Le blog de Gabriel

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15 mar. 2013

VERCORS - Les animaux dénaturés

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Les animaux dénaturés, de Vercors

Le Livre de Poche (1 mai 1975) (1ere édition : Albin Michel, 1952)

ISBN : 978-2253010234 ; 363 pages

Roman de science-fiction qui ne dit pas son nom :)

4e de couv :

En Nouvelle-Guinée, une équipe de savants auxquels s'est joint le journaliste Douglas Templemore cherche le fameux " chaînon manquant " dans l'évolution du singe à l'homme. En fait de fossile, ils trouvent une colonie, bien vivante, de quadrumanes, donc de singes. Mais a-t-on jamais vu des singes troglodytes et enterrant leurs morts ?
Tandis que les hommes de science s'interrogent sur la nature de leurs " tropis ", un homme d'affaires voit en eux une potentielle main-d’œuvre à bon marché. La seule parade aux noirs desseins du sieur Vancruysen est de prouver l'humanité des tropis. Raisonner en zoologue plutôt qu’en paléontologue ne résoit qu’à demi le problème mais offre à Doug Templemore un moyen d’obtenir la preuve nécessaire.
Ce qui l’amène à risquer sa tête pour notre plus vif divertissement et notre édification. Sous le rire de cette satire allègre se pose la grave question de ce que nous sommes, nous les " personnes humaines ", animaux dénaturés.

Mon avis :

Au cours d’une conversation avec un ami, ce dernier m’a cité « on ne naît pas homme, on le devient », ce à quoi je lui réponds « on ne naît pas femme… » et Simone de Beauvoir. Et voilà mon excellent ami qui me répond que Beauvoir aurait repris une idée de Vercors, parue dans son roman Les animaux dénaturés, sur le thème du chaînon manquant. Voici qui m’intrigue et j’ai donc emprunté ce roman dans ma médiathèque préférée.
Tout en remerciant mon ami pour m’avoir fait découvrir cet excellent petit roman, je lui signalerai juste que Le deuxième sexe est paru en 1949 et Les animaux dénaturés en 1952[1].

A la lecture de la quatrième de couverture, on pourrait s’attendre à un roman d’aventure, dans lequel de gentils humanistes luttent contre de méchants esclavagistes. Oui, et non. Disons que ce que le roman n’a pas en « romanesque » (ni courses poursuite dans la jungle ou dans la ville, pas de combat acharné à coup de pieds et de poings) il l’a en finesse et en intelligence. En effet, la majorité du roman est composé par le procès de Douglas Templemore, accusé d’avoir commis un meurtre sur son fils, hybride (ou métis ?) humain / tropis né d’une fécondation artificielle.
Que l’on se rassure, je ne vous gâche pas le plaisir de lecture : le roman commence par le « meurtre », puis quelques chapitres narrent les préquels de la situation, avant de faire le récit du procès.

Dans ce récit, il y a énormément d’intelligence. En effet, il n’est pas aisé de faire un roman sur la question « qu’est-ce que l’humain ? »[2], encore moins lorsqu’on décide de mettre la question en scène à travers un procès.
Vercors a réalisé la prouesse d’allier l’humour (influence british oblige, l’histoire se déroule en Angleterre), un style fluide et léger, des personnages colorés, et une profondeur de réflexion.
Parce que l’on parle aussi de zoologie, d’anthropologie, d’éthique, de philosophie, afin de chercher une définition de l’humain, l’enjeu étant « si les tropis sont humains, Douglas a commis un meurtre ; si les tropis ne le sont pas, il a juste euthanasié un petit animal, et les tropis peuvent être réduit en esclavage dans des filatures de coton ».

Vercors passe habilement en revue tout les éléments que l’on peut croire comme faisant l’humanité. Il y a bien évidemment la biologie, mais c’est alors que surgit le problème du chaînon manquant : où se situe-t-il ? Côté animal ou côté humain ?

Au sujet de la technique faisant l’homme (p55-56) :

Et d’ailleurs, quand bien même un cheval apprendrait à jouer du piano comme Braïlowsky, il n’en deviendrait pas un homme pour autant. Ce serait toujours un cheval.
- Mais vous ne l’enverriez pas à l’abattoir, dit Douglas.

Au sujet du langage faisant l’homme (p58) :

- Mais alors, les oiseaux parleraient ?
- Si l’on veut – mais leurs chants sont trop pauvres en modulations disctinctes pour qu’on les puisse vraiment qualifier de langage.
- Alors les cris des tropis sont-ils assez riches ? Nous tombons dans l’histoire de tas de cailloux, soupira Doug. Combien faut-il de mots ou de son distinct pour périter le nom de langage ?
- C’est bien là le hic, dit Pop.

Sur la reconnaissance de l’autre comme étant un alter-égo (p64) :

(…) si nous nous trouvions affamés, sans vivres, et sans autre gibier alentour, mangeriez-vous un tropis sans remord ?

La question se pose aussi de savoir si les métis hommes-tropis sont eux-mêmes féconds. Sont-ils des mulets stériles ou les deux espèces sont-elles vraiment compatibles, semblables, identiques.

Il y a de même une crainte sourde qui est exprimée dans le roman (écrit en 1952, par un membre de la Résistance) sur une hiérarchie des races qui renaîtrait, certains tentant de prouver une hiérarchie entre les différents membres de l’humanité. L’ambiance mentale de l’époque retranscrite par Vercors n’est pas encore à l’égalité et on sent des pointes de racisme chez certains de ses personnages.

La réponse de Vercors à la question est particulièrement intéressante (ceux qui veulent lire le roman peuvent s’arrêter ici…).
Si certains animaux sont aussi capables d’abstraction, « l’esprit métaphysique est propre à l’homme » (p149), que celui-ci s’exprime par la religion, l’art ou la science. C’est aussi le décrochement de l’homme de la nature, cette perte de ce Paradis où il ne faisait qu’un avec cette nature, qui le défini comme humain.

P195-196 :

Or, pour interroger, il faut être deux : celui qui interroge et celui qu’on interroge. Confondu avec la nature, l’animal ne peut l’interroger. Voilà, il me semble, le point que nous cherchons. L’animal fait ‘‘un’’ avec la nature. L’homme fait ‘‘deux’’. Pour passer de l’inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu ce schisme, ce divorce, il a fallu cet arrachement. N’est-ce point la frontière, justement ? Animal avant l’arrachement, homme après lui ? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes.

P208-209 :

Cela montre aussi que l’on n’est pas un homme par une sorte de droit de nature, mais au contraire qu’il faut, avant d’être reconnu comme tel par les autres homme, avoir subi, pour ainsi dire, un examen, une sorte d’initiation.

L’humanité ressemble à un club très fermé : ce que nous appelons humain n’est défini que par nous seuls. Nos règlements intérieurs ne sont valables que pour nous seuls. C’est pourquoi il était tellement nécessaire qu’une base légale fût établie, tant pour l’admission de nouveaux membres que pour l’instauration de règlements applicables à tous.

P212 :

L’humanité n’est pas un état à subir. C’est une dignité à conquérir. Dignité douloureuse. On la conquiert sans doute au prix des larmes.

Le roman ne fait pas l’impasse sur les difficultés mises en évidence par les définitions : celle-ci va exclure naturellement des éléments qui pensaient leur nature humaine acquise.
Sommes-nous humains, où n’en avons-nous juste la forme ?
On pourra alors très avantageusement lire ‘‘Dune’’ de Frank Herbert et comprendre toute la signification du test du Gom Jabbar , qui permet de reconnaître les véritables humains.

Et pour l’anecdote, c’est avec une certaine satisfaction que je m’aperçois que mes réflexions sur la nature humaine, dans le cadre de mon travail sur les zombies, rejoignent celles que d’autres ont déjà eut. Il doit y avoir un fond de vérité ou de sagesse.

Un roman distrayant, amusant, intelligent et à mettre entre toutes les mains.

Notes

[1] Oui, c’est mesquin, mais je fais « tralalère » :)

[2] et Vercors y apporte une réponse des plus intéressantes, meilleure à mes yeux que celle qui n’étaient en vérité pas donnée dans les différents ouvrages de philo que j’ai pu lire il y a peu

07 fév. 2013

WILLIS Connie - Black-Out – tome 1 Blitz

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Black-Out – tome 1 Blitz, de WILLIS Connie

Bragelonne (2012), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Joëlle WINTREBERT

Prix Locus, prix Hugo, prix Nebula (rien que ça...)

ISBN : 978-2352945949 ; 672 pages

4e de couv :

Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.
Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein cœur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…
Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler.
Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

Connie Willis a reçu sept fois le prix Nebula et onze fois le prix Hugo. Admise dans le prestigieux Science Fiction Hall of Fame, elle a été reconnue pour l'excellence de son œuvre et sa contribution au genre. Elle vit dans le Colorado avec sa famille.

Mon avis :

Je ne saurais que trop conseiller, avant l’entamer la lecture de ‘‘Black-Out’’ celle de ‘‘Sans parler du chien’’ (succulent d’humour très british) et ‘‘Le grand livre’’ (fascinant et terrifiant), afin de se familiariser avec l’écriture de Connie Willis, son idée du voyage temporel et les personnages, Mr. Dunworthy étant un personnage plus que récurent, par exemple, et cela vous éclairera sur le fait que Colin ait déjà fait un voyage temporel malgré son trop jeune âge.

Les dialogues sont menés « à la Connie Willis » : rapides, efficace, jouant beaucoup sur les sous-entendus, et sans indication régulière du locuteur. On est dans l’action, dans l’échange, il faut que ça avance, même si, c’est vrai, le lecteur peut se retrouver parfois perdu.

Dans les romans de Connie Willis, l’Histoire est un personnage à part entière. Tout semble se passer comme si l’Histoire avait une volonté propre qui lui permettait d’empêcher les modifications de son cours. Ce « système de sécurité » historique est cependant mis à mal (c’est le sujet du roman), vu que Mike se retrouve en pleine zone de divergence (Dunkerque), que Eilen / Merope trafique aussi l’histoire sans le vouloir en s’occupant peut-être trop bien d’enfants turbulents, Polly se débrouille encore peut-être le mieux.

Le récit a certes quelques longueurs (sur plus de 600 pages, on comprendra), mais rien ne m’a semblé dramatique : j’ai toujours repris ma lecture avec enthousiasme, parce que j’ai apprécié de passer du temps avec nos trois héros, parce qu’ils n’en sont pas, ou parce que justement ils le sont – les actions de Mike le prouvent, il devient la matière première de son sujet d’étude. Eilen est aussi une héroïne « du quotidien », en acceptant de s’enfermer avec une marmaille atteinte de la rougeole, en restant quatre mois de trop avec eux, parce qu’il le faut, parce qu’il n’y a personne d’autre pour le faire… Polly s’attache à ses compagnons d’abri anti-antiaérien, de ces liens si forts qui ne peuvent naître que dans une puissante expérience commune (plus ou moins traumatisante). Ce ne sont pas des historiens poussiéreux et sans cœur (catégorie que je ne connais pas, d’ailleurs), mais des êtres humains, qui vibrent au gré des évènements, qui sont transformés par leur vécu et qui ont forcément une interaction avec leur environnement, ne serait-ce qu’humain.

J’ai lu des commentaires de gens qui se plaignent que ce roman ne soit pas de la Science-Fiction. Ce n’est pas de la Science-Fiction dans le sens où on l’entend communément, sans doute : pas de robots, pas de superbe technologie décoiffante, juste le filet du voyage temporel qui n’est qu’un fantôme en arrière plan – parce que comme je l’ai dit plus haut, le personnage central, c’est l’Histoire, et non la technologie. De plus, l’histoire étant une science, même « humaine », même « molle », c’est un large sujet de réflexion et d’étude.

