclame même à la fin qu’on laisse enfin les hommes seuls et tranquilles sur terre, sans magie ou créatures féeriques). Hans est amoureux de Bertha, sa fiancé, puis rivale d’Ondine, puis fiancée de Hans. Il y a aussi force roi et reine, chambellan et serviteur, ondines et roi des ondins. Inspiré par une histoire de Frédéric de La Motte-Fouqué, Ondine est un conte pur jus, avec chevalier en armure, château et chasse à court (grosso modo, du XVe siècle imaginaire).

Acte I : La quête de l’amour absolu

Ondine voit Hans, le trouve beau, et tombe amoureuse. Elle rampe et le harcèle ensuite jusqu’à ce qu’il cède à ses avances. Ondine est déjà particulièrement mature dans ce premier acte : elle tombe amoureuse de la beauté d’Hans (Giraudoux nous fait tout de même par la suite un laïus sur l’âme, alors qu’ici, il n’est pas question d’esprit ou d’âme), elle fait des promesse de fidélité, de dévotion, puis alterne les moqueries (« qu’il est bête ») et avec la haine, grâce à ce « je vous hais » quand l’être aimé ne semble pas correspondre aux attentes : Hans souhaite manger une truite au bleu, donc ébouillantée vivante, ce qui est la pire des cruautés aux yeux d’Ondine. Ondine ne sait pas ce qu’elle veut, la cause de son amour est superficielle (la beauté physique), elle est puissante. C’est un très mauvais cocktail, donc, cela va forcément mal finir. Dans La Petite Sirène d’Andersen, c’est aussi la volonté d’avoir une âme qui motive notre dame poissonne. Ici, il s’agit juste de beauté physique. C’est un peu décevant. Ondine aimera-t-elle Hans quand il sera vieux, ridé et flasque ? On ne comprend pas pourquoi Hans tombe amoureux d’Ondine, qui présente tous les traits d’une personnalité bipolaire (ce qui est assez effrayant, d’ailleurs).

Ondine annonce tout de suite la couleur avec sont fantasme de ceinture de chair pour unir les amoureux (fin de l’acte I) : cette ceinture est sensé les lier pour qu’ils restent collés l’un a l’autre jusqu’à ce que la mort les emporte. C’est une idée particulièrement adolescente, idéaliste, mais d’un idéalisme meurtrier (si tu ne m’aimes plus, tu meurs). Ondine nourrit un idéal amoureux passionnel, celui qui fait qu’on peut se tuer par amour. Ce type d’amour dure au mieux trois à six mois et celui qui consume les amoureux s’ils n’arrivent à a construire autre chose.

Petit aparté : pourquoi les histoires d’amour concernent toujours des adolescents ? Roméo et Juliette ont 18 et 16 ans, ou quelque chose de cet acabit ; la petite sirène d’Andersen a 15 ans ; Ondine a 16 ans moins 3 mois. L’amour passion doit être l’apanage de la jeunesse… Se tuer par amour, ce n’est pas beau...

L’idéal d’Ondine semble être la dilution du « moi » dans un « nous », la perte de son identité, de sa personnalité, pour n’être qu’un bout incomplet et dépendant d’un autre morceau de chair conscient. Quand on a 16 ans, c’est beau ; quand on en a 30, on a le droit de trouver ça pathétique. La dévotion d’Ondine est troublante : c’est celle de la parfaite petite épouse modèle qui ne doit plus être, celle qui fait le sacrifice de sa vie pour l’autre, à vouloir être ce qu’il est, ce qu’il respire, ce qu’il mange. Penser à autre chose qu’à son amour serait la première infidélité. Il faut au moins ces grands sentiments pour faire avaler la pilule de la soumission.

Après un accord plus ou moins passé avec le roi des ondins, Ondine peut épouser Hans, à condition qu’il ne la trompe pas. Le pacte est accepté par Ondine ; on remarque que Hans n’est alors au courrant de rien…

Acte II : Au milieu des hommes

Ondine pouvait faire l’andouille dans la forêt, dans sa cascade et sur le lac, mais la fête est finie. Mariée à Hans, elle doit s’insérer dans le monde des humains, comprendre leurs codes, leur politesse, leur manière de vivre et de penser. Ce qui est très loin d’être facile. Ondine doit apprendre à mentir.

