Le blog de Gabriel

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Mot-clé - Vulgarisation scientifique

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15 mar. 2013

VERCORS - Les animaux dénaturés

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Les animaux dénaturés, de Vercors

Le Livre de Poche (1 mai 1975) (1ere édition : Albin Michel, 1952)

ISBN : 978-2253010234 ; 363 pages

Roman de science-fiction qui ne dit pas son nom :)

4e de couv :

En Nouvelle-Guinée, une équipe de savants auxquels s'est joint le journaliste Douglas Templemore cherche le fameux " chaînon manquant " dans l'évolution du singe à l'homme. En fait de fossile, ils trouvent une colonie, bien vivante, de quadrumanes, donc de singes. Mais a-t-on jamais vu des singes troglodytes et enterrant leurs morts ?
Tandis que les hommes de science s'interrogent sur la nature de leurs " tropis ", un homme d'affaires voit en eux une potentielle main-d’œuvre à bon marché. La seule parade aux noirs desseins du sieur Vancruysen est de prouver l'humanité des tropis. Raisonner en zoologue plutôt qu’en paléontologue ne résoit qu’à demi le problème mais offre à Doug Templemore un moyen d’obtenir la preuve nécessaire.
Ce qui l’amène à risquer sa tête pour notre plus vif divertissement et notre édification. Sous le rire de cette satire allègre se pose la grave question de ce que nous sommes, nous les " personnes humaines ", animaux dénaturés.

Mon avis :

Au cours d’une conversation avec un ami, ce dernier m’a cité « on ne naît pas homme, on le devient », ce à quoi je lui réponds « on ne naît pas femme… » et Simone de Beauvoir. Et voilà mon excellent ami qui me répond que Beauvoir aurait repris une idée de Vercors, parue dans son roman Les animaux dénaturés, sur le thème du chaînon manquant. Voici qui m’intrigue et j’ai donc emprunté ce roman dans ma médiathèque préférée.
Tout en remerciant mon ami pour m’avoir fait découvrir cet excellent petit roman, je lui signalerai juste que Le deuxième sexe est paru en 1949 et Les animaux dénaturés en 1952[1].

A la lecture de la quatrième de couverture, on pourrait s’attendre à un roman d’aventure, dans lequel de gentils humanistes luttent contre de méchants esclavagistes. Oui, et non. Disons que ce que le roman n’a pas en « romanesque » (ni courses poursuite dans la jungle ou dans la ville, pas de combat acharné à coup de pieds et de poings) il l’a en finesse et en intelligence. En effet, la majorité du roman est composé par le procès de Douglas Templemore, accusé d’avoir commis un meurtre sur son fils, hybride (ou métis ?) humain / tropis né d’une fécondation artificielle.
Que l’on se rassure, je ne vous gâche pas le plaisir de lecture : le roman commence par le « meurtre », puis quelques chapitres narrent les préquels de la situation, avant de faire le récit du procès.

Dans ce récit, il y a énormément d’intelligence. En effet, il n’est pas aisé de faire un roman sur la question « qu’est-ce que l’humain ? »[2], encore moins lorsqu’on décide de mettre la question en scène à travers un procès.
Vercors a réalisé la prouesse d’allier l’humour (influence british oblige, l’histoire se déroule en Angleterre), un style fluide et léger, des personnages colorés, et une profondeur de réflexion.
Parce que l’on parle aussi de zoologie, d’anthropologie, d’éthique, de philosophie, afin de chercher une définition de l’humain, l’enjeu étant « si les tropis sont humains, Douglas a commis un meurtre ; si les tropis ne le sont pas, il a juste euthanasié un petit animal, et les tropis peuvent être réduit en esclavage dans des filatures de coton ».

Vercors passe habilement en revue tout les éléments que l’on peut croire comme faisant l’humanité. Il y a bien évidemment la biologie, mais c’est alors que surgit le problème du chaînon manquant : où se situe-t-il ? Côté animal ou côté humain ?