Ce qui m'a plu est qu'il s'agit ici de l'histoire qu'on n'apprends pas, ou du moins pas à l'école ou à l'université, à moins d'aller vraiment la chercher : l'histoire de la vie des gens. Voir cette mise en scène de la vie des londoniens sous les bombardements est fascinant, tout comme la vie à l'arrière, dans les manoirs des Lady qui font assumer l'effort de guerre par leurs bonnes. L'aspect "guerrier" nous est plus familier.

Ce qui est aussi particulièrement intéressant dans ce roman est la mise en scène d’une distinction très nette entre le savoir encyclopédique et l’expérience vécue. Les uns comme les autres partent avec un certain bagage encyclopédique, de la greffe de mémoire (la liste de tous les obus tombés, avec type d’explosif, date, heure, lieu d’impact et puissance, par exemple) ou la connaissance de l’issu des évènements, et si cela leur est parfois utile, il manque quelque chose d’important à nos historiens : l’expérience. C’est justement ce qu’ils vont acquérir au cours de leur séjour dans l’Angleterre de 1940, et c’est aussi pour cela qu’ils doivent avoir au moins 21 ans : pour avoir déjà eut une expérience de la vie et des ressources pour savoir et pouvoir s’adapter. Quelque soit votre degré d’empathie, entre vivre la guerre à travers un livre et la vivre réellement, il y a une légère nuance. Nous, nous restons bien au chaud dans notre canapé, mais nos trois compères se retrouvent, comme nous pourrions l’être, plongé dans un temps qui n’est pas le leur, déphasés, sans repères au départ. Ils ont tout à découvrir très rapidement : où exactement et quand exactement. Puis s’adapter, prendre sa place dans ce monde et survivre. Et tout ceci est terriblement humain.

Parce qu’il y a toujours une raison, dans les romans de Mme Willis, je sais que si les étudiants partent sans avoir une préparation complète, c’est parce ce que « eux » n’ont pas le temps, en 2060, alors que les équipes de récupération devraient avoir tout le temps nécessaire pour revenir les chercher. Si le programme des sauts temporels a été moult fois modifié, c’est aussi très certainement pour une excellente raison. Je laisse le soin à Connie Willis de m’éclairer sur tous ces points dans le second volume[1].
Ma théorie, à ce stade, est que l’Histoire ce sert d’eux pour réparer un paradoxe créé par un de leur collègue.

Vivement la suite.

Note

[1] Et je me permets de déplorer l’absence de l’annonce de la date de publication de ce volume sur le site de Bragelonne, mais ce sont les affres de l’édition

03 janv. 2013

BARJAM Denis - Universal War One

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Universal War One, de BARJAM Denis

Soleil Productions (2010)

ISBN : 978-2302013681

Les volumes :

tome 1 : La genèse
tome 2 : Le fruit de la connaissance
tome 3 : Caïn et Abel
tome 4 : le déluge
tome 5 : Babel
tome 6 : Le patriarche

4e de couv :

La destinée humaine, un éternel recommencement. Un jour, le Mur est apparu, insondable, coupant le système solaire en deux. Uranus a déjà disparu… ! L’escadrille Purgatory ne dispose que trois jours pour empêcher un cataclysme qui emportera le berceau de l’humanité à tout jamais. La guerre universelle vient de commencer…

Mon avis :

Universal War One nous propose une histoire de paradoxe temporel sur fond de sauvetage de ce côté de la galaxie.

Un « mur » noir opaque coupe le ciel en deux, quelque part à proximité d'Uranus, près des colonies humaines qui se disséminent dans le système solaire. Pour percer le mystère, les militaires décident d'envoyer leur escadrille spéciale « Purgatory ».

Cette escadrille Purgatory porte bien son nom, puisque tous ont des cadavres planqués dans les placards, ce qui les rends à la fois intéressant et assez attachant. La lâcheté des uns, le courage quasi-suicidaire des autres, tous ont causé la mort et sont en attente de jugement. Une vraie équipe de têtes brûlées qui n'est pas la mieux choisie, visiblement, pour devenir les sauveurs du système solaire. On pourra simplement regretter que les personnages soient un brin cliché, tant dans les traits de caractère que dans ceux des silhouettes.

La réécriture de la Bible en introduction aux principaux chapitres est intéressante, créé une ambiance très particulière où se côtoient Genèse dans le texte et Apocalypse dans les images. Outre cela, ces incises servent parfaitement le déroulement de l'intrigue.

Il est difficile de parler de l'histoire de paradoxe temporel sans déflorer le cœur du récit. Je ne le ferais donc pas, et me contenterai de dire que la compréhension de certains passages sont on ne peut plus ardus. Tout l'art du scénariste est alors de « résoudre » les problèmes de paradoxe avant qu'ils n'apparaissent, ce qui est plutôt bien réalisé au fil des épisodes.

La fin est assez étonnante, quoi que dans la lignée de ce qu'il s'est présenté dans tous les épisodes : une parabole biblique. Elle est simplement terriblement capillo-tractée (une apparition de Superman aurait été du même effet). La boucle est bouclée, tout à fait logiquement, mais le prix de l'entourloupe scénaristique est assez élevé : certains lecteurs (dont moi) sont laissé sur le bord du chemin.

27 déc. 2012

HELIOT Johan - La Lune seule le sait

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La Lune seule le sait de Johan HELIOT

Folio SF / Mnémos (2007) Prix Rosny-Aîné 2001 du meilleur roman de science-fiction francophone

ISBN : 978-2070421909 ; 365 pages

4e de couv :

Printemps 1889. Un vaisseau hybride de chair et de métal fait irruption dans le ciel de Paris, stupéfiant la foule venue célébrer la clôture de l'Exposition universelle. L'humanité entre en contact avec les extraterrestres Ishkiss et découvre une technologie qui surpasse ses rêves les plus fous. Dix ans plus tard, l'Europe s'est transformée grâce à l'alliance rendue possible entre la vie et le métal. Pourtant, la révolte gronde, menée par les artistes et les écrivains exilés en Amérique. La science fabuleuse apportée par les créatures d'outre-espace est devenue un instrument d'oppression entre les mains de l'Empereur français. Les droits des peuples sont bafoués, les opposants déportés grâce à la nef ishkiss vers le nouveau bagne que Louis Napoléon vient d'inaugurer dans les entrailles de la Lune. Quels sont les véritables desseins des alliés du maître de l'Empire ? La réponse offre la clé de l'éternité. Un seul homme sur Terre est peut-être capable de l'entrevoir : celui dont les rêves à présent dépassés ont à longueur de pages fasciné ses semblables...

Mon avis :

Tout commence par un bon Steampunk des familles, soit l’alliance d’une technologie humaine au look Belle Epoque avec de la technologie extra-humaine (i.e. extraterrestre, on l’aura compris), le tout sur une terre uchronique où Sedan n’est pas une défaite de l’empire français mais une victoire.

Viennent ensuite les personnages et les problèmes commencent à se poser. En uchronie, j’apprécie les références à des personnages historiques, une apparition fugace, mais pas que des personnages historiques archi-connus soit les acteurs principaux. C’est une question de goût, certes, mais ça m’a fortement déplu.

Rapidement vient l’ennui. Je n’arrive pas à m’attacher à Jules (dont les romans n’ont jamais su attirer mes faveurs, ce qui ne m’aide pas), j’ai guetté la révélation de l’identité de Babiroussa pendant tout le roman avec un certain agacement[1] et rien n’est venu confirmer ou infirmer mon intuition, Louise Michel en sainte hiératique n’a pas su me séduire. Idéologiquement, la présentation des thèses socialistes m’a semblé sans saveur ; le bagne lunaire manque de cachet (alors que c’est le bagne, il y en aurait des choses à dire ! sur la lune en plus ! mais ça pourrait être génial !). Les Ishkiss me semblent être des crétins qui se sont arrêté à l’empire français. Je n’ai toujours pas compris pourquoi : les Anglais me semblent plus industrieux à cette époque.

Sur le plan stylistique, il m’a semblé que l’écriture était « bien », ce genre de « bien » sur lequel on n’a rien à dire. Quelques envolées lyriques tombent de temps en temps comme un cheveu sur la soupe : rester dans une agréable simplicité eut sans doute été préférable. La fin m’a laissée sur ma faim.

Ca se lit. Je m’attendais à autre chose. C’est étrange : je me sens coupable de ne pas aimer et ça me rends triste.

Note

[1] des exilés à Guernesey qui ont une douce amie prénommée Juliette, il n’y en a pas 2 000, et il s’appelle Victor

22 oct. 2012

BOULET - Notes t.7 - Formicapunk

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Notes 7 – Formicapunk de BOULET
Delcourt (2012) – Shampooing
ISBN : 978-2-7560-3130-9 ; 190 pages

4e de couv :

Les notes du blog de Boulet, parues de juillet 2010 à juillet 2011, en format moins éphémère que sur un écran d'ordinateur.

Depuis 2004, bouletcorp.com s'est efforcé de porter un regard neuf sur la société, en abordant des thèmes aussi divers que l'informatique, le rock'n'roll, le kebab, la musique de rue, le sexe et Mireille Mathieu.

Mon avis :

La parution d'un nouveau tome de « Notes » du sire Boulet est toujours, à mon sens, un événement majeur de la vie culturelle française. (Et je fais toujours court, parce que Boulet n'a toujours pas besoin de pub).

J'ai ris bêtement dans mon lit en regardant un monstre gardien de Donjon lire « Polina » p136.

Je crois qu'on est un certain nombre de trentenaire, qui ont fait du JdR, qui aiment le méd. Fan. Et la SF, et qui arrive à artistement mélanger tout cela avec les affres du quotidiens, quelques réflexions sur la science ou des questionnements existentiels (sur l'accumulation d'objets, au hasard). En cela, le terme de Formicapunk est admirablement bien trouvé.

Et pour conclure : Gloire à « La bête en moi » (p38 à 41).

(Je crois que Boulet avait annoncé que le tome 6 serait le dernier. C'était peut-être en fait le 7. Sans doute avant le prochain).

25 août 2012

CANAL Richard - La malédication de l'éphémère

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La malédiction de l'éphémère de Richard Canal
J'ai lu, SF, 1995

ISBN : 978-2277239086 ; 251 pages

4e de couv :

Et si Dieu jouait aux dés ? Dans son casino le monde ne serait que hasard... Quelque part dans un espace virtuel, le Domaine, ils sont cinq à jouer. Ils animent des personnages, en créent, les regardent vivre et mourir. Quand on est immortel, il faut bien tuer l'ennui... Le monde tel qu'ils l'ont tiré au sort n'est que désolation. Des villes à l'image de Brookstadt, qui puisent leur énergie dans des sources et tombent en poussière lorsque celles-ci tarissent. Partout ailleurs des mines fabriquées par les villes pour s'entre-déchirer... Mais dans l'enfer du Jeu, un jour, bizarrement tout se dérègle. A Brookstadt, un homme, Anton, un enfant noir blanc et un clown échappent soudain à la furie des mines. Les joueurs sont dépassés... Qu'arrive-t-il quand les créatures pénètrent les secrets des Dieux ?

Mon avis :

Ce livre fourmille d'idées intéressantes, qui dans le détail ne tiennent pas vraiment la route. Des mines qui courent sous la terre, les objets qui se délitent victimes de l'entropie, des extraterrestres qui vous apportent ce dont vous avez besoin. Il y en a trop, en fait.
Et puis nous sommes tout de même dans un univers où les gens n'ont jamais besoin de manger, et où vraisemblablement rien ne devrait pousser.

Le problème est qu'on s'en fiche un peu, du jeu de ces odieux personnages dans leur tour d'ivoire, de ce Régent qui n'a rien d'héroïque On n'arrive pas à s'attacher aux personnages, ni Anton, ni le clown, ni Uran, ni personne. L'enfant noir et blanc arrive dans le dernière tiers du roman, d'on ne sait où, on ne sait pas pourquoi, même si finalement, assez rapidement, on comprends pourquoi.

Tout se déroule, du début à la fin, sans heurt, sans choc, sans suspense.

