
La création des identités nationales, Europe XVIIIe – XXe siècle de THIESSE Anne-Marie
Editeur : Seuil (13 octobre 2001), Collection Points Histoire
ISBN : 978-2020414067 ; 307 pages
4e de couv :
Les identités nationales ne sont pas des faits de nature mais des constructions. La liste des éléments de base d'une identité nationale est aujourd'hui bien connue : des ancêtres fondateurs, une histoire, des héros, une langue, des monuments, des paysages et un folklore. Sa mise au point fut la grande œuvre commune menée en Europe durant les deux derniers siècles. Le militantisme patriotique et les échanges transnationaux d'idées et de savoir-faire ont créé des identités toutes spécifiques, mais similaires dans leur différence. De l'invention des épopées barbares à la conception des musées d'ethnographie, de l'élaboration des langues nationales à celle des paysages emblématiques ou des costumes typiques, cet ouvrage retrace la fabrication culturelle des nations européennes. Leurs identités sont issues d'un travail collectif et volontariste qui s'est appuyé sur les nouveaux médias de communication. Leçon de l'histoire à retenir, sans doute, pour l'Union européenne.
Anne-Marie Thiesse : Ancienne élève de l’Ecole normale supérieur, elle est directeur de recherche au CNRS.
L’indispensable table des matières :
1. Identification des Ancêtres
Révolution esthétique
Une nation, une langue
Parrainage international d'une culture nationale
Un Etat, des nations
Epopées fondamentales
Histoires nationales
2. Folklore
Recensions
La nation illustrée
3. Culture de masse
La nation comme horizon
La nation par la joie
Mon avis :
Les identités nationales européennes sont à la fois des évidences et des images très complexes à dépeindre, comme on a pu le voir dans les débats récents. Afin d’avoir les idées un peu plus claires sur le sujet, une plongée dans l’histoire des mentalités, sous influence du politique, est parfois nécessaire, instructif, voir rafraîchissant, mais toujours éclairant.
Nous avons tous en tête des clichés nationaux, hardiment construit et teinté d’un folklorisme parfois rétrograde : le bavarois en salopette de peau, avec son chapeau tyrolien, une chope de bière à la main ; l’honorable vieille bretonne dans sa robe noir et la tête armée de sa coiffe traditionnelle. Mais il est impossible de dire que les identités nationales ou régionales se réduisent à cela.
En tant que synthèse historique, cet ouvrage, quoique passionnant, est dépassionné. Il n’y a pas ici de place pour la polémique, mais pour des faits culturels, des faits de société, des actions politiques, qui sont étudiés, analysés et décortiqué, pour en retirer le fruit de la raison.
En analysant les faits culturels, j’ai eut une surprise (de quoi combler une lacune à ma culture) : le mouvement de création d’identités nationales en Europe est en grande partie une réaction à la domination de la culture classique française. Les différentes nations ont commencé à se chercher une définition en réaction à la domination culturelle d’une autre « nation ». La France emboîta aussi rapidement le pas de ce mouvement.
La nation est une pure construction idéologique. On pourrait commercialiser « la nation en kit » : il vous faut un héros mythique, une littérature ancestrale, un drapeau, un hymne, une langue, un costume folklorique. Vous pouvez vous fabriquer une histoire et délimiter un territoire « naturel ».
Le chapitre sur la construction des langues a presque été choquant à mes yeux, dans le sens où cela a bousculé beaucoup d’idées préconçues inculquées par l’éducation nationale : beaucoup de langues européennes sont des constructions contemporaines.
La « facilité » de fabrication de fausses épopées médiévales chantants les louanges de la nation a naître m’a semblé déconcertante.
J’aurai souhaité que la partie sur le rôle de l’école dans la création et la transmission du concept et de la définition de la nation soit un peu plus développée, mais cela peut aussi être l’objet d’une autre lecture.
Les nations semblent se créer « contre » ou « en réaction à » ; les civilisations pourraient-elles être un peu plus constructive ?
Cet ouvrage, sérieux tout en étant très agréable à lire, donne donc à réfléchir à une époque ou on essaye à nouveau de nous fourguer de la nation clichée, avec son lot de crispation identitaire, le tout assaisonnée d’idéologie parfois contestable. Ce livre donne des éléments pour élargir son esprit et ne pas tomber dans la simplification facile.