Au sujet de la technique faisant l’homme (p55-56) :

Et d’ailleurs, quand bien même un cheval apprendrait à jouer du piano comme Braïlowsky, il n’en deviendrait pas un homme pour autant. Ce serait toujours un cheval.
- Mais vous ne l’enverriez pas à l’abattoir, dit Douglas.

Au sujet du langage faisant l’homme (p58) :

- Mais alors, les oiseaux parleraient ?
- Si l’on veut – mais leurs chants sont trop pauvres en modulations disctinctes pour qu’on les puisse vraiment qualifier de langage.
- Alors les cris des tropis sont-ils assez riches ? Nous tombons dans l’histoire de tas de cailloux, soupira Doug. Combien faut-il de mots ou de son distinct pour périter le nom de langage ?
- C’est bien là le hic, dit Pop.

Sur la reconnaissance de l’autre comme étant un alter-égo (p64) :

(…) si nous nous trouvions affamés, sans vivres, et sans autre gibier alentour, mangeriez-vous un tropis sans remord ?

La question se pose aussi de savoir si les métis hommes-tropis sont eux-mêmes féconds. Sont-ils des mulets stériles ou les deux espèces sont-elles vraiment compatibles, semblables, identiques.

Il y a de même une crainte sourde qui est exprimée dans le roman (écrit en 1952, par un membre de la Résistance) sur une hiérarchie des races qui renaîtrait, certains tentant de prouver une hiérarchie entre les différents membres de l’humanité. L’ambiance mentale de l’époque retranscrite par Vercors n’est pas encore à l’égalité et on sent des pointes de racisme chez certains de ses personnages.

La réponse de Vercors à la question est particulièrement intéressante (ceux qui veulent lire le roman peuvent s’arrêter ici…).
Si certains animaux sont aussi capables d’abstraction, « l’esprit métaphysique est propre à l’homme » (p149), que celui-ci s’exprime par la religion, l’art ou la science. C’est aussi le décrochement de l’homme de la nature, cette perte de ce Paradis où il ne faisait qu’un avec cette nature, qui le défini comme humain.

P195-196 :

Or, pour interroger, il faut être deux : celui qui interroge et celui qu’on interroge. Confondu avec la nature, l’animal ne peut l’interroger. Voilà, il me semble, le point que nous cherchons. L’animal fait ‘‘un’’ avec la nature. L’homme fait ‘‘deux’’. Pour passer de l’inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu ce schisme, ce divorce, il a fallu cet arrachement. N’est-ce point la frontière, justement ? Animal avant l’arrachement, homme après lui ? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes.

P208-209 :

Cela montre aussi que l’on n’est pas un homme par une sorte de droit de nature, mais au contraire qu’il faut, avant d’être reconnu comme tel par les autres homme, avoir subi, pour ainsi dire, un examen, une sorte d’initiation.

L’humanité ressemble à un club très fermé : ce que nous appelons humain n’est défini que par nous seuls. Nos règlements intérieurs ne sont valables que pour nous seuls. C’est pourquoi il était tellement nécessaire qu’une base légale fût établie, tant pour l’admission de nouveaux membres que pour l’instauration de règlements applicables à tous.

P212 :

L’humanité n’est pas un état à subir. C’est une dignité à conquérir. Dignité douloureuse. On la conquiert sans doute au prix des larmes.

Le roman ne fait pas l’impasse sur les difficultés mises en évidence par les définitions : celle-ci va exclure naturellement des éléments qui pensaient leur nature humaine acquise.
Sommes-nous humains, où n’en avons-nous juste la forme ?
On pourra alors très avantageusement lire ‘‘Dune’’ de Frank Herbert et comprendre toute la signification du test du Gom Jabbar , qui permet de reconnaître les véritables humains.

Et pour l’anecdote, c’est avec une certaine satisfaction que je m’aperçois que mes réflexions sur la nature humaine, dans le cadre de mon travail sur les zombies, rejoignent celles que d’autres ont déjà eut. Il doit y avoir un fond de vérité ou de sagesse.

Un roman distrayant, amusant, intelligent et à mettre entre toutes les mains.