Je n'ai pas bien compris l'intérêt de cette histoire de jeu. C'est assez complexe, au moins en apparence, et sans aucun lien avec l'intrigue principale. Cela pourrait constituer des intrigues de deux romans.

Bref, c'est sans heurt.

Ah oui, et puis c'est de la science-fiction.

30 juil. 2012

CANAL Richard - La malédiction de l'éphémère

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La malédiction de l'éphémère de Richard Canal
J'ai lu, SF, 1996

ISBN : 978-2277241560 ; 249 pages

4e de couv :

Paris Red, Tokyo Gold... Ce pourrait être un jeu sur Internet, un super monopoly virtuel. C'est l'Enfer Z ! Les métropoles bombardées par les extraterrestres ne sont plus que champs de ruines et cratère. Avec un pic, le Gold, zone d'impact des bombes Z ; des quartiers moins irradiés, le Red ; et un no man's land, le Black, antichambre de l'Enfer.
Pourquoi s'acharner à franchir tous ces cercles ? Jack Slinger encaisse à chaque fois des radiations qui le conduisent à la folie. Mais il a là tout un cheptel d'esclaves, artistes en puissance, mutants qui traduisent dans leurs œuvres l'horreur de la condition humaine, la malédiction de l'éphémère...
S'il n'est pas un vampire culturel, Jack a besoin d'argent. Le système fonctionne bien jusqu'au jour où les damnés de la zone Z déclenchent à leur tour l'apocalypse...

Mon avis :

Tout d'abord, je regrette beaucoup que la quatrième de couverture ne rende pas justice au contenu du roman. Vu comme ça, on a l'impression d'être en face d'un roman très bizarre (ce qui est vrai) avec des extraterrestres et des cités en ruines.

C'est un Mad Max en banlieue toulousaine. Pas vraiment Akira, franchement pas urbain. C'est plein de poussières et d'expédition dans un no-man's land contaminé où arrivent encore à vivoter des gens, des rebus malade, dévorés par les radiations. Et ils créent, s'exprime et collent leurs créations sur des toiles, dans l'argile.

Ils se choisissent des noms anglophone pour oublier leurs vies antérieures, d'avant les radiations, quand la vie était heureuse, ou presque. Elle ne l'était pas, mais comparée au présent, elle paraît formidable.

Sous des aspects poussiéreux et radioactif, il est question d'art. Du début à la fin, au milieu de la crasse et du cambouis, Jack part à la recherches d'œuvres qu'il échange contre du matériel et des médicaments, récupère des œuvres qu'il revendra. De l'autre côté du marché de l'art, on s'interroge sur ces nouveaux artistes aux créations flamboyantes qui apparaissent.

L'histoire est cousue de fil blanc[1], mais elle est intéressante, avec quelques éléments qui lui donnent de la profondeur. L'ensemble est plutôt bien agencé, si on joue le jeu et on décide de se laisser porter par l'écriture.

Note

[1] Si vous n'avez pas déjà compris, je ne peux rien pour vous...

30 juin 2012

HEINLEIN Robert A. - Etoiles, garde-à-vous

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Etoiles, gardes-à-vous de Robert A. HEINLEIN
Titre original : Starship troopers
Traduit de l'américain par Michel DEMUTH
J'ai lu, 1974

ISBN : 978-2290332238 ; 314 pages

4e de couv :

Après la grande guerre atomique de la fin du XXe siècle, le monde ne fut plus que chaos et désordre. Pour éliminer les hordes barbares qui s'étaient formées, les survivants durent remettre leur sort entre les mains de l'armée. Un siècle plus tard la civilisation, arrivée à l'âge des étoiles, reste dirigée par les militaires. Ainsi, c'était en portant les armes, en payant l'impôt de la sueur et du sang, que l'homme du XXIe siècle devait acquérir le droit d'être citoyen. Dans cet univers, Juan Rico s'engage le jour de ses dix-huit ans dans l'infanterie spatiale. Il ne sait pas quel sort terrible attend les fantassins qui, sur les mondes lointains, vont devoir affronter les armées arachnides. En s'engageant, il a voulu devenir un homme, mais un soldat des étoiles est-il encore humain ?

Mon avis :

Il est difficile de ne pas comparer le roman à l'adaptation cinématographiques qui en a été faite par Paul Verhoeven (1997) et qui reste selon moi un grand film (je n'ai pas vu les adaptation de 2004 ni de 2012, et ne veux pas les voir).

Je m'attendais à un pamphlet pro-militariste assez dur... et pas du tout. Je m'attendais a une histoire très « genrée » ; elle ne s'est pas révélée l'être autant que cela, ou du moins pas dans une optique ultra-machiste. Par exemple, les femmes sont les seules à pouvoir être pilote car elles auraient un esprit d'analyse des situations et de meilleurs réflexes que les hommes, et chaque microseconde peut compter lors d'un combat. On frôlerait le déterminisme génétique, mais à petite dose et pour un roman de la fin des années 1950, l'image de la « condition de la femme » dans ce roman serait plutôt un signe de progrès. D'un autre côté, le professeur Dubois fait aussi l'apologie des châtiments corporels pour les enfants.
C'est peut-être ce qui est le plus dangereux : l'idéologie enseignée par la Fédération, sa morale, son fonctionnement même, sont justifiés point par point par un raisonnement qui laisse peu de place à l'humanité. Ou alors, nous n'avions pas la même conception de l'humanité. Le lecteur arrive à rentrer dans ce système de pensée, à être d'accord avec certaines assertions assez tranchées si ce n'est cruelles, et en fin de compte, on fini par accepter un « package idéologique » assez rude.

Je craignais que les récits de batailles et autres incursions dans la vie militaire seraient des plus ennuyeuses : l'ensemble est au contraire très fluide et se lit tout seul.

« L'armée ne peut plus se permettre d'accepter les imbéciles. »

Ce que je reprocher au roman, c'est l'absence d'histoire. Le roman se termine alors qu'il pourrait encore continuer pendant 300 pages, sur le même mode, avec des batailles, des retours sur la planète d'entrainement, des nouveaux départs, des nouveaux équipements, etc.

Le traducteur a fait des choix qui sont parfois contestables, je trouve, par exemple ce « SkyMarshal » traduit par « Amiral en chef des Étoiles » qui n'est pas du meilleur effet.

Plus d'un mois après sa lecture, qu'est-ce qu'il reste des aventures de Johnny Rico dans le monde merveilleux de la chasse aux Punaises dans son armure bionique ? L'impression d'avoir lu un bon livre, dont il me resterait encore à dépiauter tous les passages qui traitent de l'idéologie véhiculée par la Fédération. Pour ce qui est de la narration générale, le film me paraît plus réussit.

09 sept. 2011

Houellebecq Michel - La possibilité d'une île

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La possibilité d'une île de Michel HOUELLEBECQ

Éditions Fayard (2005) - Le livre de poche (2010)

ISBN : 978-2-253-11552-6 ; 474 pages

Prix Interallié 2005

4e de couv :

Qui parmi vous, mérite la vie éternelle ?

L'histoire :

Loin dans le futur, les clones Daniel24 puis Daniel25, lisent le récit de vie de Daniel1 et le commentent. Le clonage est en effet possible suites aux recherches menées par la secte / religion des Elohimites.

Mon avis :

(Les numéros des pages données font référence à l'édition de poche)

La réponse à la question posée par la 4e de couverture, la réponse pourrait être : certainement pas le narrateur de cette histoire...

J'arrive à la fin de mon défi de littérature :
Marc Lévy était simple, léger, détendant, un peu bêbette, mais vite lu.
Guillaume Musso était pénible, dilué, pas très intelligent., avec une fin plus que bancale.
Houellebecq est complètement vain et dépressif.

Au départ, j'étais plutôt enthousiaste, car il faut bien reconnaître que l'écriture est soignée et que le récit est intellectuellement stimulant (cette sensation n'est cependant pas arrivé pas à survivre à la page 250, cependant). Je ne souhaitais pas lire du Houellebecq en raison du foin médiatique très polémique qui flotte autour de cet auteur. J'ai en effet une méfiance naturelle envers le buzz, les couvertures de magazines, et les « sujets du moment ».
Il a quand même fallu que je lise 'La possibilité d'une île'', offerte par mon ami C., le seul et unique responsable de tout cela.

Ce roman agit dans un premier temps comme un poil à gratter, puisque le héros-narrateur, Daniel, est un « comique » parfaitement iconoclaste, agissant contre tout ce qui pourrait être de près ou de loin bien pensant.
Le narrateur serait un mélange entre Guillon, Dieudonné et Zemmour. Il passe de très longues pages à se rouler dans sa propre médiocrité en s'amusant de celle des autres. Il s'affiche clairement puant, insupportable, inhumain et égocentrique, tout en reprochant cela aux autres.
Il est raciste, sexiste, et fait son beurre avec le sexe et la violence. Cet aspect est tout de même gommé passé la page 200, pour donner un tour un peu plus humain au narrateur souffrant. Un personnage aussi politiquement incorrect fait de toute façon vendre, puisque le lecteur pourra à loisirs réfléchir sur ses tendances « politiquement correcte » et les remettre en cause s'il le souhaite, et décider de devenir lui aussi un salaud décomplexé et sans empathie.
Ce procédé est aussi vendeur, et l'auteur ne s'en cache pas. Je pense avoir discerné un aveux dans, page 155 :

« En quelques minutes je passai en revue l'ensemble de ma carrière, cinématographique surtout. Racisme, pédophilie, cannibalisme, parricide, actes de torture et de barbarie : en moins d'une décennie, j'avais écrémé la quasi-totalité des créneaux porteurs. »

Donc, ce n'est pas qu'on y croit, c'est juste que le sexe, la violence et la méchanceté, ça fait vendre du papier.

Le début du roman est truffé de références au monde de la télévision et du show-business qui seront définitivement périmées dans 5 ans. On peut déjà déceler une tendance au « name droping » que j'ai trouvé particulièrement agaçante.

Le côté science-fiction, parce que c'est de la science-fiction[1] est assez décevant. On vous dira : c'est une histoire de clone. Certes, et qui n'est pas très original et qu'elle rappelle à bien des égard Demain les chiens, de Clifford D. Simak[2]. Les passages relatant la vie des clones sont très concis, permettent trop rarement d'apporter un éclairage nouveau sur le récit de Daniel1. Je cherche d'ailleurs vainement la réflexion qu'il pourrait y avoir autour du clonage. Les questions éthiques, philosophiques, techniques, scientifiques sont évacuées et en rien abordées. La survie des clones est tout simplement une aberration : si l'aspect « alimentaire » est expliqué, il n'en est rien sur l'entretien des cellules de vie, sur les moyens de communication, sur la création de nouveaux clones et comment ceux-ci sont transportés sur leur lieu d'ennui. En un mot, cela ne tient pas debout, et d'ailleurs, les récits des clones ne sont que des prétextes pour nous faire lire le « récit de vie » de Daniel1. Comment les clones arrivent-ils d'ailleurs à acquérir le langage, qui est une fonction éminemment sociale ?
La vie des clones est d'un ennui insondable : ils ne mangent plus, n'ont plus de contact humain physique, à peine un contact par écran interposé, et le seul but de leur existence est de lire le récit de vie de leur modèle originel. Je trouve hallucinant qu'il n'y ait pas eut plus de suicide de clone, et qu'il faille attendre un Daniel25 pour qu'il y ait un soupçon de rébellion et une volonté, même primaire, de vivre des expériences qui appartiennent à l'individu et non de revivre par procuration une existence pathétique. A quoi sert une vie sans joie et sans contact humain ?
Le clonage n'est pas l'immortalité. La lecture du récit de vie ne fait pas du lecteur le double du narrateur, sa copie, sa personnalité, une continuation de son existence. La thèse est parfaitement bancale.
On s'en fiche un peu, car cette construction SF n'est là que pour livrer aux lecteurs moultes réflexions sur le monde contemporain et ses sociétés occidentales décadentes.

