Le blog de Gabriel

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03 fév. 2012

Thiesse Anne-Marie - La création des identités nationales, Europe XVIIIe – XXe siècle

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La création des identités nationales, Europe XVIIIe – XXe siècle de THIESSE Anne-Marie

Editeur : Seuil (13 octobre 2001), Collection Points Histoire

ISBN : 978-2020414067 ; 307 pages

4e de couv :

Les identités nationales ne sont pas des faits de nature mais des constructions. La liste des éléments de base d'une identité nationale est aujourd'hui bien connue : des ancêtres fondateurs, une histoire, des héros, une langue, des monuments, des paysages et un folklore. Sa mise au point fut la grande œuvre commune menée en Europe durant les deux derniers siècles. Le militantisme patriotique et les échanges transnationaux d'idées et de savoir-faire ont créé des identités toutes spécifiques, mais similaires dans leur différence. De l'invention des épopées barbares à la conception des musées d'ethnographie, de l'élaboration des langues nationales à celle des paysages emblématiques ou des costumes typiques, cet ouvrage retrace la fabrication culturelle des nations européennes. Leurs identités sont issues d'un travail collectif et volontariste qui s'est appuyé sur les nouveaux médias de communication. Leçon de l'histoire à retenir, sans doute, pour l'Union européenne.

Anne-Marie Thiesse : Ancienne élève de l’Ecole normale supérieur, elle est directeur de recherche au CNRS.

L’indispensable table des matières :

1. Identification des Ancêtres
Révolution esthétique
Une nation, une langue
Parrainage international d'une culture nationale
Un Etat, des nations
Epopées fondamentales
Histoires nationales

2. Folklore
Recensions
La nation illustrée

3. Culture de masse
La nation comme horizon
La nation par la joie

Mon avis :

Les identités nationales européennes sont à la fois des évidences et des images très complexes à dépeindre, comme on a pu le voir dans les débats récents. Afin d’avoir les idées un peu plus claires sur le sujet, une plongée dans l’histoire des mentalités, sous influence du politique, est parfois nécessaire, instructif, voir rafraîchissant, mais toujours éclairant.
Nous avons tous en tête des clichés nationaux, hardiment construit et teinté d’un folklorisme parfois rétrograde : le bavarois en salopette de peau, avec son chapeau tyrolien, une chope de bière à la main ; l’honorable vieille bretonne dans sa robe noir et la tête armée de sa coiffe traditionnelle. Mais il est impossible de dire que les identités nationales ou régionales se réduisent à cela.

En tant que synthèse historique, cet ouvrage, quoique passionnant, est dépassionné. Il n’y a pas ici de place pour la polémique, mais pour des faits culturels, des faits de société, des actions politiques, qui sont étudiés, analysés et décortiqué, pour en retirer le fruit de la raison.

En analysant les faits culturels, j’ai eut une surprise (de quoi combler une lacune à ma culture) : le mouvement de création d’identités nationales en Europe est en grande partie une réaction à la domination de la culture classique française. Les différentes nations ont commencé à se chercher une définition en réaction à la domination culturelle d’une autre « nation ». La France emboîta aussi rapidement le pas de ce mouvement.

La nation est une pure construction idéologique. On pourrait commercialiser « la nation en kit » : il vous faut un héros mythique, une littérature ancestrale, un drapeau, un hymne, une langue, un costume folklorique. Vous pouvez vous fabriquer une histoire et délimiter un territoire « naturel ».
Le chapitre sur la construction des langues a presque été choquant à mes yeux, dans le sens où cela a bousculé beaucoup d’idées préconçues inculquées par l’éducation nationale : beaucoup de langues européennes sont des constructions contemporaines.
La « facilité » de fabrication de fausses épopées médiévales chantants les louanges de la nation a naître m’a semblé déconcertante.
J’aurai souhaité que la partie sur le rôle de l’école dans la création et la transmission du concept et de la définition de la nation soit un peu plus développée, mais cela peut aussi être l’objet d’une autre lecture.

Les nations semblent se créer « contre » ou « en réaction à » ; les civilisations pourraient-elles être un peu plus constructive ?