C’est un retour fracassant à la réalité, à la vie sociale. Les « amoureux » ne sont plus dans la forêt, à l’écart du monde où ils pourraient vivre heureux et cachés, mais dans le monde, dans une société, avec ses codes et ses attentes. Cette société attend de Hans qu’il assume sa fonction de chevalier et qu’il respecte un protocole. Ondine, son épouse, en est incapable. On ne peut vivre cet amour absolu que si l’on vit dans une hutte au fond de la forêt (ou lorsqu’on est des chiens de mer). La vie en société nous force à s’éloigner l’un de l’autre, à apprendre à mentir. Un mariage peut induire une « déchéance sociale » (II, 10) que tous les jolis minois du monde ne pourront compenser.

L’indulgence du roi et de la reine à l’égard d’Ondine est difficile à comprendre. Cela pourrait être l’indulgence que l’on a envers une pauvre fille un peu demeurée, naïve et innocente. On l’accepte parce que c’est un conte, mais la pilule est un peu difficile à avaler.

L’épouse parfaite pour un chevalier n’est pas la petite fille fantasque qu’est Ondine, mais la femme qui connaît tout de la joute, de la chasse et de l’héraldique, comme Bertha. Oui Bertha qui est jalouse, cruelle, avec ses longs cheveux noirs comme des serpents (qui n’est pas Méduse, mais chtonienne, terrienne). Elle n’est pas la femme idéale, elle est celle qui convient à Hans, qui comprendra son goût pour la truite au bleu et qui pourra partager son univers, et qui saura l’apprécier tel qu’il est, et non tel qu’elle imagine qu’il est. On en apprend un peu plus sur ce fameux pacte, accepté par Ondine (et elle seule) : lorsque Hans trompera Ondine, il mourra et elle perdra la mémoire.

J’ai tout de même grandement apprécié , acte II, sc. 8, le triomphe de l’imperfection, résolution de cette histoire de la paillette d’or dans l’œil de Violante, et Auguste qui dit « C’est merveilleux… Merci… »

Petit aparté : il y a des allusions à Tristan et Iseult, qui est tout de même une « histoire d’amour » assez atroce, puisque l’amour n’est qu’une création magique due au filtre d’amour, tout sentiment disparaissant lorsque l’effet se dissipe. L’amour absolu serait donc uniquement temporaire ?

Acte III : le procès d’Ondine

Le mariage d’Hans et Bertha se prépare au moment où l’on capture Ondine et où on la juge. D’aucun dirons qu’on fait le procès de l’amour, avec une Ondine devenue parfaite femme au foyer. Hans, qui pourtant semble avoir répudié Ondine en apprenant la vérité sur sa nature « non-humaine », se met à la défendre, à lui donner toutes les qualités, à vouloir la sauver. Quelle inconstance… Ondine a fait croire qu’elle-même trompait Hans avec Bertram, ce qui se révèle être une tentative ridicule pour le sauver. Hans meurt tout de même. Le contraire serait étonnant. Ondine retourne à ses poissons.

Le caprice d’Ondine a fini par tué Hans. Aveuglée par son « amour », elle a accepté de passer un pacte qui engage la vie de Hans (s’il la trompe, il mourra). L’amour absolu apparaît comme une possession et une confiance aveugle, immature, parce qu’on pense pouvoir contrôler l’autre, être un peu lui, et pouvoir donc diriger son existence (et contrôler sa fidélité). Cette idiotie d’Ondine finie par tuer Hans.

Ondine serait l’amour absolu, et Bertha l’amour terrestre, le vil, le sale. Jusqu’à preuve du contraire, on vit sur terre, et non dans les nuées.

Ondine reste une histoire romantique sur la quête de l’amour idéal, c’est bien écrit, bien rythmé, bien fait. Comme je n’adhère pas du tout à cet idéal amoureux, au-delà du côté plaisant sur le plan littéraire, je ne peux dire que j’ai vraiment apprécié. Si tel est l’amour qu’on essaye de nous vendre dans les contes, on peut comprendre le nombre important de frustration.