Ce dont le roman doit traiter le plus, c'est sans doute de sexe.
Les femmes y sont réduites à leur corps et à leur sexualité : Isabelle perd toute raison de vivre avec la perte de sa jeunesse, Esther n'est qu'un jeune sexe sur patte.
Le point de vue masculin adopté fait que la sexualité, surtout en ce qui concerne sa pratique par les femmes ou par description du corps de la femme, est enlaidi, sali, avili.
Il n'est jamais question que de plaisir masculin, de toute façon, d'un « amour » égoïste, et d'une certaine complaisance dans les descriptions d'actes sexuels plus ou moins exotiques, toujours d'une très grande vulgarité, toujours méprisant pour les femmes. L'impression qu'il m'en reste est d'avoir perdu mon temps à lire des fantasmes sexuels exhibitionnistes et malsain, très consommateur, très capitaliste. Et tout est fait pour que le lecteur, qu'il ait une vie de couple épanouie ou non, se sentent vivre dans la plus grande misère sexuelle.

La critique sociale est axée sur tout les éléments « politiquement incorrect » dans l'air du temps, et se caractérise par ses aspects non seulement destructeurs, mais aussi anti-constructifs, se roulant avec complaisance dans la laideur et la vanité du monde, et ne servant au final qu'à semer la dépression sur son passage. Ce livre a pollué mon humeur pendant les jours où je l'ai lu.

Sur le plan de l'écriture, nous avons droit à un style parlé travaillé avec une certaine élégance, ou du moins, avec quelques moments de grâce, qui disparaissent malheureusement à mi-parcours, moment où l'ennui commence à s'installer.
Page 154 :

« Je suppose que les révolutionnaires sont ceux qui sont capables d'assumer la brutalité du monde, et de lui répondre avec une brutalité accrue. »

Page 160 :

« Ma carrière n'avait pas été un échec, commercialement tout du moins : si l'on agresse le monde avec une violence suffisante, il finit par le cracher, son sale fric ; mais jamais, jamais il ne nous redonne la joie. »

Au départ, je ne pouvais que reconnaitre le talent de l'auteur et les qualités de son écriture. Vers la page 250, j'ai cependant commencé à m'ennuyer. Il n'y avait là aucun traitement intéressant des sujets comme la quête de l'immortalité, le clonage, les relations hommes-femmes (qui restent uniquement axées sur le plan sexuel), et même la description de la secte m'a parue poussive, sans aucune originalité ni réflexion. Celle-ci, d'ailleurs, arrive à point nommé quand le récit de la vie de Daniel1 s'essouffle passablement, comme si l'auteur s'apercevait soudain qu'il allait devoir raccrocher son intrigue avec une histoire de clonage et d'immortalité.

L'ouvrage est truffé de références à Nietzsche, Baudelaire, Schopenhauer ou autres allusions artistico-médiatiques qui apportent au final peu de choses, si ce n'est à flatter le lectorat visé (plutôt cultivé, prompt à se prendre la tête sur de faux problèmes peudo-existentiels) et à complexer le lecteur qui ne les saisira pas. Ceci dit, il n'y a rien de particulier à comprendre à travers les références données : tous est dans le roman. Il n'y a pas de quoi nourrir un quelconque complexe. Ce livre est donc parfaitement accessible au grand public, avec un style qui joue uniquement sur la provocation.
Le public visé n'est clairement pas le même que celui de Lévy ou Musso, qui sont de l'entertainment pur et très facile d'accès. La possibilité d'une île vise un lectorat cultivé, un peu snob, un peu bourgeois, qui entretient l'entre-soi culturel, et qui ne se sent vivre que dans la prise de ses antidépresseur.

Pour finir, j'ai cru déceler un peu de plagiat dans cet ouvrage, avec, pages 389-390 la rescription d'une publicité qui est clairement celle d'une publicité suédoise (il me semble) pour Durex, vue dans l'émission Culture Pub.

Au final, j'ai trouvé ce livre assez fade, très vain, un peu écœurant et passablement déprimant. Et je sais maintenant pourquoi je ne lirais pas d'autres romans de Michel Houellebecq.

Notes

[1] il est question de société du futur et de clonage, tout de même

[2] Un très bon recueil de nouvelles constituant un roman que je ne saurais que vous conseiller

05 sept. 2011

Les livres que je n'ai pas encore fini

J'ai essayé de lire deux livres pendant mes vacances.

Le premier était un ouvrage de philosophie, intitulé Mon zombie et moi, la philosophie comme fiction de Pierre CASSOU-NOGUES. Le livre, très alléchant, m'est pourtant tombé des mains à cause d'une prémices de la réflexion selon laquelle on peut séparer l'âme / l'esprit du corps, ce qui me parait absurde, tant philosophiquement que scientifiquement. Et tant pis pour Descartes. Voir Chauvier Stéphane - Qu'est-ce qu'une personne ?. Je pense que je reprendrai cet ouvrage, mais pas tout de suite, éventuellement en sautant la fin du chapitre sur lequel je cale, parce que quand je feuillette l'ouvrage, j'ai toujours cette furieuse envie de le lire. Chaque livre a son moment, celui-ci doit sans doute murir un peu (à moins que ce ne soit moi ? :) )

Le second ouvrage que j'ai tenté de lire est Lohar de Loïc Henry, aux très excellentes éditions Griffe d'Encre. Dans ma grande faiblesse, je n'ai pas encore pu aller plus loin que le chapitre 1. J'ai eu du mal avec :

La Lune de Loar, célèbre dans les les royaumes pour sa clarté et ses dimensions, se jouait de l'onde, reflet d'or dans l'eau vive.

Au bout du premier chapitre, je peux dire "Ça ressemble un peu à Dune" et "ça ressemble un peu à Star Wars", ce qui est parfait : ce roman relève du genre du Space Opera. Là encore, je pense que le temps n'est pas encore venu pour moi de lire ce livre. J'y reviendrais, plus tard, bientôt. Parce que, malgré tout, j'ai un bon pressentiment avec ce livre.

Actuellement, je suis dans la lecture de La possibilité d'une île, de Michel Houellebecq, et il faut bien avouer que ce n'est pas mal du tout (à mon grand désespoir, peut-être) si on arrive à s'extirper du "je" = narrateur (ce qui est absurde), et des petites horreurs polémistes à dessein. Et ne le dites pas à son éditeur (il risquerait d'y avoir une chute des ventes), mais ce livre, c'est de la science-fiction. Absolument et totalement. Cette lecture est faite dans le cadre du défi de littérature, pour lequel j'ai déjà lu un roman de Marc Lévy et un autre de Guillaume Musso. Cette lecture est cependant bien moins douloureuse que les bluettes précédentes.

11 juil. 2011

Dick Philip K. - Radio libre Albemuth

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Radio libre Albemuth La trilogie divine de Philip K. DICK

Édition originale (1985). Éditions Denoël Gallimard (1987 / 2006) collection Folio SF

Traduit de l'américain par Emmanuel JOUANNE

ISBN : 978-2-07-030951-7 ; 379 pages

4e de couv :

Dans une Amérique où le Mal a triomphé et quadrillée par les milices de Ferris E. Fremont, que faire lorsque, comme Nicholas Brady, ami intime de Philip K. Dick, on reçoit des messages dans son sommeil, et que ces messages en provenance de Dieu - ou des extraterrestres - vous conseillent d'entrer dans la Résistance ? Dénoncer ses amis ? Se livrer aux Amis du Peuple Américain ? Utiliser la maison de disques dans laquelle on travaille pour propager la subversion sous forme de messages subliminaux ? Obéir aveuglément à SIVA au risque de perdre la raison ?

Un roman posthume antérieur à la fameuse trilogie divine qu'il éclaire et nuance. Un texte brut et brutal qui est aussi un document sur le Dick des dernières années.

Mélange de science-fiction spéculative, de récit autobiographique, de questionnement métaphysique et de délires schizophréniques, La trilogie divine, qui compte parmi les plus déroutants romans de Dick, est sans doute l'œuvre qui a fait de lui un auteur culte.

Mon avis :

Et voici que la boucle se referme sur elle-même, donnant aux trois autres romans de la Trilogie Divine une très grande cohérence.

La préface d'Emmanuel Jouanne est proprement hallucinante : ce roman, écrit en 12 jours, a été refusé par l'éditeur de Philip K. Dick, offert à Tim Powers, pour ressortir des placards, à titre posthume.

Toute la Trilogie est concentrée dans ce volume. Je comprends maintenant un peu mieux comment La transmigration de Timothy Archer se raccroche aux deux précédents romans, ce que symbolise Berckley et où prends racine à la fois les recherches mystique de Timothy Archer tout comme l'exégèse d'Horselover Fat.

Ces romans sont tout de même un petit peu dingue, et je crois que j'aurais besoin de relire l'ensemble pour comprendre exactement le pourquoi du comment de « l'Empire n'a jamais pris fin » (ce qui reste assez confus). Deux éléments semblent se frotter l'un à l'autre, sans trop se mélanger, ou sans permettre de comprendre comment ils s'imbriquent : nous avons d'une part le dieu malade qui s'est dédoublé, qui ne demande qu'à être soigné, de l'autre côté l'exégèse, la recherche de ce que fut réellement le christianisme primitif, d'où venaient ses croyances, quelles espérances où quelle mystique se développait autour des rites, quelle recherche de l'immortalité.

Je ne comprends simplement pas d'où vient le mal incarné par un animal à la fin de l'invasion divine ou par Fremo(u)nt dans SIVA ou Radio libre Albemuth. Que ce soit une entité extraterrestre ou des humains malades, on se saura jamais comment les différents brins de cette trame peuvent définitivement trouver une place. La Trilogie Divine permet sans doute essentiellement d'observer une idée de plusieurs points de vue, de tourner autour avec des histoires successives qui se recoupent tout en étant différentes. C'est le processus créatif de Philip K. Dick que nous pouvons observer à travers ces quatre romans, ajouté aux petits morceaux de biographies transformées, romancées, de l'auteur. C'est totalement déjanté, mais particulièrement intéressant.

Post scriptum : Je pense que ce que je retiendrai de ce livre, en dehors de toute connexion avec les autres de la trilogie divine, c'est cette ambiance de paranoïa profonde et de surveillance mutuelle et permanente. FFF est une sorte de Nixon mélangé à MacCarthy, certes, mais il est impressionnant de voir à quel point les individus peuvent être recruté pour devenir malgré eux des agents de surveillance du pouvoir en place. Une machine infernale se mets en place autour d'eux pour piéger les individus qui ne posent pas de bombes, mais ne font que penser (ou vivre des expériences mystiques). Et la machine fini évidemment par les broyer. A bien des égards, il y a des analogies avec un autre roman de Dick, Substance Mort.
Je me demandais aussi s'il était possible d'écrire un roman sur la surveillance généralisée, le soupçon permanent, la constitution de fichier de personne "sensible" ou "à problème", de dossier entiers, d'une bibliothèque de dossiers prouvant la traque de certains individu qui seront broyés, pour l'exemple. A l'heure actuelle, se sera d'ailleurs plutôt une gigantesque base de données, en lieu et place de dossiers papiers. Je trouverai intéressant, dans un roman, de lire comment l'on peut pousser une personne à la faute, pour qu'il finisse par s'accuser lui-même. C'est très stalinien comme procédé, non ?