Notes

[1] Oui, c’est mesquin, mais je fais « tralalère » :)

[2] et Vercors y apporte une réponse des plus intéressantes, meilleure à mes yeux que celle qui n’étaient en vérité pas donnée dans les différents ouvrages de philo que j’ai pu lire il y a peu

27 nov. 2012

MONTAIGNE Marion - Tu mourras moins bête, tome 2

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Tu mourras moins bête – tome 2 – qui de neuf docteur Moustache ? de Marion MONTAIGNE
Bande dessinée scientifique
éditions Ankama

ISBN : 978-2359102932 ; 254 pages

4e de couv :

Après avoir brillamment démystifié la science au cinéma, le Professeur Moustache s'attaque à... votre corps ! Si vous croyez que l'apoptose est une maladie des pieds ou si pour vous le « stade anal » est un lieu de concert de 100 000 personnes, alors ce livre est fait pour vous ! Méchants virus et vilaines bactéries, psychologie et scientifiques un peu cinglés : pour passer son doctorat les doigts dans le nez ou simplement pour briller en société, Tu Mourras moins bête, c'est excellent pour la santé ! Grâce à son programme « cinq rires et légumes par jour », le Professeur Moustache vous promet un esprit sain dans un cornichon !

Mon avis :

Après s'en être prise au cinéma, Marion Montaigne s'attaque à la médecine en général et au corps humain en particulier (principalement ceux des frères Bogdanov de surcroit).

Nous plongeons donc dans les miasmes et tout ce que la nature peut avoir de gluant et visqueux : tripes, viscères, sang et boyaux. Mais c'est toujours avec beaucoup d'humour et d'auto-dérision que sont abordés des sujets comme le suicide des cellules, la conscience de la tête décapitée ou encore la petite autopsie finale.

Il est très appréciable que Marion Montaigne aborde aussi bien la biologie que la psychologie, même si ce n'est que pour rire un coup et se payer la tête de scientifiques profondément siphonnés du bulbe (oui, il y en a).

Même si ce n'est pas toujours très sérieux (mais le professeur Moustache est punie$$i.e. Crucifiée, flagélée et écartelée, le tout dans le même sujet très complex « comment le corps traque-t-il les virus ? » pour ses dessins de cellule ou virus avec des yeux, portant des cravates ou encore pour avoir donné des ailes au papillomavirus) tout est toujours très drôle et a le mérite de démystifier totalement beaucoup d'expériences compliquées. La science, c'est du sérieux, mais cela peut aussi être une bonne tranche de rire.

A mettre dans toutes les mains (ou presque).

31 mai 2012

MONTAIGNE Marion - Tu mourras moins bête, tome 1

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Tu mourras moins bête – tome 1 – la science, c'est pas du cinéma de Marion MONTAIGNE
Bande dessinée scientifique
éditions Ankama

ISBN : 978-2-35910-325-0 ; 255 pages

4e de couv :

Si vous avez toujours rêvé de manier le sabre laser ou de rétrécir vos gosses, réveillez-vous : le cinéma, c'est pipeau et compagnie ! La célèbre Professeure Moustache, bien connue des nombreux fans du blog de Marion Montaigne, épluche pour vous les aberrations scientifiques qui peuplent vos films et séries préférés. La science, ce n'est peut-être pas du cinéma, mais avec la Prof Moustache, c'est terriblement drôle !

Mon avis :

Devenir un peu plus intelligent tout en s'amusant, voici qui est possible grâce à Marion Montaigne.
La voici qui dissèque toute les absurdités scientifiques que l'on nous sert dans les fictions de tout poil.

Le dessin n'est pas « joli », c'est pas Rembrandt, mais il est terriblement expressif : il est drôle et le contenu est intéressant.

La mise en scène des petits sketchs est très réussie, à la fois démonstrative, scientifique, démontant les idées fausses très cinématographiques les unes après les autres, tout en jouant sur le comique, l'absurdité de certaines situations. Pour moi qui ai profondément horreur des armes à feu[1], la mise en évidence de l'irréalisme total de leur utilisation dans les séries télévisées et au cinéma est tout simplement fantastique.
Par contre, l'irréalisme des sabres lasers m'a fendu le cœur. Moi qui en ai toujours rêvé...