Cet ouvrage, sérieux tout en étant très agréable à lire, donne donc à réfléchir à une époque ou on essaye à nouveau de nous fourguer de la nation clichée, avec son lot de crispation identitaire, le tout assaisonnée d’idéologie parfois contestable. Ce livre donne des éléments pour élargir son esprit et ne pas tomber dans la simplification facile.

21 déc. 2011

Thiesse Anne-Marie - Faire le Français : quelle identité nationale ?

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Faire les Français : Quelle identité nationale ? de THIESSE Anne-Marie

Stock (2010) – Collection Essais-Documents

ISBN : 978-2234064959 ; 198 pages

4e de couv :

Au cours des débats récents, l’identité nationale a été souvent associée à une vision passéiste et xénophobe de la France : nation assiégée qui serait doublement menacée par la globalisation et l’immigration. Ce livre renverse la perspective. L’identité nationale mérite qu’on s’y intéresse parce qu’elle nous parle de la modernisation qui a transformé nos sociétés depuis deux siècles, sur le plan politique et culturel.
Parler d’identité nationale, c’est comprendre pourquoi une société tournée vers le progrès, traversée par des revendications de liberté, d’égalité et de sécularisation, devant intégrer une population disparate, s’est prise de passion pour le passé. C’est découvrir comment le principe de la représentation politique a nécessité une représentation culturelle de la nation, comment il a suscité une perception esthétique et émotionnelle de son territoire. L’ère des nations, c’est le moment où naissent les usines et les monuments historiques, le corps enseignant et le tourisme, les partis politiques et les sports, la presse et le folklore. Les institutions, les conceptions, les émotions caractéristiques de l’ère nationale imprègnent encore largement notre éducation et notre mode de vie. Partant d’événements ou de débats récents, on les examine ici en leur restituant leur profondeur historique. Certes, le bilan de l’âge national n’est pas seulement positif : guerres, colonialisme, dégradation de l’environnement. Et en ce début de XXIe siècle, le progrès a cessé d’être un idéal collectif. D’ailleurs, la crise d’identité actuelle est sans doute une crise de la modernité. C’est que nation et identité nationale ne sont pas des sujets simples, réductibles à des polémiques circonstancielles. Ils invitent bien plutôt à réfléchir sur la nécessité, pour une société, d’imaginer son destin afin de le construire.

Anne-Marie Thiesse, ancienne élève de l’ENS, directrice de recherche au CNRS, est spécialiste d’histoire culturelle. Elle a publié notamment Le Roman du Quotidien, lecteurs et lectures populaires à la Belle Epoque (rééd. Seuil, coll. « Points », 2000), Ils apprenaient la France, l’exaltation des régions dans le discours patriotiques (Éditions Maison des Sciences de l’Homme), La Création des Identités nationales – Europe XVIIIe-XXe siècle (rééd. Seuil, coll. « Points histoire », 2001.)

L’indispensable table des matières :

Introduction : quelle identité nationale ?
I.L'Etat, c'est nous :
II.Identiques et par millions ?
III.Un passé pour le future
IV.Les vandales et le patrimoine français
V.L'éducation au national
VI.Une seule langue pour la nation
VII.Casquettes, coiffes et cornettes
VIII.Citoyen(ne)s
IX.Scènes et doctrines du nationalisme
X.L'espace public et l'actualité
Conclusion. Crise d'identité, crainte d'avenir.

Mon avis :

Au départ, j’ai failli perdre un ami… quand j’ai annoncé que j’avais commandé ce livre sur « l’identité nationale », parce qu’il y a comme une crispation autour du sujet. La nation est un concept, ce livre vous l'apprendra, qui naît dans toute sa substance lors de la Révolution, pour la France. Parler d'identité nationale fait parfois polémique, puisque semble très vite s'y accoler le rejet de l'autre et de la différence. D'où la crispation... qui peut rapidement devenir xénophobe.
Note : j'ai entendu l'auteur-e- parler de son livre sur France Culture, et vu sont discours, ce n'était pas un chantre du replis identitaire.