30 juin 2011

Dick Philip K. - La transmigration de Timothy Archer

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La transmigration de Timothy Archer La trilogie divine de Philip K. DICK

Édition originale (1982). Éditions Denoël Gallimard (1983 / 2006) collection Folio SF

Traduit de l'américain par Alain DOREMIEUX

ISBN : 978-2-07-030954-2 ; 367 pages

4e de couv :

II y a des jours où le karma vous tombe dessus. C'est ce que se dit Angel Archer, la narratrice, alors qu'elle assiste à un séminaire sur le soufisme le jour même où John Lennon vient de se faire assassiner. Désormais, elle croit savoir pourquoi nous sommes sur terre. - " C'est pour découvrir que ce que vous aimez vous sera enlevé, sans doute à cause d'une erreur en haut lieu plutôt qu'à titre délibéré. " Déjà, le soir où elle lisait « La Divine Comédie » tout en se saoulant au bourbon pour cause de rage de dents, elle avait compris que la douleur ouvre la voie de la connaissance. Elle avait traversé les apparences. Comme les a traversées Timothy Archer le jour où il s'est demandé si Jésus n'était pas un simple trafiquant de drogue... Mélange de science-fiction spéculative, de récit autobiographique, de questionnement métaphysique et de délires schizophréniques, La trilogie divine, qui compte parmi les plus déroutants romans de Dick, est sans doute l'œuvre qui a fait de lui un auteur culte.

Mon avis :

Ce qui est bien avec Dick, c'est que très régulièrement, en lisant ses œuvres, on peut dire « et bien... je ne m'attendais pas du tout à ça ». Il est aussi, encore plus que pour des nouvelles, très difficile de faire part de tout l'intérêt du roman, sans dévoiler l'intrigue (ou la non intrigue, car ici encore, il ne se passe pas grand chose).

Après SIVA et L'invasion divine, le troisième volet de la trilogie divine n'est pas du tout de la science-fiction, ou si peu. L'élément fantastique du roman qui lui donne son nom peut être réduit à l'expression d'une psychose.

Ce roman est le récit par Angel Archer des péripéties psychologiques à travers lesquelles sont passés ses proches. Tim Archer, l'évêque de Californie, Angel étant sa belle-fille, se passionne pour les manuscrits de Qumran[1] (ou manuscrits de la Mer Morte) dont la traduction porterait à montrer que Jésus ne serait en rien un messie, mais un professeur enseignant des leçons vieilles de plus de 200 ans. Autour de ce trop grand personnage se battent les égoïsmes du fils Jeff et de sa maîtresse Kirsten (oui, tout cela n'est pas toujours parfaitement conforme au dogme).

Il n'y a ici ni rayon rose, ni schizophrène, ni incarnation de dieu, mais un lien éventuellement possible entre un christianisme qui ne serait pas celui ce l'on croit et le bouddhisme. Les personnages semblent en effet devenir des apprentis en quête de vérité, ou d'une illumination.

Bon, mon avis reste que ce livre est très « bizarre ». Je l'ai apprécié, mais qu'est-ce qu'il est bizarre.

Notes

[1] prononcer kum-ran

28 juin 2011

La Guerre - Anthologie présentée par Yael ASSIA & Merlin JACQUET

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La guerre anthologie présentée par Yael ASSIA & Merlin JACQUET

Éditions Hydromel (2011)

ISBN : 978-2-742-78967-2 ; 140 pages.

Et une magnifique illustration de couverture de Simon Goinard Phelipot

4e de couv :

La guerre, c’est l’opéra grotesque d’un crime à grande échelle ; une forme fondamentale de la nature humaine, le théâtre atavique de la discorde. La guerre, c’est l’abandon de soi dans l’idée commune, et l’expression la plus extrême de la solitude de l’être.

Quatorze déclinaisons sensibles et concernées sur la pandémie la plus imaginative de l'Histoire ; de l'esthétique du conflit à la mise en scène de l'horreur brute d'un enfant-soldat, les textes composent de la guerre dans notre société et dans nos imaginaires ; de la dissension entre et au sein des êtres, de la mémoire dans nos structures, sous toutes nos coutures.

De l'humain bâti sur le feu pour s'anéantir dans ses braises. De la tension, de l'exécution, du souvenir, avec violence, lassitude — avec espoir, parfois ; puisqu'il ne s'agit au final rien de moins, dans toute la splendeur de son ironie, que d'une bataille contre la guerre.







L’indispensable table des matières :

  • Sur le chemin du retour, Léo Henry
  • Mahrem, Luvan
  • Traces de pas à l’envers dans la neige, Stéphanie Benson
  • Théâtre des opérations, Stéphane Beauverger
  • Musique de la viande, Jérôme Noirez
  • Shrapnel memento, Jacques Mucchielli
  • La querelle des anges égarés, Li-Cam
  • Guntown, Jean-Michel Calvez
  • Terre promise, Pierre Bordage
  • Niche, cabane, ya ! , Lucie Chenu
  • Point de sauvegarde, Lionel Davoust
  • Brandons, Jess Kaan
  • La jeune fille et la mort, Charlotte Bousquet
  • Un café dans les ruines, Laurent Queyssi

Mon avis :

Ce recueil va vous entraîner sur à peu près toutes les zones de conflit du monde : en Afrique, bien évidemment, en ex-Yougoslavie, en Palestine / Israël, en Amérique du Sud, en Irlande (d’avant l’Europe). Le traitement général de thème reste très classique, avec des mises en scène de conflits armés. J'ai trouvé que Mahrem de Luvan, Théâtre des opérations, de Stéphane Beauverger, Musique de la viande de Jérôme Noirez et Niche, cabane, ya ! de Lucie Chenu, se démarquaient, les deux dernières étant clairement mes favorites.

Je ferais juste remarquer à l'éditeur que le pelliculage de la couverture est encore perfectible (sur mon exemplaire, il commence à se faire la malle), mais que je n'ai pas noté de fautes de typo cette fois-ci (wééé).

Je précise que je donne ici mon avis sur les nouvelles, et non sur les conflits dont il peut être question, merci de votre attention.

  • Sur le chemin du retour, Léo Henry

Si au bout de cinq missions vous gagniez un permis de tuer, valable une fois, qu'en feriez-vous ? Des soldats s'interrogent (ou pas) sur ce nouveau droit qu'ils vont acquérir une fois qu'ils seront de retour, pour de petites ou grandes vengeances. Je me sens stupide car je n’ai pas vraiment compris la chute, avec la naissance de cette boucle qui se crée dans le texte. Le traitement du « permis de tuer » ne m'a pas semblé convainquant.

  • Mahrem, Luvan

Cette nouvelle ouvre la thématique des conséquences des guerres et aborde le sujet des mines antipersonnel[1]. L'approche est originale, car elle mêle archéologie sur fond de guerre, mythes anciens et une touche de fantastique.

  • Traces de pas à l’envers dans la neige, Stéphanie Benson

Sur le thème des photographes de guerre, je m'attendais à quelque chose du goût du roman d'Arturo Peres Reverte ''Le peintre des batailles'', ou au moins quelque chose d'aussi évocateur, ce qui n'est pas tout à fait le cas. La chute de la nouvelle est assez déconcertante à mon goût.

  • Théâtre des opérations, Stéphane Beauverger

Le traitement du thème est pour le moins original dans cette nouvelle, puisqu'il est question d'une armée de fées en marche vers leur prochaine bataille, ces petites fées se révélant être des artistes de cirque. La guerre menée ici nous est bien mieux connue que tout les champs de bataille vue à travers un écran de télévision.

  • Musique de la viande, Jérôme Noirez

J’aime beaucoup l’humour de Jérôme Noirez (en plus d’aimer ce qu’il fait) : comme dans Apocalyspe Now, la musique doit terroriser l'ennemi. Voici l’histoire du compositeur de cette musique de guerre, de l'intimité de sa création.

  • Shrapnel memento, Jacques Mucchielli

L'histoire n'est pas d'une originalité à se rouler par terre, tout en étant parfaitement digne d'intérêt. La narration est, elle, tout à fait originale, par un enchevêtrement d'épisode de la vie d'un soldat, avec superposition des zones de combats et des retours au pays, chargés de traumatismes. L'ensemble est intéressant et bien mené.

  • La querelle des anges égarés, Li-Cam

Il fallait évidemment passer par la Palestine. Ici, ce sont les anges qui mettent leur grain de sel dans le conflit, sans pour autant justement verser dans l'angélisme. J’ai eu du mal à comprendre l’idée de la nouvelle hommage à des « sacrifiés » qui sont plutôt des fanatiques en action, me semble-t-il. Je ne supporte pas les notes de bas de page qui vous expliquent des évidences, voir qui sont redondant avec les deux mots suivant (voir dès la ligne 3). Parfois, il vaut mieux s’abstenir.

  • Guntown, Jean-Michel Calvez

Guerre et trafic d’arme en Afrique, sur fond de marché à ciel ouvert de technologie militaire et de location de mercenaires des plus efficaces. La nouvelle est très réaliste et particulièrement ignoble quant aux les thèmes abordés. Ignoble, mais parfaitement plausible. Je sais quelque part que l’humanité actuelle est tout à fait capable de « ça ». La nouvelle, malgré sa chute évidente, met en place un univers de façon intelligente et donne à réfléchir.

  • Terre promise, Pierre Bordage

Tiens, un peu d’originalité, cette fois, sur les guerres avec les réfugiés climatiques. Le choix de la thématique guerrière est bon, mais son développement est assez banal, et la version new look des enfants indigo (ou ersatz de) pas très convaincante.

  • Niche, cabane, ya ! , Lucie Chenu

Voici ma nouvelle préférée, à l’unanimité des neurones et du cœur. Cette histoire nous présente une Serbie dans un futur assez proche, centre de toutes les tensions européennes et civilisationnelles. On sent un univers riche, et le traitement du thème de la guerre se fait davantage sur ses conséquences (la radioactivité), que sur la boucherie elle-même. L’irone tragique de cette nouvelle sait faire vibrer la corde sensible.

  • Point de sauvegarde, Lionel Davoust

Cette fois-ci, nous partons pour l'Amérique du Sud, où des civilisations « primitives » semblent tenir en échec des surhommes, ou plutôt des machines de guerre, où seul un cerveau qui pourra être reconstitué les raccroche encore à un petit bout d'humanité. Si l'histoire en elle-même ne manque pas d'intérêt, la nouvelle m'a semblé un peu longuette.

  • Brandons, Jess Kaan

Irlande du nord. Un homme recherche son frère parti rejoindre les rangs de l'IRA.

  • La jeune fille et la mort, Charlotte Bousquet

De manière assez concise, voici de quoi réfléchir sur le sort des enfants-soldats. Il y a ici matière pour mesurer l'ampleur de l'horreur qui peut ravager des êtres humains, avec un habile jeu de flash-back. Le sujet et sont traitement sont horribles, mais la fiction est parfois encore loin de la réalité.

  • Un café dans les ruines, Laurent Queyssi

Nous finissons par une fan-fiction noire ne mettant pas en scène SuperMan, mais au moins Loïs Lane et Jimmy. L'écriture se fait sur le mode scénaristique (ou de pièce de théâtre) avec quelques didascalies. Le sujet comme le traitement ne m'ont pas semblé très enthousiasmant.

Et je n'ai pas le monopole du bon goût.

Notes

[1] J'ai vérifié l'orthographe, et je suis d'accord avec vous...

08 juin 2011

Dunyach Jean-Claude - Les Harmoniques Célestes

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Les harmoniques célestes de Jean-Claude DUNYACH

Édition L'Atalante (2011), collection La Dentelle du Cygne,

ISBN : 978-2-84172-528-0 ; 143 pages

Au sommaire :

 * Les harmoniques célestes 
 * La fin des cerisiers 
 * Les cœurs silencieux 
 * Repli sur soie 
 * Aime ton ennemi 
 * Visiteur secret

4e de couv :

L'actualité est là pour nous rappeler que rien n est inamovible et que tout a une fin, à commencer par l'être humain dans ce qu'il est au fil de sa propre histoire et dans ce qu'il adviendra de lui dans l'Histoire tout court. L'actualité est impitoyable. Jean-Claude Dunyach aussi. Qu'il traite du premier amour, de la maladie, de la mort, de l'écosystème Terre, de l'avenir, il écrit nos peurs, nos fantasmes, nos ambitions, nos limites, nos vilenies petites et grandes, bref il parle de nous, hommes, femmes, enfants, tels que nous nous voyons quand nous prenons le temps de nous regarder ou quand la vie ne nous laisse plus le choix, et il nous dit sans fard qu'il est notre semblable. Avec tendresse, avec espoir, avec malice, avec cette plume d orfèvre qui plie, déplie, replie les origamis pour mettre l'univers en équation, parce qu'on ne peut pas tourner définitivement le dos à la mer. -Ayerdhal-

Mon avis :

Ce recueil de nouvelle est une agréable promenade dans des univers de science-fiction douce[1] (c'est-à-dire qui ne passe pas 50 pages à vous expliquer le fonctionnement du réacteur à proton[2]).