Vous voulez savoir pourquoi il n'y a pas de bon endroit où se faire tirer dessus ? Vous voulez connaître la vérité sur les armes à feu ? Pourquoi on ne peut pas respirer sous l'eau ? Pourquoi non ne peut pas ressusciter des dinosaures ? Oui, vous saurez tout sur les fantasmes scientifiques du cinéma en lisant cette extraordinaire BD.

Note

[1] Non, je ne comprends pas cette fascination pour la mort et la destruction, j'ai beau faire des efforts, je n'y arrive pas

12 nov. 2011

Schaer Roland - Les origines de la culture

Le retour du grand écart littéraire…

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Les origines de la culture de SCHAER Roland

Éditions Le Pommier (2008)

ISBN : 978- 2746504042 ; 117 pages

4e de couv :

L'histoire de la culture est ponctuée de " mutations cognitives " qui, à l'instar des mutations génétiques, donnent naissance à des innovations appelées à se diffuser dans le temps et dans l'espace. Déjà présent chez les animaux, le phénomène s'accélère et se multiplie avec le genre Homo. Des premiers outils à l'invention de l'écriture en passant par la domestication du feu, l'apparition du langage symbolique, les premières expressions artistiques, l'invention de l'agriculture et de l'élevage, les communautés humaines ont innové, puis assuré la transmission des savoirs et des savoir-faire qui ont permis les succès de l'espèce. La racine du phénomène se trouve dans la faculté d'apprendre des autres : nous sommes dotés d'une mémoire socialisée grâce à laquelle nous appartenons à des collectifs composés de morts et de vivants, au sein desquels se propage la culture. Cet essai est une introduction à la série " Les origines de la culture ", parue dans la collection " Le collège de la cité ".

Roland Schaer, philosophe, est directeur " sciences et société " à la Cité des sciences et de l'industrie de La Villette.

L'indispensable table des matières :

1. Culture, cultures
2. Des cultures animales
3. Innover
4. Apprendre et transmettre

Mon avis :

Voici encore un ouvrage de vulgarisation scientifique pour achever de pulvériser toutes vos certitudes sur ce qu’est l’humain et ce qui le caractérise, cette fois-ci sous le prisme de la culture.

Une fois de plus, pour les ouvrages de cette collection, le propos est lisible, aisément compréhensible, accessible et si vous avez un intérêt personnel pour l'anthropologie, la culture, ce qui fait que l'homme est homme, il est certain que vous y trouverez matière à réflexion.

L'avantage de ces petits ouvrages, c'est qu'ils vous aide à pulvériser en quelques arguments qui tombent sous le sens beaucoup de préjugés (« la culture est le propre de l'homme » au hasard), tout en vous remettrant les idées en ordre sur le plan historiographique. Je m'explique en donnant un exemple : durant le XIXe siècle, l'homle occidental fut très orgueilleux en se pensant au dessus de toutes les autres civilisations grâce à sa culture (qui inclus les techniques) ; le XXe a prouvé que malgré sa culture l'homme occidental était un benet capable des pires atrocités.

La définition de la culture à travers l'éthymologie est éclairante : du verbe latin colere (prononcer co-lé-ré, et non colère, merci), qui signifie habiter, cultiver des plantes, élever des animaux, mais aussi vénérer des dieux. Sur un certains nombres de point, les hommes n'ont pas le monopole de la culture, puisque certaines fourmis cultives des champignons et élèvent des pucerons, et que les chimpanzés font usage d'outils.

Le chapitre « innover » m'a semblé particulièrement instructif, traitant entre autre de l'extérnalisation de la mémoire par l'écriture et sur les facilités de transmission et de diffusion de la mémoire grâce aux « machines à grapher ».
Dans « apprendre - transmettre » le passage montrant la plasticité du cerveau, ses constantes évolutions, qui empêche tout déterminisme de tenir debout m'a semblé des plus intéressant : nous ne sommes pas que nos gênes, nous sommes aussi une faculté d'adaptation et de dépassement de soi[1].

