
Faut-il manger les animaux ? de SAFRAN FOER Jonathan
Editions de l'Olivier (2010)
ISBN : 978-2879297095 ; 362 pages
4e de couv :
Comment traitons-nous les animaux que nous mangeons? Convoquant souvenirs d'enfance, données statistiques et arguments philosophiques, Jonathan Safran Foer interroge les croyances, les mythes familiaux et les traditions nationales avant de se lancer lui-même dans une vaste enquête. Entre une expédition clandestine dans un abattoir, une recherche sur les dangers du lisier de porc et la visite d'une ferme où l'on élève les dindes en pleine nature, J.S. Foer explore tous les degrés de l'abomination contemporaine et se penche sur les derniers vestiges d'une civilisation qui respectait encore l'animal. Choquant, drôle, inattendu, ce livre d'un des jeunes écrivains américains les plus doués de sa génération a déjà suscité passions et polémiques aux Etats-Unis et en Europe.
Né en 1977 à Washington, Jonathan Safran Foer fait des études de lettres à Princeton. En 1999, il part pour l'Ukraine afin d'y retracer la vie de son grand-père. De ce voyage naît son premier roman, Tout est illuminé, qui devient un événement littéraire international. Il publie en 2005 son deuxième roman, Extrêmement fort et incroyablement près.
Mon avis :
Pour avoir adopté le régime végétarien pendant un certain temps[1], je savais à peu près ce que je trouverai dans cet ouvrage. A peu près, mais pas à ce point.
Ce qui est très appréciable est que l'ouvrage n'est pas rédigé sur le ton du militant va-t'en-guerre haineux qu'adoptent parfois certains végétariens ou végétaliens et qui les dé-crédibilisent totalement[2]. Il n'est pas possible non plus de dire que l'auteur ne cherche pas à nous convaincre : il a une thèse, il la développe, ainsi que ses arguments, mais il s'appuie sur des faits, des études scientifiques, des enquêtes sur le terrain, des témoignages.
L'ouvrage est américain, donc les « normes » ou « labels » ne sont pas forcément transposables en Europe ou en France. Mais quelle est la signification d'un « label rouge », d'un « élevé en plein air ». Avoir un accès au plein air signifie-t-il que l'accès est effectivement utilisé ? Et comment défini-t-on le « plein air » ? Après de rapides recherches, les conditions de vie et de mort du poulet français sont moins terribles que celles des poulets américains, sur le papier, mais qui contrôle ? Même mes œufs bio semblent vidés du sens que je leur donnais : pondu par des poules ayant une belle vie de poule. Vraiment ?
Un des éléments qui transparaît dans ce livre est la chosification du vivant. On produit de la viande comme si c'était un objet, en niant le vivant, l'intelligence aux animaux, leur sensibilité. Les considérer comme inférieurs, quand ce n'est pas comme des objets, suffirait à justifier qu'ils soient mangé ? Il existe pourtant des études sur l'intelligence et l'apprentissage chez les poissons, les poulets et les porcs.
Un être plus « intelligent » que l'homme aurait donc le droit de le manger ?[3]
Je suis certes sensible à la souffrance animal, mais je le suis encore d'avantage aux arguments écologiques, qui sont amplement décrits, ainsi que les arguments sanitaires.
Pour 500gr de crevettes, 13kg d'autres animaux ont été rejeté à la mer. « Bycatch », c'est le dommage collatéral de la pêche ; les tonnes de déchets rejetés par les industries d'élevage, la pollution des sols, des nappes phréatiques ; l'élevage industriel est responsable de 40% du réchauffement planétaire.
Qu'attendre de la consommation d'animaux génétiquement manipulés, modifiés, incapables de survivre sans interventions humaines, à part des intolérances, des allergies, un affaiblissement de la constitution générale ? Que faire des risque de pandémie grippe porcine, grippe aviaire, etc. ;
On peut aussi parler des transmissions de l'E.coli, salmonelles, Campylobacters (83% de la viande de poulet, au moment de son achat... aux Etats-Unis) ?
Nous ne sommes pas aux États-Unis, mais à la lecture des ses lignes, j'aurai vraiment un autre regard sur les problèmes de sécurité alimentaire.
Plus intéressant encore est pourquoi et comment nous en sommes arrivés là : les gens veulent manger de la protéine bon marché. Il faut assurer un prix stable tout en produisant toujours plus, ce qui se fait au détriment des conditions de vie des animaux, en ne traitant pas les déchets de l'élevage mais en les rejetant dans la nature, et ce pour répondre à la demande. Ce n'est pas l'éleveur, le « méchant », il ne fait que ce qu'on lui demande, le « on » étant le consommateur. En consommant de la viande, on participe à ce système : souffrance et pollution.
Jonathan Safran Foer ne nie pas les éléments sociaux qui se créent autour de la table : la nourriture est source de convivialité, de lien social. Ne pas partager le repas de l'autre, c'est se différencier, s'exclure. Il est en plus extrêmement difficile de trouver des plats sans viande ni poisson dans les restaurant français... La nourriture est aussi porteuse de mémoire, de souvenir, de lien social, encore une fois. On se souvient du rôti de la grand-mère, des brochettes de l'été sur le barbecue familial…
Je parlais de ceci à une amie, qui m'a répondu « oh là là ! Mais qu'est-ce que tu t'emmerdes avec ça ? Moi, franchement, je préfère ne pas savoir et manger de la viande. »
Je la comprends.
Je n'approuve pas forcément.
« Nous savons en tout cas, que cette décision permettra de lutter contre la déforestation, contre le réchauffement climatique, la pollution et qu'elle permettra de préserver des réserves pétrolières, allègera le fardeau qui pèse sur l'Amérique rurale, limitera les violations des droits de l'homme, améliorera la santé publique et contribuera à éliminer le pire exemple de mauvais traitement infligés aux animaux dans l'histoire du monde. »
Le véritable problème est éthique. Certains préfèrent se voiler la face. Ce livre permet commencer à savoir et de murir un choix, quel qu'il soit.
Notes
[1] et renoncé parce que je souhaitais avoir une vie sociale et arrêter de me faire insulter lors des repas pris avec d'autres personnes
[2] Pour l'anecdote, un ami appréhendait franchement de rencontrer une de mes amies végétalienne par peur de se retrouver devant une militante enragée. L'amie végie en question vit sereinement son choix et n'a pas besoin de le hurler à la face du monde ou d'essayer de convaincre l'univers entier de faire comme elle. Maintenant, on peut aussi compter le nombre de gens qui insultent les végétariens tout simplement parce qu'il ne font « pas comme tout le monde »...
[3] Et voici « V », le retour, ou la fascination autour du vampire ou du zombie qui nous détrônerait du sommet de la « pyramide alimentaire »