Les harmoniques célestes est d’avantage une novella qu’une nouvelle, sur le thème de la mort, ou plus exactement des expériences de mort imminente, avec un traitement des plus intéressant, même si la dualité Enfer / Paradis n’a pas mon adhésion philosophique. Le traitement de la chute me semble ressembler à celui des Cœurs silencieux, en ce sens que la chute tourne autour de ces moments particulièrement intimes que l’on devrait garder pour soi. Le thème et le traitement des Cœurs silencieux m’ont aussi particulièrement plu[3].

Ma nouvelle préférée reste Aime ton ennemi parce que j'aime quand des auteurs de talent créé de la nouvelle écologique qui ne sombre pas dans l'angélisme, qui n'est pas mièvre et douceâtre, mais qui est cruelle et grinçante. Ayerdhal a écrit une nouvelle tout à fait dans ce goût dans La logique des essaims, plus exactement la nouvelle Notre terre et on ne parlera jamais assez du très excellent La vieille anglaise et le contient de Jeanne-A. Debat. La chute de la nouvelle ne m'a pas sauté aux yeux (alors qu'elle est vraiment évidente), ce qui est bon signe : on se laisse prendre par le récit, par les images, on est entraîné, et surtout on accepte de se laisser surprendre. Là, on sait que non seulement l'auteur a « fait son boulot », mais qu'en plus il l'a bien fait. Je n'aurai alors qu'un mot : Gloire !

La nouvelle Visiteur secret me semble un peu tiède en regard des autres, sur un sujet assez classique, présentant une boucle elle aussi assez classique. Mais le talent reste dans la présentation.

Ce qui me chiffonne (et c'est bien la seule chose), ce sont les tics d'écriture[4]... Celui de Jean-Claude Dunyach, c'est l’adjectif « ourlé », pour les lèvres, les doigts, la mer. Ce n'est pas dramatique[5], mais on les note[6].

Techniquement, chaque histoire est réglée au millimètre, chaque mot est utile et vous plonge dans un futur que peut n’être pas forcément aussi lointain qu’on pourrait le penser.

Ce recueil additionne les vertus distrayantes à celles de la réflexion.

Notes

[1] Je ne peux m'empêcher de reprendre chaque fois ce mot de Michel Serre, qui, après l'opposition des sciences humaines aux sciences inhumaines, la revanche des sciences dures contre les sciences molles, fait apparaître les sciences douces...

[2] Je n'aime pas la Hard Science, je vous avais dit ?

[3] L’empathie me semble une notion acquise, et non innée, corps et esprit se répondant par le jeu des hormones.

[4] Et j'aimerai bien arriver à ne pas faire attention à ce genre de détails

[5] Ça n'a pas le même caractère agaçant que les « en outre » chez Loevenbruck

[6] Je suis pénible, je le sais, j'assume... on reparlera de mes tics d'écriture, un jour, j'en prendrai plein la poire, évidemment, et ce ne sera que justice.

31 mai 2011

Dick Philip K. - L'invasion divine

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L'invasion divine La trilogie divine de Philip K. DICK

Édition originale (1982). Éditions Denoël (1982) collection Folio SF

ISBN : 978-2-07-030953-3 ; 386 pages

4e de couv :

«Ce monde présent, cette planète, tout ce qui la compose, tous ceux qui l'habitent – tout dort ici.» Voilà ce que déclare un enfant, Emmanuel. Un enfant entré en fraude sur la Terre. Il dit que notre univers est un simulacre, un rideau de fumée, une illusion. Que la création a échappé à son Créateur, quel que soit le nom qu'on lui donne, Dieu ou SIVA. Qu'elle est désormais régie par le Mal. Il vous dit d'ouvrir les yeux, comme lui, sur cet univers parallèle que, peut-être, une vague intuition, des doutes, certaines incohérences dans votre vie quotidienne vous font pressentir déjà. Dormez-vous ? Mélange de science-fiction spéculative, de récit autobiographique, de questionnement métaphysique et de délires schizophréniques, La trilogie divine, qui compte parmi les plus déroutants romans de Dick, est sans doute l'œuvre qui a fait de lui un auteur culte.

Mon avis :

Il existe une continuité idéologique évidente entre SIVA et L'invasion divine. On retrouve les mêmes thématiques, le même rayon rose, les mêmes interrogations sur ce qu'est ou n'est pas la réalité, sur un Dieu malade qui tente de retrouver son unicité.

Manny, ou Emmanuel, est en effet un Dieu amnésique, entouré d'apôtres ou de Jean-Baptiste new look, ainsi que d'un guide en la personne de la petite Zina. Cela ressemble à une initiation de dieu à ses propres mystères, afin qu'il redécouvre ses pouvoirs, son essence et ses souvenirs.

Le roman touche aussi à un des thèmes chers à Philip K. Dick : la conquête et la colonisation de planètes. Il y a des similitudes importantes avec des ambiances du roman Glissement de temps sur Mars : les étendues désertiques, les indigènes et leurs dieux étranges, une touche de schizophrènie qui jaillit au milieu de tout cela.

Ce que je trouve particulièrement admirable chez Dick est sa capacité à tricoter différents fils de réalité, à nous faire passer de l'un à l'autre relativement en douceur, tout en créant une trame narrative solide. Il faut juste accepter de se promener d'une dimension à une autre, de celle où la mère de Manny et morte à l'autre où elle ne l'est pas. On retrouve ce même tricotage dans Glissement de temps sur Mars, et dans l'un et l'autre roman, l'effet est à la fois heureux et déroutant.

Dick arrive aussi à montrer son Dieu malade sous un jour nouveau. Dans SIVA, l'existence d'un dieu mentalement dérangé, ou immature, semblait quelques peu inquiétant : c'était vraiment le genre de dieu dont personne n'aurait voulu. Mais présenté sous un jour nouveau, sous un autre poin de vue, tout semble beaucoup moins cataclysmique que dans les délires de Horselover Fat. La mise en scène de dieu rend plus accessibles et compréhensibles différents éléments présentés dans SIVA, expurgés de l'exégèse.

Il n'y a ni batailles spatiales ni planètes qui explose, mais une petite gymnastique intellectuelle très stimulante, et quelques idées intéressantes ici clarifiée. Savoir qu'il y a une « suite » est de plus très intriguant...

20 avr. 2011

Vilmur, Windham et Sansweet - Star Wars, Dark Vador

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Star Wars – Dark Vador de Peter VILMUR, Ryder WINDHAM et Stephen J. SANSWEET

Éditions Bragelonne / Huginn & Muninn

Traduit par Pascal PINTEAU

ISBN : 978-2-9189-7811-4 ; 185 pages.

4e de couv :

Le livre ultime sur le méchant le plus connu de l'univers.

Des centaines de documents rares et inédits provenant des archives de George Lucas.

Des dizaines de goodies : planches de stickers, fac-similés détachables, dépliants, etc...

Ryder Windham a rédigé plus de cinquante ouvrages sur cette saga et son univers, dont Jedi vs. Sith : The Essential Guide to the force et The Rise and Fall of Darth Vader. Ancien éditeur des bandes dessinées Star Wars, il est aujourd'hui professeur d'art séquentiel à la Rhode Osland School of Design Continuing Education. Peter Vilmur est l'auteur, avec Steichen J. Sansweer, de The Star Wars Vault et The Star Wars Poster Book. II a écrit de nombreux articles pour le magazine Star Wars Insiders, les sites Starwars.com et IndianaJoncs.com, et est éditeur pour Lucas Online.

Mon avis :

Une personne au goût très sûr et ayant compris ma personnalité profonde m'a offert cet ouvrage pour Noël. Oui, ce n'est pas comme si je n'avais pas des magnets lego Star War sur mon réfrigérateur ou comme si je pouvais réciter les épisodes IV, V et VI. Bon. Ce n'est pas très original non plus...

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le plus grand méchant de la galaxie doit se trouver dans ces pages. C'est une bonne « biographie du personnage ».

Ce livre est très bien illustré. Il y en a partout. Si vous voulez vous procurer ce livre, c'est avant tout pour ses illustrations. Pages dépliantes, petits goodies et autocollants, reproduction de publicités, photographies de jouets, de la literies aux cookies, mangas, BD, extraits des films... une chose est certaine : on s'en prends plein les yeux.

Si les petits objets présentés sur certains sites de vente en ligne de livre font partie de l'ouvrage, la personne (au bon goût et au grand talent) qui m'a offert le livre... les a oublié dans le magasin. Attention donc, à ne pas se laisser berner par un trop plein d'images (ou alors, je vais pleurer toutes les larmes de mon corps parce que je n'ai pas les tites figurines). Le site de l'éditeur ne parle pas de toutes les figurines et diverses petites choses qui se trouverait selon le site d'XXX avec l'ouvrage. Soyons raisonnable : il y a suffisamment d'illustrations du super-vilain pour ne pas en vouloir encore plus.

En revanche, sur le contenu « textuel », mon enthousiasme faiblit. Disons que je n'ai pas apprit grand chose sur le personnage en lui-même. Il y a relativement peu d'éléments racontant la création du personnage, ce que Lucas comptait réellement en faire, comment il a été construit. Les grandes lignes sont là, évidemment, mais il manque de la nouveauté, du détails inédits. La part belle est faite aux illustrations et le texte d'accompagnement... n'est pas d'un niveau aussi époustouflant.

Le soucis pourrait donc être ici : le livre est magnifique, mais vous y lirez essentiellement l'histoire du marketing Star Wars, la chronologie des figurines, des stickers et des BD, la date de la première lunch box à l'effigie de Darkichou et tout le reste.

Soyons francs, c'est un très beau livre sur Star Wars.

12 avr. 2011

Suzanne Guillaume & Zariel - Le Trash Pack

Le Trash Pack de Guillaume SUZANNE

Éditions Griffe d’Encre (2010)

Illustration du Sieur Zariel

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C’est un coffret numéroté regroupant :

  • Les poubelles pleurent aussi, 2008, 80 pages, ISBN : 978-2917718018
  • Les poubelles pleurent toujours, 2010, 112 pages, ISBN : 978-2917718223
  • Le Guide de la poubelle galactique, 2010, 76 pages une centaine d’illustrations de Zariel dont 14 pages couleurs, ISBN : 978-2917718230
  • et plein de bonus :
  1. un DVD avec des vidéos et fichiers audio de l’auteur et l’illustrateur qui font les marioles
  2. un calendrier chronaute qui remonte le temps
  3. un morceau authentique de fil à couper le jus de glog
  4. un poster A3
  5. une carte de souscription

Mon avis sur le Trash Pack:

J'aime beaucoup le beau coffret, monté avec soin, numéroté par de blanches mains. Les petits bonus sont originaux, même si le calendrier avait forcément, en octobre 2010, une utilité limitée. Les éditions Griffe d'Encre font toujours un travail très soigné sur la mise en page et les imprimeurs doivent s'arracher les cheveux sur leur demande.

Pour l'ensemble, donc, ce sont de beaux objets, même si l'on peut être un tantinet désappointé par la tête du fil à couper le jus de glog, qui n'est pas comme dans le Guide.