Les curieux auront aussi tout le loisir d'aller consulter les ouvrages publiés dans la même collection sur "Les origines de la culture" dont cet opus est une introduction, traitant des sépultures à la naissance de l'art.

« La culture est une machine à fabriquer de la diversité. »

Notes

[1] comme dans Bienvenu à Gattaca, un chouette film s'il en est

09 oct. 2011

Henri Atlan et Frans B. M. de Waal - Les frontières de l'humain

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Les frontières de l'humain de Henri ATLAN et Frans B. M. de WAAL

éditions Le pommier / La cité des sciences – le collège de la Cité (2007)

ISBN : 978-2746503359 ; 110 pages

4e de couv :

L'intelligence et la culture ne suffisent pas à caractériser l'humain. Espèce parmi les espèces, nous partageons avec tous les vivants une histoire commune, des mécanismes communs que les chercheurs expérimentent de plus en plus finement. La tradition philosophique est contredite depuis un siècle par la biologie la vie a changé de statut. Les dernières découvertes établissent une continuité graduelle entre le non-vivant et le vivant. De la même manière, les récents travaux, en éthologie brouillent la frontière entre l'humain et le non-humain. Comme les chimpanzés et les bonobos, nous sommes les héritiers d'une longue lignée d'animaux sociaux. Il nous incombe cependant d'établir de 'nouvelles barrières ; de nature morale, sociale ou juridique, afin d'éviter de nouvelles formes d'inhumain.

Biologiste et philosophe, Henri Atlan est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris. Biologiste et éthologue, Frans B. M. de Waal travaille à Atlanta au Yerkes Primate Center à Emory University.

Mon avis :

Encore un petit ouvrage de vulgarisation scientifique, tendance philosophie.
En quête d'une définition de l'humanité, les lectures se succèdent, se complètent, mais n'apportent pas toujours forcément de réponses « faciles ». Ce n'est pas du prêt-à-penser, fort heureusement, et ce livre se propose d'explorer les zones limites, floues et indécises.

Dans une première partie « Les frontières revisitées », c'est à nouveau une définition en creux de l'humanité qui se dessine, en la regardant depuis ses limites. Il manque toujours une définition claire, mais c'est très certainement tant mieux, car définir l'humanité serait prendre un parti philosophique. Si on retrouve ici les notions d'intelligence, de culture, de forme physique, de conscience, de mémoire, on y trouvera aussi les notions de dignité et de gloire, faisant entre l'estime de soi, et l'estime que les autres auraient de soi, ouvrant des perspectives intéressantes de réflexion.
J'ai simplement trouvé un peu choquant, page 21, d'espérer que la technologie nous libère de tout travail : celui qui nous permet de gagner notre subsistance comme le travail de l'accouchement. J'y voit une perte de sens de l'effort (je ne considère pas toutes les formes de travail comme étant des tortures, il existe bien aussi du travail choisi, et non subit) et l'image d'une humanité grandissant en cuve me donne des frissons dans le dos, comme un reniement de la chair.

La seconde partie « L'homme est un loup pour l'homme » brouille les frontières de l'humain, en montrant que si la morale est un des traits de l'humanité, cette dernière n'en a pas le monopole. A travers les études en éthologie, il apparait que les animaux font preuve d'empathie, de réciprocité et ont le sens de l'équité, et Frans B. M. de Waal en fait une démonstration extrêmement troublante. Certains grands singes y paraissent plus humains que nous.
Pour une fois, aussi, je me trouve d'accord avec Freud[1], dans sa définition selon laquelle la civilisation serait « née de la renonciation à l'instinct, de la maîtrise des forces de la nature et de l'élaboration d'un surmoi culturel. »
Un long passage traite aussi de la perception de l'œuvre de Darwin, et de sa théorie de l'évolution, souvent ressentie comme totalement amorale. C'est oublier que l'évolution n'est pas le règne de la « loi du plus fort », mais de l'adaptation. Or, la survie et l'adaptation à l'environnement passe par la sociabilité et la vie en société. Le développement de capacités d'empathie, de négociation, de réconciliation après conflit sont alors nécessaires à la survie. L'empathie est alors un avantage dans le développement des relations sociales permettant la survie du groupe. Être à l'écoute de l'autre permet aussi de savoir comment le manipuler, mais l'objectif est ici un peu moins « noble », évidemment...
C'est fou de voir jusqu'où peuvent nous mener des réflexions sur l'éthologie...