Et puis en fait, pas du tout… car pour ceux qui ont suivi de près ou de loin ce qui a pu être dit sur l'identité nationale, on saura à quel point cette notion est floue. C'est une pure construction idéologique fait pour asseoir la puissance de l'État.
La nation est ici défini comme un « corps politique détenteur de la souveraineté de communauté d'individus définie par une culture partagée ». C'est une notion politique et culturelle.

J'ai trouvé la réflexion amenée ici très intéressante, car elle parle de la construction du pays, à travers la création de la notion de patrimoine, à travers l'invention de l'éducation publique, à travers la langue ou encore la religion, à travers l'histoire commune. Anne-Marie Thiesse nous permet de toucher du doigt la construction de la France en deux siècles, pour arriver à comprendre pourquoi elle est telle qu'elle est maintenant.

Ce livre ne vous dira pas : l'identité de la nation France, c'est la poule au pot après la messe du dimanche. Parce que oui, c'est un peu ça, mais pas que. C'est la Poule au pot historique d'Henri IV, avec la culture chrétienne, mais c'est aussi ce que la colonisation nous a apporté en terme de culture et de population. Cela fait parti de notre patrimoine et de notre histoire, et donc des éléments constitutifs de la nation.

J'ai trouvé surprenant que l'école de la Troisième République soit essentiellement vu sous le biais du sauvetage des cultures locales, l'exemple du Félibrige étant bien développé. Anne-Marie Thiesse pourfends l'image du hussard noir de la République cherchant à détruire la langue de la nation celte (ou des pays de langue d'oc, tout le monde a pris).
Il est bon d'être surpris.

Je vous direz : lisez-le. Ce petit livre fait du bien aux neurones et à l'ouverture d'esprit, quelque soit ses opinions politiques.

Note : je pense prochainement lire son La Création des Identités nationales – Europe XVIIIe-XXe siècle sans parler des lecteurs et lecture populaires à la Belle-Époque... en voilà un sujet fascinant.

03 déc. 2011

Pouillon Fernand - Les pierres sauvages

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Les pierres sauvages de Fernand POUILLON

Éditions du Seuil (1964)

ISBN : 978-2020010238 ; 240 pages

4e de couv :

Ce roman se présente comme le journal du maître d'œuvre qui, au douzième siècle, édifia en Provence l'abbaye du Thoronet, exemple d'architecture cistercienne. Jour après jour, nous voyons ce moine constructeur aux prises avec la faiblesse des hommes et l'inertie des choses, harcelé par les éléments contraires et, plus encore, par ses propres contradictions. La vie d'un chantier médiéval, les problèmes techniques, financiers ou doctrinaux que posait sa bonne marche, les solutions d'une étonnante modernité qui leur furent données apparaissent ici bien peu conformes à ce Moyen Age de convention dont l'image encombre souvent nos mémoires. Cependant, cette vivante chronique de la naissance d'un chef-d'œuvre, appuyée à la fois sur des recherches historiques originales et sur une longue expérience du métier de bâtisseur, est aussi une réflexion passionnée sur les rapports du beau et du nécessaire, de l'ordre humain et de l'ordre naturel. Et elle est encore une méditation lyrique sur l'Ordre en lequel tous les ordres ont leur place, et sur cet art qui rassemble tous les autres : l'architecture. Mais elle est, d'abord, un acte de foi.

Mon avis :

Je ne saurais que conseiller à tous d'aller visiter l'abbaye du Thoronet, splendide abbaye cistercienne du Var.
Ici, c'est un an de l'histoire de sa construction qui est racontée, romancée.

J'ai trouvé que c'était trop, ou pas assez, dans une sorte d'entre deux assez inconfortable.
C'est toute la difficulté des romans historiques : il faut énormément se documenter[1] et mettre en scène le résultat de façon vivante, presque en gommant tous les efforts de documentation, pour que cela soit donc transparent. L'exercice est très difficile.

Une abbaye est atemporelle, mais hors de quelques repères chronologiques (entre les « règnes » des seigneurs et la présence d'un Templier) et des spécificités techniques (et encore), l'histoire aurait pu se dérouler à n'importe quelle période, VIIIe ou XVIe. Soit. Atemporalité.