La recette est plutôt simple, mais c'est souvent ainsi qu'elles sont les meilleurs : prenez quelques anti-héros et l'objet le plus improbable en matière de SF ou plutôt d'intérêt littéraire (en l'occurrence des poubelles), ajoutez des Aliens qui n'ont pas l'air bien méchants, mais on ne sait jamais, des références à Adams pour séduire tout ce que le monde compte de geeks, touillez bien, ajouter les graphismes de Zariel, et voici le Trash Pack.

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4e de couv de Les poubelles pleurent aussi:

La Terre, France. Le Contact tant espéré a finalement eu lieu. Les Nods ont débarqué il y a six ans, apportant avec eux la dernière génération de poubelles organiques dans un but on ne peut plus noble : aider les Terriens, qui semblent avoir tant de mal à garder leur planète propre. Semant le progrès et la pagaille dans leur sillage, voilà qu’ils ont éradiqué le tabac sans demander leur avis aux fumeurs. Les Nods se prétendent omnipotents, mais… jusqu’où  ? Et tandis que le président de la République apprend ses discours sur des fiches cartonnées et qu’Arnold Sextan se fait verbaliser pour stationnement de maison non autorisé, les montres se mettent à perdre l’heure, les GPS à perdre le Nord et les gens à perdre la tête.

Mon avis :

On m'avait beaucoup parlé des Poubelles, sur le mode du délire de copain, truffé de référence à la SF, principalement à l'inénarrable Guide galactique de Douglas Adams, bref, le must have read de la SF burlesque, que « si tu l'as pas lu, tu comprendra pas les blagues sur les forums de SF des 50 prochaines années ».

C'est plein de bonne idée, entre l'interdiction du tabac, de tout ce qui est nocif de prêt ou de loin, le tout assaisonné du paternalisme agressif des Nods. Saupoudré le tout d'un soupçon d'ironie tragique, et vous aurez un scénario qui m'a paru intelligent et intéressant. La novella est très agréable à lire, c'est plein de jeu de mot, de référence, de clin d'œil, etc. et ça ne m'a pas arraché un sourire. Drame. Ai-je hérité soudain d'un handicap de l'humour ? (sérieusement, je me pose la question). Pour de la SF burlesque, c'est assez moche. Et j'ai la faiblesse de me considérer comme bon public.

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J'ai eu l'impression que l'histoire était une de ces créations magnifiques faites autour d'une bière, lors d'une réunion d'un groupe de copains, sauf que vous, vous avez la malchance d'arriver en retard. Les autres sont déjà pliés de rire et filent la métaphore, enchaînent les références comme des perles. Vous, vous prenez timidement votre godet et essayez de comprendre ce qu'il se passe. Vous êtes simplement « pas dans le délire » (comme disait les djeuns de mon temps...).

Voilà. Je ne suis pas dans le délire. Et je le regrette.

4e de couv de Les poubelles pleurent toujours:

Si vous avez perdu toute autorité sur vos poubelles Si vous êtes prêts à signer la pétition pour la sauvegarde de l’Humanité Si vous voulez retrouver le SD Si les Hommes trouvent vaguement grâce à vos yeux Si vous aimeriez remonter le temps comme les chronautes Rendez-vous à la fin des Poubelles pleurent toujours, en commençant de préférence par le début.

Mon avis :

Cette novella est la suite logique (ou illogique ?) de la première, avec voyage spatial à la clé et découverte d'espèces extraterrestre à foison. Comme pour le premier, je ne suis « pas dans le délire », donc même si la lecture m'a plu et que la connaissance de la chose node (nodesque ?) était indispensable à ma culture, il m'est difficile de me prononcer. La novella se lit toujours très bien, mais ça ne m'a toujours pas fait rire.

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4e de couv du Guide de la poubelle galactique:

Betsy, la CoDet héroïne des Poubelles pleurent aussi & des Poubelles pleurent toujours, réalise son rêve : écrire ses mémoires de poubelle galactique et vous invite à voyager en sa compagnie aux confins de l’Univers : venez surprendre du coin de l’œil une curiosine, manquer de souffle au contact d’une dozinelle, discuter du futur avec un chronaute. Vous saurez tout des mœurs des sélectènes ou comment esquiver les marchands scaves. Faites escale sous cloche de verre sur Nodule ou sous le bonnet du continent coiffé sur CoCoon. Avec Le Guide de la poubelle galactique, l’Univers ne sera plus jamais le même, à moins qu’il ne l’ait jamais été.

Le Guide qui renferme ma vie, ton univers et les restes.

Mon avis :

Là, je regrette vraiment mon handicap de l'humour. Le Guide est un vademecum des autres novellas, en images et en couleurs, s'il vous plait, sous la plume, enfin, surtout les pinceaux et les feutres de Zariel.

A la lecture de ce petit Guide je me dis que j'aimerai bien savoir ce qu'il advient de Betsy, d'Étienne, de Célia. Je voudrai savoir ce que va bricoler le Réfleur, et si les CoCops et autres CoDets ont réussi à faire des miracles sur Terre.

J'aimerai aussi qu'on le dise, sur les dessins des CoDets de Zariel, où se situe le réceptacle à déchet ? Parce que les tentacules c'est bien joli, mais où se trouve le conteneur de produits à digérer ?

Donc, même si je n'ai pas rit, ça m'intrigue vraiment...

29 mar. 2011

Dick Philip K. - SIVA

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SIVA La trilogie divine de Philip K. DICK

Édition originale (1981). Éditions Gallimard (2006) collection Folio SF

ISBN : 978-2070309528 ; 353 pages

4e de couv :

C'est en 1974 qu'un faisceau de lumière rose communique à Horselover Fat des informations capitales concernant l'avenir de l'humanité. Cette force, qui a fait fondre la réalité de cet homme, c'est SIVA. Système Intelligent Vivant et Agissant. Mais qui se cache réellement derrière ces quatre lettres ? Dieu ? Un satellite ? Une race extraterrestre ? Mélange de science-fiction spéculative, de récit autobiographique, de questionnement métaphysique et de délires schizophréniques, La trilogie divine, qui compte parmi les œuvres les plus déroutantes de Dick, est sans doute celle qui a fait de lui un auteur culte.

Explorateur inlassable de mondes schizophrènes, désorganisés et équivoques, Philip K. Dick (1928-1982) n'a cessé d'écrire que la réalité n'est qu'une illusion. Nombre de ses œuvres ont été adaptées au cinéma (Minority Report, Paycheck, Blade Runner, Total Recall).

Mon avis :

Je ne m'attendais pas du tout à ça, mais c'est peut-être une erreur de ma part. Les adeptes des adaptations cinématographiques des romans / nouvelles de Philip K. Dick seront peut-être désappointés par cette œuvre qui est très mentale, assez intellectuelle, très schizophrénique, et complètement barrée, il faut bien le dire, le tout dans une atmosphère assez intimiste.

Le narrateur est Horselover Fat et / ou Philip K. Dick écrivain. Pour ceux qui connaissent un minimum la bio de cet auteur aussi étrange que talentueux, cela est annoncé dès le départ (p14 et p16), donc quoi d'étonnant que de se retrouver en plein milieu d'une schizophrénie bien comme il faut, ou du moins telle que l'auteur a pu la vivre.

Je dirais que ce n'est pas un roman simple, car il n'est pas réellement structuré comme un roman, d'un part ; est-il vraiment structuré, d'autre part ? Ce n'est pas pour autant désagréable, loin de là, mais c'est étrange. Philip K. Dick a pourtant l'avantage d'avoir une écriture d'une fluidité extrême, qui vous fait tourner les pages sans s'en apercevoir.

Il faut une cinquantaine de page pour s’apercevoir du réel état mental du narrateur : celui-ci semble très éduqué, manie avec brio des références précises à des commentateurs de textes anciens du christianisme et aux écrits des philosophes de la Grèce antique, mais il n’empêche qu’il est interné en hôpital psychiatrique. Horselover Fat est ainsi à la recherche de dieu et se crée, à travers l’étude de textes anciens, d’un peu de Tao, toute une mécanique visant à expliquer, ou pas, la nature de la divinité. Nous sommes en plein questionnement métaphysique.

Horselover Fat (ce qui est tout de même un « nom qui tape ») nous fait une exégèse sous LSD, qui se tient admirablement debout. A tel point que la maladie mentale, si s'en est une et non une perception de la réalité simplement différente de celle du commun, semble parfaitement normale.

Il me semble que pour savourer le roman, il est préférable d'avoir au moins une petite culture chrétienne. D'aucun ne trouveront pas cela nécessaire.

Il est fascinant de voir comment, au final, Dick nous fait légèrement tourner en rond. Mais ce qui compte, ce n'est pas le point d'arriver, mais le chemin, n'est-ce pas ?

Ce roman étant le premier de la Trilogie divine (en quatre volumes, sinon ce n'est pas drôle), je pense avoir largement l'occasion d'y revenir.

01 déc. 2010

Gessler Vincent - Cygnis

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Cygnis de Vincent GESSLER

L’Atalante éditeurs, collection La dentelle du cygne (2010)

ISBN : 978-2841724994 ; 224 pages

Prix Utopiales européen des pays de la Loire 2010 (ex aequo)

4e de couv :

Est-ce le ciel ou la forêt ? Un fourmillement frémit à la limite de son champ de conscience, sensation familière associée au danger. Il se redresse à demi et s’empare de son fusil. Ses oreilles bourdonnent. L’œil à la lunette, il fait défiler différents modes de vision. Au-delà de l’espace délimité par l’ouverture de l’abri s’étend la forêt. Et au milieu, bien droit sous la pluie, un robot solitaire. Il n’a pas d’arme et se contente de regarder Syn dans les yeux. C’est l’histoire de Syn, un trappeur accompagné de son loup au pelage greffé de bandes synthétiques, dans un monde de ruines technologiques. La menace est partout, une guerre se déclare mais Syn ne veut plus tuer ses semblables… Seule la science-fiction peut nous donner ce vertige d’être des archéologues du futur. Dans une langue raffinée, Vincent Gessler réussit son pari de nous envoûter par son récit âpre et exaltant de l’éternelle recherche des origines. L'auteur : Suisse habitant Genève, il consacre son temps à l'écriture, aux histoires, à l'Histoire, aux sciences, à la bande dessinée, aux jeux en ligne, à la musique et à la prospection au détecteur de métal. Pas nécessairement dans cet ordre. Il travaille aujourd’hui dans le domaine de la formation continue et, après avoir publié une poignée de nouvelles ici et là, Cygnis est son premier roman.

Mon avis :

Vincent Gessler fait preuve d’une très belle qualité d’écriture, tout en prenant garde à ne pas succomber à la tentation lyrique. J’ai cru ressentir moins d’attention sur la fin, moins de recherche ou de réflexion sur l’écriture pour être davantage dans l’action, ce qui n’est pas plus mal.

L’intrigue est un peu longue à se mettre en place, mais cela n’a en réalité aucune sorte d’importance : les pages se déroulent et nous plongent dans un univers très particulier, un post-apocalyptique raffiné, bien plus proche de ‘‘Nausicaa’’ que de ‘‘Mad Max’’. L’esthétique du roman m’a paru très inspirée de l’oeuvre de Miyazaki, aussi bien, donc ‘‘Nausicaa’’ (à la nuance près que tout se passe sur ou sous le sol dans ‘‘Cygnis’’), que du ‘‘château dans le ciel’’ avec ses robots et sa technologie perdue, et même de ‘‘Princesse Mononoke’’ avec ses compagnons loups, bien qu’ici, le loup soit cybernétique. Il y a aussi un petit air de ‘‘Demain les chiens’’ de Clifford D. Simak.