La lecture de cet ouvrage qui flirte avec les frontières de l'humain a pour résultat de rentre floues assez agréablement les limites qu'on pouvait croire nettes, ainsi que de remettre (un peu) l'homme à sa place, en le débarbouillant de ses airs supérieurs.

Voir aussi :

Note

[1] qui d'habitude aurait plutôt tendance à m'énerver

03 oct. 2011

Eustache Francis - Pourquoi notre mémoire est-elle si fragile ?

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Pourquoi notre mémoire est-elle si fragile ? de Francis EUSTACHE

éditions Le pommier / La cité des sciences – le collège de la Cité (2003)

ISBN : 978-2746501317 ; 128 pages

4e de couv :

Les troubles de la mémoire sont très fréquents, au point de devenir un véritable problème de santé publique. Leur description contribue à mieux connaître la mémoire elle-même. Si la frontière est parfois ténue entre normal et pathologique, ces troubles mettent toujours en péril le sentiment d'identité de la personne. C'est que la mémoire n'est pas une simple fonction instrumentale ; elle est bel et bien au cœur de notre vie mentale consciente et inconsciente. Ce livre, qui opère des va-et-vient incessants entre mémoire et amnésie, nous révèle l'organisation et les mécanisme intimes de la mémoire humaine et souligne leur extraordinaire complexité.

Neuropsychologue, Francis Eustache est professeur à l’université de Caen et directeur d’études à l’école pratique des hautes études (EPHE) et dirige le laboratoire EPHE à l'université René-Descartes Paris V ? il est directeur de l'équipe Inserm Neuropsychologie cognitive et neuroanatomie fonctionnelle de la mémoire humaine de l'université de Caen.

Mon avis :

Dans l'espoir de reprendre un jour mon histoire de zombie, je m'intéresse cette fois à la mémoire humaine et aux méandres de son fonctionnement. Ce n'est pas simple, mais cet ouvrage à la fois court, concis, précis et accessible à tous fut assez éclairant.

Le fait de donner des noms (ou de découvrir ces noms) à différente strates de mémoires dont on peut avoir naturellement l'intuition aide grandement à structurer la pensée, et ainsi la réflexion, autour de ce thème.

J'ai éprouvé par exemple un grand soulagement face à la distinction entre la mémoire implicite[1] et la mémoire explicite[2], mais aussi sur la construction parfois aléatoire du souvenir, et l'affirmation que la mémoire humaine n'est pas fiable, puisque le cerveau retravaille l'information. La mémoire est ainsi faites de couches successives, aux fonctions différentes, qui se nourrissent mutuellement, et qui peu à peu aident à construire une personnalité.
Les maladies de la mémoire sont aussi abordées mais, attention, ce n'est pas un livre sur la maladie d'Alzheimer.

Bref, ce petit ouvrage est très instructif, bien écrit, compréhensible. Je pense cependant que j'aurai besoin de relire certains passage, afin de bien mémoriser des éléments importants (et de bien ancrer toutes ces informations dans ma mémoire sémantique[3]).
Donc, je le conseille, même si je souhaiterais compléter les premières informations ainsi acquises.

Notes

[1] essentiellement à l'œuvre dans l'acquisition de compétences motrice, comme faire du vélo, conduire, faire du sport

[2] où seront stockées les données auxquelles nous pouvons faire consciemment appel

[3] soit le stockage des connaissances

30 sept. 2011

Pendant ce temps, à l'observatoire de Nice (06)

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Ces images ont été prise durant les Journées du Patrimoine.