Le journal est en lui même un anachronisme, mais on accordera la licence poétique[2]. Un journal de chantier, dérivant aussi en journal intime, est certes plus sympathique à lire qu'une chronique froide, sèche et souvent impersonnelle. Soit.

C'est sans doute juste dans ma tête, mais l'ensemble m'a paru confus. Je connais un brin le site et je n'ai pas réussi, à la lecture du roman, à remettre les bâtiments à leur place (sauf l'angle irrégulier, mais c'est bien la seule chose). Je n'ai pas retrouvé d'explications claires sur les méthodes de construction, sur le pur plan technique (tout en ayant déjà des notions de vocabulaire architectural ou une compréhension de la construction d 'un bâtiment). On comprend l'existence et la nécessité des différents ateliers, certains sont cependant plus détaillé que d'autres. L'organisation générale des bâtiment est peut compréhensible, mais c'est sans doute normal : le maître d'œuvre passe le roman à repousser le moment où il devra tracer des plans. Si le personnage lui-même n'a pas d'idée directrice, comment en donner une au lecteur ?
A la décharge de Fernand Pouillon, il a écrit son roman avant les campagnes de fouilles et de restauration de l'abbaye.

Sur la réalité de la vie monastique en générale et cistercienne en particulier, l'ensemble est assez irrégulier (ce qui est tout de même un comble, pour des moines...). La règle de vie monastique est un sujet récurent, mais la pratique n'est pas véritablement mise en scène : nous avons donc des sauts, comme si le sujet était primordial, pour tomber dans l'oubli quelques pages après.

Les passages traitant de l'affect des personnages m'ont paru mielleux, voir mièvres, avec une construction étrange du personnage principal : tantôt geignard, tantôt génial ; tantôt sympathique, tantôt hautain, tyrannique et imbuvable. Il paraît que Fernand Pouillon s'est imaginé en moine bâtisseur et que le maître d'œuvre serait une projection de lui-même... je n'ai pas connu le personnage.

Stylistiquement... je n'ai pas grand chose à en dire. Ça ne m'a pas transcendé ; l'écriture ne brille pas par sa sobriété ou ses envolées lyrique. C'est écrit ; je n'ai trouvé ça ni bon, ni mauvais.

En bref, je n'ai pas trouvé l'ouvrage très convainquant, et je le regrette. Mais je n'ai pas le monopole du bon goût.

Notes

[1] ne pas faire comme Ken Follet, donc, qui vous balance allègrement du maïs et des haricots dans l'Angleterre du 13e siècle et qui a le culot de remercier ses consultants en histoire

[2] Umberto Eco l'a prise dans son Baudolino, sans pour autant me hérisser les poils, bien au contraire

22 oct. 2011

Pendant ce temps, au monastère de La Verne (83)

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Monastère de La Verne - 83610 Collobrières
Ancienne Chartreuse du XIIe au XVIIIe siècle.

Toutes les photos sont de G. Vidal, en licence Creative Commons.

30 sept. 2011

Pendant ce temps, à l'observatoire de Nice (06)

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Ces images ont été prise durant les Journées du Patrimoine.

L'observatoire de Nice, situé sur le Mont Gros, a été construit à l'initiative du banquier et philanthrope Raphaël-Louis Bischoffsheim. Il est composé d'une succession de pavillon, accueillant bureaux, bibliothèques et instruments d'observation. Le bâtiment principal, ou "Grand Equatorial", a été construit en 1878 par Charles Garnier, sur une inspiration gréco-égyptienne indéniable.
La coupole et le mécanisme servant à la faire se mouvoir était de Gustave Eiffel, consistant à faire flotter la coupole pour pouvoir orienter l'ouverture vers la zone du ciel souhaitée (aujourd'hui, et depuis 1969, ce système a été remplacé).

Le bâtiment / le site est classé monument historique.

Les visites de l'Observatoire sont possibles, les mercredis, samedis et dimanches à 14h45. Vous trouverez plus d'information sur le site de l'OCA.

Toutes les photos (vraiment pas terribles) sont de G. Vidal, en licence Creative Commons.