L’inspiration esthétique (qui est d’ailleurs peut-être un délire de mon imagination) n’exclue heureusement pas l’originalité. Le monde de ‘‘Cygnis’’ est une forêt immense, où vivent trappeurs et ermites, le tout piqué de quelques villes ou villages autour desquels s’organise l’activité humaine. En face de l’humanité de la surface, les hommes troglodytes tentent de survivre. Leur peur qu’un morceau du soleil ne tombe à nouveau sur terre laisse présager des antécédents nucléaires, sans que nous n’ayons jamais de véritable confirmation. Les forêts sont elles aussi hantées de curieux robots, parfois au design chamanique, qui ne sont que présages de mort pour les humains. Et alors qu’ils feraient bien mieux de se préoccuper du danger que constituent les robots, les voici qui se déclarent la guerre à cause d’une version post-moderne de l’enlèvement des Sabines menée par les troglodytes. Admettons qu’ils ne se posent pas plus de question que cela… Admettons…

Le fait merveilleux, mais que j’engage tout lecteur à prendre comme tel, est la pérennité des « instruments technologiques », après ce qui semble être des siècles passé dans la boue, une forêt ayant recouvert les ruines de l’ancien monde. Fusils et autres objets pratiques fonctionnent toujours plus ou moins bien, mais sont rares et précieux. Certains humains se font même archéologues-ingénieurs en déterrant des trouvailles et essayant d’en comprendre l’utilisation et le fonctionnement, et enfin de les réparer.

L’univers est assez fascinant ; la langue est délicate, pleine de poésie, quoique, comme dit plus haut, plus efficace sur la fin.

La seule chose que j’ai trouvé dommage est le « chapitre où l’on vous explique tout ». À tout prendre, j’aurai préféré 100 pages de plus pour un peu plus de subtilité.

29 nov. 2010

Bellagamba Ugo - Tancrède : une uchronie

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Tancrède : une uchronie de Ugo BELLAGAMBA

Les moutons électriques éditeurs, collection La bibliothèque Voltaïque (2009)

ISBN : 978-2915793734 ; 255 pages

Prix Utopiales européen des pays de la Loire 2010 (ex aequo)

4e de couv :

Année 1096. Lorsque son oncle, Bohémond de Tarente, décide d'abandonner Syracuse et de répondre à l'appel à la Croisade lancé par le pape Urbain II, le prince Normand Tancrède de Hauteville y voit la récompense de ses prières vibrantes. Quitter un Occident qui, inexorablement, s'enténèbre, et marcher sur Jérusalem pour délivrer le Tombeau du Christ et baigner dans la lumière de Dieu... Quel destin plus glorieux pourrait-il y avoir pour un jeune chevalier qui a grandi dans l'ombre d'un grand-père conquérant et d'une mère qui lui a enseigné la foi et la dignité ? Pourtant, par-delà Pont-de-Fer, Antioche, et les premiers carnages, la Terre Sainte se révèle bien différente de tout ce que Tancrède avait imaginé. La médiocrité y côtoie le sublime, la vanité le recueillement, et l'Infidèle s'y révèle plus honorable que le Croisé. Dans cet univers à la géopolitique complexe, le cheminement d'un chevalier ne peut être simple. Tour à tour apostat et assassin, paria et maître, de l'Anatolie à la Mer Caspienne, Tancrède devient l'acteur historique qui d'abord en son for intérieur puis par ses actes, est appelé à changer le destin de deux mondes, en accomplissant la plus difficile des conquêtes : celle de son identité.

Historien du droit et des idées politiques, enseignant- chercheur à l'Université de Nice-Sophia-Antipolis. Ugo Bellagamba a été notamment révélé par La Cité du Soleil, ambitieux recueil mêlant utopie, uchronie et space opera, qu'il qualifiait lui-même " d'acte de naissance ". Depuis, il n'a de cesse de jeter des ponts entre passé et futur, à l'exemple d'un Robert A. Heinlein auquel il a consacré l'essai, Solutions non satisfaisantes (coécrit avec Eric Picholle), paru aux Moutons électriques. Tancrède, son premier roman en solo, est aussi une uchronie affûtée et très personnelle qu'il a mûri pendant près de dix ans. Si elle conjugue le souffle d'un Gemmel à la subtilité d'un Silverberg, elle se veut surtout un appel à l'ouverture et à l'humilité face aux enjeux d'aujourd'hui.

Mon avis : partie 1, pour ceux qui vont le lire

Je n’ai pas tout de suite compris pourquoi le roman avait été primé lors d’un festival de science-fiction… J'ai compris ensuite, alors que tout se dissimule sous l'apparence d'un roman historique. Regardez attentivement la couverture, souvenez-vous du nom de l'éditeur, et laissez de côté toute attente. Laissez-vous surprendre par l'agréable supercherie narrative. En jouant le jeu tel que semble le souhaiter l'auteur dans sa préface, l'ensemble m'a paru fort agréable. L’introduction informe le lecteur que M. Bellagamba, au cours de ses recherches, serait tombé accidentellement sur des mémoires parcellaires de Tancrède de Hauteville, conservé à la bibliothèque du Caire. Le roman présent en est une reconstitution, prenant en compte et signalant les passages transcrits, traduits et accommodés au goût moderne, le reste étant une reconstitution de ce qu’auraient pu être les mémoires de Tancrède. Le roman se présente donc comme un incroyable journal intime qui aurait traversé le temps.

Voici les aventures du noble Tancrède, chevalier pur, courageux, pétri d'une foi véritable et profonde, confronté aux réalités du monde et de la première Croisade. Nous avons droit à une très intéressante découverte du monde musulman médiéval, simplifiée sans être simpliste. Le tableau qui en est peint laisse au contraire transparaître toute la complexité de la l’Orient au début des Croisades, sans pour autant s’empêtrer dans des détails trop savants qui alourdiraient la narration : Ugo Bellagamba a su rendre claire des relations complexes entre croisés, entre orient et occident, entre Turcs, Abbassides, Chiite, Sunnite, et tous les éléments de cette mosaïque que constitue toujours l'Orient.

L’ouverture d'esprit de Tancrède est d’ailleurs une bouffée d'air frais dans le désert : il observe les peuples et tente de comprendre la complexité des liens qui les unissent ou des éléments qui les opposent. Le personnage n’est pas là pour pourfendre, mais pour vivre sa foi, et découvre les langues, des coutumes, des relations, en somme, la complexité de la vie.

Le récit de la Croisade est dépeint avec réalisme aussi bien politique et militaire, faisant partager au lecteur la terreur dans les batailles et l’horreur dans les sièges prolongés. Ugo Bellagamba sait faire partager le goût métallique du sang, instillant en nous le trouble que ressent son personnage.

Fort heureusement, il n’est pas question que de combats sanglants, d’utilisation de la religion comme prétexte pour faire de la politique ou assouvir sa soif de richesse. Le plus intéressant reste encore la métamorphose intérieure de Tancrède et du monde à travers ses yeux, ainsi que la résurrection d’un amour des sciences.

L’écriture est justement équilibrée entre fluidité et sophistication, avec quelques beaux effets d’annonce et d’enchaînement du récit, principalement autour d’un certain plat de viande…

Ce roman est avant tout une forme de science-fiction : on part du réel pour entrer dans l’imaginaire, comme si le passage en Orient avec les croisés nous faisait entrer dans un monde parallèle. Le décalage se fait à tout petits pas, à peine perceptibles au départ, pour devenir flagrant à la fin du roman. Souvent, les romans nous plonge directement dans l’uchronie, or dans ‘‘Tancrède’’, on y entre lentement, avec une succession de légères déviations du court de l’histoire. Le procédé est très original et le résultat est intéressant : on entre dans un récit de science-fiction sans même s’en rendre compte.

‘‘Tancrède : une uchronie’’ est un petit roman prenant, dynamique, éclairant, passionnant. Je n’en ai fait qu’une bouchée et j’en conseille la lecture.

Je suis casse-pied, mais cela ne vous empêchera pas de lire ce livre

L'enveloppe du roman historique peut induire certaines attentes de la part du lecteur : justesse, précision historique, soin des détails, et toute l'érudition que Monsieur Bellagamba dit clairement ne pas avoir voulu respecter à la lettre. « Géopolitique » et « œcuménisme » m'ont cependant paru trop modernes dans le texte. Mais j'ai l’esprit particulièrement buté, parfois.

Ensuite, soit j’en perd mon latin et ma grammaire latine à totalement fichu le camps, soit il y a une énorme faute de typographie, a vous vriller la rétine, p11 : « Non nobis, domine, non nobis sed nomini tuo da gloriam. Amen. » Instinctivement, j’aurai mis « ad gloriam », et dans ce cas, ça aurait du sens, parce que je ne vois pas ce qu’un impératif viendrait faire ici. Du détail ? On s’en fiche ? Sans doute… Pas moi.

Mon avis : partie 2, pour ceux qui l'ont déjà lu. Les autres, s’abstenir, ça vous gâcherait tout

Le récit de la bataille de Jérusalem est le véritable pivot du roman, l'instant où se fait la bascule entre l'Occident chrétien et l'Orient musulman. La construction du roman est impeccable, équilibrée.

J’ai éprouvé une certaine gêne sur la fin du roman, parce que la transformation est au final si radicale, si extrême, que le côté plausible paraît un peu faible. On passe certes de l’autre côté du miroir, mais je trouve dommage que ce soit pour y commettre les mêmes erreurs sur le thème du fanatisme. Tancrède est « gratiné », en tant que Chrétien, et tout autant par la suite. Nous avons même une préfiguration de la sentence prêtée à Arnaud Amaury lors de la destruction de Béziers : « tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». La déviation légère de l'histoire au cours de la première partie devient flagrante après la bataille de Jérusalem.

C’est avec cette deuxième partie que l’on plonge dans l’aspect subtil de science-fiction de ‘‘Tancrède’’, avec l’exploitation du savoir antique, une mise en pratique technique, ce qui est assez jubilatoire et pourfend aussi quelques idées reçues. La science-fiction historique est aussi plus prégnante dans cette partie, où les décalages avec ce que l’on connaît des évènements de cette époque sont bien plus marqués. Le roman nous laisse imaginer un présent

Si les deux héros, Tancrède et Gaston, tente d’allier paix politique et envolée du savoir, les buts effectifs auxquels tendent leurs actions me gênent : Tancrède veut une conquête de l’Occident chrétien et Gaston élabore des machines sophistiquées pour exterminer son prochain… Une religion, qu'elle vénère Dieu, Allah ou la Science me paraît dangereuse, mais c'est tout personnel.

L'arrivée de « la fille » au pied des pyramides, cependant, a commencé à modérer mon enthousiasme. Le personnage me semble d’ailleurs sous-exploité, sentimentalement parlant, ce qui aurait pu donner une dimension un peu plus humaine au héros, qui reste un ange exterminateur. Tancrède n’est pas un joli cœur et l'idylle n'a pas sa place dans sa vie. Le « retournement sentimental » final est évident sur le moment mais a une saveur assez étrange.

En se construisant, Tancrède construit aussi le rêve, grandeur nature, d’un monde de paix. Un instant, j'ai vu l'idéal de Tancrède comme ce que pourrait / devrait être le Moyen Orient actuel, certains conflits mis en scène ayant des résonances profondément contemporaines. Les ambitions géopolitiques des musulmans en Méditerranéen semblent assez inquiétantes : on est très loin de la fraternité entre les peuples. Quitte à faire de l'uchronie, créer un monde de tolérance, ç'eu été pas mal. Contrairement à d'autres lecteurs, j'ai trouvé que l'acceptation de la foi de l'autre, et non la conversion, était la grande absente du récit. C’est un des chemins possibles, mais pas celui pris par Tancrède. C’est cependant un coup de pied intéressant au derrière de l’angélisme et du politiquement correct.

Le chapitre avec Alexis Comnène est un pur moment de jouissance dramatique et la fin du roman nous laisse une image un peu plus humaine de Tancrède, gommant ce fameux côté « ange exterminateur », Tancrède n’est alors plus uniquement le jouet de forces qui le dépasse mais qu’il va finalement réussir à équilibrer.

Tancrède : une uchronie est réellement un ouvrage de science-fiction, le titre comprend le mot « Uchronie », qu'il ne faut pas prendre à la légère. Même les amateurs d’histoire pourront y trouver leur compte, à condition d’accepter ce jeu de lecture.

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