L'observatoire de Nice, situé sur le Mont Gros, a été construit à l'initiative du banquier et philanthrope Raphaël-Louis Bischoffsheim. Il est composé d'une succession de pavillon, accueillant bureaux, bibliothèques et instruments d'observation. Le bâtiment principal, ou "Grand Equatorial", a été construit en 1878 par Charles Garnier, sur une inspiration gréco-égyptienne indéniable.
La coupole et le mécanisme servant à la faire se mouvoir était de Gustave Eiffel, consistant à faire flotter la coupole pour pouvoir orienter l'ouverture vers la zone du ciel souhaitée (aujourd'hui, et depuis 1969, ce système a été remplacé).

Le bâtiment / le site est classé monument historique.

Les visites de l'Observatoire sont possibles, les mercredis, samedis et dimanches à 14h45. Vous trouverez plus d'information sur le site de l'OCA.

Toutes les photos (vraiment pas terribles) sont de G. Vidal, en licence Creative Commons.

24 sept. 2011

Lehoucq Rolland - Faire de la science avec StarWars

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Faire de la science avec StarWars TM de Roland LEHOUCQ

Éditions le Pommier – Cité des sciences et de l’industrie (2005)

ISBN : 978-2746502598 ; 128 pages

Inspiré par la conférence du Collège de la Cité des Sciences et de l’Industrie du 7 mars 2006

Ce livre n’est actuellement plus édité. Il est possible de le trouver d’occasion.

4e de couv :

La saga Star Wars met en scène des mondes et des technologies dont certains nous semblent relever de la pure fiction, tandis que d'autres nous sont plus familiers. Quelle pourrait être la nature de la Force des chevaliers Jedi ? Comment fonctionne un sabre-laser ? D'où vient la fantastique énergie dégagée par l'Étoile de la Mort ? Comment se déplacent les vaisseaux interstellaires ? En utilisant les outils de la physique, Roland Lehoucq mène l'enquête : il ne s'agit pas de détruire la part de rêve inhérente à toute œuvre de fiction, mais plutôt de s'en servir pour parler de physique de façon ludique. Que la Force soit avec vous !

Roland Lehoucq est astrophysicien au CEA de Saclay. Il est auteur de nombreux ouvrages et de plusieurs dizaines d'articles de vulgarisation, donne régulièrement des conférences, tient une rubrique scientifique dans la revue de science-fiction Bifrost.

La petite table des matières :

  1. Introduction
  2. La Force
  3. Le sabre laser
  4. L’étoile de la Mort
  5. Les véhicules spatiaux
  6. Les véhicules terrestres
  7. Les planètes
  8. Quel bilan ?

Mon avis :

Si vous aimez rêver devant la poésie et la magie de StarWars ne lisez pas ce livre.
Si vous souhaitez que les technologies utilisées dans StarWars soient de la science-fiction et que vous êtes attachés au mot « science », ce petit ouvrage est très intéressant. On touche souvent aux limites de nos connaissances, mais peu de choses étudiées dans ce petit ouvrage (qui fait aussi de la vulgarisation scientifique) semblent absolument impossibles.

Certains voient dans la Force le Cinquième élément d’Aristote. A mes yeux, il a souvent été une force spirituelle proche du Tao. L’approche est ici plus physique, mais laisse place au « pourquoi pas ».

Parmi les choses impossibles, il y a certes le sabre laser, qui ne pourrait absolument pas être « laser », mais en plasma[1]. L’étoile de la Mort demanderait aussi pour sa construction une technologie qui semble pour le moment totalement hors d’atteinte, puisque abritant en sont cœur un trou noir.

Je regrette un peu que Monsieur Lehoucq, en parlant de la planète Mustaphar n’ai pas signalé qu’il est peu probable, voir impossible, qu’une telle planète volcanique ait… une atmosphère respirable par deux Jedi (ou tout autre être vivant d’ailleurs). Il est cependant étonnant d’apprendre que les deux tiers des étoiles que nous connaissons sont des étoiles doubles, telle Tatoo1 et Tatoo2, les deux soleils de Tatooine.

Il ne s’agit pas dans cet ouvrage, d’ailleurs plein d’humour et écrit par un amoureux de la saga, de passer les films à la moulinette de la science (physique). C’est surtout un prétexte pour parler de quelques concepts scientifiques et de se mettre au niveau du grand public[2].

Mais même s’ils ne peuvent exister, je veux quand même un sabre laser pour Noël !

Notes

[1] Et même un arc laser ne pourrait pas être visible.

[2] Celui qui n’a pas fait de thèse en physique quantique, par exemple

16 sept. 2011

Tatooine lives !

Alors que je viens de mettre la main sur l'ouvrage "Faire de la science avec Star Wars", édité au Presse de la Cité des Sciences, voilà que je tombe sur cette nouvelle extraordinaire : Tatooine lives !

Une pointe de déception vient quand du fait que les scientifiques ai appelé cette planète Kepler-16b, ce qui n'est tout de même pas très beau. Et ce serait une planète gazeuse.

Et pour mémoire, Tatooine est la planète de l'enfance d'Anakin et de Luc Skywalker.

17 fév. 2011

Robinson Richard - Pourquoi la tartine tombe toujours du côté du beurre ?

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Pourquoi la tartine tombe toujours du côté du beurre : La loi de Murphy expliquée à tous de Richard ROBINSON

Dunod (2006), collection Oh ! Les sciences !

ISBN : 978-2100499472 ; 263 pages

4e de couv :

La " Loi de Murphy ", ou " Loi de l'emm...bêtement maximum ", nous guette nuit et jour, et dès le petit déjeuner : vous lâchez votre tartine ? Elle tombe du côté du beurre. Le reste de la journée n'est guère plus brillant : vous choisissez une caisse au supermarché ? Cette queue n'avancera plus. Vous portez un colis dans chaque main ? Votre nez se met à gratter. Vous sortez du salon pendant un match de foot ? C'est là que votre équipe favorite marque son seul but. Renseignez-vous autour de vous. Parents, amis, et même ennemis : nous sommes tous des victimes. Grâce à ce livre, vous connaîtrez enfin les ressorts secrets, et très scientifiques, de cette loi implacable et universelle...

Mon avis :

Parce que la tartine tombe toujours du côté du beurre (ou de la confiture, c'est tellement plus drôle) et parce que le monde se ligue toujours contre vous, vous pouvez lire ce petit essai.

Tout d'abord, un bagage scientifique de niveau lycée est largement suffisant pour le comprendre. Pas besoin d'avoir fait une thèse en neuro-sciences pour comprendre les mécanismes qui entre en jeu dans le théorème de la tartine. Ensuite, il se lit tout seul (en quatre heures pour ma part) avec quelques éclats de rire à prévoir, principalement lorsque la tartine se décide à faire un triple loost avec boucle piquée.

Tout geek qui se respecte (mais même les gens normaux) connait le théorème de la tartine, qui veut qu'elle tombe toujours du côté du beurre, théorème lui-même dérivé des lois de Murphy ou lois de l'emmerdement maximum. Un des corrolaires de ces lois étant « tout ce qui peut tourner mal tourne mal ». Bien.

Grâce à ce petit ouvrage rigolo mais dont la traduction souffre parfois de quelques approximations, vous découvrirez que tout ceci est dans votre tête, que non, le coin de table n'en veut pas personnellement à votre cheville et que si la tartine tombe du mauvais côté, c'est tout simplement parce qu'elle ne tombe pas d'assez haut. En somme, ce sont quantité de principe « scientifiques » au quotidien qui sont expliqués, de l'optique, de la physique, un soupçon de chimie, et pas mal de biologie avec le fonctionnement du cerveau.

Tout cela est évidemment mis à la portée de tout un chacun, et l'auteur a l'honnêteté d'annoncer qu'évidemment, il simplifie, et que toute simplification est fausse. Elle permet cependant de comprendre la globalité de phénomène avant de commencer à s'intéresser au détail (et à vous faire entamer une thèse en neuro-sciences, donc...).

J'ai particulièrement apprécié les explications sur le fonctionnement du cerveau, la création et les réactions aux émotions et la perception du temps.

L'ouvrage est assez drôle, distrayant et instructif. Je crois aussi que c'est un « must have read » pour geek.